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12/12/2018
Doutes : -15% ; Révolution : +15% (Preuve Cannibale & Kan + Preuve Alexander + Preuve Lucy)
05/11/2018Rôle d'espions à pourvoir

They say you're gifted, well I just see a scared kid || feat B11

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Aeden avait passé la matinée à tourner en rond devant son lit, prêt à s’y glisser si quelqu’un passait son nez par la porte. Il avait appris à jouer l’enfant endormis. Maintenant qu’il commençait à discuter avec d’autres patients, on lui avait ouvert les yeux. Personne ici n’essayait de soigner qui que ce soit. Il devait découvrir pourquoi. Quel était les intentions réelles de l’institut. S’agissait-il de faire des avancées majeures dans la science ? Et cela servirait-il de juste cause ? Ces questions restaient sans réponses et le sommeil commençait à le quitter. Il ne parvenait plus à faire taire son cerveau.

Il devait aussi s’habituer à une idée qui le dérangeait profondément. Il était passé par le déni et maintenant il se sentait en colère. Il était réellement haut potentiel. Cela occupait toutes ses pensées. Qu’est ce qui le différenciait vraiment des autres ? Il aurait voulu faire des recherches, essayer de comprendre, peut-être même l’accepter. Sauf qu’il était coincé dans ce fichu institut sans aucun moyen d’en apprendre d’avantage sur lui-même ni sur quoi que ce soit d’ailleurs. Aeden aimait plus que tout découvrir et apprendre. Son séjour commençait clairement à lui monter à la tête. Il se passa une main dans les cheveux et les serra si fort qu’il en tira quelques-uns. Il était rarement en colère et n’avait aucune idée de la façon dont il était censé l’évacuer. Elle restait donc dans un coin de sa tête, à hurler.

Il soupira et jeta un coup d’œil à l’austère horloge murale du dortoir. Le temps semblait s’écouler de plus en plus lentement. Le garçon savait qu’il n’était pas du tout fait pour vivre loin de tout, soumis à un règlement stupide et contraignant. Il ne tiendrait pas un an. Il serra la mâchoire. Tant qu’il ne comprenait pas ce qui se passait ici, il ne trouverait pas de moyen de s’en sortir. Et pour cela, il devait continuer à être docile, comme il l’avait été depuis son arrivée. Un faux pas et il serait dans la ligne de mire des médecins et du personnel. Il devait aussi intéragir avec les autres. Cela lui semblait plus dur encore qu’auparavant. Certains patients ne le mettaient pas vraiment à l’aise et le fait que les contacts sociaux soit plus rare l’avait rendu paresseux. Il était si facile de s’isoler et se laisser aller.

Son regard se posa à nouveau sur l’horloge. Ca y est, il était 5 heures. Il monta au second étage ou se trouvait les sanitaires de l’institut. Il préférait y aller tôt, quand il n’était pas trop occupé. Il se doucha rapidement. L’eau était tiède et le savon sentait le désinfectant. Il se sécha et enfila l’uniforme blanc et terne de l’institut. Il jeta un regard dubitatif à son reflet. Il avait perdu des couleurs et un peu de poids. Il commençait à voir des cernes se dessiner sous ses yeux. Il se détourna, incapable de supporter sa vue. Il se sentait moins normal. Et il se dégoutait. Il se mit à mordiller sa langue nerveusement. Il détestait sentir son cerveau tourner à deux à l’heure, il détestait se sentir si impuissant et il commençait très sérieusement à se détester tout simplement.

«  ...Il ferait volontiers de la terre un débris
Et dans un bâillement avalerait le monde;
C'est l'Ennui!- l'œil chargé d'un pleur involontaire,...
Baudelaire »






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Elizabeth s'était réveillée vers 4h30 du matin, dans l'espoir de voir son médecin arriver plus tôt que prévu. Mais cela faisait vingt minutes qu'elle attendait, assise sur le rebord de son lit, un air de rock s'échappant de son poste radio. Elle se laissa tomber sur le dos, mais sa tête rencontra violemment le mur. Elle n'esquissa pas la moindre expression pour montrer sa douleur. Elle se contenta de plisser les yeux, tentant de découvrir quelle était la véritable couleur du plafond avant qu'il ne soit repeint dans un blanc immaculé. Elle pencha la tête sur la droite, mais cela n'aida pas vraiment.
Elle se leva d'un bond, puis s'attacha négligemment les cheveux en une queue de cheval haute. Elle sentait quelques mèches frivoles caresser son dos nu, ce qui lui rappela par la même occasion qu'elle était totalement dénudé. Nue comme un ver. Mais un ver vraiment magnifique.

Elle se regarda dans le miroir, accroché sur la porte de son armoire. Elle s'empressa d'enfiler au moins un tee-shirt XL, ce qui lui cachait de peu son sexe. Elle mit tout de même une culotte, sachant que si on la voyait dans cet accoutrement, elle serait probablement punie.

Sans attendre, elle claqua la porte de sa chambre en ne manquant pas de lui tirer la langue, puis sautilla dans le long couloir. Elle arriva devant les escaliers, et fit un jeu pour deviner lequel elle prendrait.

Son doigt passait de droite à gauche à un rythme régulier avant de s'arrêter sur celui qui montait. Alors elle le prit. En arrivant en haut, elle vit avec étonnement quelqu'un qui était levé et qui fixait l'horloge. Toute guillerette, elle s'approcha à pas de loup avant de se rendre compte que c'était... Un dégénéré. Elle ralentit avant de s'arrêter, l'air déçu figeant son visage. Ses épaules s'affaissèrent et elle fit la moue. Elle papillonna des yeux, comme une enfant, et caressa ses cheveux.

Elle n'avait pas pris son carnet, et n'avait aucun stylo sur elle pour communiquer. De toute façon, elle ne voulait pas lui parler.
Alors elle se retourna, mais son pied droit rencontra son mollet gauche, et ce qui devait arriver arriva. En l'espace d'une seconde, sa poitrine, son ventre puis ses jambes avaient heurté le sol dans une musique contemporaine laide qui résonnait dans tout le couloir de l'étage. Cette fois-ci, elle grimaça et se dit qu'elle n'était pas dans une bonne journée.

Elle se rassit lentement sur le sol, tournant le dos à la personne derrière elle.

ft. Aeden



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même si c'est comme chien et chat.

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Le silence pesant qui régnait dans l’institut fut brisé par un fracas qui aurait réveillé un mort. Aeden sursauta, son cœur manquant un battement. Il se retourna surpris, son corps crispé. Derrière lui,  une fille venait de s’étaler de tout son long par terre dans un bruit sourd. Il s’inquiéta aussitôt :

– Ça va ? Rien de cassé ?

Pas de réponses. Pendant une seconde il eut peur que sa chute soit due à un malaise ou un genre de maladie bizarre. Son cœur accéléra sous l’effet du stress. Tout pouvait arriver à l’institut. Il devrait peut être appelé un médecin à l’aide et cet idée ne l’enchantait guère. Il fut soulager de la voir se rassoir lentement par terre.Ces gestes avaient l’air sur. Au moins, elle ne semblait avoir rien de grave. Il poussa un soupir soulagé.

Il prit le temps de la détailler du regard, elle avait de longs cheveux violets attachés en queue de cheval, et un large t-shirt qui cachait plus ou moins ces formes voluptueuses, elle avait ramené ces longues jambes près d’elle. Comme elle était de dos, il ne voyait pas son visage. Le garçon tiqua d’ailleurs sur ce détail.  Si elle était tombée en entrant, elle serait face à lui. Elle était forcément tombée en direction de la sortie. Donc elle était sur le point de partir. Mais Aeden ne l’avait absolument pas entendu arriver. Avait-elle fait demi-tour en voyant le garçon ? Peut-être souhaitait-elle prendre sa douche tranquille, sans être embêté ? Il se sentait coupable. S’il n’avait pas été là, elle ne serait probablement pas casser la figure.  

En tout cas, elle ne lui répondait pas. Peut-être était-elle en colère ? Ou elle avait peur des gens ? Ou elle s’était peut être quand même fait mal ? Elle préférait peut être faire comme s’il n’était pas là. Lui-même n’aurait pas aimé être surpris à trébucher. On s’était pas mal moquer de lui quand il était jeune à cause de quelques petites difficultés de psychomotricité qu’il avait pu avoir. Mais ça ne lui paressait pas logique. Elle l’avait entendue, elle ne pouvait quand même pas juste l’ignorer. Il se mordilla l’intérieur de la lèvre, hésitant sur la démarche à suivre. Il se lança tout de même, espérant ne pas l’effrayer ou la stresser d’avantage :

– Je suis désolé… Tu veux de l’aide ?

Il s’avança et lui tendit la main, lentement sans brusquerie. Il était à peu près sûr qu’un coup de main n’avait jamais fait de mal à personne, enfin ça dépendait de quel genre de coup de main bien évidemment. Si elle souhaitait qu’il s’en aille, il le ferait. Aeden n’était pas du genre à aller contre la volonté de qui que ce soit. C’était bien pour ça qu’il était là à broyer du noir d’ailleurs. Et si elle était juste tomber par maladresse, elle serait probablement contente de recevoir de l’aide.  





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Elle avait évité de répondre la première fois, mais il continuait à espérer une réponse.

– Je suis désolé… Tu veux de l’aide ?

Elle voulut lui répondre un "Non" puissant et furieux, mais seul un léger grognement sorti de sa bouche encore close. Elle regarda méchamment le mur en face d'elle. Elle avait l'impression qu'il se moquait d'elle, restant impassible de sa chute et riant silencieusement.
Le mur, bien sûr. Le mur se moquait d'elle.
L'idée de retirer son haut pour lui jeter à la "figure" fut vite rejetée après avoir entendu des pas derrière elle. Elle se tourna légèrement, suffisamment pour voir à quoi ressembler le truc qui lui tendait la main. Elle sourit en voyant son visage. Il semblait quand même mignon, pour un dégénéré de patient. Il avait des yeux verts comme elle n'en avait jamais vu. Et cela lui donnait l'envie de se les implanter en elle. Elle avait des yeux violacés contrairement au vert qui colorait les iris du garçon.

Elle prit délicatement sa main, laissant ses doigts effleurer d'abord la peau de l'adolescent avant de la saisir entièrement, la serrant doucement. Elle hocha la tête et lui offrit un sourire fermé.

Elle se demandait seulement à l'instant pourquoi il s'était excusé, puis quelque chose lui revint en mémoire. Les dégénérés étaient pour la plupart des soumis finis. C'était normal pour eux de s'excuser pour des choses qu'ils n'avaient pas faite.

Puis, pour lui embrouiller l'esprit et avec son autre main, elle mit son index devant sa bouche pour lui dire de se taire. Ou alors qu'elle ne pouvait pas parler, au choix.

Elle se releva entièrement, gardant le contact avec lui et fixant intensément le don de la nature du garçon. Ses yeux, bien sûr.
Elle se rendit compte qu'il sentait le savon. Oh, il venait de se laver ? Lui aussi avait hâte de retrouver son médecin ? Peut-être l'avait-elle jugé injustement ?

ft. Aeden



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Lorsqu’elle voulut bien se tourner vers lui, Aeden fut happé par sa beauté. Elle lui adressa un sourire harmonieux, ces deux grands yeux sombres ne semblaient pas trouver de fin. Leurs couleurs intrigantes étaient indescriptibles. Elle semblait presque irréelle, sortie d’une de ces histoires pleines de fantaisie qu’il aimait lire avant d’arriver ici. Il eut un sourire gêné. Il était rassuré, elle avait l’air d’aller bien et semblait accepter la présence du garçon. Alors qu’elle était en suspension, elle posa avec délicatesse son doigt devant sa bouche. Aeden fronça les sourcils. Elle n’aimait pas le bruit ? Où elle était peut être sourde ? Cela aurait expliqué qu’elle ne réponde pas plus tôt. Il n’aurait su dire si elle ne souhaitait ou ne savait pas parler mais il décida de laisser le silence s’installer. C’était reposant. Il semblait s’enrouler autour d’eux comme un serpent invisible, se glissant avec aisance.

Elle termina de se relever, sans lâcher la main du garçon. Ce dernier devait bien l’avouer, il avait un peu de mal avec les contacts physiques. Il avait un toucher très sensible et ressentait le moindre frémissement, il était d’ailleurs très chatouilleux. Mais il n’en montra rien. Le regard intense qu’elle lui adressait le fit rougir. Il faillit baisser les yeux mais se retient.

Il devait avouer qu’il était soulager de savoir qu’elle n’était pas complètement à l’Ouest. C’était le cas de certains patients, et cela avait le don de mettre Aeden mal à l’aise. Il n’y pouvait rien. Il ne savait pas si c’était leur état, ou la peur de devenir comme eux qui le hantait. Il souhaitait garder ces esprits. Ses pensées après avoir un peu dérivé, ce dirigèrent à nouveau vers la jeune femme. Il aurait aimé connaitre son nom. Il se mordilla doucement l’intérieur de la lèvre, pensif. La situation ne lui semblait plus si confortable que ça. Certes, le silence lui évitait de se ridiculiser ou de devoir se fatiguer en interactions sociales, sauf qu’il ne savait pas vraiment comment d’autre il pouvait communiquer avec elle. Ni si elle en avait envie. Il savait juste qu’elle lui tenait la main et qu’elle ne semblait pas vouloir la lâcher. Il effleura la main de la jeune femme, de ses doigts.





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Elle remarqua avec fascination l'effet qu'elle lui faisait. Ses joues commençaient à prendre feu. Elle adorait voir la réaction des autres face à elle, c'était toujours différent. Que ce soit timide, intrigué, admiratif, désireux, attiré, dégoûté... Elle avait vu toute sorte de regards se poser sur elle. Le plus souvent, c'était sur son visage, mais elle préférait quand ils osaient deviner ses courbes en dessous de ses vêtements. Que ce soit homme ou femme, d'ailleurs. La chaleur d'un corps différait selon la personne. Et elle adorait quand c'était brûlant. Par exemple, là, de ce qu'elle pouvait en sentir, ce garçon avait un corps plutôt tiède. Pas froid, pas chaud. Mais bon, elle ne sentait que la chaleur de sa main, qui dépendait souvent de la température ambiante.

Elle attendit une réaction de sa part, mais rien. Il y avait quelques micro-expressions, mais elle n'arrivait pas à les déchiffrer. Alors elle fit la moue. Elle ne savait pas ce qu'il pensait d'elle, elle ne savait pas s'il voulait qu'ils aient une quelconque relation, elle ne savait pas s'il méritait qu'elle prenne lui prenne la main. Alors, comme pour une première rencontre un peu tordue, elle secoua exagérément sa main avant de la lâcher.
Puis, pour qu'il comprenne bien qu'elle ne pouvait pas parler - parce que s'il ne veut pas communiquer, ce sera bien énervant - elle plaça ses index devant sa gorge, formant ensemble une croix. Elle avait relevé un peu le menton pour qu'il comprenne bien. Elle resta quelques secondes ainsi, avant de poser une main sur sa hanche et de balancer ses cheveux en arrière avec l'autre.

Elle se demandait comment ça allait se passer. Généralement, elle ignorait royalement les dégénérés si ce n'était pas pour les enfoncer davantage. Il faut bien quelqu'un pour qu'ils comprennent qu'ils sont inférieurs. Surtout face à cette jeune femme de vingt-un ans. Elle haussa alors un sourcil, curieuse de la suite, puis croisa ses bras sur la poitrine.
Et bien et bien...

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Aeden devait bel et bien passé pour un cinglé. Lui qui faisait de son mieux pour paraître normal sentait le vide s’installer en lui. Pourquoi était ce si dur d’être comme tout le monde ?
D’être juste une mec qui se lève le matin et se couche le soir en sachant qu’il ne vivait pas dans le mensonge.

Elle n’était pas sourde mais bien muette et Aeden avait laisser s’installer un inconfortable silence dans la pièce. C’était extrêmement gênant. Et elle semblait soudainement à la limite de l’énervement. A cause du silence ? En tout cas lorsqu’elle croisa les bras et que son regard se posa sur lui , il était clair qu’elle attendait qu’il s’exprime.

Ok. Aeden prit quelques secondes pour regrouper ces idées. Il mordilla l’intérieur de sa lèvre, un tic qu’il avait depuis qu’il était tout jeune lorsqu’il réfléchissait ou s’ennuyait. Comment passer pour quelqu’un de normal quand on se lève à 5h du matin, qu’on est habillé en blanc avec un numéro délavé, qu’on vient de laisser un silence plus que malfaisant s’installer et qu’on se trouve en institut ? Être naturel ? Aeden n’était pas naturel. Pas quand il s’agissait de parler avec des gens qu’il ne connaissait pas. Naturellement, il aurait plutôt eu tendance à s’enfuir en courant.
Il jouait le mec plein d’assurance quand il était dehors. Avant. Mais ici, dans l’institut, cela ne lui semblait plus avoir aucun sens. Qui souhaite être populaire dans un asile ? Il hésita à se racler la gorge, se retient. Inspira et qu’exprima :

- Je pensais que tu étais sourde...

Il manqua de s’excuser mais suppose qu’elle n’étais pas blessée. Après tout, ce n’était pas une évidence non plus. Il avait toujours les yeux plongés dans ceux de la jeune fille. Aeden aimait le contact oculaire. C’était d’ailleurs le seul contact qu’il aimait vraiment avoir avec les gens. Pour lui, le regard d’une personne était ce qu’il y avait de plus mystérieux et de plus beaux. Il devait désormais meubler la conversation pour ainsi dire tout seul. Comment faire pour communiquer avec elle si elle ne parlait pas ? Elle devait savoir comment s’y prendre. Il continua :

- Moi c’est Aeden.


Il savait qu’ici il n’était qu’un numéro mais il s’en fichait. Un prénom c’était important. C’était être quelqu’un. Et celui qu’il connaissait depuis qu’il existait était Aeden. Il supportait mal qu’on l’appelle par son matricule. Une fois sur deux, il faisait semblant de l’oublier et c’était déjà fait sérieusement gronder.
Aeden avait beau avoir un caractère facile et être d’un naturel obéissant, lorsqu’on dépassait ces limites cela le révoltait. Et s’il ne le montrait pas pour éviter les ennuis, il pouvais toutefois se montrer têtu sur certains points. En finesse bien évidemment. Il n’était pas stupide au point de jouer la carte du mec rebelle. Être discret était le meilleur moyen d’etre tranquille. Et Aeden l’était naturellement et il l’avait vite compris. Déjà tout petit, les gens oubliait son nom, qui il était,... ce qui était pour d’autres un défaut, avait très vite été une bénédiction pour le garçon.
Il tournait juste systématiquement en bourrique la partie du personnel qu’il jugeait plus « laxiste » voir incompétente pour certains.
Lorsqu’il avait compris qu’il resterait plus longtemps que ce qu’il avait pensé en arrivant, cela l’avait motivé à trouver les failles de l’institut, celles qui pourraient l’aider à passer un séjour plus agréable. Il était parvenu à changer de médecin. Il avait chercher le médecin le plus inoffensif et -par quelques phrases bien tournées, beaucoup de jeux d’acteur et une bonne dose d’observation et de patience- Il était parvenu à passer à ce médecin la. Cela lui avait demander beaucoup d’effort et de temps mais cela en valait la peine.





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Elle le voyait qui essayait de se dépatouiller comme il pouvait, le silence prenant encore de l'ampleur. Son visage exprimait quelques milliards de choses, mais elle n'arrivait pas à déchiffrer ses pensées. Peut-être était-il tout simplement nerveux ? Cela pouvait se comprendre, Elizabeth dégageait une certaine prestance et un certain charisme que personne ne peut ignorer. Sa nervosité pouvait donc être normale.
Il inspira, puis expira, comme pour s'aider à parler.

- Je pensais que tu étais sourde...

Elle opina. C'était une possibilité. Après tout, elle avait juste mis son doigt devant sa bouche, elle n'avait pas émis la possibilité qu'elle soit muette. Mais le bon côté de tout ça, c'est qu'il comprenait ce qu'elle faisait et ce qu'elle voulait dire, donc il était plutôt intelligent. Si, c'est une vraie bonne chose.

- Moi c’est Aeden.

Ah. Elle voulut dire :"Et ce numéro sur ton uniforme, il est là pour quoi abruti de dégénéré ?" mais elle se retint. Elle en profita pour vérifier si le numéro "B11" était inscrit sur son haut, et fut ravie de voir qu'il l'était. Inscrit au feutre, puisque c'était un tee-shirt qu'elle avait volé, mais il y était. Ce sera plus simple pour elle de lui montrer comment il devait l'appeler, même si ça devait être évident pour lui.
Il semblait perdu dans ses pensées, comme s'il empêchait Elizabeth de communiquer avec lui, s'ayant construit des murs tout autour de lui. Et elle n'aimait pas être ignorée.
Elle se racla donc la gorge exagérément et montra du doigt son numéro. C'est comme ça que tu dois l'appeler, point.
Elle hésita à courir chercher son carnet, mais en valait-il vraiment la peine ? Pour l'instant, il se montrait comme tous les autres : contre cet Institut. Elle ne comprenait vraiment pas pourquoi presque tous les patients haïssaient cet endroit. Il leur offrait tant de choses, même la guérison. Et puis, mettre sur un CV :"J'ai été à l'Institut Espoir.", même en étant patient, ça claque. Cet endroit intrigue tout le monde, même les médias. Ces rapaces...
Elle se demandait comment elle pouvait communiquer avec lui, parce qu'elle avait une flemme immense d'aller prendre son carnet et son stylo dans sa chambre. C'était trop loin, et pour ce que ça pouvait apporter à leur conversation, elle préférait l'entendre parler.

Elle se montra du doigt, puis écrivit dans l'air le nombre "21". Pour préciser son âge. Il devrait comprendre rapidement. Lorsque l'on se présente, on dit son nom, puis son âge.
Méritait-il vraiment qu'elle passe du temps avec lui ?

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Il se rendit compte qu’il divaguait lorsqu’un raclement de gorge le rappela à l’ordre. Il rougit à nouveau. Il était stupide. Définitivement. Elle ne parlait pas, il devait se concentrer sur elle, sinon ils ne pourraient pas communiquer. Il ne pouvait pas faire comme à son habitude et se laisser porter par ces pensées. Il devait se concentrer. C’était difficile pour lui, mais il savait le faire quand cela était nécessaire. Elle montra du doigt son numéro. Ses yeux s’y attardèrent un instant B11. Oui, c’était comme ça que le personnel l’appelait. Mais était-il vraiment nécessaire que ces chiffres la représentent auprès des autres patients ? Il s’en contenterait pour l’instant. 11… depuis combien de temps vivait-elle ici ?

Elle dessina de ces fins doigts un 21 dans l’air. Elle avait 21 ans. Il fronça les sourcils et se demanda une nouvelle fois depuis combien de temps était-elle à l’institut. Il se mordilla le bout de la lèvre, ravalant sa curiosité mal placée.

– J’ai 16 ans.

Et toutes mes dents… Aeden sourit intérieurement. Il a peut-être 16 ans mais il est aussi stupide que n’importe quel gosse de 5 ans. Il se replonge dans le regard de B11, bien décidé à se concentrer sur elle cette fois ci. Pas de divagation. Mais est ce que pensée ça ce n’est pas divagué ? Le garçon ferme un instant les yeux et se recentre. Stop. S’il commence, il sait très bien qu’il ne s’arrêtera plus. Il ne doit pas se perdre dans ses yeux aux teintes violettes. Il faut rester en surface, même si ce n’est pas facile. Même si ça glisse et qu’il se sent attirer par le centre de son œil. Par le noir intense de ces pupilles qui l’envoute et qui le perde. Il ne doit pas sombrer dans ce vide immense. Et surtout il doit arrêter de fixer les gens dans les yeux. Ces regards intenses mettaient souvent les autres mal à l’aise. Personne n’aime être fixé dans les yeux pendant plus de quelques secondes. Il se force donc à baisser le regard au prix d’un grand effort et à le détourner le temps qu’il faut pour pouvoir le laisser revenir. Il lui demande alors, après avoir retrouvé pied :

– Tu es là parce que tu es muette ?


Son regard retrouve ces yeux. Il veut vraiment qu’elle lui dise que oui. Qu’elle est normale en dehors de ça. Il se sent stupide mais il ne peut pas s’en empêcher. Il a l’impression d’être entouré de malade. C’est de la mauvaise fois de sa part. Voire carrément de la stupidité. Les autres ne sont pas tous aussi pire qu’il ne se l’imagine. C’est juste dur de se voir associer aux autres. Il se secoue la tête intérieurement. Il est stupide. Il est vraiment temps qu’il parle aux autres, qu’il arrête de les voir différemment. Qu’il lui paraisse normal. Elle aussi. Même si elle n’est pas juste muette. Elle parait normale. C’est tout ce qui compte après tout.





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Elle le voyait devenir de plus en plus mal à l'aise. Le voilà qui se mordillait la lèvre inférieure maintenant. Elle papillonna des yeux rapidement, comme si elle tentait de chasser de l'eau de son oeil.

– J’ai 16 ans.

"Comme tous les autres dégénérés", se retint-elle de faire remarquer. Mais elle ne manqua pas de réfléchir à cette pensée : c'était vrai que la plupart des patients étaient en pleine puberté. Ce serait intéressant de faire une étude dessus, pour savoir pourquoi les géniteurs des dégénérés décidaient d'envoyer leurs enfants ici avant pour qu'ils aient entre quatorze et seize ans durant cette année.
Et en fait, ce serait beaucoup trop chiant. Elle envoya cette pensée à la corbeille de son cerveau.
B11 écarquilla les yeux, mais pour une bonne raison : il baissa le regard. Il se sentait soumis. Enfin quelqu'un qui connait sa place, ici ! Ah, il aurait mérité qu'elle parle.

– Tu es là parce que tu es muette ?

Elle hésita. Lui dire la vérité ou continuer dans le mensonge ?
En réalité, cette réflexion était inutile : elle venait de le rencontrer, le connaissait à peine, aucune autre personne ne savait pour la Malesomnia, et personne ne savait pour son mutisme improvisé. Alors, en fait, la réponse était toute faite et préparée.
Mais elle aimait se faire désirer. Surtout quand quelqu'un assumait sa soumission.
Alors elle lui sourit et opina. Oui, elle était là parce qu'elle était muette. Seulement, elle sentait qu'il se forçait pour construire une conversation. Elle réfléchit un instant. Bon, elle allait revenir avec son calepin, finalement.

Elle lui montra la paume de sa main, puis elle figea son index dans l'air. "Attends, je reviens dans une minute". C'était la traduction de ces gestes. Elle ne douta pas un seul instant qu'il ait pu comprendre, puisqu'il avait saisi son âge.
Elle marcha rapidement, trottant presque, et dévala les escaliers. Elle se dépêcha dans le long couloir des chambres, et ouvrit sa porte. Elle y trouva son bureau à droite de l'entrée, et son carnet déjà ouvert. Elle le prit, puis chercha un stylo. Aucune forme cylindrique n'était présente sur le bureau, et la table de chevet était dépourvue de crayons. Elle grogna, laissant un semi-juron se propager dans la pièce, ses cordes vocales s'exprimant rarement.
Soudain, son pied marcha sur un bic, et elle se mordit rageusement la lèvre inférieure. Elle foudroya du regard ce pauvre objet, qu'elle saisit aussi rapidement qu'elle s'était faite mal dessus. Elle claqua la porte en quittant sa chambre, se fichant de réveiller les autres patients, et monta rapidement les escaliers. Elle espérait qu'il était encore là, sinon elle allait s'énerver. Après tout, elle avait retenu son numéro et son nom.

ft. Aeden


Spoiler:
Alors, euh, ça te laisse peu de possibilités de réponse, mais je te laisse le choix de le faire s'enfuir sous la panique ou de le faire rester XD



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Elle acquiesça. Aeden se détendit un peu. Il cherchait quelque chose d’autre à dire lorsqu’elle lui fit signe de l’attendre. Elle le laissa là et disparut dans le tournant du couloir, après avoir passé la porte des sanitaires. Aeden se demanda ce qu’elle pouvait bien être partie faire. Il laissa sa curiosité de côté et laissa son regard se promener paresseusement. Une tache noire sur le mur attira son attention. Elle ressemblait à celle des toilettes de son ancienne école. Il l’avait longtemps fixé, évitant le regard des brutes qui lui faisait les poches. C’était facile de faire semblant de ne pas être là. C’était facile de se laisser aller. Sombrer. Facile de faire croire que tout allait bien. Il suffisait d’un sourire, d’un peu d’assurance. Lorsqu’il rentrait avec un bleu, il suffisait de dire en rigolant qu’il n’était vraiment pas doué en sport, ou qu’il avait trébuché. C’était tellement probable. Aeden avait toujours été maladroit. Et tête en l’air. Alors il était facile de déguiser la vérité.

Il avait été plus dur de cacher l’ennui. Cet ennui qui le dévorait depuis si longtemps. Tout le monde à ces limites. Aeden voulait changer le monde, apprendre, il voulait apporter quelque chose. Sauf que quand on a 16 ans, on a juste le droit d’écouter et se taire. On n’apprend pas à l’école. Le garçon l’avait très vite compris. Il s’était alors glissé dans un état de léthargie profond. Dormir. Dormir et manger. C’est là que les choses avaient vraiment dérapés. Il avait reçu plusieurs mots de professeurs déçus par ses siestes en classe, il rentrait chez lui et se couchait immédiatement si bien que ces parents avaient fini par s’inquiéter. S’il avait été plus discret, il serait passé entre les mailles du filet. Sauf qu’il continuait à avoir une moyenne correcte. Beaucoup trop correcte pour un élève qui a cessé de travailler et à la maison, et à l’école.

Encore heureux que ces parents n’aient jamais appris qu’ils avaient tant de mal à parler avec les jeunes de son âge. Qu’il manquait de conversation et qu’il se creusait la tête pour savoir ce qu’il allait dire lorsqu’il s’exprimait. Certes, petit il avait été très volubile. Mais cela lui avait joué des tours tels qu’il n’osait plus parler sans réfléchir. Ses yeux avaient retrouvés l’horloge murale. La petite aiguille avançait sans relâche, à vitesse constante. Le temps qui semblait s’écouler avec lenteur allait à une vitesse inimaginable en même temps. Cela donnait le tournis à Aeden. Il ne supportait pas de voir ce temps passé inlassablement sans qu’il ne puisse en profiter comme il le faudrait. Apprendre. Agir. Surtout agir. Aeden n’était pas doué à l’action. C’était bien de penser, mais si on n’était pas capable de mettre les choses en action après, cela n’avait aucun sens.

Des bruits de pas dans le couloir tirèrent le garçon de ses réflexions peu constructives. Ses yeux étaient fixés sur le mur du couloir, dans l’attente de voir réapparaitre B11. Ce fut bien elle qui franchit la porte, un carnet à la main. Un moyen de communication ? Aeden eut un sourire.






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Elle était déjà de meilleure humeur en voyant qu'il l'avait attendue, sans bouger. Elle se demandait, quand même, s'il n'avait pas un problème. Il savait qu'elle était ici parce qu'elle était muette, mais elle ne connaissait pas sa pathologie. Pourquoi était-il là ?
Ce qui la dérouta, surtout, était ce sourire qui était apparu sur son visage. Il était content de la voir revenir ? Tant mieux, s'il n'avait plus été là, elle serait parti le détruire de n'importe quelle façon. Donc, c'était une bonne stratégie. Pour lui, entendons-nous bien. Il avait fait le bon choix que de rester.

Elle prit son carnet, tourna quelques pages déjà teintées d'encre noire, et s'arrêta devant une page vierge. Elle balança le bouchon de son stylo loin d'elle et commença à écrire :

" Pourquoi tu es ici, Aeden ? "

Puis elle se rappela d'une chose, très importante. Si ce garçon méritait, depuis le début, son attention ? Etait-il pour ou contre l'Institut ? A en juger par son look, elle aurait dit contre, et dans ce cas elle s'enfuirait en courant, ne manquant pas au passage de lui envoyer son poing dans la figure.
Elle se pencha un peu en avant, regardant le plafond d'un air distrait. Elle voulait lui poser la question... Et puis merde.

" Tu en penses quoi de l'Institut ? "

Puis, elle lui montra ce qu'elle avait écrit : soit les deux questions.
Réponses décisives. Elles seraient importantes pour leur future relation. Ennemi ou ami ? C'était essentiel pour B11.

ft. Aeden



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La question silencieuse de la jeune fille, fut aussitôt suivie par une autre. Elle écrivait sur son carnet à l’encre noire. La deuxième question avait nécessité une certaine réflexion chez elle.

" - Pourquoi tu es ici, Aeden ? Tu en penses quoi de l'Institut ? »

Aeden n’avait pas spécialement envie de répondre à la première. Il décida de s’assoir, par terre, se donnant le temps de réfléchir. Le sol était froid mais il se réchaufferait, changer de position fit du bien au garçon. Il se sentait toujours mal à l’aise d’utiliser les mots qui décrivaient sa différence. Il avait l’impression de les usurper. Qu’il volait une autre identité. Il mordilla l’intérieur de sa joue nerveusement avant de répondre, essayant de choisir ces mots :

« - J’ai fait une dépression. Et j’ai été déscolarisé »

Il eut un haussement d’épaule. En faites, c’était plus simple comme ça. Après tout, c’était la réelle raison de sa venue ici. Ce qui avait inquiété ces parents. Ce qui faisait qu’il était là. S’il avait juste été haut potentiel mais qu’il n’avait eu aucuns problèmes avec ça, il ne serait pas ici. Il paraitrait toujours normal aux yeux de tout le monde, et personne ne connaitrait sa différence.

La deuxième question était plus simple. Aeden se demanda pourquoi elle avait eu tant de mal à la formuler. Il ne pensait pas grand-chose de l’Institut. D’ailleurs, de manière générale, il ne pensait pas grand-chose sur tout. Il avait toujours eu tendance à s’adapter aux autres. Pas besoin d’avis quand les autres décident pour toi. C’était plus simple.

« - La nourriture était meilleur chez moi mais sinon ça va. Je m’ennuie un peu. Et toi ? »

Il s’ennuyait toujours de toute façon. Alors à l’institut ou ailleurs… La seule différence c’était qu’ici, il avait moins d’occupation pour se faire croire qu’il ne s’ennuyait pas. Il lui retournait la question, se demandant si elle avait un avis tranché sur la question ou pas. Mais vu l’hésitation qu’elle avait eu en l’écrivant, c’était clair qu’elle avait quelque chose à dire. Il tourna ses yeux verts vers elle.





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Il s'assit par terre, comme pour s'aider à soutenir le poids de la réponse à suivre. Elle ne le prit pas en pitié ou alors elle ne se concentra pas davantage sur sa future réponse, non. Sa première réflexion était :"Faible". Mais n'en laissa rien paraître. Son visage n'exprimait rien d'autre que la neutralité. Quoique, elle n'arrivait pas à contrôler entièrement son corps et surtout ses micros-expressions, alors il a pu voir une sorte de mépris coincée quelque part dans un muscle de son visage.

« - J’ai fait une dépression. Et j’ai été déscolarisé »

Déçue, perplexe, incrédule étaient les émotions qui l'animaient en entendant cette réponse. L'Institut ne fait pas office de maison de redressement ou d'hôpital de charité. C'est un hôpital pour les élites, pour ceux dont la situation par rapport à la pathologie des futurs patients est désespérée. A moins que sa dépression soit là depuis sa naissance, elle ne voyait pas comment il avait pu intégrer ce prestigieux endroit...
Oh, mais oui. L'argent. Il devait être riche, et les parents se sont débarrassés de lui. Tout s'explique. Voilà pourquoi il a fait une dépression. Mais du coup, ce n'est qu'un simple être humain en bonne santé ?
Il avait haussé les épaules, mais elle n'en tenait pas compte. Elle essayait de comprendre pourquoi l'Institut avait laissé passé ça. Ils étaient intelligents, en haut. L'argent ne devait pas être la seule et unique raison.

« - La nourriture était meilleure chez moi mais sinon ça va. Je m’ennuie un peu. Et toi ? »

Elle s'empêcha de lui sauter à la gorge pour le mal qu'il a dit sur la nourriture du réfectoire, mais s'en empêcha, laissant le peu de tolérance la contrôler. Après tout, les goûts et les couleurs... Quelqu'un qui mange du cinq étoiles peut ne pas apprécier. Elle relativisa.
Ses yeux verts la regardaient. Ils attendaient sa réponse, ce qui était déstabilisant. Il avait de beaux yeux, merde !

" Ce que je pense de l'Institut ? Tu sais... "

Elle s'arrêta en pleine réponse. Peut-être qu'elle pouvait le convaincre, comme le petit garçon, que l'Institut est un bon endroit ? Peut-être était-il plus crédule que les autres ? Ou au contraire, plus intelligent ?
Déjà, il ne pensait pas grand chose de cet Institut. Il veut juste du divertissement et la nourriture de sa mère. Donc, il n'en pensait pas grand mal. Elle pouvait peut-être s'en faire un ami, au final... Il semblait plus tolérant et moins idiot que les autres. Elle se dit qu'elle avait bien fait de courir chercher son carnet pour s'exprimer. Elle ne savait pas s'il le méritait vraiment, ou s'il mentait, mais elle avait l'impression qu'il avait droit à sa parole. Quelle qu'elle soit.

" J'adore cet endroit. Je connais tous les médecins et membres du personnel, et ils m'adorent aussi. Je fais quelques conneries, mais bon. On va dire qu'ils me punissent pour m'éduquer. Quoi de plus normal ! Je suis née ici. "

ft. Aeden



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Elle semblait presque déstabilisée qu’il lui retourne la question, ce qui étonna un peu le garçon. Depuis le début de leur conversation, elle avait clairement l’air plus sûr de lui. Et pas besoin de la parole pour ça. Ça se voyait sur son visage, dans ses gestes,… Elle dominait clairement la conversation depuis le début. Il pensait donc qu’elle s’attende à ce qu’il lui demande ça. Il attendit patiemment, tandis qu’elle hésitait une nouvelle fois devant son bloc de feuille.

Ca devait être dur de ne pas pouvoir dire ce qu’on voulait, quand on en avait envie. Aeden aurait eu du mal à le supporter. Certes, ça évitait de devoir parler aux gens, ça permettait de prendre son temps dans ce qu’on voulait dire, mais c’était tout de même frustrant. Plus jeune, le garçon avait presque du mal à articuler tellement il parlait vite. Il voulait que ses paroles suivent ses pensées. Cela lui avait été néfaste et maintenant il se méfiait, mais devoir écrire ce qu’il avait à dire, c’était impensable malgré tout. Il aurait détesté la lenteur que cela prend d’écrire ce qu’il avait à dire.

Il écrivait déjà plutôt mal à cause de ça. Ecrire ce qu’il voulait devait aller vite. Il n’aimait pas que son cerveau ait à répéter plusieurs fois la même information dans sa tête. Il voulait passer à la suite. Plus vite. Cela lui était arrivé d’abandonner un travail avant de l’avoir terminé juste parce que la frustration l’empêchait de le finir. Aeden était depuis devenu plus patient, mais il avait ces limites.
B11… car oui, le garçon ne connaissait toujours pas son nom, avait fini d’écrire. Il se redressa pour lire avec attention.

« J'adore cet endroit. Je connais tous les médecins et membres du personnel, et ils m'adorent aussi. Je fais quelques conneries, mais bon. On va dire qu'ils me punissent pour m'éduquer. Quoi de plus normal ! Je suis née ici. "

C’était au tour d’Aeden d’être déstabilisé. Elle était née ici ? Et elle vivait ici ? Mais… elle était une patiente ou non ? Ces parents étaient-ils médecin ? Il fronça les sourcils. Il aurait cru que dans ce genre de cas, elle aurait été traitée comme un enfant normal et non un patient. A moins que, le fait qu’elle soit muette fasse d’elle un patient. Une multitude de questions se bousculèrent dans la tête du garçon, certaines auxquels il semblait facile de répondre, d’autres où c’était impossible. Elle ne pouvait pas avoir vécu comme une patiente toute sa vie quand même ? Ne connaitre que les murs de l’Institut, c’était… il ne savait pas quel mot utilisé pour qualifier ça. C’était…. Restreint ? Découvrir de nouvelles choses, c’était quand même important dans une vie. Ici, il n’y avait que les murs blancs, les mêmes chemins, les mêmes personnes. Elle n’avait jamais eu envie de rien d’autres ?

Il y réfléchit un instant et en arriva à la conclusion qu’il était logique qu’elle n’ait jamais eu envie de rien d’autres. Sans connexions quelconques avec le monde extérieur, elle ne connaissait que ce lieu. Alors pourquoi irait-elle chercher ailleurs. Mais personnes ne lui avait dit ? Qu’il y avait de belles choses dehors ? Ne ressentait elle jamais le besoin d’en apprendre plus ? Il s’arrêta de penser. Il s’emballait encore. Elle n’était pas forcément comme lui. Certaines personnes appréciaient la routine, appréciaient la facilité d’un monde restreint.

Il n’avait pas le droit de juger si vite. Il devait d’abord chercher à savoir, chercher à comprendre. Ensuite il se ferait une idée. Il ne devait pas se montrer stupide où borner. Surtout qu'elle semblait heureuse, c'était le principal. Il ne voulait pas la bousculer. Il lui demanda, avec curiosité :

- Et tu n’as jamais quitté l’ile ?







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Elle ne connut pas d'autre réaction que ces sourcils froncés, lui donnant un air faussement énervé. Elle ne comprit pas pourquoi sa réponse suscitait en lui cette réaction-là. Elle relut alors ce qu'elle avait écrit. Elle n'avait pas fait de fautes d'orthographe - ou du moins, pas à sa connaissance - et se demandait si, au final, il ne se méfiait pas un peu d'elle. Elle avait tout de même reconnu "adorer" cet endroit, alors que les autres dégénérés le déteste. Mais elle n'avait pas à se cacher, puisque c'était vrai : elle aimait cette île, ce bâtiment pur qu'elle s'amusait à tâcher de ses "pêchés", les agissements pour une bonne cause, même si ça oblige des méthodes peu orthodoxes. Non vraiment, cet endroit avait toutes les qualités du monde pour que ce soit un vrai petit paradis sur Terre. Qui plus est, la nourriture est délicieuse, le service impeccable, les chambres sont toujours propres et bien rangées, les vêtements sentent la lessive, le sol est d'une propreté à en manger par terre... Les qualités que regorgeaient cet établissement étaient trop nombreuses pour les énumérer.

« - Et tu n’as jamais quitté l’ile ? »

Elle mima un grand "Non" de la tête, la secouant à droite et à gauche. Jamais, et ce n'était pas pour lui déplaire. Elle n'avait pas à se plaindre de "l'école" où elle n'avait jamais été allée, ni des "notes" ou des "professeurs". Ici, c'étaient les médecins qui s'étaient chargés de son éducation, et ils avaient tout préparé à l'avance pour que tout se passe très bien. Ils se montraient gentils avec elle si elle ne faisait pas de bêtises, et la grondaient lorsque c'était nécessaire. Elle avait même des tas de compagnons de jeu, et ce à volonté et en renouvellement constant ! Pourquoi partaient-ils ? Pour des tas de raisons. Les médecins lui expliquaient en enjolivant les choses :"Ils sont tout simplement repartis chez eux.", "Le ciel les a appelé pour qu'ils répondent à une autre tâche.", "Les étoiles qui brillent dans le ciel, la nuit, ce sont eux qui ont accompli leur devoir ici. Ils viennent tous de l'Institut et tentent de montrer à quel point cet endroit peut être lumineux.". Elle savait maintenant que la première phrase était vraie dans 5% des cas, les deux autres explications étaient surtout là pour ne pas prononcer les mots "Mort", "Décès", "Suicide" et autres vérités immondes.

" Peut-être que tu veux savoir comment ça fonctionne quand on naît ici ? En tout cas, c'est vraiment super ! "

Elle ne mentait pas. En vérité, elle était même en train d'adoucir son ressenti. Sinon, elle allait exploser tant elle vénérait cette île aux multiples facettes.

ft. Aeden



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Elle n’était donc jamais sortit d’ici ? C’était pour le moins étonnant. Aeden aurait eu encore pleins de questions à lui poser. Il était curieux d’avoir des avis de quelqu’un qui avait été influencé uniquement par quelques adultes, dans ce qu’il considérait comme un univers totalement différent de celui dans lequel il avait pu vivre par le passé. Il se demandait s’ils avaient été honnêtes avec elle. Si elle avait eu le droit d’avoir accès à des livres, internet. Des informations. Mais, étant donné le filtre que lui-même subissait au niveau des informations, il avait un doute. Sauf qu’elle n’était pas vraiment malade. Si ? Peut-être avait-elle droit à un traitement plus favorable, plus classique. Quel genre d’éducation avait-elle reçue ? La question avait le mérite d’être posée.

" Peut-être que tu veux savoir comment ça fonctionne quand on naît ici ? En tout cas, c'est vraiment super ! "

Elle semblait sincèrement heureuse ici. Aeden hocha immédiatement la tête. Il avait envie de savoir. De connaitre ces ressentis, de savoir le genre de vie qu’elle avait pu mener. La curiosité était très forte en ce moment. Il se demandait comment serait sa propre vie, si lui-même avait passé la majorité du temps ici. Il ne serait certainement pas le même, ça il pouvait en être sûr. Il conforta son hochement de tête par quelques paroles :

« J’aimerais beaucoup, oui. Je suis curieux de savoir comment est ta vie ici. »

Il n’avait nullement besoin de feindre l’éclat de curiosité qui luisait dans son regard. En savoir plus sur elle l’intéressait sincèrement. Et plus encore, il voulait mieux comprendre le système de l’Institut. Après tout, mieux il le comprendrait, plus facile serait son séjour ici. S’il s’adaptait suffisamment bien, il n’aurait pas d’ennuis, il pourrait peut-être trouver des moyens de se procurer de la lecture plus intéressante pour passer le temps. Ensuite, il pourrait s’en aller, retrouver son petit monde normal à lui. Si quelqu’un connaissait les moyens de contourner ou de tourner les règles de l’Institut à son avantage, ce devait bien être elle. Il était prêt à tout pour chasser l’ennui qui voltigeait dans sa tête et le remplacer par des occupations plus intéressantes. Si elle trouvait sa vie si exceptionnelle, elle devait bien avoir des choses à faire. En tout cas, il l’espérait. Par contre, il savait qu’il allait devoir prendre son mal en patience le temps qu’elle écrive. Mais la réponse méritait l’effort.

Il reporta son regard sur la jeune fille. Ses yeux sombres le fixait avec intensité, et avec dans le fond des yeux une certaine reconnaissance pour l’Institut. Il s’attarda sur ses longs cheveux violet pâle Quand elle parlait de l’Institut, elle semblait s’illuminer, ce qui la rendait particulièrement belle.





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Elle le vit opiner, et elle se demandait ce qu'elle avait à raconter. Il confirma alors sa pensée. Il voulait connaître la vie que l'on menait en naissant dans ce fabuleux endroit. Elle retourna son carnet, tourna la page, et observa ce large papier blanc. Par où pouvait-elle commencer ? Elle pencha légèrement la tête pour donner cet air de réflexion, et s'accroupit par terre, sur le carrelage froid et blanc de ce couloir. Elle commença alors par son enfance et se mit à griffonner aussi vite qu'elle put.

" J'avais une chambre comme les autres patients, et j'ai toujours la même depuis mon enfance. À Noël, on m'offrait le droit de manger ce que je voulais à midi et au soir, et j'avais un cadeau offert par mon médecin qui m'éduquait et m'offrait de son temps pour m'apprendre toutes sortes de choses aussi utiles qu'un stylo qui ne crache plus d'encre. "

Mon Dieu, ce qu'elle s'ennuyait en cours ! Ils tentaient de la faire travailler, mais c'était toujours peine perdue. Cependant, ils avaient été très clairs et jamais elle ne réussit à échapper à un cours, sauf maladie. Et ce n'était pas la peine de se faire porter pâle. Ils sont médecins eux même, allez les tromper.

ft. Aeden


Spoiler:
Désolée de la réponse, je suis sur téléphone et je voulais te répondre o.o



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Aeden leva les yeux. Elle s’assit à son tour et se mit à écrire avec application. Elle semblait bien concentrée, ses deux yeux envoutant posés sur son carnet. Le garçon aimait bien la façon d’écrire de la jeune fille. Ces lettres rondes étaient très soignées, loin de l’écriture brouillonne du garçon. Il se demanda s’il devait demander comment elle s’appelait. Est-ce qu’elle s’en souvenait seulement ? Si elle était née ici, on ne le lui avait peut-être même jamais donné. B11. C’était elle. Il devait s’y faire. C’était comme ça qu’on l’appelait depuis si longtemps qu’il ne se sentait pas le droit de chercher à savoir qui se cachait derrière ces chiffres. Il reporta son attention lorsqu’elle lui tendit son carnet :

" J'avais une chambre comme les autres patients, et j'ai toujours la même depuis mon enfance. À Noël, on m'offrait le droit de manger ce que je voulais à midi et au soir, et j'avais un cadeau offert par mon médecin qui m'éduquait et m'offrait de son temps pour m'apprendre toutes sortes de choses aussi utiles qu'un stylo qui ne crache plus d'encre. "

Beaucoup de questions se bousculèrent dans l’esprit du garçon. Il se sentait aussi très différent de B11. Peut-être opposé ? Elle semblait si heureuse de la vie qu’elle menait... N’aimait-elle donc pas découvrir de nouvelles choses ? Elle préférait peut être vivre dans ce monde blanc où elle se sentait en sécurité, comme si elle ne parvenait pas à grandir. Comme si elle préférait rester pour toujours dans son œuf, sans jamais chercher à savoir ce qu’il pouvait se passer de l’autre côté. Et il pouvait la comprendre. Le monde était cruel, pleins de violence et d’injustice. Sauf qu’Aeden ne pouvait s’empêcher de voir. Il ne pouvait s’empêcher de comprendre. Il ne pouvait s’empêcher d’exister.
Les deux jeunes auraient presque pu se toucher, le carnet entre eux. Sauf que le garçon avait l’impression qu’ils étaient si loin l’un de l’autre qu’ils ne pourraient jamais se parler vraiment.

- Et ça ne t’ennuie pas de rester toujours ici ?


L’ennui était l’une des plus grandes peurs du garçon. L’ennui était quelque chose qui le rongeait tout entier, qui ne voulait pas se détacher de lui. Il avait le sentiment que si la vie n’avait rien à lui apprendre, elle n’avait plus de sens.





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- Et ça ne t’ennuie pas de rester toujours ici ?

Elle plissa les yeux et fronça les sourcils. Elle ne comprenait pas. Elle venait de lui dire que sa vie était parfaite ici, qu'elle ne voulait pas en changer. Et puis, le monde extérieur était si sale et si impur. La pauvreté, la pollution, les dictatures, la corruption, etc. Elle n'avait pas besoin d'aller autre part, elle avait tout ce qu'elle voulait ici. Elle n'avait pas besoin de travailler, elle devait juste se contenter de manger à sa faim, et ce aux heures de repas. Elle ne grignotait pas pour ne pas fausser le travail des médecins. Elle prenait ses douches, et parfois recevait des cadeaux.
Aller à l'extérieur, quitter l'Île... Ces idées la firent frissonner de peur.
Elle écarquilla les yeux sous la stupeur. Elle était angoissée à l'idée de partir de l'Institut... C'était sa seule et unique peur, et elle venait de le découvrir.
Elle planta son regard dans celui du garçon, et afficha un air étrange.

Elle se redressa doucement et légèrement, les mains glissant le long de ses cuisses dénudées. Elle commençait à avoir froid. Sa peau, en contact avec le carrelage, n'aidait pas à la réchauffer.

Elle fixa alors le carnet, le regard dans le vague. Quelle était sa question, déjà ? Ah oui, si ça ne l'embêtait pas de rester ici pour toujours.

Elle cligna plusieurs fois des yeux pour reprendre ses esprits, et reprit son stylo.

" Non. Je suis née ici, pourquoi vouloir mourir autre part ? "

Elle se leva, laissant le calepin à terre, qu'elle fixait toujours. Elle n'avait jamais ressenti ce genre d'émotion. C'était quoi, ça ?

ft. Aeden


Spoiler:
Je pensais pas que c'était possible de perturber Elizabeth, mais Aeden l'a fait ! o_o



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Il fut surpris de voir défiler les émotions sur son visage. L’incompréhension, puis la peur. Aeden se demanda s’il avait formulé sa question correctement. Il ne voulait pas lui faire de peine. Il aurait peut-être dû s’abstenir. Après tout, elle était née et avait vécue ici. Elle semblait ne pas vouloir autre chose. Mais de là à avoir peur de l’extérieur… c’était pour le moins étrange. Avait-elle vécue un traumatisme dans sa vie ? C’était peut-être pour cela qu’elle ne parlait pas. Il s’en voulut un peu. Si ça se trouve, il avait réveillé quelque chose de douloureux.

- Non. Je suis née ici, pourquoi vouloir mourir autre part ? "

Sa réponse était bizarre, mais en accord avec sa réaction. Les deux jeunes ne s’étaient pas bien compris. Aeden ne parlait pas de partir pour toujours mais bien de découvrir de nouveaux horizons avant de rentrer au bercail. Mais comprenait-elle seulement le concept de voyage ? Le garçon se mordilla la lèvre du bas, nerveusement. Il ne savait pas s’il devait insister, passer à autre chose, se taire. Elle semblait soudain beaucoup plus fragile et ce n’était pas normal. Elle semblait si sûre d’elle depuis le début de la conversation. Elle avait tout de suite prit le pas et Aeden s’était sentit pousser en retrait.
Hors, il ne sentait plus sa présence comme écrasante. Il capitula, trop soucieux de ce changement brusque de la part de B11. Il n’avait clairement pas envie de lui faire du mal, de quelques manières que ce soit :

– Tu as probablement raison. Alors comme ça, tu n’aimes pas apprendre ?

Il lui lança un sourire en coin, encourageant. Il reprenait sur ce qu’elle avait dit précédemment sur les enseignements que son médecin lui avait donné. Après tout, cela aussi rendait le garçon curieux. Il ne comprenait pas qu’elle puisse montrer aussi peu d’intérêt pour ce qui l’entourait. Ne souhaitait-elle donc pas savoir pourquoi les choses étaient comme elles étaient ? D’une certaine façon, Aeden pouvait imaginer que cela soit possible. Après tout, qui s’inquiétait que les choses fonctionne, si c’était en bien ? A part lui bien sûr. C’était plus encombrant qu’autre chose





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Lorsqu'elle releva les yeux sur lui, elle le vit mordiller sa lèvre inférieure. Pourquoi ? Il n'avait rien dit de blessant, d'humiliant, de... Oh. Il était excité par la présence de B11 ?
Elle prit un air plus assuré, un léger sourire se dessinant sur ses lèvres.

– Tu as probablement raison. Alors comme ça, tu n’aimes pas apprendre ?

Apprendre ? Et "probablement raison" ? Bien sûr qu'elle avait raison, puisque c'était son avis !
Et apprendre... Apprendre était barbant. Rien d'intéressant dans l'apprentissage tant adulé par les adultes pour éduquer leur enfant, et nia, et nia, et nia. Faire les bébés étaient cent fois plus intéressants et captivants que de les éduquer. Non : de les élever. Ce sont des bêtes, ces petits monstres. B11 était la première à le savoir : elle-même était démoniaque lorsqu'elle était enfant.
Elle écrit un "Non", rapide et simple, sur le carnet. Non, elle n'aimait pas apprendre. Elle n'y voyait ni ne comprenait l'intérêt.

Elle balança ses cheveux en arrière, et replaça une mèche derrière son oreille droite. Il n'était toujours pas très à l'aise avec les conversations...
Des pas se firent entendre et les gens commençaient doucement à se réveiller. Elle regarda le garçon et, après avoir fini d'écrire sur le carnet, le retourna pour qu'il puisse lire :

" Si tu veux continuer cette conversation, on ferait mieux d'aller autre part. Si non : Sayonara ! J'espère te revoir, toi et tes beaux yeux <3 "

ft. Aeden



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Son « non » était court. Comme si elle ne souhaitait pas développé. Ou plutôt comme s’il n’y avait rien à développer. Aeden qui était d’une curiosité sans limite ne c’était jamais retrouvé face à une telle situation. Tout le monde était intéressé par quelque chose. Au moins une chose. Elle devait forcement avoir envie d’apprendre. Peut-être pas ce que ces médecins lui apprenait, peut-être qu’elle trouverait s’il lui faisait découvrir de nouveaux thèmes ? Elle agita ces longs cheveux violets et les plaça derrière ces épaules. Il continuait à être captivé par sa beauté sauvage, et son regard intense. Il avait encore pleins de questions qui lui brulaient le palais, mais des bruits insistant se faisaient entendre autour d’eux. L’Institut se réveillait. Il jeta un coup d’œil vers l’horloge. Il ne devait pas trainer s’il ne voulait pas être en retard à son rendez-vous médical. Il était le premier patient d’Aarons. Le docteur le prenait en charge tous les matins, disant que s’occuper d’un cas moins comme lui, lui permettait de commencer la journée en douceur. Probablement parce que son cas manquait d’intérêt. Cela arrangeait le garçon. Il reporta son attention sur B11, elle avait écrit :

" Si tu veux continuer cette conversation, on ferait mieux d'aller autre part. Si non : Sayonara ! J'espère te revoir, toi et tes beaux yeux <3 "

Le rouge lui monta immédiatement aux joues. Pour se donner une certaine contenance, il se releva sur ses jambes engourdies. Il tendit une main timide à B11, pour l’aider à se relever et se plongea dans les deux yeux sombres de la jeune fille. Il lui répondit finalement, avec une légère pointe de déception :

- J’ai rendez-vous avec mon médecin, mais j’espère aussi te revoir.


Il aurait voulu continuer cette conversation, plutôt que d’aller à sa consultation qui serait sans aucun doute d’un ennui mortel. Mais le règlement de l’Institut était clair, et il n’était pas du genre à faire d’écart. Il devrait garder ses questions, sa curiosité et tout ce qui allait avec pour une prochaine fois. Il se dirigea vers la porte, non sans un dernier regard en arrière :

- A une prochaine fois B11.


Prononcer son numéro lui faisait bizarre, mais il n’aurait su dire pourquoi, il trouvait que ce n’était pas si mal. Après tout, elle y était habituée depuis toute petite, ça devait lui sembler naturel. Il s’éloigna dans les couloirs immaculés de l’Institut.






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