Réflexion |feat Agnès|
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W81
Mer 28 Fév - 23:02

Elle vient d’un monde presque irréel.
Le vent dans les cheveux, elle regarde l’horizon.
Dans le silence, elle entend une petite voix chanter en elle.
Elle peut presque voir danser les alluvions.
Un sourire se pose sur son visage.
Serait-ce un mirage ?
Qui pourrait l’affirmer
Sans en ôter toute l’accidentelle beauté
La jeune fille se tient droite, sur de gros rochers. Elle sait qu’elle ne devrait pas être là alors qu’il fait encore si froid dehors. Mais elle n’a pas pu s’en empêcher. Elle s’est couverte en conséquence, à même troqué ses robes et ses jupes pour un pantalon en toile. Elle n’avait jamais vu la mer, encore moins l’océan, avant son arrivée à l’Institut. C’était saisissant. Immense. Magnifique. Combien de choses encore n’avait-elle pas vu, confiner dans son manoir ? Elle avait déjà pu saisir l’ombre du monde. Maintenant, elle voulait en saisir la lumière.

Elle ne regrettait rien pourtant. Elle était reconnaissante. Le manoir avait été de nombreuses années son sanctuaire. Elle connaissait l’emplacement de chaque objet, chaque couleur qui le composait. Le vertige de la nouveauté ne la surprenait jamais là-bas. Ici, les choses étaient différentes. Elle ne faisait que découvrir. Elle avait envie de se perdre dans cette sensation à faire tourner la tête mais elle avait peur de ne plus retrouver son chemin ensuite. La nature surtout différait de ce qu’elle connaissait. Elle et les hommes. Elle était habituée à l’ordre d’une propriété bien entretenue, aux arbres taillés et à la pelouse impeccable. La nature était bien plus que ça. Elle était sauvage, libre et magnifique. Elle pouvait entendre le vent ne chanter rien que pour elle. Elle ne sentait plus autant le vide au creux de l’estomac. Elle avait envie de se laisser porter. Tourner sur elle-même à toute allure jusqu’à être trop essoufflée.

Les hommes, elle n’en connaissait pas grand-chose. Ici, elle n’était ni dans son manoir, ni dans une chambre privée d’hôpital. Même si elle ne mangeait pas avec les autres, elle les croisait. Elle les observait qui trainaient ensemble, qui parlait, pleurait, riait. Sans aucune retenue, ni pudeur. C’était à la fois gênant et joliment simple. Elle qui avait appris que montrer ces émotions n’étaient pas correct, se trouvait entourer de gens incapables de faire autrement. Elle se demandait si elle appartenait à ce monde. Ou si elle s’était juste perdue en chemin. Mais pouvait-elle faire autrement que de se perdre dans la contemplation de l’infini océan ?


Hors rp:
C'est assez court et assez introspectif donc si ça te plait pas je peux changer sans problème
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Secrétaire de Donatien
Sam 3 Mar - 13:32
Agnès avait terminé relativement tôt aujourd’hui. Elle était sortie de son bureau à 17h30, c’était assez exceptionnel. Il fallait dire qu’elle avait été d’une efficacité incomparable aujourd’hui et comme elle n’était pas peu fière, elle avait décidé de s’autoriser cette sortie prématurée. Elle avait enfin terminé toute la paperasse administrative qu’avait générée la refonte des catégories de patients, c’était une chose à fêter ! Alors pour l’occasion, elle avait entamé un nouveau paquet d’arlequin, toute seule, dans sa chambre, et puis elle avait commencé à déprimer. Personne d’autre qu’elle-même pour la féliciter. Personne ne reconnaissait son travail ici. Pas même un petit mot gentil de son patron. Pas même un petit sourire. Elle avait pourtant abattu une quantité colossale de travail en moins d’un mois, sans compter ses heures, sacrifiant ses pauses et même son sommeil pour terminer au plus vite cette tâche ingrate, fastidieuse, et pourtant nécessaire, d’une importance capitale même ! et tout ça pour que cela passe complétement inaperçu. Pas qu’elle aurait voulu qu’on célèbre ou qu’on élève une statue en son honneur non, elle aurait juste voulu une petite marque de gratitude. Trois fois rien. Juste un merci.
Elle avait donc noyé sa peine en ouvrant un autre paquet de bonbons, puis un de chocolat et puis au bout d’une demi-heure, quand elle parvint à relativiser et à épancher un peu son chagrin, le spectacle qui s’offrit à elle la catastropha. Elle se vit de l’extérieur : une femme seule dans sa chambre, les cheveux en bataille, les yeux gonflés, entourée d’emballages vides et de mouchoirs usagés ; et elle se trouva pathétique.
Elle inspira donc un grand coup, se tapotant vigoureusement les joues et se rappelant mentalement à l’ordre. Ce n’était pas une attitude digne, elle devait se reprendre. Elle se débarrassa de tous ces déchets, tout en désespérant de constater qu’elle avait pu grignoter autant. Ses bonnes résolutions n’avaient encore une fois pas tenu longtemps, elle allait mettre des semaines à rattraper ces excès ! Elle avait intérêt à s’y mettre tout de suite. Elle se passa donc rapidement le visage sous l’eau froide pour atténuer les marques qui indiquaient qu’elle avait pleuré, se recoiffa rapidement et enfila son manteau avant de sortir comme un ouragan. Elle allait marcher jusqu’à l’heure du repas et ce soir, elle mangerait light.
Comme elle détestait la forêt brulée, paysage sinistre qui sonnait pour elle comme un mauvais présage, ses pas se portèrent naturellement vers les côtes. Ca faisait longtemps qu’elle n’y avait pas mis les pieds, engloutie comme elle l’avait été par son travail et elle avait oublié à quel point l’air salin de la mer lui faisait du bien. L’océan, immense et majestueux, la faisait se sentir plus proche que jamais du Seigneur et cela apaisait son cœur et la ressourçait. Si elle était revenue plus tôt, elle n’aurait peut-être pas craqué comme elle l’avait fait. Le vent soufflait fort, faisant claquer le tissu épais de sa jupe mais heureusement, ses collants polaires lui tenaient chaud. Et au pire, elle se réchaufferait en marchant.
Alors qu’elle avançait, une silhouette commençait à se dessiner. Une jeune fille, Katerina si elle se souvenait bien, se tenait là, le regard un peu dans le flou. Elle semblait perdue dans ses pensées, peut-être même un peu contrariée. Son instinct maternel reprit instantanément le dessus. Elle s’approcha et posa gentiment une main sur son épaule.

- Tout va bien Katerina ?

Elle fouilla sa poche à la recherche d’un rescapé de son grignotage compulsif mais à sa grande déception, elle n’y trouva qu’un papier doré vide qu’elle présenta en haussant des épaules, un sourire désolé aux lèvres.

- Il semblerait que mon stock soit épuisé, désolée… La prochaine fois tu en auras deux ?


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W81
Dim 4 Mar - 23:10

Une voix la tira de ses pensées. A côté d’elle, Mlle Dessanges. Elle semblait chercher quelques choses dans sa poche. Un bonbon probablement. Katerina était là depuis suffisamment longtemps pour savoir que la secrétaire de Donatien était très maternelle envers les patients. Elle écoutait les conversations des autres patients de loin. Ça lui donnait le sentiment de participer un peu. Il en discutait toujours en bien, et avec enthousiasme. Elle semblait avoir la côte auprès des jeunes.

- Ça va mademoiselle Dessanges. Je vous remercie de vous en inquiétez.

Katerina eut un sourire qui se voulait rassurant sur son état puis retourna à une expression plus neutre. Mlle Dessanges avait un emballage doré dans les mains, et un air désolé. Katerina aurait souri d’une pareille attitude si la voix d’Andrei n’avait pas résonné dans sa tête, la rappellent à l’ordre. Elle ne voulait pas donner l’impression de se moquer. Elle se contenta donc de fixer l’emballage vide. Elle n’était pas une grande mangeuse de bonbons. Elle en gardait pourtant de bons souvenirs. Elle se rappelait d’après-midi au coin du feu, dans la cuisine. D’Ivanna qui sortait de la poche de son tablier un chocolat, dans un emballage métallique. Qu’elle le lui glissait dans la main avec un clin d’œil, un doigt sur sa bouche. Cela faisait partie de leurs petits secrets. La jeune fille glissa les mains dans les poches de sa longue veste cintrée, dans le but de les réchauffer. Elle ne voulait pas attraper un rhume. Elle n’aurait pas dû sortir d’ailleurs, son médecin ne serait certainement pas content de la voir trainer dehors. Même si il faisait plutôt doux pour la saison, le vent balayait les côtes.

- Il semblerait que mon stock soit épuisé, désolée… La prochaine fois tu en auras deux ?

Katerina lui adressa un sourire de gratitude dosé. Elle abaissa la tête, les yeux vers le sol, avec déférence :

- C’est très aimable de votre part mais ce n’est pas nécessaire mademoiselle. Merci tout de même.

Elle releva le regard. Ne put s’empêcher de constater que la secrétaire avait les traits tirés. Il ne devait pas être facile d’accomplir les tâches administratives d’une grosse structure comme celle de l’Institut. Elle était certaine que c’était son tour de s’enquérir de l’état de la jeune femme. C’était comme cela qu’elle avait pris l’habitude d’engager la conversation, malgré que la réponse à une telle question fût laconiquement positive.

- Comment vous portez-vous ?

Elle avait failli lui demander la permission de lui demander comment elle allait, mais elle savait que ce chemin détourné n’était pas celui prit par la majorité des gens. Elle ne voulait pas embarrasser la conversation de phrases maniérées au risque d’ennuyé son interlocutrice.
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Secrétaire de Donatien
Mer 7 Mar - 20:29
- Ça va mademoiselle Dessanges. Je vous remercie de vous en inquiéter.

Agnès regretta d’être intervenue, elle avait l’impression d’avoir interrompu la jeune fille dans ses pensées et elle n’aurait pas dû. Ce n’était pas poli. Aussi, elle était d’autant plus désolée de ne pas avoir de bonbons sur elle pour se faire pardonner. Et l’air neutre de celle-ci face à cette annonce rendait ses pensées indécryptables, ce qui ne l’aidait pas vraiment à sentir mieux. Si ça se trouvait, elle avait entendu parlé des bonbons qu’elle donnait et elle était extrêmement déçue de ne pas avoir le sien ? Elle avait l’impression de commettre une injustice.

- C’est très aimable de votre part mais ce n’est pas nécessaire mademoiselle. Merci tout de même.

Oh que si c’était nécessaire ! Même indispensable. C’était déjà suffisamment inadmissible qu’elle ne puisse pas lui en donner un aujourd’hui alors elle comptait bien réparer cette erreur. Elle sortit un stylo de sa poche et nota sur le dos de sa main « paquet de Werthers ». Voilà, comme ça, elle penserait à un recommander un pour le prochain ravitaillement.
Elle était en train de le ranger quand la voix de Katerina attira de nouveau son attention.

- Comment vous portez-vous ?

Agnès releva lentement la tête et regarda longuement la jeune fille qui lui faisait face. Il lui semblait que cela faisait une éternité que personne ne lui avait posé la question. Que personne ne s’était inquiété pour elle. Cela lui fit une étrange sensation. Tout d’abord parce que d’ordinaire, c’était elle qui s’inquiétait pour les autres, et non l’inverse. Et ensuite, parce que l’inquiétude de cette jeune fille, dont elle connaissait le dossier par cœur mais qu’elle ne connaissait personnellement qu’à peine, lui fit soudain réaliser plusieurs choses.
1 - Elle devait être dans un état déplorable pour que quelqu’un lui demande si ça allait.
2 – Personne ne lui demandait jamais si ça allait
3 – Non, ça n’allait pas
Elle eut de nouveau envie de pleurer. Elle contint son émotion de son mieux, mais son visage la trahissait. Elle n’avait jamais été capable de masquer ce qu’elle ressentait. Elle tenta de sourire, mais ce sourire sonnait faux. Elle inspira profondément avant de répondre vaguement un « je vais bien » qui sonnait encore plus faux. Elle était pitoyable. Un rire sans joie s’échappa de sa gorge.

- A qui je vais faire croire ça ? Lâcha-t-elle comme pour elle-même.

Mais elle n’avait pas à faire subir son mal-être à qui que ce soit, encore moins à un patient, ils en avaient déjà suffisamment avec leurs propres problèmes, elle ne devait en rajouter avec les siens. Les siens étaient d’ailleurs minables en comparaison. Qui oserait se plaindre d’un manque de considération et de reconnaissance face à une enfant dont les jours étaient comptés à cause du SIDA ? Finalement, elle aurait mieux fait de ne pas sortir. Elle n’aurait pas ennuyé cette pauvre fille qui souhaitait probablement être seule avec ses pensées face à la mer.
Il fallait qu’elle s’en aille. Alors pourquoi ses jambes restaient obstinément plantées sur place ? Elle était fatiguée. Affreusement fatiguée. Alors, elle se laissa glisser sur un rocher non loin, espérant que cette faiblesse ne serait que momentanée, qu’elle puisse laisser Katerina en paix.


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W81
Jeu 8 Mar - 23:26
Contrairement à ce à quoi s’attendait le jeune russe, Mademoiselle Dessanges ne lui répondit pas le laconique « ça va » auquel elle aurait pu l’attendre. Elle la fixa un long moment. Mal à l’aise, Katerina s’appliqua à détourner le regard une ou deux fois. Elle se demandait si elle avait dit quelque chose d’aberrant. En général, lorsqu’Andrei la regardait avec un long silence, elle savait qu’elle avait fait quelque chose de mal. Elle rembobina dans la conversation, incapable de mettre la main sur ce qui n’allait pas. Est-ce que cela venait de son attitude ? Aurait-elle du demander la permission ? Le visage de son interlocutrice se décomposa. Elle ne s’attendait pas vraiment à ça. Elle se gratta le poignet, inquiète.

Elle tenta de plaquer un sourire sur son visage mais cela ressemblait presque plus à une grimace. Katerina avait remarquée depuis longtemps maintenant, que contrairement à ce que son père adoptif lui avait si souvent répété, montrer ces émotions étaient loin d’être un signe de faiblesse. Sauf dans ce cas précis. Et pourtant, Mademoiselle Dessange continuait à perdre pied. Elle commença par répondre qu’elle allait bien mais elle embraya aussitôt sur un rire sarcastique :

- A qui je vais faire croire ça ?


Katerina regarda la jeune femme s’effondrer comme un château de carte. C’était à la fois fascinant et dérangeant. Elle n’était pas sensé assister à ça. Elle aurait dû détourner les yeux avec pudeur. Mais c’était aussi une chose qu’elle n’avait jamais vu auparavant. Et elle était là de toute façon. Elle l’avait vu craqué. Il était trop tard pour faire demi-tour. C’était quelque chose qui n’arriverait peut être jamais à la jeune fille. Elle n’avait pas de vrai raison de craqué. Elle n’avait pas de problèmes. Pas comme les gens normaux. Pas de vie à gérer. Pas d’avenir. Elle était libre de ne se soucier de rien.

La jeune fille décida de s’assoir à côté de Mademoiselle Dessanges, en silence. Il aurait été impoli et inutile d’essayer de lui extraire des informations en l’assommant de question. Elle avait juste besoin de calme. Quelques instants de silence, pour se ressourcer. Katerina savait que la secrétaire était une femme très impliquée dans son travail. Peut-être trop d’ailleurs. Elle laissa s’écouler quelques minutes, profitant elle aussi du silence et de la brise sur son visage.
- Vous souhaitez discuter ?


Sa question polie lui permettait de savoir ce que désirait Mademoiselle Dessanges. Elle ne savait pas ce qu’elle était supposée faire ou dire dans une telle situation, désarmée face à la situation, il lui suffisait de s'en tenir à la logique. Elle supposait que si cette dernière souhaitait parler, elle pourrait au moins écouter.

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Secrétaire de Donatien
Lun 12 Mar - 21:28
Agnès se força à respirer lentement pour réprimer les sanglots qui menaçaient de refaire surface. Elle s’accordait deux minutes à rester assise ici et pas une seconde de plus. Elle ne devait pas embêter Katerina plus qu’elle ne l’avait déjà fait. Cependant, la jeune fille vint s’asseoir à ses côtés. Peut-être n’était pas plus embêtée que ça de sa présence. Contre toute attente, elle apprécia ce geste. Elle détestait montrer la moindre faiblesse devant qui que ce soit mais… La présence de la russe avait quelque chose d’apaisant. Aussi, elle ferma les yeux, se concentrant sur elle, sur l’odeur de la mer et bruit des vagues, le vent contre sa peau… Elle tentait de faire taire ses pensées. Ce ne fut pas d’une grande efficacité mais lorsque la voix de la jeune fille lui fit rouvrir les yeux, elle se sentait un peu mieux.

- Vous souhaitez discuter ?

La secrétaire ne répondit pas tout de suite. Elle sentait que si elle le faisait, elle aurait de ridicules trémolos dans la voix. Alors elle regarda l’horizon encore un peu avant de se lancer.

- C’est gentil Katerina. Désolée que tu aies dû assister à ça. C’est vrai que j’ai quelques soucis en ce moment mais rien de comparable aux tiens.

Elle se retourna vers elle et posa une main sur son épaule en souriant. Tous ses gestes étaient empreints d’une lassitude et d’une tristesse sourdes.

- Tu sais, quand je suis arrivée ici, je me réjouissais à l’idée de travailler avec des enfants et des jeunes.

Même si le travail dont l’accablait Donatien l’empêchait de les voir aussi souvent qu’elle voulait, elle prenait ce plaisir le plus souvent possible. C’était l’une de ses grandes raisons de rester, à égalité avec la conviction qu’elle avait la mission de changer le médecin en chef pour le meilleur.

- Vous êtes un peu les enfants que j’aurais voulu avoir…

Prise d’un élan de tendresse, elle déplaça sa main le long d’une mèche qui encadrait le visage de la jeune fille puis laissa glisser son index le long de sa joue, dans un geste maternel.

- J’aurais adoré t’avoir pour fille, si gentille, si calme et si jolie.

Elle se prit à rêvasser. Katerina était vraiment sa fille et elle l’emmenait en vacances au ski, faire des essayages dans une boutique, préparait le goûter pour ses meilleures amies lors de ses pyjamas-partys… Une larme qu’elle n’avait pas anticipée s’échappa de ses paupières et roula sur ses joues rondes. C’était bien beau de se faire des films. Ca n’arriverait jamais. Katerina ne sortirait probablement jamais de l’Institut guérie et même si c’était le cas, elle avait sa propre famille qui l’attendait. La main de la femme brune se crispa sur la couche de vêtements qui recouvrait son ventre. Son ventre, ce traître qui ne lui permettrait jamais de vivre le rêve de sa vie.



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W81
Mar 13 Mar - 0:35
Un second silence prit place, mais plus court que le premier. La jeune fille attendait avec patience :

- C’est gentil Katerina. Désolée que tu aies dû assister à ça. C’est vrai que j’ai quelques soucis en ce moment mais rien de comparable aux tiens.

De comparable aux siens ? Elle voulait probablement parler du sida. A vrai dire, ce n’était pas vraiment un souci pour elle. Sa maladie était comme une partie intégrante d’elle. Elle avait vécu avec depuis toujours. Alors, elle n’avait jamais été privée de certaines choses, vu qu’elle ne les avait pas connus. Cela ne la gênait pas, par exemple, d’avoir un voile transparent qui flottait devant son œil droit. Elle n’avait jamais connu une vision parfaite. Oh, parfois, cela l’agaçait. Mais comme le physique agaçait certains adolescents de temps à autre. Sans plus, ni moins.  Mademoiselle Dessanges, elle, transpirait la tristesse. Elle semblait au bord d’un gouffre sans fond. Katerina était impressionnée de pouvoir lire tant de chose chez la secrétaire. Elle posa sa main avec douceur sur l’épaule de la patiente. Ce geste maternelle semblait si naturel.

-Tu sais, quand je suis arrivée ici, je me réjouissais à l’idée de travailler avec des enfants et des jeunes. Vous êtes un peu les enfants que j’aurais voulu avoir… J’aurais adoré t’avoir pour fille, si gentille, si calme et si jolie.


La douceur de ces gestes chamboula Katerina. Elle avait soudainement l’impression que c’était elle qu’on consolait, qu’on rassurait. Elle était vraiment touchée par ce que lui disait Mademoiselle Dessanges. Elle avait ce même côté maternel qu’elle avait connu chez Ivanna. Cette même lueur dans le regard. Ce même regret. Elle ne pouvait prononcer un mot. Pas quand elle savait ce qu’était prêt à faire ce genre de femme pour les personnes qu’elles aimaient. Mais elle, elle n’était pas juste une jeune fille gentille, calme et jolie. Un souvenir voulut se frayer un passage. Un livre, des anges…mais elle l’étouffa avec force. C’était derrière elle…

La larme qui roula sur la joue de la secrétaire était seule, mais c’était si impactant. La jeune fille posa sa main sur celle d’Agnès. Katerina avait reçu peu de gestes d’affection dans son enfance, cela la touchait d’autant plus. Certes, la jeune fille n’était pas très câline, mais elle restait humaine. Et tout humain a besoin de geste affectueux. Elle aurait pu dire à Agnès à quel point elle aurait fait une mère formidable, mais c’était là tout le drame. Parce que la secrétaire le savait. Mais aussi parce qu’elle ne le deviendrait jamais. Katerina n’avait pas besoin de déduire grand-chose pour en arriver à cette conclusion.  

-Vous avez un tas d’enfants qui comptent sur vous ici. Et vous êtes là pour eux. Vous êtes une belle personne Mademoiselle Dessanges, et il semble que vous fassiez un remarquable travail au sein de l’Institut.  


Katerina tourna le visage vers l’océan, sereine à nouveau. Elle sentait descendre l’émotion qui lui avait étreint l’estomac l’espace d’une seconde. Elle serra les doigts autour de la main de son interlocutrice avec douceur, l’éloignant de son visage. Elle continua :

-Mais vous devez prendre soin de vous aussi. Personne ne le fera à votre place.


Les livres et les anges ressurgirent. Katerina frémit doucement. Elle ne perdrait pas contre ses souvenirs. Elle avait décidé d’oublier il y a bien longtemps déjà. Lorsqu’elle avait quitté le manoir, elle avait laissé ça derrière elle. Ces yeux bleus se posèrent à nouveau sur Mademoiselle Dessanges et elle termina sa tirade :

-Même si c’est dur de partager ces fardeaux avec les autres, c’est nécessaire.

Et elle savait bien de quoi elle parlait.
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Secrétaire de Donatien
Lun 19 Mar - 21:38
Toute à sa tristesse, Agnès ne réalisa pas à quel point son geste tendre chamboula la jeune fille. Et c’était probablement tant mieux, sinon, elle aurait culpabilisé plus qu’elle ne pouvait le supporter à l’instant. Elle avait encore la liste de prénom qu’elle aurait donné à ses enfants. Elle défilait devant ses yeux vitreux. Anna, Louison, Astrid, Marie, Madeleine, Coline, Jean, Peter, Jules, Marius, Matthéo… Mais la voix de Katerina interrompit ce défilé qui lui faisait tant de mal.

-Vous avez un tas d’enfants qui comptent sur vous ici. Et vous êtes là pour eux. Vous êtes une belle personne Mademoiselle Dessanges, et il semble que vous fassiez un remarquable travail au sein de l’Institut.

Elle leva les yeux vers elle, même si celle-ci ne la regardait plus. Ce qu’elle disait la touchait énormément. Les mots de la jeune russe avaient touché juste, au plus profond de son cœur. Elle réprima un nouveau sanglot, qui aurait plus témoigné de son émotion que de son malheur pour le coup. Elle sentit ses doigts s’enrouler autour des siens et y exercer une légère pression. Le genre de pression qui signifiait qu’elle était là pour elle. Ca avait quelque chose d’étrange, de se faire réconforter par cette toute jeune fille, pour l’adulte qu’elle était. Les rôles auraient dû être inversés, mais pour l’heure Agnès en était bien incapable et aucun adulte n’était là pour l’épauler. Elle ne connaissait que trop peu Jimin Lee et Astrid pour se confier à elle, et Hyppolite ne comprendrait pas mieux que Donatien. Quand à Ange Barrabil, l’idée ne pouvait même pas lui effleurer l’esprit.

-Mais vous devez prendre soin de vous aussi. Personne ne le fera à votre place. Même si c’est dur de partager ces fardeaux avec les autres, c’est nécessaire.

A ces derniers mots, Katerina reposa son regard sur elle. Le silence s’installa quelques instants pendant qu’Agnès s’imprégnait de ce qu’elle avait voulu dire. Elle avait raison. A trop vouloir se dévouer aux autres, elle en oubliait trop souvent ses propres besoins. Ces derniers temps en particulier, elle tirait beaucoup trop sur la corde. C’était dans sa nature, elle ne savait pas vraiment comment faire autrement. Ses parents l’avaient éduquée dans cet esprit de don de soi aux autres, de générosité sans limites, et avaient oublié de lui apprendre à se préserver elle-même. Pouvait-elle vraiment apprendre à vivre autrement à 29 ans bien sonnés ? Elle n’en était pas si sûre. Cela valait-il vraiment la peine d’essayer ? D’apprendre à accepter les mains tendues que lui offraient les autres et à parfois refuser la sienne ? Elle culpabiliserait bien trop.
Comme Katerina avait frémi quelques secondes auparavant et qu’Agnès n’était pas sûre de savoir comment l’interpréter, elle supposa qu’elle devait avoir froid – ce n’était pas incohérent avec la morsure du vent – et enleva sa propre écharpe pour la lui mettre autour du coup avant de remonter la fermeture éclair de son manteau pour protéger sa gorge.

- Tu es bien philosophe et bien sage pour ton âge. Remarqua-t-elle à haute voix.

Elle avait l’étrange sensation que la jeune fille savait ce dont quoi elle parlait, qu’elle avait de l’expérience dans le domaine et cela la rendait un peu curieuse mais elle était beaucoup trop polie et discrète pour lui poser frontalement la question.

- Mais je trouve ça égoïste de décharger une partie de ses fardeaux chez les autres.

On ne jetait pas ses poubelles dans la cour des voisins, ça ne se faisait pas. Mais si c’était d’un commun accord…

- Ca me paraitrait plus juste de les partager.

L’intonation de sa voix monta légèrement dans les aigus à la fin de sa phrase, rendant difficile à distinguer l’affirmation de la question. Elle se disait simplement que si elle pouvait l’aider en retour, l’écouter un peu à son tour, elle culpabiliserait probablement moins de l’ennuyer avec ses problèmes si elle lui faisait un tant soit peu part des siens.
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W81
Mar 20 Mar - 0:22
Agnès ôta sa grosse écharpe et la passa autour du cou de Katerina. Celle-ci la remercia du regard. Encore une fois, la secrétaire avait le geste rassurant d’une mère. La morsure du froid lui semblait bien moins forte maintenant, avec cette écharpe moelleuse. Et pas seulement au niveau du cou. Elle pouvait sentir naitre une chaleur différente au creux de son ventre. Un sentiment de bien-être. Elle se sentait bien en présence d’Agnès.

- Tu es bien philosophe et bien sage pour ton âge.

Katerina ne se sentait pas philosophe. Elle avait juste eu une éducation irréprochable. Et de temps à autre, elle essayait de s’y accrocher malgré tout ce qu’elle avait fait. Et pour la sagesse… Elle devait être fidèle à ce qu’elle avait appris. Elle devait bien ça à Andrei. Elle laissa Agnès continuer sans la couper pour lui faire de remarques qui aurait été assez inutile sur ce qu’elle était ou n’était pas.

- Mais je trouve ça égoïste de décharger une partie de ses fardeaux chez les autres.


Elle laissa son regard s’éloigner à nouveau, évitant de montrer la pointe d’amertume qui s’y était glissé un instant. Si ces sages paroles lui avaient été apportées plus tôt… il y aurait peut-être eu une meilleure solution. Elle était plutôt égoïste elle. Elle ne s’était pas encombrer de ces fardeaux. Elle avait préféré la facilité. Agnès n’était pas comme elle. Elle était trop protectrice pour ça. Elle avait trop d’amour à donner. Elle était adorable. La jeune russe eut un léger sourire. Vraiment, la secrétaire était une perle. Certes, elle était en ce moment une perle en larme, mais ce n’était pas souvent le cas, semblait-il

- Ca me paraitrait plus juste de les partager ?


Katerina ramena son regard vers Agnès. Il y avait une pointe de curiosité dans sa voix. Avait-elle ? Est-ce que la jeune russe avait manquée de discrétion ? Avait-elle laissé échapper un signe qui puisse indiquer qu’elle avait besoin de parler. Elle se força à garder son calme. Ce n’était rien. Les choses étaient tellement sous entendues qu’elle n’avait de toute manière rien à raconter. De toute façon, le seul fardeau qu’elle devait supporter à l’institut c’était la solitude. Et ce n’était pas très différent de ce qu’elle avait toujours vécu alors cela lui était égal. Elle préférait rester seule qu’être mal accompagnée. Elle s’exprima, en posant une question rhétorique pour s’assurer qu’elle avait bien compris :

- Nous serions confidentes ?


Cela lui allait. Même si elle n’aimait pas spécialement raconter sa vie ou s’apitoyer sur son sort, cela lui arriverait peut-être un de ces jours. Et elle préférait avoir une épaule pour la consoler le jour où ça arriverait. Une épaule forte et presque familière. Comme celle d’Ivanna. Elle prendrait garde par contre, à éviter de trop se décharger.

- Je dois bien avouer que je me sens un peu seule ici. Je serais ravie d’avoir quelqu’un avec qui parler, sans contrainte.


Elle lui adressa un sourire sincère. Elle se sentait à l’aise avec la secrétaire. Elle ressentait moins le besoin de brider ce qu’elle ressentait ou ce qu’elle disait. Mais elle n’en oubliait pas pour autant son éducation. Hors de question de faire n’importe quoi sous prétexte qu’elle se sentait en confiance.
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Secrétaire de Donatien
Lun 2 Avr - 19:29
- Nous serions confidentes ?

Le regard que lui lança Katerina en même temps qu’elle prononça ces mots lui semblait un rien gêné et interloqué. Avait-elle dit quelque chose qu’il ne fallait pas ou était-elle simplement incrédule face à sa proposition ? Dans le second cas, elle comprenait. Elle-même était assez surprise de ce qu’elle lui disait. Après tout, elle avait toujours été très protectrice envers les patients, qu’elle considérait comme ses enfants et une mère ne se confiait pas à ses enfants. Mais même envers Hyppolite, qui était pourtant un rien plus âgé qu’elle, elle agissait de même. Et maintenant qu’elle y pensait… Katerina n’était pas si jeune que ça. Elle avait une vingtaine d’années, et elles n’avaient guère plus de 8 ans de différence. A cet âge-là, elle était assez peu perceptible. Mais l’espace d’un instant, elle crut bien qu’elle allait décliner l’idée.

- Je dois bien avouer que je me sens un peu seule ici. Je serais ravie d’avoir quelqu’un avec qui parler, sans contrainte.

Agnès sourit. Elle lui prit les mains, y exerçant une légère pression, et la regarda dans les yeux.

- Alors tu peux tout me dire. La seule question que tu as à te poser, c’est de savoir si tu me fais assez confiance.

Elle comprendrait parfaitement que ce ne soit pas le cas, et elle ne pourrait pas lui en vouloir pour ça. Après tout, elle semblait réservée et si Agnès la connaissait majoritairement à travers ses dossiers, Katerina, elle, ne devait la connaître que par ce qu’on disait d’elle entre patients. Elle ne pensait pas qu’on dise du mal d’elle bien sûr, mais les rumeurs n’étaient pas les bases dont on avait besoin pour faire naître une relation de confiance. Dans tous les cas, elle ferait tout pour instaurer le meilleur climat pour la rendre possible.
En ce qui la concernait, il lui semblait qu’il viendrait un temps où elles pourraient vraiment parler sans tabous l’une à l’autre. Pas tout de suite bien sûr. C’était bien trop tôt pour s’avancer de la sorte. Elle avait besoin avant tout que Katerina comprenne à qu’elle ne devrait pas en parler autour d’elle. Pas qu’elle n’aie pas confiance ou qu’elle aie des choses à cacher non, mais il lui semblait essentiel que les patients ne se doutent pas qu’elle puisse craquer. Elle avait parfois l’impression qu’elle était comme un rayon de soleil pour eux, qu’elle leur faisait du bien par son énergie et sa bonne humeur, alors il ne fallait pas que des nuages apparaissent sur cette image.

- Tu n’as pas à te sentir seule. Je suis sûre que des tas de personnes ici seraient ravies de mieux te connaître.

Et elle en faisait bien entendu partie.


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W81
Lun 2 Avr - 22:00
Son regard sombre se planta dans les yeux bleus de la jeune femme. Elle ne lisait que de la bienveillance dans ses yeux gris foncés. Elle eut une nouvelle fois un sourire timide.

- Tu n’as pas à te sentir seule. Je suis sûre que des tas de personnes ici seraient ravies de mieux te connaître.


Elle baissa les yeux sur la main d’Agnès. C’était peut-être vrai, mais difficile de distinguer les patients contagieux et ceux qui ne l’était pas. Katerina préférait garder ces distances. C’était mieux ainsi. Mais elle pouvait parler avec Agnès. Comme c’était le cas avec Hyppolite. Les risques étaient beaucoup moins importants. Les risques. Toujours les risque. Elle avait pris un gros risque aujourd’hui. Sortir n’en était pas un en soi, mais s’asseoir par terre, tenir une main, avoir croisé des patients, ça s’en était. Elle était solitaire de toute façon. Elle n’avait pas l’habitude de conversations animées des jeunes. Elle s’acclimatait difficilement à son nouvel environnement, bien différent de ce qu’elle avait toujours connu. Et plus personne n’était là pour la surveiller, l’aider à faire la différence entre le bien et le mal. La différence entre le bien et le mal… Katerina ne parvenait toujours pas à en apercevoir la frontière. Lorsqu’Ivanna lui avait hurlé dessus, elle avait découvert qu’elle existait. C’était déjà une étape. Mais elle était loin de comprendre les mécanismes qui pouvaient en découler.

- Je voudrais connaitre la différence…


La voix de la jeune femme se fêla. Pouvait-on vraiment demandé à quelqu’un de nous expliquer la différence entre le bien et le mal ? Katerina cogna doucement sa tête sur l’épaule d’Agnès, en un mouvement compulsif. Incontrôlé. Elle se retrouvait une nouvelle fois plongée dans son passé. Elle ferma les yeux, profitant de cette étreinte maladroite, dont elle n’avait pas l’habitude. Puis elle se rappela où elle était et avec qui. Elle se redressa hâtivement, le rouge aux joues, glissant une mèche de cheveux derrière son oreille.

- Je… désolé… je ne sais pas ce qui m’a pris.


Elle se leva soudainement, un peu paniquée. Elle devait y aller. Elle faisait n’importe quoi. Si Andrei la voyait… Elle n’était pas censée se comporter comme ça.
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Secrétaire de Donatien
Lun 2 Avr - 22:44
- Je voudrais connaitre la différence…

La voix de la jeune fille connut un trémolo avant de s'éteindre. Sa tête vint se heurter sur son épaule, comme dans un sanglot et les bras d'Agnès se refermèrent autour d'elle dans un automatisme qui en disait long. Elle lui caressa légèrement les cheveux, dans un geste calme, qui se voulait apaisant. Elle lui offrait un abri, le temps qu'il lui faudrait, sans la brusquer, sans chercher à savoir ce qu'elle voulait dire. Elle avait le droit de prendre son temps alors elle ne devait anticiper ses mots.
Cependant, l'étreinte ne dura pas longtemps. Katerina se dégagea bien vite et se releva hâtivement, comme prise en faute.

- Je… désolé… je ne sais pas ce qui m’a pris.


Alors Agnès, qui voulait lui laisser du temps, mais pas la laisser s'enfuir de la sorte, réagit immédiatement. Elle se releva également, la prit par les épaules et la réinvita à s'asseoir, gentiment mais fermement.

- Ne t'excuse pas, Katerina.

Elle la contourna pour s'accroupir face à elle, un sourire doux aux lèvres.

- Il n'y a pas question ou de réaction idiotes.

Surtout que vu sa réaction, elle avait vraiment l'air de lui tenir à coeur.

- Tu as le droit de t'en aller si tu veux, je ne te retiens pas. Mais je n'ai pas envie que tu te sauves comme ça. Tu peux me dire que tu n'as plus envie de parler, ou que tu as autre chose à faire et partir ou...

Elle laissa s'installer un léger silence, le temps qu'elle comprenne qu'elle ne l'avait pas retenue pour autre chose que faire en sorte que cette discussion ne termine pas mal. Puis elle compléta sa phrase.

- Ou tu peux me poser ta question si tu en as envie. C'est à toi de voir.

Et resta donc là, à la regarder, attendant sa décision, sans urgence, sans être pressée. Elle avait le temps et elle se sentait plus calme à présent. C'était comme si son humeur contrebalançait celle des autres.


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W81
Lun 2 Avr - 23:45
Les mains de la secrétaire se refermèrent sur ses bras avec fermetés. Elle se sentit soudain coincée. Son cœur battait vite. Elle la laissa cependant l’asseoir à nouveau, les yeux perdus dans l’océan face à eux. Elle prit soin de se tenir droite, tenta de garder un visage calme. Elle ne devait pas céder. Pas là. Pas maintenant.

- Ne t'excuse pas, Katerina.

La voix d’Agnès était lointaine. Katerina n’osait pas la regarder, et lorsqu’elle s’accroupit face à elle, elle garda les yeux fixés sur l’eau.

- Il n'y a pas question ou de réactions s idiotes. Tu as le droit de t'en aller si tu veux, je ne te retiens pas. Mais je n'ai pas envie que tu te sauves comme ça. Tu peux me dire que tu n'as plus envie de parler, ou que tu as autre chose à faire et partir ou...

Pas de questions idiotes ? Ce n’est pas ce qu’elle avait appris. Avec Andrei, la rigueur était plus importante que tout. Alors, si, il y avait des questions idiotes qu’elle était priée de ne pas poser. Lorsqu’il la punissait, elle savait qu’il avait raison. Elle grandissait. Il lui montrait le chemin. Pour bien grandir. Et ces derniers temps, elle se comportait comme une enfant, incapable de garder ses pensées pour elle, incapable de tenir ses émotions à distance, incapable de ne pas poser de question idiotes. Le regard toujours perdu dans l’océan, elle ne pouvait que s’en vouloir.

- Ou tu peux me poser ta question si tu en as envie. C'est à toi de voir.

Avait –elle le choix ? C’était sa faute si Agnès cherchait à ce qu’elle pose sa question. C’était elle qui avait provoqué tout ça. Elle appréciait la secrétaire. Partir sans rien lui dire, serait un terrible manque de respect de sa part. Son cœur battait toujours très fort, et elle se sentit pâlir. C’était cruel de lui laisser prendre une pareille décision. Elle aurait aimé qu’Agnès l’aiguille. Qu’elle lui dise quoi faire avec plus de clarté. Comme Andrei l’avait toujours fait.

- Je m’excuse…


Ses yeux, vides d’expression, se remplirent d’un mélange de gêne et honte. Les paroles d’Andrei résonnaient dans sa tête, cognant ses tempes « le bien, le mal ce sont des histoires pour enfant. Le monde est gris Katerina. » Gris. Elle n’avait pas la moindre idée de ce que cela pouvait bien signifier jusqu’à ce que les yeux des anges lui hurlent la réponse. « Ne parle plus de ça devant moi. Ces inepties… ». Le silence s’éternisa. Elle y restait prostrée, malgré qu’elle sache pertinemment qu’elle manquait cruellement de politesse. Déchirée entre rester silencieuse ou parler pour dire des bêtises. Aucunes des solutions ne convenaient et elle ne trouvait pas d’issue.

- Je… je n’avais pas de question. Je ne parle pas encore parfaitement anglais. Je… je suis sûre que vous avez raison. Un tas de personnes à l’Institut seront ravis de me connaitre.
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Secrétaire de Donatien
Mer 4 Avr - 12:36
Katerina ne la regardait pas. Elle fuyait son regard. Agnès fut tentée de la serrer la main, de la ramener à elle, mais elle jugea finalement préférable de la laisser un peu tranquille. Insister serait sûrement contre-productif.

- Je m’excuse…

Agnès réprima un soupir. Ce n'était pas comme si elle venait de lui dire à l'instant qu'elle n'avait pas de quoi s'excuser. Elle vit ses yeux se remplir de honte et de gêne, comme si elle avait commis une grossièreté impardonnable. Elle ne comprit pas.

- Je… je n’avais pas de question. Je ne parle pas encore parfaitement anglais. Je… je suis sûre que vous avez raison. Un tas de personnes à l’Institut seront ravis de me connaitre.

Les siens se remplirent d'incrédulité. C'était tellement faux et décalé que même elle ne pouvait pas tomber dans le panneau. Qu'est-ce qui la poussait à réagir de la sorte ? Il ne lui semblait pourtant pas voir dit quelque chose de mal. Elle ne savait pas quoi faire. Ca lui semblait d'une impolitesse infinie que d'insister alors qu'elle ne souhaitait clairement pas en parler mais... D'un autre côté... Elle avait l'impression que continuer de creuser lui rendrait service. Ses lèvres se pincèrent en une moue indécise. Bon. Déjà, elle ferait peut-être mieux de lui faire comprendre qu'elle n'était pas dupe.

- Nous savons toutes les deux que c'est faux, Katerina. Tu parles parfaitement anglais. Probablement mieux que moi en fait. Et tu avais bel et bien une question à poser.

Elle s'étira brièvement avant d'appuyer de nouveau sur ses cuisses.

- Quand on pose une question, on a l'air idiot quelques secondes. Mais il vaut mieux avoir l'air idiot que d'effectivement le rester toute sa vie n'est-ce pas ? Dit-elle avec le sourire.

Et soudain, il lui sembla saisir quelque chose chez la jeune fille qui lui faisait face. Une intuition lui souffla que si elle manquait d'assurance, c'était certainement pour une raison. Elle souhaitait "parler sans contrainte", c'était bien ce qu'elle lui avait dit un peu plus tôt ? Cet gêne à l'idée de poser des questions, d'avoir l'air idiote... Les pièces du puzzle s'assemblaient. Cette jeune fille devait avoir eu une éducation bien stricte. Elle devait avoir besoin d'apprendre à faire preuve de souplesse. D'autonomie ?

- Moi je me suis toujours demandée comment les avions étaient capables de voler. D'aussi grosses carcasses en métal flottant dans les airs... A ce qu'il paraît il y a des lois de la physique qui s'appliquent, tout ça... Moi je n'y ai jamais rien compris. A part avec l'aide de Dieu je ne vois pas comment ça peut marcher ! Plaisanta-t-elle.

Peut-être qu'en lui donnant l'exemple, elle se sentirait plus à son aise ?


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Mer 4 Avr - 17:13
Le regard d’Agnès ne la trompa pas. La secrétaire n’était pas dupe. Elle avait bien compris la manœuvre de la jeune femme. La seule que cette dernière c’était sentit capable de faire. Mais qui avait échouée.

- Nous savons toutes les deux que c'est faux, Katerina. Tu parles parfaitement anglais. Probablement mieux que moi en fait. Et tu avais bel et bien une question à poser. Quand on pose une question, on a l'air idiot quelques secondes. Mais il vaut mieux avoir l'air idiot que d'effectivement le rester toute sa vie n'est-ce pas ?

Elle baissa les yeux vers le sol. Agnès voulait qu’elle lui pose sa question. Alors même si ce n’était pas un ordre, ce n’était pas si loin. C’était plus simple pour elle. Elle n’avait qu’à la lui poser. Et tant pis pour les conséquences. Et tant pis si son subconscient ne souhaitait pas qu’elle entende la réponse. Cela calma un peu ces craintes. Elle tenta de retrouver un visage serein, poussant ses longs cheveux derrière ses épaules.

- Moi je me suis toujours demandé comment les avions étaient capables de voler. D'aussi grosses carcasses en métal flottant dans les airs... A ce qu'il paraît il y a des lois de la physique qui s'appliquent, tout ça... Moi je n'y ai jamais rien compris. A part avec l'aide de Dieu je ne vois pas comment ça peut marcher !

Katerina releva les yeux un instant. Elle n’avait aucune idée de comment les avions pouvaient voler. Mais elle ne s’était jamais poser la question. En faites, elle ne se posait pas souvent des questions. La mention de Dieu la troubla aussi. Agnès semblait y croire. Andrei aussi avant. Elle se souvenait des croix dans la maison. De la Bible enterré sous des livres, enfuit dans le fond d’un tiroir. Mais il n’avait jamais voulu lui en parler. Il lui avait dit que si un Dieu existait sur cette terre, et qu’il avait laissé sa famille mourir, alors il ne s’agissait pas de son Dieu. Parfois, il lui parlait pourtant. Katerina l’avait déjà surpris à s’énerver seul. Elle, elle ne savait pas trop quoi en penser. De toute manière, elle finirait bien par le savoir, alors quelle importance ? Elle n’était pas pressée.

Elle était un peu perdue mais décida qu’elle n’avait pas de choix à prendre. Agnès lui forçait la main, ce qui l’arrangeait. Elle n’avait qu’à laisser les choses se passer. Elle planta donc son regard bleu océan dans celui, si sombre de la secrétaire :

- Est-ce que vous connaissez la différence entre le bien et le mal ?


Elle espérait secrètement que sa question reste sans réponse, que la secrétaire ne sache pas lui expliquer, qu’elle reste silencieuse. Pour que la jeune russe puisse continuer à vivre dans son monde gris. Que rien ne vienne bousculer ses faibles convictions.
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Secrétaire de Donatien
Jeu 5 Avr - 18:27
Après coup, Agnès se sentit idiote avec ses histoires d’avions. C’était complètement hors sujet mais au moins, cela semblait avoir laissé le temps à Katerina de reprendre ses moyens. Même si cette intervention sembla la troubler pour une raison qu’elle ne saisit pas vraiment. Peut-être était-ce tout simplement dû au décalage de son propos. Bon. De toute façon ce qui était dit était dit, elle ne pouvait pas revenir en arrière. Elle eut un léger haussement d’épaule avec un sourire désolé.

- Est-ce que vous connaissez la différence entre le bien et le mal ?

Oh. Elle ne s’était pas attendue à une telle question. Son visage témoigna de sa légère déstabilisation. Comment à une jeune femme pouvait-elle ignorer les notions de bien et de mal ? Comment les lui expliquer ? Est-ce que ça pouvait même se définir ? Elle garda le silence quelques instants, cherchant ses mots. Elle ne voulait pas la laisser sans réponse, mais elle avait conscience que lui en fournir une qui soit un tant soit peu satisfaisante allait être compliqué.

- C’est une question complexe, lâcha-t-elle finalement.

Elle ne trouvait pas bien les mots pour s’exprimer, consciente qu’elle s’avançait sur une pente glissante.

- C’est difficile de définir ce qu’est la morale.

Elle se mordilla légèrement la lèvre et se trémoussa un peu, rendue inconfortable par sa position autant que par le sujet de conversation. Elle appuya son menton sur le dos de ses doigts, pensive. Elle savait qu’instinctivement, elle avait fort tendance à classer les choses de façon manichéenne mais qu’en réalité, les choses étaient évidemment plus complexes. Ce n’était pas bien, certes, mais elle avait du mal à s’en détacher. Sûrement son éducation très religieuse, et c’était difficile de s’émanciper de son éducation.

- Je pense, commença-t-elle, que c’est difficile de dire ce que c’est. C’est plus que des mots, c’est plus comme une sorte de conviction enfouie là, dit-elle en posant le poing sur sa poitrine. Ce qui semble bien pour certains semblera mal pour d’autres.

Elle marqua une petite pause, le regard se perdant dans le vague pendant quelques instants.

- Ca ne veut pas dire que c’est subjectif pour autant, c’est surtout que chacun doit trouver sa propre définition je suppose. Conclut-elle avec un sourire.

Pour elle, le bien et le mal dépendait des autres. Peu importait l’action, tout dépendait de comment elle était reçu. Ainsi, plus une action était bien reçue, plus elle était bonne, plus elle blessait, plus elle était mauvaise. Ca devait être ça, sa propre définition à elle, à peu de choses près. Mais elle ne la dévoilerait pas spontanément à Katerina. Elle n’en avait pas honte, au contraire, mais elle ne devait pas influencer son interlocutrice par sa vision des choses. Elle devait trouver son propre chemin à elle, se construire sans interférence, car il lui semblait qu’elle était encore trop fragile malgré son âge pour recevoir des informations sans s’en retrouver contaminée.


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Ven 6 Avr - 10:00
L’étonnement pouvait se lire sur son visage. C’était probablement assez loin de la question des avions. Un peu plus vague aussi. Elle baissa les yeux sur ses mains.

- C’est une question complexe,


Elle tourna son regard étonné vers Agnès. En quoi était-ce si complexe ? Était-ce pour cela qu’elle n’avait jamais eu de réponse. Peut-être n’en existait-il aucune ?

- C’est difficile de définir ce qu’est la morale.


La morale était en lien avec le bien et le mal ? Katerina n’avait jamais trop compris en quoi consistait cette fameuse morale. Cela ne faisait pas partie des choses que lui avait apprises Andrei. Il y avait un lien fort entre elle et la religion. Elle laissa la secrétaire réfléchir. Cette dernière ne semblait plus si à l’aise. La jeune russe se demanda si ça question était à ce point dérangeante. Elle s’attendait à une réponse nette. Précise. Et juste. Katerina restait assise, le visage tourner vers elle en l’attente d’une réponse.

- Je pense, que c’est difficile de dire ce que c’est. C’est plus que des mots, c’est plus comme une sorte de conviction enfouie là, dit-elle en posant le poing sur sa poitrine. Ce qui semble bien pour certains semblera mal pour d’autres.

La jeune fille baissa les yeux vers sa propre poitrine. Fronça les sourcils. Si tout le monde pouvait décider de ce qui était bien ou mal, elle ne parviendrait jamais à en trouver la frontière. Il lui semblait que la réponse était un peu facile. D’un autre côté, comme elle avait peur d’une réponse concrète, c’était peut-être mieux ainsi.

- Ca ne veut pas dire que c’est subjectif pour autant, c’est surtout que chacun doit trouver sa propre définition je suppose. Conclut-elle avec un sourire.


Katerina masqua son incompréhension d’un sourire. Décidemment elle ne comprenait pas grand-chose aux paroles de la secrétaire. Encore moins que ce qu’elle avait compris de ce qu’Andrei ne lui avait dit. Ivanna, elle, était restée muette. Si elle pouvait définir la frontière du bien et du mal elle-même, il suffisait qu’elle inclue ces propres actes dans le bien, et alors elle serait dans le bien.

- Mon tuteur ne croyait ni au bien, ni au mal. Il pensait que le monde était gris.


Katerina eut un léger sourire, un peu gêné. Elle savait que cette réflexion n’apporterait pas grand-chose à Agnès, mais si vraiment elles étaient confidentes, elle se disait que cela ne dérangerait pas la secrétaire. Parler d’Andrei lui faisait tout bizarre. C’était rare qu’elle en ait l’occasion depuis le procès. Elle pinça les lèvres un instant avant de se reprendre.

- Vous croyez en Dieu.


Nouvelle affirmation. Nécessaire pour pouvoir entamer sa question suivante :

- Vous lui parlez parfois ?


Elle avait hésité à lui demander si elle pouvait lui poser une question. C’était rappeler que la secrétaire semblait plus fâchée qu’autre chose quand elle n’osait pas. C’était alors lancé. Après tout, maintenant qu’elle avait franchi les portes de l’impolitesse, elle ne risquait pas de détériorer plus leur relation. D’autant plus qu’à son grand étonnement, ça n’avait pas beaucoup troublé Agnès. Elle l’avait encouragée tout le long, et ne s’était jamais énervée. N’avait jamais fait remarquée à la jeune fille ses regards déplacés, ses longs silences, ses paroles absurdes. Même Ivanna la remettait à sa place, lui faisant des gros yeux ou secouant la tête.
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Secrétaire de Donatien
Lun 9 Avr - 18:40
Katerina lui servit un sourire qui lui laissa penser qu’elle n’avait pas compris sa réponse. Agnès lui sourit en retour. Ce n’était pas grave. C’était le genre de pensée qu’il fallait prendre le temps de laisser mourir, qu’on ne pouvait pas comprendre sur le coup. Et puis elle était jeune, elle avait le temps pour ça. Ce n’était pas comme s’il y avait énormément d’autres choses à faire à l’Institut en plus.

- Mon tuteur ne croyait ni au bien, ni au mal. Il pensait que le monde était gris.

La secrétaire hocha la tête. Ca expliquait beaucoup de choses. Mais selon elle, définir le monde comme étant tout à fait gris, exempt de notion de bien et de mal dans l’absolu, c’était surtout bien pratique pour les personnes répréhensibles du point de vue moral. Elle s’apprêtait d’ailleurs à le lui dire lorsque la jeune fille reprit la parole.

- Vous croyez en Dieu.

Ce n’était pas une question, pourtant, elle hocha affirmativement la tête avec un sourire. Sa religion, c’était un sujet qu’elle n’abordait pas beaucoup. Pas qu’elle en ait honte ou quelque chose de ce genre mais pour elle, c’était quelque chose d’assez intime et personnel. Et puis, elle n’aimerait pas qu’on l’accuse de prosélytisme. Mais puisque c’était Katerina qui lançait le sujet…

- Vous lui parlez parfois ?
- On peut dire ça comme ça je suppose.

Elle réfléchit un peu.

- En fait, je lui parle quand je prie ou quand j’ai quelque chose à lui demander, parce que je suis humaine et qu’on n’a pas d’autres moyens de communiquer. Oh, ce n’est pas une conversation bien sûr, il ne me répond pas. Pas comme toi tu pourrais me répondre en tout cas.


En parlant, elle réalisait qu’en fait, elle n’avait pas discuté théologie depuis une éternité. Les rares personnes avec qui elle en parlait, c’était sa famille et les membres de sa paroisse lorsqu’elle habitait encore en France, mais aujourd’hui, même à eux elle n’en parlait plus. Ils s’appelaient régulièrement pourtant mais… Leurs rapports n’étaient plus les mêmes. Déjà, l’annonce de sa stérilité avait pas mal détruit leur relation mais son travail à l’Institut avait entériné la situation sans retour en arrière possible. Sa façon de vivre sa religion avait considérablement été changée par les injustices qu’elle vivait et qu’elle voyait ici. Elle était petit à petit sortie du carcan de pensée familiale pour forger celle qui lui était propre et elle en était devenue plus critique. Par exemple, elle remettait sérieusement en question l’interdiction d’aimer quelqu’un en dehors des liens du mariage ou l’idée que l’amour entre deux personnes du même sexe était une abomination. Après tout, si ça permettait à des gens d’être heureux et que ça ne blessait personne d’autre, pourquoi Dieu serait-il contre et en quoi cela serait répréhensible ?
Mais elle ne pouvait pas leur dire ce genre de chose. Il n’y avait aucun doute que si elle leur en faisait part, ça ne ferait que les éloigner encore plus. Sa mère notamment le prendrait très mal. Et elle n’en avait pas envie de devenir une paria, de se sentir plus rejetée qu’elle ne l’était déjà. Son regard s’était un peu assombri et elle secoua la tête pour chasser ces pensées. Elle devait se reconcentrer sur la conversation. Se reconcentrer sur Katerina.

- Et toi ? Tu crois en Dieu ?



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Mar 10 Avr - 0:15
- On peut dire ça comme ça je suppose.

C’était donc normal de parler à Dieu. Katerina se demanda s’il répondait. Cela expliquerait que les gens s’attachent tellement à la religion. Elle en doutait pourtant. Andrei ne semblait pas recevoir de réponse à ces douloureuses tentatives.

- En fait, je lui parle quand je prie ou quand j’ai quelque chose à lui demander, parce que je suis humaine et qu’on n’a pas d’autres moyens de communiquer. Oh, ce n’est pas une conversation bien sûr, il ne me répond pas. Pas comme toi tu pourrais me répondre en tout cas.


Elle avait la réponse à sa question. Dieu ne répondait pas. Elle écoutait Agnès attentivement. A quoi servait-il de demander des choses à Dieu s’il ne répondait pas ? La jeune russe se redressa légèrement, engourdis par sa position assise. Elle hésita à poser sa question à Agnès mais cette dernière semblait plonger dans ses pensées. Avait-elle demandé à Dieu de lui accorder des enfants ? Avait-elle atterrit à l’institut pour cette raison ?

- Et toi ? Tu crois en Dieu ?


Katerina prit le temps de bien réfléchir à ce qu’elle allait répondre. Son avis n’était pas tranché sur la question. Elle avait autant de raison d’y croire que de ne pas y croire. Andrei n’y croyait plus. Mais il y avait cru. Ivanna y croyait. Voir le nombre de malades que contenait l’institut pouvait laisser penser que Dieu n’existait pas. Toute la beauté que cachait le monde prouvait le contraire. D’où venait la vie ? La jeune russe n’en avait pas la moindre idée.

- Je ne sais pas vraiment.


Elle développa sa réflexion, hésitante :

- Mais est-ce que le savoir à vraiment de l’importance ? S’il existe, je finirai par le découvrir non ?


Elle eut un léger sourire. Elle ne put s’empêcher de penser que s’il existait, elle le découvrirait bien plus vite qu’Agnès. Elle ne savait pas si elle voulait qu’il fut présent ou non. Qu’il penche son regard sur les actes de la jeune russe. Qu’il ne les comprenne pas. Elle en avait un peu peur de ce Dieu. Espéra qu’il ne serait pas trop dur avec Andrei. Il avait vécu des choses difficiles. S’il s’était détourné de son Dieu, c’était parce qu’il s’était sentit abandonné par ce dernier. Ses yeux bleus glaces lui manquaient parfois. Ivana aussi lui manquait. Malgré qu’elle vive seule depuis un certain temps déjà, elle ne s’était pas habituée à cette nouvelle vie à la fois excitante et effrayante. En tout cas elle commençait à avoir plus facile à parler avec Agnès.
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