Bienvenue,   !
Institut Espoir

Connexion

Récupérer mon mot de passe

Partenaires

News

22/09/2018
Modification des pourcentages révolutionnaires (cf. PA et heure supp')
16/09/2018 Ajout du bouton Discord qui avait disparu ;-;
02/09/2018 Nouvelle esthétique ! Informations ici !

Réflexion |feat Agnès|

avatar

Messages : 71
Points de confiance : 0
Date d'inscription : 26/01/2018
Age : 22

W81

Elle vient d’un monde presque irréel.
Le vent dans les cheveux, elle regarde l’horizon.
Dans le silence, elle entend une petite voix chanter en elle.
Elle peut presque voir danser les alluvions.
Un sourire se pose sur son visage.
Serait-ce un mirage ?
Qui pourrait l’affirmer
Sans en ôter toute l’accidentelle beauté
La jeune fille se tient droite, sur de gros rochers. Elle sait qu’elle ne devrait pas être là alors qu’il fait encore si froid dehors. Mais elle n’a pas pu s’en empêcher. Elle s’est couverte en conséquence, à même troqué ses robes et ses jupes pour un pantalon en toile. Elle n’avait jamais vu la mer, encore moins l’océan, avant son arrivée à l’Institut. C’était saisissant. Immense. Magnifique. Combien de choses encore n’avait-elle pas vu, confiner dans son manoir ? Elle avait déjà pu saisir l’ombre du monde. Maintenant, elle voulait en saisir la lumière.

Elle ne regrettait rien pourtant. Elle était reconnaissante. Le manoir avait été de nombreuses années son sanctuaire. Elle connaissait l’emplacement de chaque objet, chaque couleur qui le composait. Le vertige de la nouveauté ne la surprenait jamais là-bas. Ici, les choses étaient différentes. Elle ne faisait que découvrir. Elle avait envie de se perdre dans cette sensation à faire tourner la tête mais elle avait peur de ne plus retrouver son chemin ensuite. La nature surtout différait de ce qu’elle connaissait. Elle et les hommes. Elle était habituée à l’ordre d’une propriété bien entretenue, aux arbres taillés et à la pelouse impeccable. La nature était bien plus que ça. Elle était sauvage, libre et magnifique. Elle pouvait entendre le vent ne chanter rien que pour elle. Elle ne sentait plus autant le vide au creux de l’estomac. Elle avait envie de se laisser porter. Tourner sur elle-même à toute allure jusqu’à être trop essoufflée.

Les hommes, elle n’en connaissait pas grand-chose. Ici, elle n’était ni dans son manoir, ni dans une chambre privée d’hôpital. Même si elle ne mangeait pas avec les autres, elle les croisait. Elle les observait qui trainaient ensemble, qui parlait, pleurait, riait. Sans aucune retenue, ni pudeur. C’était à la fois gênant et joliment simple. Elle qui avait appris que montrer ces émotions n’étaient pas correct, se trouvait entourer de gens incapables de faire autrement. Elle se demandait si elle appartenait à ce monde. Ou si elle s’était juste perdue en chemin. Mais pouvait-elle faire autrement que de se perdre dans la contemplation de l’infini océan ?


Hors rp:
C'est assez court et assez introspectif donc si ça te plait pas je peux changer sans problème
avatar

Messages : 135
Points de confiance : 0
Date d'inscription : 14/11/2017
Age : 29
Localisation : Sous une pile de dossiers

Secrétaire de Donatien
Agnès avait terminé relativement tôt aujourd’hui. Elle était sortie de son bureau à 17h30, c’était assez exceptionnel. Il fallait dire qu’elle avait été d’une efficacité incomparable aujourd’hui et comme elle n’était pas peu fière, elle avait décidé de s’autoriser cette sortie prématurée. Elle avait enfin terminé toute la paperasse administrative qu’avait générée la refonte des catégories de patients, c’était une chose à fêter ! Alors pour l’occasion, elle avait entamé un nouveau paquet d’arlequin, toute seule, dans sa chambre, et puis elle avait commencé à déprimer. Personne d’autre qu’elle-même pour la féliciter. Personne ne reconnaissait son travail ici. Pas même un petit mot gentil de son patron. Pas même un petit sourire. Elle avait pourtant abattu une quantité colossale de travail en moins d’un mois, sans compter ses heures, sacrifiant ses pauses et même son sommeil pour terminer au plus vite cette tâche ingrate, fastidieuse, et pourtant nécessaire, d’une importance capitale même ! et tout ça pour que cela passe complétement inaperçu. Pas qu’elle aurait voulu qu’on célèbre ou qu’on élève une statue en son honneur non, elle aurait juste voulu une petite marque de gratitude. Trois fois rien. Juste un merci.
Elle avait donc noyé sa peine en ouvrant un autre paquet de bonbons, puis un de chocolat et puis au bout d’une demi-heure, quand elle parvint à relativiser et à épancher un peu son chagrin, le spectacle qui s’offrit à elle la catastropha. Elle se vit de l’extérieur : une femme seule dans sa chambre, les cheveux en bataille, les yeux gonflés, entourée d’emballages vides et de mouchoirs usagés ; et elle se trouva pathétique.
Elle inspira donc un grand coup, se tapotant vigoureusement les joues et se rappelant mentalement à l’ordre. Ce n’était pas une attitude digne, elle devait se reprendre. Elle se débarrassa de tous ces déchets, tout en désespérant de constater qu’elle avait pu grignoter autant. Ses bonnes résolutions n’avaient encore une fois pas tenu longtemps, elle allait mettre des semaines à rattraper ces excès ! Elle avait intérêt à s’y mettre tout de suite. Elle se passa donc rapidement le visage sous l’eau froide pour atténuer les marques qui indiquaient qu’elle avait pleuré, se recoiffa rapidement et enfila son manteau avant de sortir comme un ouragan. Elle allait marcher jusqu’à l’heure du repas et ce soir, elle mangerait light.
Comme elle détestait la forêt brulée, paysage sinistre qui sonnait pour elle comme un mauvais présage, ses pas se portèrent naturellement vers les côtes. Ca faisait longtemps qu’elle n’y avait pas mis les pieds, engloutie comme elle l’avait été par son travail et elle avait oublié à quel point l’air salin de la mer lui faisait du bien. L’océan, immense et majestueux, la faisait se sentir plus proche que jamais du Seigneur et cela apaisait son cœur et la ressourçait. Si elle était revenue plus tôt, elle n’aurait peut-être pas craqué comme elle l’avait fait. Le vent soufflait fort, faisant claquer le tissu épais de sa jupe mais heureusement, ses collants polaires lui tenaient chaud. Et au pire, elle se réchaufferait en marchant.
Alors qu’elle avançait, une silhouette commençait à se dessiner. Une jeune fille, Katerina si elle se souvenait bien, se tenait là, le regard un peu dans le flou. Elle semblait perdue dans ses pensées, peut-être même un peu contrariée. Son instinct maternel reprit instantanément le dessus. Elle s’approcha et posa gentiment une main sur son épaule.

- Tout va bien Katerina ?

Elle fouilla sa poche à la recherche d’un rescapé de son grignotage compulsif mais à sa grande déception, elle n’y trouva qu’un papier doré vide qu’elle présenta en haussant des épaules, un sourire désolé aux lèvres.

- Il semblerait que mon stock soit épuisé, désolée… La prochaine fois tu en auras deux ?



Ca fait toujours plaisir de voir ses efforts récompensés !

L'employée du mois 2017/2018
avatar

Messages : 71
Points de confiance : 0
Date d'inscription : 26/01/2018
Age : 22

W81

Une voix la tira de ses pensées. A côté d’elle, Mlle Dessanges. Elle semblait chercher quelques choses dans sa poche. Un bonbon probablement. Katerina était là depuis suffisamment longtemps pour savoir que la secrétaire de Donatien était très maternelle envers les patients. Elle écoutait les conversations des autres patients de loin. Ça lui donnait le sentiment de participer un peu. Il en discutait toujours en bien, et avec enthousiasme. Elle semblait avoir la côte auprès des jeunes.

- Ça va mademoiselle Dessanges. Je vous remercie de vous en inquiétez.

Katerina eut un sourire qui se voulait rassurant sur son état puis retourna à une expression plus neutre. Mlle Dessanges avait un emballage doré dans les mains, et un air désolé. Katerina aurait souri d’une pareille attitude si la voix d’Andrei n’avait pas résonné dans sa tête, la rappellent à l’ordre. Elle ne voulait pas donner l’impression de se moquer. Elle se contenta donc de fixer l’emballage vide. Elle n’était pas une grande mangeuse de bonbons. Elle en gardait pourtant de bons souvenirs. Elle se rappelait d’après-midi au coin du feu, dans la cuisine. D’Ivanna qui sortait de la poche de son tablier un chocolat, dans un emballage métallique. Qu’elle le lui glissait dans la main avec un clin d’œil, un doigt sur sa bouche. Cela faisait partie de leurs petits secrets. La jeune fille glissa les mains dans les poches de sa longue veste cintrée, dans le but de les réchauffer. Elle ne voulait pas attraper un rhume. Elle n’aurait pas dû sortir d’ailleurs, son médecin ne serait certainement pas content de la voir trainer dehors. Même si il faisait plutôt doux pour la saison, le vent balayait les côtes.

- Il semblerait que mon stock soit épuisé, désolée… La prochaine fois tu en auras deux ?

Katerina lui adressa un sourire de gratitude dosé. Elle abaissa la tête, les yeux vers le sol, avec déférence :

- C’est très aimable de votre part mais ce n’est pas nécessaire mademoiselle. Merci tout de même.

Elle releva le regard. Ne put s’empêcher de constater que la secrétaire avait les traits tirés. Il ne devait pas être facile d’accomplir les tâches administratives d’une grosse structure comme celle de l’Institut. Elle était certaine que c’était son tour de s’enquérir de l’état de la jeune femme. C’était comme cela qu’elle avait pris l’habitude d’engager la conversation, malgré que la réponse à une telle question fût laconiquement positive.

- Comment vous portez-vous ?

Elle avait failli lui demander la permission de lui demander comment elle allait, mais elle savait que ce chemin détourné n’était pas celui prit par la majorité des gens. Elle ne voulait pas embarrasser la conversation de phrases maniérées au risque d’ennuyé son interlocutrice.
avatar

Messages : 135
Points de confiance : 0
Date d'inscription : 14/11/2017
Age : 29
Localisation : Sous une pile de dossiers

Secrétaire de Donatien
- Ça va mademoiselle Dessanges. Je vous remercie de vous en inquiéter.

Agnès regretta d’être intervenue, elle avait l’impression d’avoir interrompu la jeune fille dans ses pensées et elle n’aurait pas dû. Ce n’était pas poli. Aussi, elle était d’autant plus désolée de ne pas avoir de bonbons sur elle pour se faire pardonner. Et l’air neutre de celle-ci face à cette annonce rendait ses pensées indécryptables, ce qui ne l’aidait pas vraiment à sentir mieux. Si ça se trouvait, elle avait entendu parlé des bonbons qu’elle donnait et elle était extrêmement déçue de ne pas avoir le sien ? Elle avait l’impression de commettre une injustice.

- C’est très aimable de votre part mais ce n’est pas nécessaire mademoiselle. Merci tout de même.

Oh que si c’était nécessaire ! Même indispensable. C’était déjà suffisamment inadmissible qu’elle ne puisse pas lui en donner un aujourd’hui alors elle comptait bien réparer cette erreur. Elle sortit un stylo de sa poche et nota sur le dos de sa main « paquet de Werthers ». Voilà, comme ça, elle penserait à un recommander un pour le prochain ravitaillement.
Elle était en train de le ranger quand la voix de Katerina attira de nouveau son attention.

- Comment vous portez-vous ?

Agnès releva lentement la tête et regarda longuement la jeune fille qui lui faisait face. Il lui semblait que cela faisait une éternité que personne ne lui avait posé la question. Que personne ne s’était inquiété pour elle. Cela lui fit une étrange sensation. Tout d’abord parce que d’ordinaire, c’était elle qui s’inquiétait pour les autres, et non l’inverse. Et ensuite, parce que l’inquiétude de cette jeune fille, dont elle connaissait le dossier par cœur mais qu’elle ne connaissait personnellement qu’à peine, lui fit soudain réaliser plusieurs choses.
1 - Elle devait être dans un état déplorable pour que quelqu’un lui demande si ça allait.
2 – Personne ne lui demandait jamais si ça allait
3 – Non, ça n’allait pas
Elle eut de nouveau envie de pleurer. Elle contint son émotion de son mieux, mais son visage la trahissait. Elle n’avait jamais été capable de masquer ce qu’elle ressentait. Elle tenta de sourire, mais ce sourire sonnait faux. Elle inspira profondément avant de répondre vaguement un « je vais bien » qui sonnait encore plus faux. Elle était pitoyable. Un rire sans joie s’échappa de sa gorge.

- A qui je vais faire croire ça ? Lâcha-t-elle comme pour elle-même.

Mais elle n’avait pas à faire subir son mal-être à qui que ce soit, encore moins à un patient, ils en avaient déjà suffisamment avec leurs propres problèmes, elle ne devait en rajouter avec les siens. Les siens étaient d’ailleurs minables en comparaison. Qui oserait se plaindre d’un manque de considération et de reconnaissance face à une enfant dont les jours étaient comptés à cause du SIDA ? Finalement, elle aurait mieux fait de ne pas sortir. Elle n’aurait pas ennuyé cette pauvre fille qui souhaitait probablement être seule avec ses pensées face à la mer.
Il fallait qu’elle s’en aille. Alors pourquoi ses jambes restaient obstinément plantées sur place ? Elle était fatiguée. Affreusement fatiguée. Alors, elle se laissa glisser sur un rocher non loin, espérant que cette faiblesse ne serait que momentanée, qu’elle puisse laisser Katerina en paix.



Ca fait toujours plaisir de voir ses efforts récompensés !

L'employée du mois 2017/2018
avatar

Messages : 71
Points de confiance : 0
Date d'inscription : 26/01/2018
Age : 22

W81
Contrairement à ce à quoi s’attendait le jeune russe, Mademoiselle Dessanges ne lui répondit pas le laconique « ça va » auquel elle aurait pu l’attendre. Elle la fixa un long moment. Mal à l’aise, Katerina s’appliqua à détourner le regard une ou deux fois. Elle se demandait si elle avait dit quelque chose d’aberrant. En général, lorsqu’Andrei la regardait avec un long silence, elle savait qu’elle avait fait quelque chose de mal. Elle rembobina dans la conversation, incapable de mettre la main sur ce qui n’allait pas. Est-ce que cela venait de son attitude ? Aurait-elle du demander la permission ? Le visage de son interlocutrice se décomposa. Elle ne s’attendait pas vraiment à ça. Elle se gratta le poignet, inquiète.

Elle tenta de plaquer un sourire sur son visage mais cela ressemblait presque plus à une grimace. Katerina avait remarquée depuis longtemps maintenant, que contrairement à ce que son père adoptif lui avait si souvent répété, montrer ces émotions étaient loin d’être un signe de faiblesse. Sauf dans ce cas précis. Et pourtant, Mademoiselle Dessange continuait à perdre pied. Elle commença par répondre qu’elle allait bien mais elle embraya aussitôt sur un rire sarcastique :

- A qui je vais faire croire ça ?


Katerina regarda la jeune femme s’effondrer comme un château de carte. C’était à la fois fascinant et dérangeant. Elle n’était pas sensé assister à ça. Elle aurait dû détourner les yeux avec pudeur. Mais c’était aussi une chose qu’elle n’avait jamais vu auparavant. Et elle était là de toute façon. Elle l’avait vu craqué. Il était trop tard pour faire demi-tour. C’était quelque chose qui n’arriverait peut être jamais à la jeune fille. Elle n’avait pas de vrai raison de craqué. Elle n’avait pas de problèmes. Pas comme les gens normaux. Pas de vie à gérer. Pas d’avenir. Elle était libre de ne se soucier de rien.

La jeune fille décida de s’assoir à côté de Mademoiselle Dessanges, en silence. Il aurait été impoli et inutile d’essayer de lui extraire des informations en l’assommant de question. Elle avait juste besoin de calme. Quelques instants de silence, pour se ressourcer. Katerina savait que la secrétaire était une femme très impliquée dans son travail. Peut-être trop d’ailleurs. Elle laissa s’écouler quelques minutes, profitant elle aussi du silence et de la brise sur son visage.
- Vous souhaitez discuter ?


Sa question polie lui permettait de savoir ce que désirait Mademoiselle Dessanges. Elle ne savait pas ce qu’elle était supposée faire ou dire dans une telle situation, désarmée face à la situation, il lui suffisait de s'en tenir à la logique. Elle supposait que si cette dernière souhaitait parler, elle pourrait au moins écouter.

avatar

Messages : 135
Points de confiance : 0
Date d'inscription : 14/11/2017
Age : 29
Localisation : Sous une pile de dossiers

Secrétaire de Donatien
Agnès se força à respirer lentement pour réprimer les sanglots qui menaçaient de refaire surface. Elle s’accordait deux minutes à rester assise ici et pas une seconde de plus. Elle ne devait pas embêter Katerina plus qu’elle ne l’avait déjà fait. Cependant, la jeune fille vint s’asseoir à ses côtés. Peut-être n’était pas plus embêtée que ça de sa présence. Contre toute attente, elle apprécia ce geste. Elle détestait montrer la moindre faiblesse devant qui que ce soit mais… La présence de la russe avait quelque chose d’apaisant. Aussi, elle ferma les yeux, se concentrant sur elle, sur l’odeur de la mer et bruit des vagues, le vent contre sa peau… Elle tentait de faire taire ses pensées. Ce ne fut pas d’une grande efficacité mais lorsque la voix de la jeune fille lui fit rouvrir les yeux, elle se sentait un peu mieux.

- Vous souhaitez discuter ?

La secrétaire ne répondit pas tout de suite. Elle sentait que si elle le faisait, elle aurait de ridicules trémolos dans la voix. Alors elle regarda l’horizon encore un peu avant de se lancer.

- C’est gentil Katerina. Désolée que tu aies dû assister à ça. C’est vrai que j’ai quelques soucis en ce moment mais rien de comparable aux tiens.

Elle se retourna vers elle et posa une main sur son épaule en souriant. Tous ses gestes étaient empreints d’une lassitude et d’une tristesse sourdes.

- Tu sais, quand je suis arrivée ici, je me réjouissais à l’idée de travailler avec des enfants et des jeunes.

Même si le travail dont l’accablait Donatien l’empêchait de les voir aussi souvent qu’elle voulait, elle prenait ce plaisir le plus souvent possible. C’était l’une de ses grandes raisons de rester, à égalité avec la conviction qu’elle avait la mission de changer le médecin en chef pour le meilleur.

- Vous êtes un peu les enfants que j’aurais voulu avoir…

Prise d’un élan de tendresse, elle déplaça sa main le long d’une mèche qui encadrait le visage de la jeune fille puis laissa glisser son index le long de sa joue, dans un geste maternel.

- J’aurais adoré t’avoir pour fille, si gentille, si calme et si jolie.

Elle se prit à rêvasser. Katerina était vraiment sa fille et elle l’emmenait en vacances au ski, faire des essayages dans une boutique, préparait le goûter pour ses meilleures amies lors de ses pyjamas-partys… Une larme qu’elle n’avait pas anticipée s’échappa de ses paupières et roula sur ses joues rondes. C’était bien beau de se faire des films. Ca n’arriverait jamais. Katerina ne sortirait probablement jamais de l’Institut guérie et même si c’était le cas, elle avait sa propre famille qui l’attendait. La main de la femme brune se crispa sur la couche de vêtements qui recouvrait son ventre. Son ventre, ce traître qui ne lui permettrait jamais de vivre le rêve de sa vie.




Ca fait toujours plaisir de voir ses efforts récompensés !

L'employée du mois 2017/2018
avatar

Messages : 71
Points de confiance : 0
Date d'inscription : 26/01/2018
Age : 22

W81
Un second silence prit place, mais plus court que le premier. La jeune fille attendait avec patience :

- C’est gentil Katerina. Désolée que tu aies dû assister à ça. C’est vrai que j’ai quelques soucis en ce moment mais rien de comparable aux tiens.

De comparable aux siens ? Elle voulait probablement parler du sida. A vrai dire, ce n’était pas vraiment un souci pour elle. Sa maladie était comme une partie intégrante d’elle. Elle avait vécu avec depuis toujours. Alors, elle n’avait jamais été privée de certaines choses, vu qu’elle ne les avait pas connus. Cela ne la gênait pas, par exemple, d’avoir un voile transparent qui flottait devant son œil droit. Elle n’avait jamais connu une vision parfaite. Oh, parfois, cela l’agaçait. Mais comme le physique agaçait certains adolescents de temps à autre. Sans plus, ni moins.  Mademoiselle Dessanges, elle, transpirait la tristesse. Elle semblait au bord d’un gouffre sans fond. Katerina était impressionnée de pouvoir lire tant de chose chez la secrétaire. Elle posa sa main avec douceur sur l’épaule de la patiente. Ce geste maternelle semblait si naturel.

-Tu sais, quand je suis arrivée ici, je me réjouissais à l’idée de travailler avec des enfants et des jeunes. Vous êtes un peu les enfants que j’aurais voulu avoir… J’aurais adoré t’avoir pour fille, si gentille, si calme et si jolie.


La douceur de ces gestes chamboula Katerina. Elle avait soudainement l’impression que c’était elle qu’on consolait, qu’on rassurait. Elle était vraiment touchée par ce que lui disait Mademoiselle Dessanges. Elle avait ce même côté maternel qu’elle avait connu chez Ivanna. Cette même lueur dans le regard. Ce même regret. Elle ne pouvait prononcer un mot. Pas quand elle savait ce qu’était prêt à faire ce genre de femme pour les personnes qu’elles aimaient. Mais elle, elle n’était pas juste une jeune fille gentille, calme et jolie. Un souvenir voulut se frayer un passage. Un livre, des anges…mais elle l’étouffa avec force. C’était derrière elle…

La larme qui roula sur la joue de la secrétaire était seule, mais c’était si impactant. La jeune fille posa sa main sur celle d’Agnès. Katerina avait reçu peu de gestes d’affection dans son enfance, cela la touchait d’autant plus. Certes, la jeune fille n’était pas très câline, mais elle restait humaine. Et tout humain a besoin de geste affectueux. Elle aurait pu dire à Agnès à quel point elle aurait fait une mère formidable, mais c’était là tout le drame. Parce que la secrétaire le savait. Mais aussi parce qu’elle ne le deviendrait jamais. Katerina n’avait pas besoin de déduire grand-chose pour en arriver à cette conclusion.  

-Vous avez un tas d’enfants qui comptent sur vous ici. Et vous êtes là pour eux. Vous êtes une belle personne Mademoiselle Dessanges, et il semble que vous fassiez un remarquable travail au sein de l’Institut.  


Katerina tourna le visage vers l’océan, sereine à nouveau. Elle sentait descendre l’émotion qui lui avait étreint l’estomac l’espace d’une seconde. Elle serra les doigts autour de la main de son interlocutrice avec douceur, l’éloignant de son visage. Elle continua :

-Mais vous devez prendre soin de vous aussi. Personne ne le fera à votre place.


Les livres et les anges ressurgirent. Katerina frémit doucement. Elle ne perdrait pas contre ses souvenirs. Elle avait décidé d’oublier il y a bien longtemps déjà. Lorsqu’elle avait quitté le manoir, elle avait laissé ça derrière elle. Ces yeux bleus se posèrent à nouveau sur Mademoiselle Dessanges et elle termina sa tirade :

-Même si c’est dur de partager ces fardeaux avec les autres, c’est nécessaire.

Et elle savait bien de quoi elle parlait.
avatar

Messages : 135
Points de confiance : 0
Date d'inscription : 14/11/2017
Age : 29
Localisation : Sous une pile de dossiers

Secrétaire de Donatien
Toute à sa tristesse, Agnès ne réalisa pas à quel point son geste tendre chamboula la jeune fille. Et c’était probablement tant mieux, sinon, elle aurait culpabilisé plus qu’elle ne pouvait le supporter à l’instant. Elle avait encore la liste de prénom qu’elle aurait donné à ses enfants. Elle défilait devant ses yeux vitreux. Anna, Louison, Astrid, Marie, Madeleine, Coline, Jean, Peter, Jules, Marius, Matthéo… Mais la voix de Katerina interrompit ce défilé qui lui faisait tant de mal.

-Vous avez un tas d’enfants qui comptent sur vous ici. Et vous êtes là pour eux. Vous êtes une belle personne Mademoiselle Dessanges, et il semble que vous fassiez un remarquable travail au sein de l’Institut.

Elle leva les yeux vers elle, même si celle-ci ne la regardait plus. Ce qu’elle disait la touchait énormément. Les mots de la jeune russe avaient touché juste, au plus profond de son cœur. Elle réprima un nouveau sanglot, qui aurait plus témoigné de son émotion que de son malheur pour le coup. Elle sentit ses doigts s’enrouler autour des siens et y exercer une légère pression. Le genre de pression qui signifiait qu’elle était là pour elle. Ca avait quelque chose d’étrange, de se faire réconforter par cette toute jeune fille, pour l’adulte qu’elle était. Les rôles auraient dû être inversés, mais pour l’heure Agnès en était bien incapable et aucun adulte n’était là pour l’épauler. Elle ne connaissait que trop peu Jimin Lee et Astrid pour se confier à elle, et Hyppolite ne comprendrait pas mieux que Donatien. Quand à Ange Barrabil, l’idée ne pouvait même pas lui effleurer l’esprit.

-Mais vous devez prendre soin de vous aussi. Personne ne le fera à votre place. Même si c’est dur de partager ces fardeaux avec les autres, c’est nécessaire.

A ces derniers mots, Katerina reposa son regard sur elle. Le silence s’installa quelques instants pendant qu’Agnès s’imprégnait de ce qu’elle avait voulu dire. Elle avait raison. A trop vouloir se dévouer aux autres, elle en oubliait trop souvent ses propres besoins. Ces derniers temps en particulier, elle tirait beaucoup trop sur la corde. C’était dans sa nature, elle ne savait pas vraiment comment faire autrement. Ses parents l’avaient éduquée dans cet esprit de don de soi aux autres, de générosité sans limites, et avaient oublié de lui apprendre à se préserver elle-même. Pouvait-elle vraiment apprendre à vivre autrement à 29 ans bien sonnés ? Elle n’en était pas si sûre. Cela valait-il vraiment la peine d’essayer ? D’apprendre à accepter les mains tendues que lui offraient les autres et à parfois refuser la sienne ? Elle culpabiliserait bien trop.
Comme Katerina avait frémi quelques secondes auparavant et qu’Agnès n’était pas sûre de savoir comment l’interpréter, elle supposa qu’elle devait avoir froid – ce n’était pas incohérent avec la morsure du vent – et enleva sa propre écharpe pour la lui mettre autour du coup avant de remonter la fermeture éclair de son manteau pour protéger sa gorge.

- Tu es bien philosophe et bien sage pour ton âge. Remarqua-t-elle à haute voix.

Elle avait l’étrange sensation que la jeune fille savait ce dont quoi elle parlait, qu’elle avait de l’expérience dans le domaine et cela la rendait un peu curieuse mais elle était beaucoup trop polie et discrète pour lui poser frontalement la question.

- Mais je trouve ça égoïste de décharger une partie de ses fardeaux chez les autres.

On ne jetait pas ses poubelles dans la cour des voisins, ça ne se faisait pas. Mais si c’était d’un commun accord…

- Ca me paraitrait plus juste de les partager.

L’intonation de sa voix monta légèrement dans les aigus à la fin de sa phrase, rendant difficile à distinguer l’affirmation de la question. Elle se disait simplement que si elle pouvait l’aider en retour, l’écouter un peu à son tour, elle culpabiliserait probablement moins de l’ennuyer avec ses problèmes si elle lui faisait un tant soit peu part des siens.
avatar

Messages : 71
Points de confiance : 0
Date d'inscription : 26/01/2018
Age : 22

W81
Agnès ôta sa grosse écharpe et la passa autour du cou de Katerina. Celle-ci la remercia du regard. Encore une fois, la secrétaire avait le geste rassurant d’une mère. La morsure du froid lui semblait bien moins forte maintenant, avec cette écharpe moelleuse. Et pas seulement au niveau du cou. Elle pouvait sentir naitre une chaleur différente au creux de son ventre. Un sentiment de bien-être. Elle se sentait bien en présence d’Agnès.

- Tu es bien philosophe et bien sage pour ton âge.

Katerina ne se sentait pas philosophe. Elle avait juste eu une éducation irréprochable. Et de temps à autre, elle essayait de s’y accrocher malgré tout ce qu’elle avait fait. Et pour la sagesse… Elle devait être fidèle à ce qu’elle avait appris. Elle devait bien ça à Andrei. Elle laissa Agnès continuer sans la couper pour lui faire de remarques qui aurait été assez inutile sur ce qu’elle était ou n’était pas.

- Mais je trouve ça égoïste de décharger une partie de ses fardeaux chez les autres.


Elle laissa son regard s’éloigner à nouveau, évitant de montrer la pointe d’amertume qui s’y était glissé un instant. Si ces sages paroles lui avaient été apportées plus tôt… il y aurait peut-être eu une meilleure solution. Elle était plutôt égoïste elle. Elle ne s’était pas encombrer de ces fardeaux. Elle avait préféré la facilité. Agnès n’était pas comme elle. Elle était trop protectrice pour ça. Elle avait trop d’amour à donner. Elle était adorable. La jeune russe eut un léger sourire. Vraiment, la secrétaire était une perle. Certes, elle était en ce moment une perle en larme, mais ce n’était pas souvent le cas, semblait-il

- Ca me paraitrait plus juste de les partager ?


Katerina ramena son regard vers Agnès. Il y avait une pointe de curiosité dans sa voix. Avait-elle ? Est-ce que la jeune russe avait manquée de discrétion ? Avait-elle laissé échapper un signe qui puisse indiquer qu’elle avait besoin de parler. Elle se força à garder son calme. Ce n’était rien. Les choses étaient tellement sous entendues qu’elle n’avait de toute manière rien à raconter. De toute façon, le seul fardeau qu’elle devait supporter à l’institut c’était la solitude. Et ce n’était pas très différent de ce qu’elle avait toujours vécu alors cela lui était égal. Elle préférait rester seule qu’être mal accompagnée. Elle s’exprima, en posant une question rhétorique pour s’assurer qu’elle avait bien compris :

- Nous serions confidentes ?


Cela lui allait. Même si elle n’aimait pas spécialement raconter sa vie ou s’apitoyer sur son sort, cela lui arriverait peut-être un de ces jours. Et elle préférait avoir une épaule pour la consoler le jour où ça arriverait. Une épaule forte et presque familière. Comme celle d’Ivanna. Elle prendrait garde par contre, à éviter de trop se décharger.

- Je dois bien avouer que je me sens un peu seule ici. Je serais ravie d’avoir quelqu’un avec qui parler, sans contrainte.


Elle lui adressa un sourire sincère. Elle se sentait à l’aise avec la secrétaire. Elle ressentait moins le besoin de brider ce qu’elle ressentait ou ce qu’elle disait. Mais elle n’en oubliait pas pour autant son éducation. Hors de question de faire n’importe quoi sous prétexte qu’elle se sentait en confiance.
avatar

Messages : 135
Points de confiance : 0
Date d'inscription : 14/11/2017
Age : 29
Localisation : Sous une pile de dossiers

Secrétaire de Donatien
- Nous serions confidentes ?

Le regard que lui lança Katerina en même temps qu’elle prononça ces mots lui semblait un rien gêné et interloqué. Avait-elle dit quelque chose qu’il ne fallait pas ou était-elle simplement incrédule face à sa proposition ? Dans le second cas, elle comprenait. Elle-même était assez surprise de ce qu’elle lui disait. Après tout, elle avait toujours été très protectrice envers les patients, qu’elle considérait comme ses enfants et une mère ne se confiait pas à ses enfants. Mais même envers Hyppolite, qui était pourtant un rien plus âgé qu’elle, elle agissait de même. Et maintenant qu’elle y pensait… Katerina n’était pas si jeune que ça. Elle avait une vingtaine d’années, et elles n’avaient guère plus de 8 ans de différence. A cet âge-là, elle était assez peu perceptible. Mais l’espace d’un instant, elle crut bien qu’elle allait décliner l’idée.

- Je dois bien avouer que je me sens un peu seule ici. Je serais ravie d’avoir quelqu’un avec qui parler, sans contrainte.

Agnès sourit. Elle lui prit les mains, y exerçant une légère pression, et la regarda dans les yeux.

- Alors tu peux tout me dire. La seule question que tu as à te poser, c’est de savoir si tu me fais assez confiance.

Elle comprendrait parfaitement que ce ne soit pas le cas, et elle ne pourrait pas lui en vouloir pour ça. Après tout, elle semblait réservée et si Agnès la connaissait majoritairement à travers ses dossiers, Katerina, elle, ne devait la connaître que par ce qu’on disait d’elle entre patients. Elle ne pensait pas qu’on dise du mal d’elle bien sûr, mais les rumeurs n’étaient pas les bases dont on avait besoin pour faire naître une relation de confiance. Dans tous les cas, elle ferait tout pour instaurer le meilleur climat pour la rendre possible.
En ce qui la concernait, il lui semblait qu’il viendrait un temps où elles pourraient vraiment parler sans tabous l’une à l’autre. Pas tout de suite bien sûr. C’était bien trop tôt pour s’avancer de la sorte. Elle avait besoin avant tout que Katerina comprenne à qu’elle ne devrait pas en parler autour d’elle. Pas qu’elle n’aie pas confiance ou qu’elle aie des choses à cacher non, mais il lui semblait essentiel que les patients ne se doutent pas qu’elle puisse craquer. Elle avait parfois l’impression qu’elle était comme un rayon de soleil pour eux, qu’elle leur faisait du bien par son énergie et sa bonne humeur, alors il ne fallait pas que des nuages apparaissent sur cette image.

- Tu n’as pas à te sentir seule. Je suis sûre que des tas de personnes ici seraient ravies de mieux te connaître.

Et elle en faisait bien entendu partie.



Ca fait toujours plaisir de voir ses efforts récompensés !

L'employée du mois 2017/2018
avatar

Messages : 71
Points de confiance : 0
Date d'inscription : 26/01/2018
Age : 22

W81
Son regard sombre se planta dans les yeux bleus de la jeune femme. Elle ne lisait que de la bienveillance dans ses yeux gris foncés. Elle eut une nouvelle fois un sourire timide.

- Tu n’as pas à te sentir seule. Je suis sûre que des tas de personnes ici seraient ravies de mieux te connaître.


Elle baissa les yeux sur la main d’Agnès. C’était peut-être vrai, mais difficile de distinguer les patients contagieux et ceux qui ne l’était pas. Katerina préférait garder ces distances. C’était mieux ainsi. Mais elle pouvait parler avec Agnès. Comme c’était le cas avec Hyppolite. Les risques étaient beaucoup moins importants. Les risques. Toujours les risque. Elle avait pris un gros risque aujourd’hui. Sortir n’en était pas un en soi, mais s’asseoir par terre, tenir une main, avoir croisé des patients, ça s’en était. Elle était solitaire de toute façon. Elle n’avait pas l’habitude de conversations animées des jeunes. Elle s’acclimatait difficilement à son nouvel environnement, bien différent de ce qu’elle avait toujours connu. Et plus personne n’était là pour la surveiller, l’aider à faire la différence entre le bien et le mal. La différence entre le bien et le mal… Katerina ne parvenait toujours pas à en apercevoir la frontière. Lorsqu’Ivanna lui avait hurlé dessus, elle avait découvert qu’elle existait. C’était déjà une étape. Mais elle était loin de comprendre les mécanismes qui pouvaient en découler.

- Je voudrais connaitre la différence…


La voix de la jeune femme se fêla. Pouvait-on vraiment demandé à quelqu’un de nous expliquer la différence entre le bien et le mal ? Katerina cogna doucement sa tête sur l’épaule d’Agnès, en un mouvement compulsif. Incontrôlé. Elle se retrouvait une nouvelle fois plongée dans son passé. Elle ferma les yeux, profitant de cette étreinte maladroite, dont elle n’avait pas l’habitude. Puis elle se rappela où elle était et avec qui. Elle se redressa hâtivement, le rouge aux joues, glissant une mèche de cheveux derrière son oreille.

- Je… désolé… je ne sais pas ce qui m’a pris.


Elle se leva soudainement, un peu paniquée. Elle devait y aller. Elle faisait n’importe quoi. Si Andrei la voyait… Elle n’était pas censée se comporter comme ça.
avatar

Messages : 135
Points de confiance : 0
Date d'inscription : 14/11/2017
Age : 29
Localisation : Sous une pile de dossiers

Secrétaire de Donatien
- Je voudrais connaitre la différence…

La voix de la jeune fille connut un trémolo avant de s'éteindre. Sa tête vint se heurter sur son épaule, comme dans un sanglot et les bras d'Agnès se refermèrent autour d'elle dans un automatisme qui en disait long. Elle lui caressa légèrement les cheveux, dans un geste calme, qui se voulait apaisant. Elle lui offrait un abri, le temps qu'il lui faudrait, sans la brusquer, sans chercher à savoir ce qu'elle voulait dire. Elle avait le droit de prendre son temps alors elle ne devait anticiper ses mots.
Cependant, l'étreinte ne dura pas longtemps. Katerina se dégagea bien vite et se releva hâtivement, comme prise en faute.

- Je… désolé… je ne sais pas ce qui m’a pris.


Alors Agnès, qui voulait lui laisser du temps, mais pas la laisser s'enfuir de la sorte, réagit immédiatement. Elle se releva également, la prit par les épaules et la réinvita à s'asseoir, gentiment mais fermement.

- Ne t'excuse pas, Katerina.

Elle la contourna pour s'accroupir face à elle, un sourire doux aux lèvres.

- Il n'y a pas question ou de réaction idiotes.

Surtout que vu sa réaction, elle avait vraiment l'air de lui tenir à coeur.

- Tu as le droit de t'en aller si tu veux, je ne te retiens pas. Mais je n'ai pas envie que tu te sauves comme ça. Tu peux me dire que tu n'as plus envie de parler, ou que tu as autre chose à faire et partir ou...

Elle laissa s'installer un léger silence, le temps qu'elle comprenne qu'elle ne l'avait pas retenue pour autre chose que faire en sorte que cette discussion ne termine pas mal. Puis elle compléta sa phrase.

- Ou tu peux me poser ta question si tu en as envie. C'est à toi de voir.

Et resta donc là, à la regarder, attendant sa décision, sans urgence, sans être pressée. Elle avait le temps et elle se sentait plus calme à présent. C'était comme si son humeur contrebalançait celle des autres.



Ca fait toujours plaisir de voir ses efforts récompensés !

L'employée du mois 2017/2018
avatar

Messages : 71
Points de confiance : 0
Date d'inscription : 26/01/2018
Age : 22

W81
Les mains de la secrétaire se refermèrent sur ses bras avec fermetés. Elle se sentit soudain coincée. Son cœur battait vite. Elle la laissa cependant l’asseoir à nouveau, les yeux perdus dans l’océan face à eux. Elle prit soin de se tenir droite, tenta de garder un visage calme. Elle ne devait pas céder. Pas là. Pas maintenant.

- Ne t'excuse pas, Katerina.

La voix d’Agnès était lointaine. Katerina n’osait pas la regarder, et lorsqu’elle s’accroupit face à elle, elle garda les yeux fixés sur l’eau.

- Il n'y a pas question ou de réactions s idiotes. Tu as le droit de t'en aller si tu veux, je ne te retiens pas. Mais je n'ai pas envie que tu te sauves comme ça. Tu peux me dire que tu n'as plus envie de parler, ou que tu as autre chose à faire et partir ou...

Pas de questions idiotes ? Ce n’est pas ce qu’elle avait appris. Avec Andrei, la rigueur était plus importante que tout. Alors, si, il y avait des questions idiotes qu’elle était priée de ne pas poser. Lorsqu’il la punissait, elle savait qu’il avait raison. Elle grandissait. Il lui montrait le chemin. Pour bien grandir. Et ces derniers temps, elle se comportait comme une enfant, incapable de garder ses pensées pour elle, incapable de tenir ses émotions à distance, incapable de ne pas poser de question idiotes. Le regard toujours perdu dans l’océan, elle ne pouvait que s’en vouloir.

- Ou tu peux me poser ta question si tu en as envie. C'est à toi de voir.

Avait –elle le choix ? C’était sa faute si Agnès cherchait à ce qu’elle pose sa question. C’était elle qui avait provoqué tout ça. Elle appréciait la secrétaire. Partir sans rien lui dire, serait un terrible manque de respect de sa part. Son cœur battait toujours très fort, et elle se sentit pâlir. C’était cruel de lui laisser prendre une pareille décision. Elle aurait aimé qu’Agnès l’aiguille. Qu’elle lui dise quoi faire avec plus de clarté. Comme Andrei l’avait toujours fait.

- Je m’excuse…


Ses yeux, vides d’expression, se remplirent d’un mélange de gêne et honte. Les paroles d’Andrei résonnaient dans sa tête, cognant ses tempes « le bien, le mal ce sont des histoires pour enfant. Le monde est gris Katerina. » Gris. Elle n’avait pas la moindre idée de ce que cela pouvait bien signifier jusqu’à ce que les yeux des anges lui hurlent la réponse. « Ne parle plus de ça devant moi. Ces inepties… ». Le silence s’éternisa. Elle y restait prostrée, malgré qu’elle sache pertinemment qu’elle manquait cruellement de politesse. Déchirée entre rester silencieuse ou parler pour dire des bêtises. Aucunes des solutions ne convenaient et elle ne trouvait pas d’issue.

- Je… je n’avais pas de question. Je ne parle pas encore parfaitement anglais. Je… je suis sûre que vous avez raison. Un tas de personnes à l’Institut seront ravis de me connaitre.
avatar

Messages : 135
Points de confiance : 0
Date d'inscription : 14/11/2017
Age : 29
Localisation : Sous une pile de dossiers

Secrétaire de Donatien
Katerina ne la regardait pas. Elle fuyait son regard. Agnès fut tentée de la serrer la main, de la ramener à elle, mais elle jugea finalement préférable de la laisser un peu tranquille. Insister serait sûrement contre-productif.

- Je m’excuse…

Agnès réprima un soupir. Ce n'était pas comme si elle venait de lui dire à l'instant qu'elle n'avait pas de quoi s'excuser. Elle vit ses yeux se remplir de honte et de gêne, comme si elle avait commis une grossièreté impardonnable. Elle ne comprit pas.

- Je… je n’avais pas de question. Je ne parle pas encore parfaitement anglais. Je… je suis sûre que vous avez raison. Un tas de personnes à l’Institut seront ravis de me connaitre.

Les siens se remplirent d'incrédulité. C'était tellement faux et décalé que même elle ne pouvait pas tomber dans le panneau. Qu'est-ce qui la poussait à réagir de la sorte ? Il ne lui semblait pourtant pas voir dit quelque chose de mal. Elle ne savait pas quoi faire. Ca lui semblait d'une impolitesse infinie que d'insister alors qu'elle ne souhaitait clairement pas en parler mais... D'un autre côté... Elle avait l'impression que continuer de creuser lui rendrait service. Ses lèvres se pincèrent en une moue indécise. Bon. Déjà, elle ferait peut-être mieux de lui faire comprendre qu'elle n'était pas dupe.

- Nous savons toutes les deux que c'est faux, Katerina. Tu parles parfaitement anglais. Probablement mieux que moi en fait. Et tu avais bel et bien une question à poser.

Elle s'étira brièvement avant d'appuyer de nouveau sur ses cuisses.

- Quand on pose une question, on a l'air idiot quelques secondes. Mais il vaut mieux avoir l'air idiot que d'effectivement le rester toute sa vie n'est-ce pas ? Dit-elle avec le sourire.

Et soudain, il lui sembla saisir quelque chose chez la jeune fille qui lui faisait face. Une intuition lui souffla que si elle manquait d'assurance, c'était certainement pour une raison. Elle souhaitait "parler sans contrainte", c'était bien ce qu'elle lui avait dit un peu plus tôt ? Cet gêne à l'idée de poser des questions, d'avoir l'air idiote... Les pièces du puzzle s'assemblaient. Cette jeune fille devait avoir eu une éducation bien stricte. Elle devait avoir besoin d'apprendre à faire preuve de souplesse. D'autonomie ?

- Moi je me suis toujours demandée comment les avions étaient capables de voler. D'aussi grosses carcasses en métal flottant dans les airs... A ce qu'il paraît il y a des lois de la physique qui s'appliquent, tout ça... Moi je n'y ai jamais rien compris. A part avec l'aide de Dieu je ne vois pas comment ça peut marcher ! Plaisanta-t-elle.

Peut-être qu'en lui donnant l'exemple, elle se sentirait plus à son aise ?



Ca fait toujours plaisir de voir ses efforts récompensés !

L'employée du mois 2017/2018
avatar

Messages : 71
Points de confiance : 0
Date d'inscription : 26/01/2018
Age : 22

W81
Le regard d’Agnès ne la trompa pas. La secrétaire n’était pas dupe. Elle avait bien compris la manœuvre de la jeune femme. La seule que cette dernière c’était sentit capable de faire. Mais qui avait échouée.

- Nous savons toutes les deux que c'est faux, Katerina. Tu parles parfaitement anglais. Probablement mieux que moi en fait. Et tu avais bel et bien une question à poser. Quand on pose une question, on a l'air idiot quelques secondes. Mais il vaut mieux avoir l'air idiot que d'effectivement le rester toute sa vie n'est-ce pas ?

Elle baissa les yeux vers le sol. Agnès voulait qu’elle lui pose sa question. Alors même si ce n’était pas un ordre, ce n’était pas si loin. C’était plus simple pour elle. Elle n’avait qu’à la lui poser. Et tant pis pour les conséquences. Et tant pis si son subconscient ne souhaitait pas qu’elle entende la réponse. Cela calma un peu ces craintes. Elle tenta de retrouver un visage serein, poussant ses longs cheveux derrière ses épaules.

- Moi je me suis toujours demandé comment les avions étaient capables de voler. D'aussi grosses carcasses en métal flottant dans les airs... A ce qu'il paraît il y a des lois de la physique qui s'appliquent, tout ça... Moi je n'y ai jamais rien compris. A part avec l'aide de Dieu je ne vois pas comment ça peut marcher !

Katerina releva les yeux un instant. Elle n’avait aucune idée de comment les avions pouvaient voler. Mais elle ne s’était jamais poser la question. En faites, elle ne se posait pas souvent des questions. La mention de Dieu la troubla aussi. Agnès semblait y croire. Andrei aussi avant. Elle se souvenait des croix dans la maison. De la Bible enterré sous des livres, enfuit dans le fond d’un tiroir. Mais il n’avait jamais voulu lui en parler. Il lui avait dit que si un Dieu existait sur cette terre, et qu’il avait laissé sa famille mourir, alors il ne s’agissait pas de son Dieu. Parfois, il lui parlait pourtant. Katerina l’avait déjà surpris à s’énerver seul. Elle, elle ne savait pas trop quoi en penser. De toute manière, elle finirait bien par le savoir, alors quelle importance ? Elle n’était pas pressée.

Elle était un peu perdue mais décida qu’elle n’avait pas de choix à prendre. Agnès lui forçait la main, ce qui l’arrangeait. Elle n’avait qu’à laisser les choses se passer. Elle planta donc son regard bleu océan dans celui, si sombre de la secrétaire :

- Est-ce que vous connaissez la différence entre le bien et le mal ?


Elle espérait secrètement que sa question reste sans réponse, que la secrétaire ne sache pas lui expliquer, qu’elle reste silencieuse. Pour que la jeune russe puisse continuer à vivre dans son monde gris. Que rien ne vienne bousculer ses faibles convictions.
avatar

Messages : 135
Points de confiance : 0
Date d'inscription : 14/11/2017
Age : 29
Localisation : Sous une pile de dossiers

Secrétaire de Donatien
Après coup, Agnès se sentit idiote avec ses histoires d’avions. C’était complètement hors sujet mais au moins, cela semblait avoir laissé le temps à Katerina de reprendre ses moyens. Même si cette intervention sembla la troubler pour une raison qu’elle ne saisit pas vraiment. Peut-être était-ce tout simplement dû au décalage de son propos. Bon. De toute façon ce qui était dit était dit, elle ne pouvait pas revenir en arrière. Elle eut un léger haussement d’épaule avec un sourire désolé.

- Est-ce que vous connaissez la différence entre le bien et le mal ?

Oh. Elle ne s’était pas attendue à une telle question. Son visage témoigna de sa légère déstabilisation. Comment à une jeune femme pouvait-elle ignorer les notions de bien et de mal ? Comment les lui expliquer ? Est-ce que ça pouvait même se définir ? Elle garda le silence quelques instants, cherchant ses mots. Elle ne voulait pas la laisser sans réponse, mais elle avait conscience que lui en fournir une qui soit un tant soit peu satisfaisante allait être compliqué.

- C’est une question complexe, lâcha-t-elle finalement.

Elle ne trouvait pas bien les mots pour s’exprimer, consciente qu’elle s’avançait sur une pente glissante.

- C’est difficile de définir ce qu’est la morale.

Elle se mordilla légèrement la lèvre et se trémoussa un peu, rendue inconfortable par sa position autant que par le sujet de conversation. Elle appuya son menton sur le dos de ses doigts, pensive. Elle savait qu’instinctivement, elle avait fort tendance à classer les choses de façon manichéenne mais qu’en réalité, les choses étaient évidemment plus complexes. Ce n’était pas bien, certes, mais elle avait du mal à s’en détacher. Sûrement son éducation très religieuse, et c’était difficile de s’émanciper de son éducation.

- Je pense, commença-t-elle, que c’est difficile de dire ce que c’est. C’est plus que des mots, c’est plus comme une sorte de conviction enfouie là, dit-elle en posant le poing sur sa poitrine. Ce qui semble bien pour certains semblera mal pour d’autres.

Elle marqua une petite pause, le regard se perdant dans le vague pendant quelques instants.

- Ca ne veut pas dire que c’est subjectif pour autant, c’est surtout que chacun doit trouver sa propre définition je suppose. Conclut-elle avec un sourire.

Pour elle, le bien et le mal dépendait des autres. Peu importait l’action, tout dépendait de comment elle était reçu. Ainsi, plus une action était bien reçue, plus elle était bonne, plus elle blessait, plus elle était mauvaise. Ca devait être ça, sa propre définition à elle, à peu de choses près. Mais elle ne la dévoilerait pas spontanément à Katerina. Elle n’en avait pas honte, au contraire, mais elle ne devait pas influencer son interlocutrice par sa vision des choses. Elle devait trouver son propre chemin à elle, se construire sans interférence, car il lui semblait qu’elle était encore trop fragile malgré son âge pour recevoir des informations sans s’en retrouver contaminée.



Ca fait toujours plaisir de voir ses efforts récompensés !

L'employée du mois 2017/2018
avatar

Messages : 71
Points de confiance : 0
Date d'inscription : 26/01/2018
Age : 22

W81
L’étonnement pouvait se lire sur son visage. C’était probablement assez loin de la question des avions. Un peu plus vague aussi. Elle baissa les yeux sur ses mains.

- C’est une question complexe,


Elle tourna son regard étonné vers Agnès. En quoi était-ce si complexe ? Était-ce pour cela qu’elle n’avait jamais eu de réponse. Peut-être n’en existait-il aucune ?

- C’est difficile de définir ce qu’est la morale.


La morale était en lien avec le bien et le mal ? Katerina n’avait jamais trop compris en quoi consistait cette fameuse morale. Cela ne faisait pas partie des choses que lui avait apprises Andrei. Il y avait un lien fort entre elle et la religion. Elle laissa la secrétaire réfléchir. Cette dernière ne semblait plus si à l’aise. La jeune russe se demanda si ça question était à ce point dérangeante. Elle s’attendait à une réponse nette. Précise. Et juste. Katerina restait assise, le visage tourner vers elle en l’attente d’une réponse.

- Je pense, que c’est difficile de dire ce que c’est. C’est plus que des mots, c’est plus comme une sorte de conviction enfouie là, dit-elle en posant le poing sur sa poitrine. Ce qui semble bien pour certains semblera mal pour d’autres.

La jeune fille baissa les yeux vers sa propre poitrine. Fronça les sourcils. Si tout le monde pouvait décider de ce qui était bien ou mal, elle ne parviendrait jamais à en trouver la frontière. Il lui semblait que la réponse était un peu facile. D’un autre côté, comme elle avait peur d’une réponse concrète, c’était peut-être mieux ainsi.

- Ca ne veut pas dire que c’est subjectif pour autant, c’est surtout que chacun doit trouver sa propre définition je suppose. Conclut-elle avec un sourire.


Katerina masqua son incompréhension d’un sourire. Décidemment elle ne comprenait pas grand-chose aux paroles de la secrétaire. Encore moins que ce qu’elle avait compris de ce qu’Andrei ne lui avait dit. Ivanna, elle, était restée muette. Si elle pouvait définir la frontière du bien et du mal elle-même, il suffisait qu’elle inclue ces propres actes dans le bien, et alors elle serait dans le bien.

- Mon tuteur ne croyait ni au bien, ni au mal. Il pensait que le monde était gris.


Katerina eut un léger sourire, un peu gêné. Elle savait que cette réflexion n’apporterait pas grand-chose à Agnès, mais si vraiment elles étaient confidentes, elle se disait que cela ne dérangerait pas la secrétaire. Parler d’Andrei lui faisait tout bizarre. C’était rare qu’elle en ait l’occasion depuis le procès. Elle pinça les lèvres un instant avant de se reprendre.

- Vous croyez en Dieu.


Nouvelle affirmation. Nécessaire pour pouvoir entamer sa question suivante :

- Vous lui parlez parfois ?


Elle avait hésité à lui demander si elle pouvait lui poser une question. C’était rappeler que la secrétaire semblait plus fâchée qu’autre chose quand elle n’osait pas. C’était alors lancé. Après tout, maintenant qu’elle avait franchi les portes de l’impolitesse, elle ne risquait pas de détériorer plus leur relation. D’autant plus qu’à son grand étonnement, ça n’avait pas beaucoup troublé Agnès. Elle l’avait encouragée tout le long, et ne s’était jamais énervée. N’avait jamais fait remarquée à la jeune fille ses regards déplacés, ses longs silences, ses paroles absurdes. Même Ivanna la remettait à sa place, lui faisant des gros yeux ou secouant la tête.
avatar

Messages : 135
Points de confiance : 0
Date d'inscription : 14/11/2017
Age : 29
Localisation : Sous une pile de dossiers

Secrétaire de Donatien
Katerina lui servit un sourire qui lui laissa penser qu’elle n’avait pas compris sa réponse. Agnès lui sourit en retour. Ce n’était pas grave. C’était le genre de pensée qu’il fallait prendre le temps de laisser mourir, qu’on ne pouvait pas comprendre sur le coup. Et puis elle était jeune, elle avait le temps pour ça. Ce n’était pas comme s’il y avait énormément d’autres choses à faire à l’Institut en plus.

- Mon tuteur ne croyait ni au bien, ni au mal. Il pensait que le monde était gris.

La secrétaire hocha la tête. Ca expliquait beaucoup de choses. Mais selon elle, définir le monde comme étant tout à fait gris, exempt de notion de bien et de mal dans l’absolu, c’était surtout bien pratique pour les personnes répréhensibles du point de vue moral. Elle s’apprêtait d’ailleurs à le lui dire lorsque la jeune fille reprit la parole.

- Vous croyez en Dieu.

Ce n’était pas une question, pourtant, elle hocha affirmativement la tête avec un sourire. Sa religion, c’était un sujet qu’elle n’abordait pas beaucoup. Pas qu’elle en ait honte ou quelque chose de ce genre mais pour elle, c’était quelque chose d’assez intime et personnel. Et puis, elle n’aimerait pas qu’on l’accuse de prosélytisme. Mais puisque c’était Katerina qui lançait le sujet…

- Vous lui parlez parfois ?
- On peut dire ça comme ça je suppose.

Elle réfléchit un peu.

- En fait, je lui parle quand je prie ou quand j’ai quelque chose à lui demander, parce que je suis humaine et qu’on n’a pas d’autres moyens de communiquer. Oh, ce n’est pas une conversation bien sûr, il ne me répond pas. Pas comme toi tu pourrais me répondre en tout cas.


En parlant, elle réalisait qu’en fait, elle n’avait pas discuté théologie depuis une éternité. Les rares personnes avec qui elle en parlait, c’était sa famille et les membres de sa paroisse lorsqu’elle habitait encore en France, mais aujourd’hui, même à eux elle n’en parlait plus. Ils s’appelaient régulièrement pourtant mais… Leurs rapports n’étaient plus les mêmes. Déjà, l’annonce de sa stérilité avait pas mal détruit leur relation mais son travail à l’Institut avait entériné la situation sans retour en arrière possible. Sa façon de vivre sa religion avait considérablement été changée par les injustices qu’elle vivait et qu’elle voyait ici. Elle était petit à petit sortie du carcan de pensée familiale pour forger celle qui lui était propre et elle en était devenue plus critique. Par exemple, elle remettait sérieusement en question l’interdiction d’aimer quelqu’un en dehors des liens du mariage ou l’idée que l’amour entre deux personnes du même sexe était une abomination. Après tout, si ça permettait à des gens d’être heureux et que ça ne blessait personne d’autre, pourquoi Dieu serait-il contre et en quoi cela serait répréhensible ?
Mais elle ne pouvait pas leur dire ce genre de chose. Il n’y avait aucun doute que si elle leur en faisait part, ça ne ferait que les éloigner encore plus. Sa mère notamment le prendrait très mal. Et elle n’en avait pas envie de devenir une paria, de se sentir plus rejetée qu’elle ne l’était déjà. Son regard s’était un peu assombri et elle secoua la tête pour chasser ces pensées. Elle devait se reconcentrer sur la conversation. Se reconcentrer sur Katerina.

- Et toi ? Tu crois en Dieu ?




Ca fait toujours plaisir de voir ses efforts récompensés !

L'employée du mois 2017/2018
avatar

Messages : 71
Points de confiance : 0
Date d'inscription : 26/01/2018
Age : 22

W81
- On peut dire ça comme ça je suppose.

C’était donc normal de parler à Dieu. Katerina se demanda s’il répondait. Cela expliquerait que les gens s’attachent tellement à la religion. Elle en doutait pourtant. Andrei ne semblait pas recevoir de réponse à ces douloureuses tentatives.

- En fait, je lui parle quand je prie ou quand j’ai quelque chose à lui demander, parce que je suis humaine et qu’on n’a pas d’autres moyens de communiquer. Oh, ce n’est pas une conversation bien sûr, il ne me répond pas. Pas comme toi tu pourrais me répondre en tout cas.


Elle avait la réponse à sa question. Dieu ne répondait pas. Elle écoutait Agnès attentivement. A quoi servait-il de demander des choses à Dieu s’il ne répondait pas ? La jeune russe se redressa légèrement, engourdis par sa position assise. Elle hésita à poser sa question à Agnès mais cette dernière semblait plonger dans ses pensées. Avait-elle demandé à Dieu de lui accorder des enfants ? Avait-elle atterrit à l’institut pour cette raison ?

- Et toi ? Tu crois en Dieu ?


Katerina prit le temps de bien réfléchir à ce qu’elle allait répondre. Son avis n’était pas tranché sur la question. Elle avait autant de raison d’y croire que de ne pas y croire. Andrei n’y croyait plus. Mais il y avait cru. Ivanna y croyait. Voir le nombre de malades que contenait l’institut pouvait laisser penser que Dieu n’existait pas. Toute la beauté que cachait le monde prouvait le contraire. D’où venait la vie ? La jeune russe n’en avait pas la moindre idée.

- Je ne sais pas vraiment.


Elle développa sa réflexion, hésitante :

- Mais est-ce que le savoir à vraiment de l’importance ? S’il existe, je finirai par le découvrir non ?


Elle eut un léger sourire. Elle ne put s’empêcher de penser que s’il existait, elle le découvrirait bien plus vite qu’Agnès. Elle ne savait pas si elle voulait qu’il fut présent ou non. Qu’il penche son regard sur les actes de la jeune russe. Qu’il ne les comprenne pas. Elle en avait un peu peur de ce Dieu. Espéra qu’il ne serait pas trop dur avec Andrei. Il avait vécu des choses difficiles. S’il s’était détourné de son Dieu, c’était parce qu’il s’était sentit abandonné par ce dernier. Ses yeux bleus glaces lui manquaient parfois. Ivana aussi lui manquait. Malgré qu’elle vive seule depuis un certain temps déjà, elle ne s’était pas habituée à cette nouvelle vie à la fois excitante et effrayante. En tout cas elle commençait à avoir plus facile à parler avec Agnès.
avatar

Messages : 135
Points de confiance : 0
Date d'inscription : 14/11/2017
Age : 29
Localisation : Sous une pile de dossiers

Secrétaire de Donatien
- Je ne sais pas vraiment.

Katerina avait pris le temps de réfléchir avant de lui donner cette sobre réponse. Ainsi donc elle était agnostique. En même temps, vu ce qu’elle vivait au quotidien, elle comprenait parfaitement. L’Institut avait modifié sa façon à elle de vivre sa religion, alors qu’elle avait vécu 25 ans de croyance dure et ferme et ce qu’elle vivait là l’avait elle-même ébranlée. En réalité, elle devait admettre que dans ses moments sombres d’insomnie où ses pensées la torturaient, elle en venait aussi parfois à douter. Cependant, elle les évacuait bien vite parce qu’elle avait besoin de cette certitude que tout avait une raison d’être, qu’elle faisait partie de quelque chose de beaucoup plus grand qu’elle pour continuer à tenir. Elle avait désespérément eu besoin de donner un sens à sa vie lorsque son ambition de maternité lui avait été confisquée. Alors quelle alternative aurait été plus belle que de penser que Dieu lui avait pris sa capacité à enfanter pour s’occuper d’enfants qui eux n’avaient pas la chance d’avoir leurs parents ? Ses croyances, ses certitudes… C’était tout ce qui lui restait pour continuer à s’accrocher et à avancer.

- Mais est-ce que le savoir à vraiment de l’importance ? S’il existe, je finirai par le découvrir non ?

Agnès sourit en hochant la tête. Effectivement, ce n’était probablement pas la peine de se prendre la tête là-dessus puisqu’elles n’auraient jamais de réponses irréfutables de leur vivant. Mais quitte à avoir tort, elle préférait croire à un beau mensonge et à une utopie plutôt qu’à une vérité insipide. Et puis si elle avait tort, ça voudrait dire qu’elle n’existerait plus après la mort donc elle ne le saurait pas non plus.

- Si tu veux mon avis, de toute manière, la religion, Dieu, les anges, tout ça, c’est surtout une façon de se rassurer et de se donner une ligne de conduite. Je pense que c’est important de croire en quelque chose mais après tout, si ce n’est pas Dieu est-ce que c’est si grave ?

Oui, Agnès avait beau être une fervente catholique, elle n’en était pas moins très ouverte d’esprit. Autre chose que ses parents avaient du mal à comprendre chez elle.

- Et puis au fond, est-ce qu’un non croyant qui ne fait de mal à personne ne vaut pas mieux qu’un extrémiste qui va jusqu’à l’attentat pour imposer sa manière de voir les choses ?

Oh. Elle lançait encore un sujet très joyeux, bravo Agnès. Mais bon. Pour le coup, c’était un avantage de l’île : la dictature déguisée imposée par le directeur filtrait tellement les allées et venues qu’il faudrait vraiment un manque de bol incroyable pour qu’il se passe quelque chose de cet ordre ici, pensa-t-elle cyniquement.



Ca fait toujours plaisir de voir ses efforts récompensés !

L'employée du mois 2017/2018
avatar

Messages : 71
Points de confiance : 0
Date d'inscription : 26/01/2018
Age : 22

W81
Agnès lui adressa un hochement de tête qui la rassura.

- Si tu veux mon avis, de toute manière, la religion, Dieu, les anges, tout ça, c’est surtout une façon de se rassurer et de se donner une ligne de conduite. Je pense que c’est important de croire en quelque chose mais après tout, si ce n’est pas Dieu est-ce que c’est si grave ?

Katerina baissa les yeux, glissant ces mains dans les poches de sa veste pour les tenir au chaud. Elle, ça ne la rassurait pas. Probablement parce qu’elle n’était pas certaine d’être sur une bonne ligne de conduite. Ou parce qu’elle en était sûr. Pourtant, elle avait fait son maximum pour être une jeune fille sage et bien éduquée. Elle avait suivis chacune des indications d’Andrei au mot près jusqu’à…  Elle préférait ne pas y penser. Ca ne servait à rien de se miner. Ce qui était fait ne pouvait pas être défait.

- Et puis au fond, est-ce qu’un non croyant qui ne fait de mal à personne ne vaut pas mieux qu’un extrémiste qui va jusqu’à l’attentat pour imposer sa manière de voir les choses ?


La jeune russe n’en avait pas la moindre idée. Ce n’était pas une question qu’elle s’était déjà posée. Et la réponse ne l’intéressait pas tant. Elle n’était ni une non croyante qui ne faisait de mal à personne, ni une extrémiste qui va jusqu’à l’attentat. Elle n’était rien de tout ça. Elle était juste elle. Elle aurait aimé avoir la réponse à la question que lui posait Agnès. Mais elle était loin d'en être capable, elle qui ne pouvait même pas distinguer le bien du mal. Elle releva le regard et répondit avec honnêteté :

-Je n’en sais rien. Moi, pensé qu’il y a un Dieu, ça ne me rassure pas vraiment.


Elle chercha dans les yeux d’Agnès ce que cette dernière pouvait penser de sa déclaration. Ne parvient pas à se faire une vraie idée. Détourna le regard et fixa l’océan qui ondulait, immense. Depuis qu’elle avait quitté sa Russie natale, Katerina avait découvert un peu plus l’extérieur. Oh pas grand-chose, juste quelques endroits, quelques personnes, quelques idées. Et celle qu’il pouvait exister une force supérieure au-dessus d’elle l’avait plus qu’effleurer. Quand on voyait l’immensité de l’océan, la beauté de l’art, le caractère si changeant des hommes, on ne pouvait s’y tromper. Elle ne parvenait cependant à imaginer que ce Dieu ait pu faire tant de mal à Andrei. Alors elle ne pouvait se résoudre à y croire. Ni à le rejeter. La jeune russe ramena ses cheveux en arrière, pour contrer l’action du vent qui les faisaient passer la barrière de ses épaules.
avatar

Messages : 135
Points de confiance : 0
Date d'inscription : 14/11/2017
Age : 29
Localisation : Sous une pile de dossiers

Secrétaire de Donatien
Katerina n'avait pas vraiment écouté ses affabulations philosophiques, Agnès en avait bien conscience et en avait profité pour s'asseoir de nouveau à côté d'elle, ses genoux lui faisant mal à rester accroupie. Elle semblait ailleurs. La secrétaire l'observa en silence et réalisa soudain que la jeune fille qu'elle avait apostrophée n'était pas seulement face aux côtes pour rêvasser. Elle était pensive. Douloureusement pensive. Elle lui sembla soudain triste. Oh, pas triste à s'épancher comme elle avait pu le faire, mais triste, comme un récipient attendant un contenu. Oui. C'était ça. Katerina lui paraissait vide.
Le plus malheureux chez les personnes vides, c'était que cette tristesse sourde était atrocement dure à évacuer. Au moins, avec son craquage de tout à l'heure, elle avait évacué le trop plein et elle se sentait un peu mieux. Mais comment se débarrasser de ce que l'on n'avait pas ?
Aussi, lorsque la jeune fille lui dit finalement qu'elle ne savait pas si l'idée d'un dieu était rassurante, ce fut comme si on lui plantait un couteau dans le coeur. Agnès souffrait pour elle. Était-ce sa maladie qui lui faisait dire ça ? Ou alors avait-elle des choses à se reprocher ? Dans ce cas, cela ne pouvait signifier qu'une chose : instinctivement, elle savait ce qu'était le bien et le mal. Mais elle refusait de l'apporter à sa conscience.
Lorsque Katerina détourna les yeux, ce fut trop. Alors doucement, tout doucement, elle passa ses mains dans l'espace entre ses coudes et son corps, et alla les poser sur ses omoplates. Doucement, pour qu'elle ne se sente pas forcée. Pour qu'elle puisse l'arrêter si elle le voulait. Et comme elle ne rencontrait pas de résistance franche, elle remonta ses doigts dans sa nuque pour l'inciter à poser la tête contre elle, et la serra délicatement contre son coeur. Elle n'ajouta rien, le geste était suffisamment éloquent. Et parfois, les actions étaient plus signifiantes et plus importantes que n'importe quel mot.
Ici, le message était à la fois simple et complexe. Elle voulait lui faire comprendre que qui qu'elle soit, quoi qu'elle ait fait, elle était digne d'être aimée. Qu'elle n'était pas quelqu'un de mauvais et qu'il y aurait toujours quelqu'un pour lui pardonner. Que le Dieu en lequel elle croyait était un Dieu d'amour et de pardon, et que même si ce n'était pas grand chose, elle, la simple personne qu'elle était, quoi qu'elle ait pu faire, elle lui pardonnait.
Le corps de Katerina était frais entre ses bras mais elle pouvait le sentir battre, son coeur. Elle était si humaine, si fragile et forte à la fois ! Et elle ne put s'empêcher de constater à quel point elle était maigre sous ses couches de vêtements.



Ca fait toujours plaisir de voir ses efforts récompensés !

L'employée du mois 2017/2018
avatar

Messages : 71
Points de confiance : 0
Date d'inscription : 26/01/2018
Age : 22

W81
Ce geste avait quelque chose de familier et à la fois d’inconnu. Elle pouvait compter les fois où ça lui était arrivé sur les doigts de sa main. Elle se laissa aller au geste, profitant un court instant de cette rare tendresse. Posa sa tête contre Agnès. Ferma les yeux, respirant le parfum presque chocolaté de la secrétaire. Décidemment, les membres de l’institut avait une façon bien différente de montrer leur affection. Très directe. Et sans pudeur. Mais avec une douceur infinie à laquelle elle n’était pas habituée.

Elle ne savait pas trop quoi faire de ces mains et se décida finalement avec maladresse à les poser dans le dos d’Agnès. Elle se souvenait parfaitement de la première fois qu’on l’avait serré dans les bras de la sorte, le jour de la mort d’Andrei. Elle avait eu droit à cette étreinte une seconde fois. Toujours dans des circonstances particulières. Ici, la gratuité du geste le rendait encore plus puissant. Elle n’avait pas pleurée. Pourtant la secrétaire avait trouvé utile de la serrer dans ses bras.

Malgré l’apaisement que cela lui procurait, elle sentit comme une tension monter en elle et se coincer dans le fond de sa gorge. Elle cligna des yeux pour chasser l’humidité sous ses paupières, ravalant  des larmes. Elle avala sa salive avec difficulté. Se força à respirer calmement. Elle ne pouvait tout de même pas pleurer à chaque fois qu’on la prenait dans les bras. Sinon, vu les us et coutumes de l’institut, elle finirait comme une fontaine au milieu de la cour. Elle resta ainsi un long moment, incapable de briser cette étreinte.

Lorsqu’enfin elle sentit qu’elle serait capable de lâcher Agnès sans perdre ces moyens, la jeune russe se redressa. Lui adressa un demi-sourire. Elle ne savait pas trop quoi dire, alors dans un premier temps elle se tut. Elle aurait pu remercier la secrétaire, mais elle sentait qu’il était préférable de se taire. Un court silence avant de se remettre à parler. Elle détailla les yeux sombres d’Agnès, caché derrière ces lunettes. Puis finalement, elle ne put que répéter ce qu’elle avait déjà exprimé plutôt :

- Vous êtes une belle personne.


Et c’était encore plus évident. Plus juste. Les on-dit n’y étaient plus pour rien. C’était d’une expérience personnelle que Katerina était capable d’exprimer cette phrase. Elle sentait qu’Agnès ce trouvait du côté blanc. Qu’elle essayait de laisser en entrevoir l’éclat à ceux qui ne s’y trouvait pas. Ceux qui avaient pu se perdre en chemin. Comme elle. Alors que rien ne l’y obligeait.
avatar

Messages : 135
Points de confiance : 0
Date d'inscription : 14/11/2017
Age : 29
Localisation : Sous une pile de dossiers

Secrétaire de Donatien
Agnès sentit Katerina s’abandonner petit à petit à son étreinte. C’était discret, c’était maladroit. Tellement touchant. Cette jeune fille devait avoir eu peu de marques d’affection de ce genre si elle en jugeait à cet émouvant comportement. Cela la poussa à la serrer un peu plus fort contre elle. Cependant, elle sentit une tension monter en elle qui l’incita à relâcher un peu son emprise. Elle espérait ne pas l’avoir mise mal à l’aise, ce n’était pas son intention mais… elle avait suivi son instinct. Lorsque Katerina se dégagea, elle sentit monter une pointe de déception qu’elle étouffa bien vite. La jeune fille souriait. Oh, ce n’était pas un sourire éclatant, plutôt un éclat ténu, comme une ombre. Mais il semblait un peu plus plein que ceux de tout à l’heure alors cela lui fit sincèrement plaisir. Un silence confortable s’installa, pendant lequel les deux jeunes femmes se regardèrent dans les yeux. Des yeux translucides dans des yeux sombres. Des yeux bleus comme le ciel dans les siens noirs comme la glèbe. Belle complémentarité.

- Vous êtes une belle personne.


Agnès eut un rire gêné. Elle rangea une mèche derrière son oreille, rougissante.

- Ca je ne sais pas mais je m’efforce de l’être en tout cas.
Répondit-elle en détournant le regard avec un léger sourire aux lèvres.

Car malgré tout, le compliment lui allait droit au cœur. Un nouveau silence s’installa, plus court. Car si ses joues lui brûlaient, elle commençait tout de même à avoir froid. Et si elle avait froid, qu’en était-il de Katerina ?
Elle retira donc son manteau et frissonna de plus belle. Ce n’était pas grave, elle n’allait pas traîner. Elle le mit sur les épaules de la jeune femme et lui demanda.

- Un chocolat chaud, ça te dit ? Mon bureau n’est pas loin, on pourra s’y réchauffer.

Elle sourit, espérant qu’elle accepterait la proposition. Un chocolat chaud, ça leur ferait du bien. Enfin, ça ferait du bien à Katerina, autant pour sa santé que pour son moral mais elle, elle n’en prendrait pas. Elle s’était assez gavée de sucreries pour la semaine au moins. Et puis elle n’avait pas fait le tour de l’île pour éliminer comme elle l’avait convenu. Mais elle prendrait peut-être un thé. Sans sucre. Elle avait entendu dire que ça aidait à maigrir. Peut-être d’ailleurs que Katerina préférait le thé ?

- J’ai du thé aussi si tu préfères.

Ca compenserait l'absence de Werthers. Mais dans tous les cas, elle y mettrait du miel pour elle. Il fallait bien que quelqu'un pense à remplumer cette jeune demoiselle !



Ca fait toujours plaisir de voir ses efforts récompensés !

L'employée du mois 2017/2018
avatar

Messages : 71
Points de confiance : 0
Date d'inscription : 26/01/2018
Age : 22

W81
- Ca je ne sais pas mais je m’efforce de l’être en tout cas.

Katerina serra le bout de ces doigts gelés, souriant à Agnès. Elle avait le nez rougit par le froid mais elle sentait malgré cela une douce chaleur l’étreindre. Qui s’accentua lorsque la secrétaire posa sa veste sur les épaules de la jeune russe. Ces attentions multiples avaient un effet incroyable. C’était comme sentir un poids s’envolé. Plus besoin de penser à ce qu’il fallait faire, à ce dont il fallait se méfier. Il suffisait de la suivre. De se laisser porter par son comportement lumineux. Etonnant que personne ne le lui ai jamais fait remarqué.

Elle était pourtant comme un phare dans la nuit. Cela dit, si elle ne rentrait pas, même avec une meilleure santé que la jeune russe, elle aurait un rhume en un rien de temps.

- Un chocolat chaud, ça te dit ? Mon bureau n’est pas loin, on pourra s’y réchauffer.


C’était une occasion idéale de pouvoir prolonger la conversation. D’apprendre à connaitre la secrétaire. Katerina en avait follement envie. Elle pourrait peut-être lui parler d’Andrei. Et d’Ivana. Agnès pourrait lui raconter un tas de chose elle aussi. La jeune russe était étonnée de sentir un sentiment étrange et inconnu lui étreindre l’estomac. Comme une impatience.

- J’ai du thé aussi si tu préfères.


La frêle jeune femme hocha la tête, masquant quelque peu son enthousiasme, restant égale à elle-même :

- Je ne serais pas contre une tasse de thé, en effet.

Elle n’était pas très chocolat chaud. C’était le lait. Elle n’aimait pas tellement cela. Elle se souvenait qu’Ivana la grondait souvent lorsqu’elle était plus jeune à propos d’une histoire de calcium. La gouvernante avait fini par se résigner à lui donner des compléments alimentaires. Elle avait pu dire adieu à la texture pâteuse et au gout fort et crémeux du lait. Un vrai soulagement.

Les deux jeunes femmes se dirigèrent vers le bâtiment du personnel, devisant de chose et d’autre, apprenant à se connaitre. Le début d’une amitié peut-être ?

Contenu sponsorisé


    La date/heure actuelle est Dim 23 Sep - 5:24