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20/10/2018
Préparation d'event
22/09/2018 Modification des pourcentages révolutionnaires (cf. PA et heure supp')
16/09/2018 Ajout du bouton Discord qui avait disparu ;-;

I can't drown my demons, they know how to swim ||feat Agnès||

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Le silence. Le silence. Le silence. S. I. L. E. N. C. E. La douleur. Muette. La chute dans un vertigineux mutisme. Dans un vortex de solitude. Dans un puit. Il attendait la pluie pour le noyer. Noyer. Il voulait noyer ce qui voltigeait dans sa tête. Le rendre lourd, puis le laisser couler. Dans une masse sombre de liquide. Un liquide. Un liquide visqueux. Un liquide collant. Qui t’entraine toujours plus bas. Plus profondément.

Aeden se réveilla en sueur. Il poussa un hurlement muet que lui seul était capable d’entendre. Ces draps étaient trempés. Son pyjama lui collait la peau. Et c’était insupportable. Insupportable. Beaucoup de choses l’étaient devenus. Il se leva, tentant de tenir sur ses jambes tremblantes. Il devait aller se laver. L’heure. 2h. Le couvre feux ? Il s’en fichait. Il attrapa une serviette.

Ota ces gants. Elles avaient cicatrisées. Mais il pouvait toujours le voir. Le sang. Il eut un haut le cœur. Il devait se laver. Il marchait sans bruit, espérant ne pas tomber sur un garde. Espérant… en faites c’était faut. Il marchait juste. Il marchait juste. Un pas devant l’autre. Cela demandait déjà toute sa concentration. Un pas. Un deuxième pas. Il avait les yeux rivés sur ses pieds. Un pas. Un deuxième. L’homme était une machine formidable. Une goutte de sang tomba sur le parquet. Formidablement fragile. Il eut envie de vomir. Ferma les yeux, tâtonnant dans l’obscurité de ces paupières. Il ne voulait pas le voir. Il ne voulait pas le voir. C’était déjà dur de le sentir. Un pas, un deuxième. Il n’était plus loin des sanitaires. Quelques gouttes roulèrent jusqu’à sa bouche. Ce gout. Il restait coller sur sa langue. Il se mit à pleurer. Pitié. Pitié. Il ne voulait pas vomir au milieu du couloir. Il tâtonnait le mur. Tomba finalement sur la porte des douches. Ne prit pas la peine d’allumer la lumière. Un pas. Un deuxième. Pitié. Pitié. Son cœur s’emballait sans raison. Il ne voulait pas l’entendre battre dans son oreille. C’était insupportable. C’était… Il avait atteint une poubelle. S’accroupit. Vomit. Cracha le gout du sang. Vomit encore. Se frotta le nez du dos de la main. Tremblante. Son nez ne coulait plus. Pitié. Il devait se laver. Il devait se laver. Un pas. Un deuxième. La douche. Il rentra dans la douche sans prendre la peine d’enlever ces vêtements. Il était plein de sang. Cette pensée le révulsait. Il se retient pour ne pas vomir. Encore. Approcha en tremblant sa main du levier du robinet. Il y avait cette trace de sang sur le dos de sa main. Elle séchait doucement et il l’a voyait à peine dans la semi-obscurité. Il ne parvenait à en détacher les yeux. Immobile. Sa respiration sifflante dans ce silence était insupportable. Le bruit de son cœur. Insupportable. La vision floue de ses yeux noyés de larmes. Insupportable. Le silence tout autour. Insupportable. La présence de cette douleur lancinante au cœur. Insupportable. Il n’y avait aucun moyen de la faire taire. Il pouvait juste. Il ferma les yeux. Il pouvait juste l’atténuer. Un pas. Un deuxième. Aeden retournait en arrière. Près de la poubelle. Il y avait ce miroir. Il y avait son reflet. Insupportable. Il se mit à frapper de toutes ces forces. La couche réfléchissante d’aluminium se fractura en même temps que le verre.

Il entendit un hurlement. Mit du temps avant de se rendre compte qu’il venait de lui. Après s’être acharné sur le miroir, il se laissa tomber, se roulant en boule sur le sol froid. Il avait rouvert ces mains. La douleur était vive. Des morceaux de verre avaient volés partout. En se couchant, il avait senti de petites particules crissés. Il aurait mal lorsqu’il faudrait ôter les morceaux de sa peau. Mais c’était superficiel. Sans profondeur.

Cela ne l’empêcherait pas de relever la tête et d’apercevoir les contours du puit. Le ciel en haut. Inaccessible.

Note pour le rp:

( NOTE : Fait de l’hypertension, du coup, il saigne très facilement du nez. S’il porte des gants, c’est parce qu’ii se blesse
Hypertension arterielle provoquant des saignements réguliers du nez, vertige, des céphalées (maux de tête) : elles sont surtout caractéristiques d'une hypertension grave. Elles sont classiquement présentes dès le matin, dans la région occipitale (nuque et au-dessus) ; des acouphènes (sifflements auditifs), des phosphènes (perception de points lumineux) ; des vertiges ; des palpitations (sensation d'augmentation du rythme cardiaque) ; une asthénie (sensation de fatigue) ; une dyspnée (difficultés à respirer) ; une épistaxis (saignements de nez) ; une hématurie (présence de sang dans les urines).
)





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Agnès ne dormait pas. Allongée sur le dos, les yeux désespérément ouverts, elle avait fini par arrêter de se tourner et se retourner pour chercher le sommeil. A chaque fois qu’elle fermait les paupières, les mêmes images revenaient sans cesse. Le même son. En boucle. Alors elle attendait l’aube. Mais elle commençait à se lasser. Elle se leva en soupirant. De toute façon, rester immobile dans son lit ne menait à rien. Peut-être que faire une petite promenade lui ferait du bien.
Elle alla passer de l’eau sur son visage et ne put que constater l’image que le miroir lui renvoyait. Les cernes violacés sous ses yeux s’épaississaient de jour en jour. Bientôt, elle ne saurait plus les cacher, peu importe la quantité de maquillage qu’elle pourrait utiliser. Mais pour le moment, ce n’était pas important. Elle enfila simplement son peignoir au-dessus de sa chemise de pyjama et ne prit même pas la peine de troquer ses pantoufles pour des chaussures, ni de mettre ses lunettes. De toute façon, elle ne risquait pas de croiser qui que ce soit à une heure pareille.
Elle traîna un moment dans les couloirs du Bâtiment avant de décider d’aller carrément prendre l’air. Dehors, il faisait frais et la femme brune frissonna, se frictionnant un peu les bras. Néanmoins, elle continua sa virée nocturne, se dirigeant à travers les obstacles grâce à la pâle lueur de la lune. Elle se surprit à s’imaginer comme une apparition spectrale hantant l’île avant de rire de sa stupidité. La fatigue sans doute. Et ses pas la menèrent dans la cour centrale, probablement mus par l’habitude. L’endroit semblait calme, désert. Même le grand lampadaire qui illuminait d’ordinaire les lieux était éteint, comme endormi lui aussi. Pourtant, Agnès savait que quatre vigiles tournaient actuellement dans les ailes des patients pour s’assurer de la quiétude et de la sécurité de tous. Elle ricana. La quiétude et la sécurité de tous. Qui pouvait encore y croire ? Ils tournaient plutôt comme des geôliers prêts à bondir sur le moindre patient osant braver le couvre-feu. Puis ses yeux se posèrent sur LE lieu. Tout son corps se raidit. L’estrade n’y était plus, mais son image persistait dans la mémoire de la secrétaire, comme une persistance rétinienne indésirable. Elle se hâta de passer la porte la plus proche pour ne plus avoir ça sous les yeux.
Le couloir était sombre et lugubre. Ce n’était pas la première fois qu’elle voyait les locaux de nuit, ni même la première fois qu’elle se faisait la réflexion mais elle ne l’avait jamais frappé avec autant de violence. Mais comme elle ne voulait pas retourner dans la cour, elle n’avait pas d’autre choix que d’avancer. Que diable faisait-elle là ? Pas dans ce couloir mais sur cette île, dans cet établissement infernal et damné ? Elle voyait bien que tous ses efforts n’avaient servis à rien. Elle avait cru un temps qu’elle y arriverait, que tout doucement, elle ramenait l’Institut vers son but premier, améliorer la vie d’enfants atteints de maladies handicapantes, mais elle s’était trompée. Tellement trompée ! Elle avait seulement su calmer le fauve un temps, comme on endort un volcan, mais il s’était réveillé et l’inévitable, l’innommable s’était produit. Une enfant innocente était morte. Quelques sanglots solitaires la secouèrent. L’Institut avait tué une enfant. Pire ! Elle l’avait laissé faire. Peut-on vraiment changer la nature d’un fauve ? Peut-on vraiment éteindre un volcan ? Elle en doutait fortement à présent. Finalement, elle travaillait peut-être plus à sa propre perte qu’à la rédemption d’un endroit maudit. Elle n’était pas de taille.
Elle s’arrêta net dans le couloir, les poings serrés, les larmes lui montant aux yeux. Une seule eut l’occasion de rouler le long de sa joue. Elle fut forcée de ravaler péniblement les autres au bruit d’un pas de course dans le couloir. En d’autres circonstances, elle aurait eu honte qu’on la voie ainsi, en pyjama, pas maquillée, au bord des larmes et tout bonnement épuisée émotionnellement. Mais elle était justement épuisée émotionnellement, alors un peu plus un moins…
Ce fut Steven qui déboula face à elle, précédé de sa lampe torche. Il paraissait paniqué.

- Mademoiselle Dessanges ! Quelle chance de tomber sur vous !

Un sourire grimaçant se dessina sur son visage. Quelle situation allait-elle devoir gérer cette fois-ci ? Quels problèmes ça allait lui apporter ? Elle n’avait pas envie. Pas envie de prendre encore des responsabilités. Elle, elle n’en pouvait plus. Qu’on s’adresse à quelqu’un d’autre pour une fois. Elle songeait sérieusement à la démission. Néanmoins, elle répondit :

- Que se passe-t-il ?
- C’est un patient. Il a brisé le couvre-feu mais… Je l’ai retrouvé dans les sanitaires.

Agnès leva les yeux au ciel. C’était bien le dernier de ses soucis.

- Eh bien ramenez-le dans sa chambre que voulez-vous que je vous dise ?

Steven parut décontenancé. Il était vrai qu’Agnès était rarement aussi sèche avec lui.

- Mais, mademoiselle Dessanges ! Il pisse le sang !

Merde. L’instinct maternel et le professionnalisme de la secrétaire reprirent immédiatement le dessus.

- Quels sanitaires ?
- Sanitaires B.
- Filez réveiller le docteur Hawthorne, c’est elle qui est de garde cette nuit. Allez aussi chercher Vanessa, et dites-lui de préparer tout ce qu’il faut pour soigner une hémorragie. Allez, vite filez ! S’exclama-t-elle en se dirigeant d’un pas rapide vers les sanitaires B.

Lorsqu’elle arriva devant la porte, il n’y avait pas un seul bruit. Mais en tendant l’oreille, elle pouvait entendre quelques reniflements et sanglots discrets. Le patient pleurait ? Aussi, elle prit soin d’ouvrir doucement la porte pour ne pas le brusquer plus qu’il ne l’était et passa sa tête à travers l’entrebâillement.

-  N’aie pas peur, ce n’est que moi, Mademoiselle Dessanges. Je suis là pour t’aider. Je peux entrer ?

Elle n’arriva pas à identifier le patient dont il était question, il faisait trop sombre et tout ce qu’elle voyait, c’était une masse informe, tressautante, roulée en boule sur le sol. Elle se fit la réflexion qu’elle aurait dû demander à Steven son identité, ça aurait simplifié les choses.
N’obtenant pas de réponse claire et audible, elle s’autorisa tout de même à entrer. Un bruit de verre cassé retentit à ses oreilles alors qu’elle posait le pied à l’intérieur. A part du miroir, elle ne voyait pas d’où il pouvait provenir mais comment avait-il explosé de la sorte ? Elle perçut également une odeur acre, désagréable qui lui arracha un haut de coeur. Elle ne savait pas ce que c'était mais elle dut s'arrêter quelques instants, la main sur la poitrine pour réprimer sa nausée.
Puis elle s’approcha de nouveau, prudemment, en faisant attention à ne pas se couper et se pencha au-dessus du patient en détresse, mais ne le toucha pas, question de sécurité élémentaire. On ne déplaçait pas un blessé. Mais même de près comme ça, elle avait du mal à voir quelque chose. Tout ce qu’elle pouvait dire, c’était qu’elle avait à faire à un garçon, certainement un adolescent.

- Tout va bien ? Qu’est-ce qui t’es arrivé ?



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Il pleurait comme un enfant. Entre deux sanglots il aperçut une raie de lumière s’échapper de la porte des sanitaires. Disparaitre. Était-ce elle ? Il plissa ses yeux larmoyants mais c’était peine perdu.

Personne n’était là. Il eut un haut le cœur. Lui dont la plus grande peur avait toujours était de décevoir. Et d’être seul. Ces épaules se secouèrent l’espace d’un instant, comme pour annoncer les prémices d’un rire nerveux qui ne sortit jamais.

Si seulement. S’il avait eu la force de se rapprocher de l’estrade. S’il avait vu le geste précipité. Il aurait pu intervenir. Il ferma les yeux très forts, comme si cela pouvait l’empêcher de voir la scène qui tournait en boucle dans sa tête. Il était trop tard. Comme toujours, Aeden réagissait trop tard. Comme spectateur de son existence.
Un bruit et une voix s’élevèrent dans l’obscurité, se mêlant aux halètements saccadés du garçon. Il voulait l’ignorer. Il émit un grognement à peine audible, cherchant à piéger ces oreilles et les empêcher de saisir les mots. Les mots. Les mots. Il ne voulait plus qu’ils aient de sens. Pourtant, ils continuaient à tourner dans sa tête. A se moquer de lui. A lui rappeler ce qu’il était. Un menteur. Un suiveur. Un lâche.

- Tout va bien ? Qu’est-ce qui t’es arrivé ?


La voix était plus proche. Impossible de l’ignorer. Impossible de ne pas l’entendre. Il reconnut la douceur de Mlle Dessanges. Oh non. Pas elle. Il l’avait déjà tellement déçue. Il ne voulait pas… Il ne souhaitait pas la décevoir encore. Il ne voulait pas qu’elle se fasse du souci non plus. Il n’en valait pas la peine. Il aurait aimé que ce ne fut qu’un garde quelconque qui le somme de retourner jusqu’à sa chambre. Il ne méritait pas sa présence, comme elle ne méritait pas de le supporter.

Il devait se lever, il n’aurait qu’à se tenir à l’évier pour s’aider. Puis il dirait que tout va bien. Que ce n’était rien. Il s’en irait rapidement vers sa chambre après s’être excusé pour le couvre-feu. Mais alors qu’en pensée, son plan se déroulait à merveille, il ne sut même pas entamer la première étape. Il posa une main au sol pour se relever, ignorant le crissement des éclats de miroir et les petits bouts qui lui piquaient l’épiderme, s’accrocha avec difficulté à l’évier dans le même mouvement mais le lâcha manque de force ou de conviction, se retrouvant assis par terre, blême, face à Agnès dont il pouvait à peine apercevoir le visage dans l’obscurité. Incapable.

Il eut une pensée pour un autre plan qui ne s’était pas bien déroulé. Incapable. Ramena sa main à son ventre, comme pour soulager une violente crampe. Le gout acre qui lui tapissait la gorge semblait soudain gonflée, le rendant incapable de parler. Il respirait par le nez, en un sifflement peu élégant. Il devait avoir l’air pitoyablement incapable. Après un long moment de silence, alors qu’il ne parvenait pas à réunir ces pensées, le garçon entrouvrit la bouche comme pour parler. Dans un murmure inaudible, il voulut s’exprimer :

- J’ai…


Il s’y reprit à plusieurs fois, sa voix croassant, rauque :

- J’ai...j’ai…. j’ai….


Mais il était incapable d’exprimer ce qui dans son esprit était si clair. J’ai tué Lore. C’était trop douloureux. Il ne pouvait faire face à cette réalité. Il tendit une main vers Agnès. La tenir. Ca le ramènerait peut être à la réalité. Suspendit son geste. Se rappela qu’il ne devait pas lui faire subir ça. Baissa brusquement sa main pour la reposer au sol. Tenta une nouvelle remontée maladroite.





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Le patient ne lui répondit pas, tentant de se relever.

- Woh, woh woh ! Doucement jeune homme ! On ne prend pas de risques inutiles ! L’interpella-t-elle, toujours sans oser le toucher.

De toute manière, il n’avait pas pu se soulever bien haut avant que ses forces ne l’abandonnent. Il porta ses mains au ventre, comme s’il allait vomir. Vomir. Tiens. Ce devait être ça qu’elle avait senti en entrant. Elle s’accroupit auprès de lui, rapprochant ses mains de son corps comme prête à le retenir ou à accompagner un mouvement si cela s’avérait nécessaire. Il respirait fort, cela sifflait, et Agnès avait mal pour lui. Il avait vraiment l’air dans un sale état.

- J’ai…

Agnès tendit l’oreille. Sa voix sortait difficilement, mais elle était certaine qu’il essayait de parler.

- J’ai… j’ai… j’ai…

Il s’interrompit brutalement. La femme brune fut tentée de lui demander ce qu’il avait, de l’encourager à parler, ne serait-ce que pour reconnaître sa voix, mais cela semblait si douloureux qu’elle préféra s’abstenir. Elle sentit une main s’approcher de la sienne, comme pour la saisir, mais elle disparut presque aussitôt. La silhouette devant elle cherchait de nouveau à se lever. Cependant, cette fois, Agnès était prête. Tant pis pour le contact, il était plus important de l’empêcher de bouger jusqu’à l’arrivée du docteur Hawthorne. Elle se laissa donc tomber sur les fesses, protégée des bouts de verre qui maculaient le sol par son épais peignoir, et referma ses bras autour du corps qui lui faisait face, l’obligeant gentiment mais fermement à s’asseoir entre ses jambes.

- Hop hop hop ! Qu’est-ce que j’ai dit ? S’exclama-t-elle.

Elle ne s’en rendait pas vraiment compte, mais comme toujours, dans ce genre de situation, elle avait utilisé ce que d’autres appelaient sa voix de maman. Et c’était vrai qu’on aurait pu croire qu’elle s’adressait à un enfant qui s’apprêtait à piquer un bonbon alors qu’on lui avait déjà dit non plusieurs fois.

- On va attendre tranquillement le docteur et pendant ce temps on va un peu discuter toi et moi, d’accord ?

Elle espérait que le médecin allait vite arriver d’ailleurs. Elle repoussa un peu le garçon, et enroulant sa main dans sa manche, elle commença à épousseter son pyjama avec des gestes légers, pour retirer un maximum de débris de verre sans lui faire mal. Pour ce qui était de sa peau, elle préférait que quelqu’un de plus qualifié qu’elle s’en occupe. Elle n’était que secrétaire après tout. Mais elle pouvait déjà faire ce qui était en son pouvoir, et ça passait par rassurer le garçon. Elle devait l’amener à s’expliquer sur ce qui s’était passé mais pour l’instant, elle ne voulait pas lui donner l’air de mener son enquête.

- C’était bon ce que tu as mangé à la cantine ce midi ? Moi j’ai dû me contenter d’un bout de pain sur le pouce.

En fait, si elle n’avait mangé qu’un bout de pain, c’était surtout parce qu’elle n’avait eu le courage de se mêler à personne et s’était contentée de grignoter les maigres réserves de son bureau. Le sujet de conversation était par ailleurs bateau, mais au moins, ça le pousserait à penser à autre chose en attendant l’arrivée de la cavalerie.
Elle aurait aimé allumer la lumière, pouvoir voir la tête de son interlocuteur – ça aurait été plus simple – mais désormais dans cette position, ça allait être difficile. Mais peut-être qu’en parlant, sa voix se dérouillerait et qu’elle serait à même de savoir quel patient était installé contre elle.



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Lorsqu’Agnès s’assit aux côtés d’Aeden, le bloquant, il eut envie de se laisser aller. De juste se laisser aller. A la tristesse. A la honte. A la colère. A la peur. A la frustration. A l’épuisement. Au dégout. Mais il n’avait pas le droit. Il n’avait pas le droit. Il n’avait pas le droit. Il essayait de se convaincre, fatigué. Tout lui indiquait pourtant de s’en remettre à elle. L’instinct ne trompait pas. Seul le côté maternel de la jeune femme pouvait le sauver. Le tirer de sa torpeur. De son cauchemar. Il se serait giflé s’il avait pu. Ce n’était pas un cauchemar. C’était la réalité. C’était le monde. C’était son monde. Il ne voulait pas en sortir. Ne pouvait pas en sortir. Ne méritait pas d’en sortir.

- On va attendre tranquillement le docteur et pendant ce temps on va un peu discuter toi et moi, d’accord ?


Il fut saisi de panique. Pas de docteur. Non. Sa respiration sifflante s’accéléra. Il ne voulait pas. Il sentait la main douce d’Agnès et des bruits de verres qui tombent. Elle l’avait dénoncé ? Non. Il avait juste fait n’importe quoi. Le docteur saurait que ce n’était pas la première fois. Il ne voulait pas que ça recommence. Qu’on lui pose des questions auxquels il ne souhaitait pas répondre. L’amertume dans sa gorge le piquait.

- C’était bon ce que tu as mangé à la cantine ce midi ? Moi j’ai dû me contenter d’un bout de pain sur le pouce.

Repenser à ce qu’il avait pu manger dans la journée lui secoua l’estomac. Il se souvenait avoir passé deux heures à avaler son repas sous le regard inquisiteur d’un médecin stagiaire. Il n’en pouvait plus d’être forcé à avaler quelque chose. Comment en était-il arrivé là ? Et pourquoi trouvait-il la nécessité de se poser cette question alors que la réponse était évidente. Une réponse qu’il avait toujours connu. La vie. La vie était un piège. C’était souffrir. Souffrir sans avoir le droit de faire cesser la douleur. Parce que si vivre signifiait souffrir. Mourir signifiait faire souffrir. Et si Aeden se détestait profondément, il ne voulait de mal à personnes d’autres. Il devait rester.

-Je… je n’ai pas besoin de voir le docteur. Je… vais bien.


Et sa voix cassée, incertaine de ce qu’elle disait, semblait prouver le contrainte. Il détestait ce tremblement dans sa gorge. Cette faiblesse dont lui seul était capable. Chaque mot était une lutte. Il ne devait pas craquer. Les yeux fixés sur ses mains, sur le sang de son nez qu’il pouvait seulement deviner dans l’obscurité. Sur ce dont il était responsable. Une phrase émergea. Le souvenir de paroles injustement adressé à la secrétaire « je ne suis pas le seul à être complice d’une injustice ». C’était facile à dire. Mais elle savait. Elle le savait. Qu’il était responsable de la mort de Lore. Il lui avait dit. Alors elle savait. La honte une nouvelle fois le pris à la gorge.

-Désolé.

C’était pitoyable. Mais il devait s’excuser. Pour tout le mal qu’il ne cessait de causer. Pour ne pas avoir été à la hauteur. Pas une seule fois. Les larmes lui montèrent aux yeux, encore. Cette fois-ci, il ne pouvait pas pleurer. Tout tournait autour de lui mais il se surprit à raffermir la prise sur sa voix et parvient à s’exprimer presque normalement :

-Je m’excuse. Je ne devrais pas être levé à cette heure-ci.


Il se tut. C’était idiot. Ce n’était pas avec ça que les choses s’arrangeraient. Il resterait le raté qu’il avait toujours été. Et il ne s’en sortirait pas si facilement avec ceux qu’il avait blessé. Une voix lui rappela qu’il n’avait pas juste blessé. Il avait tué. Il avait tué Lore.





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Dans ses bras, l’adolescent se calma avant de s’agiter de plus belle. Mince ! Agnès espérait qu’elle ne lui faisait pas mal ! Elle hésita à desserrer son étreinte, partagée entre le bien-être de ce pauvre garçon et la nécessité de l’empêcher de bouger. L’explication de ce revirement de situation ne tarda pas à arriver.

-Je… je n’ai pas besoin de voir le docteur. Je… vais bien.

La phrase était pénible et entrecoupée mais c’était le plus grand nombre de mot qu’elle avait pu lui tirer pour l’instant. Même si la voix était rauque, elle commençait à se faire une petite idée de qui elle avait dans les bras. Elle préférait cependant être sûre et ne pas trop s’avancer.
Elle voulait lui dire que si, bien sûr que si il avait besoin de voir un médecin. Elle ne pouvait pas le laisser repartir charcuté de la sorte par des morceaux de verre. Qu’il avait probablement besoin de quelques points de suture, ou au moins, au grand minimum, de désinfecter ses plaies, mais elle sentit qu’il n’avait pas fini de s’exprimer. Les mots avaient l’air de tellement peiner à sortir qu’elle ne voulait pas le couper dans son élan. Que son intuition sur son identité soit juste ou non, la plupart des patients ici avaient plus besoin de parler et d’être écoutés qu’autre chose.

- Désolé. Je m’excuse. Je ne devrais pas être levé à cette heure-ci.

Bon. Elle en était sûre maintenant. Cette façon de s’excuser deux fois dans la même phrase, comme s’il s’excusait même d’exister, ça ne pouvait être qu’Aeden. Elle posa une main qui se voulait rassurante sur sa tête.

- Ne t’excuse pas. Ca arrive à tout le monde d’avoir besoin d’aller aux toilettes en pleine nuit. J’ai déjà dit plusieurs fois à Donatien qu’il faudrait mettre des sanitaires directement dans les chambres s’il ne voulait pas que les patients quittent leur chambre la nuit.

Elle affirmait ça comme si elle savait exactement ce qui c’était passé. Ce n’était pas le cas bien sûr. Elle en était consciente. Mais elle espérait qu’Aeden comprendrait pourquoi elle disait ça. Ce serait la version officielle. Il aurait moins d’ennui comme ça.

- Tu as eu envie d’aller aux toilettes à cause d’une nausée mais tu n’as pas voulu allumer la lumière, pour ne pas avoir d’ennuis pour un simple passage aux toilettes. Manque de pot, dans le noir tu t’es cogné contre un miroir. Il devait déjà être fissuré pour avoir explosé comme ça.

Elle l’avait martelé, d’une voix qui se voulait pleine de conviction. Mais c’était sans appel, il devait voir un médecin. De toute façon, le docteur Hawthorne devait déjà être prévenue maintenant. Mais elle était à l’autre bout du bâtiment principal alors il lui faudrait encore un moment avant d’arriver. Il fallait qu’elle mette ce temps à profit. Elle l’enveloppa de ses bras et lui murmura à l’oreille.

- Mais en réalité… C’est à cause d… C’est à cause d’elle n’est-ce pas ?

Sa voix s’était brisée à deux reprises. Elle ne pouvait même pas prononcer son nom. Mais Aeden était un garçon intelligent, il comprendrait. Le coup de feu n’en finissait pas de retentir à ses oreilles. Elle s’y habituait, doucement. Il était le compagnon de journées et de ses nuits – surtout de ses nuits – alors il ne la faisait plus sursauter comme une idiote qui entend des voix. Cependant… Il y avait toujours ce rouge poisseux qui resurgissait chaque fois qu’elle fermait les yeux, inévitablement, et qui l’empêchait de fermer l’œil de la nuit. Ca la rendait malade. Tout ce sang qui coulait tout le temps, partout, comme si le monde entier se vidait de son sang depuis que la petite avait perdu le sien…
Agnès ne réalisa pas tout de suite qu’elle pleurait. Elle passait tant de temps à voir du sang couler là où il n’y en avait pas qu’elle supposait s’imaginer encore ce liquide qui dégoulinait de son visage. Elle berçait Aeden sans vraiment savoir qui elle cherchait à consoler. Elle se sentait rongée par la culpabilité, même si rationnellement, elle ne voyait pas ce qu’elle aurait pu faire de plus pour empêcher ce funeste destin.



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- Ne t’excuse pas. Ca arrive à tout le monde d’avoir besoin d’aller aux toilettes en pleine nuit. J’ai déjà dit plusieurs fois à Donatien qu’il faudrait mettre des sanitaires directement dans les chambres s’il ne voulait pas que les patients quittent leur chambre la nuit. Tu as eu envie d’aller aux toilettes à cause d’une nausée mais tu n’as pas voulu allumer la lumière, pour ne pas avoir d’ennuis pour un simple passage aux toilettes. Manque de pot, dans le noir tu t’es cogné contre un miroir. Il devait déjà être fissuré pour avoir explosé comme ça.

Comment faisait-elle ? Comment faisait-elle pour donner l'impression d'être capable de tout arranger alors que rien n’allait ? Comment faisait-elle pour aider Aeden après ce qu’il avait fait. Il eut un demi-sourire pitoyable. Sa gorge sèche le grattait violemment mais ce n’était rien. Ce n’était rien. Il voulait se reposer sur elle. Sangloter dans ses bras. Se laisser aller. Mais il ne s’en sentait pas le droit, alors, il l’écoutait, ignorant son mal de crâne.

- Mais en réalité… C’est à cause d… C’est à cause d’elle n’est-ce pas ?

Aeden secoua la tête négativement, la gorge noué. Le mouvement calme et régulier d’Agnès l’aidait à ne pas se jeter à terre. A ne pas hurler. A ne pas pleurer. Il l’aidait à oublier de ressentir. Il eut l'impression d'entendre un sanglot dans sa voix. Il se souvient des paroles blessantes qu'il avait eu. Regretta. Encore.

- Loreleï.


Elle ne voulait pas qu’on oublie son prénom. Alors même si c’était douloureux. Même si il souffrait d’entendre ces consonances, il se forcerait à les prononcer. Autant de fois qu’il le devrait. Il lui devait bien ça.

-C’est à cause de moi.


Tout tournait autour de lui après tout. C’est bien à cause de ça qu’il en était là aujourd’hui. Serait-il jamais capable de voir au-delà de son intérêt ? Il se tut. S’il parlait encore, il allait pleurer. Il souffla l’air qui lui comprimait les poumons avec le plus de calme possible. Il sentait monter en lui tous ce qu’il tentait de taire. Il se redressa un peu, posant ses mains sur le carrelage froid, faisant crisser les bouts de miroir.

- Agnès… pourquoi vous êtes si gentille avec moi alors que…


Alors qu’il avait été si décevant avec elle, alors qu’il l’avait accusé d’être complice d’une injustice. Alors qu’il avait tué Lore. Il aurait voulu qu’elle se fâche, qu’elle lui dise ses 4 vérités, qu’elle lui fasse regretter le mal qu’il avait causé. Il se demanda si quelqu’un avait compris. Si quelqu’un finirait par comprendre.

- Vous vous le savez. Vous le savez que c’est ma faute.


Il lui avait dit. Qu’il l’avait aidé à s’évader. Elle savait. Peut-être n’avait-elle simplement pas fait le lien ? Il était content de ne pas avoir à affronter son regard. De pouvoir regarder le sol, les yeux embués. Malgré les larmes, il ne pouvait s’empêcher de s’attarder sur sa saleté. Il était dégoutant. Il aurait voulu se doucher. Était-ce vraiment la seule chose à laquelle il pensait maintenant ? Il se sentait d’un ridicule.

- Je ne faisais pas la différence entre chercher à l’aider et chercher à plaire. Sauf que… sauf que c’est elle qui en paye le prix.


Il eut un rire sans joie. Il n’était pas stupide. Il pouvait toujours nier, il était évident qu’il était en partie responsable. Sauf qu’assumer une telle responsabilité, c’était au-dessus de ces forces. Comment pourrait-il jamais vivre avec ? Il pouvait toujours se mentir mais il n’y a qu’une seule vérité. Incapable de la formuler à voix haute, il se la répétait en boucle. La douleur de ces coupures se réveillait dans le bout de ces doigts. Une nouvelle fois, il était déçu. Pensé que la douleur physique pouvait être plus forte, c’était un espoir vint. Il continuait d’essayer pourtant. Il devait trouver quelque chose d’autre. A défaut de pouvoir oublier, il pouvait se punir. S’isoler. Souffrir de la solitude.

- Désolé. Je… je ferais mieux de retourner dormir.


Il tenta de se dégager mais Agnès le tenait fermement.





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Secrétaire de Donatien
- Loreleï.

Entendre son nom lui serra le cœur mais elle hocha doucement la tête, affirmative. Entendre ce nom lui faisait mal, mais elle comprenait pourquoi il tenait à le prononcer. Il voulait qu’on le garde en mémoire. Il ne fallait pas l’oublier. Elle se sentit faible et lâche d’avoir refusé de l’utiliser.

-C’est à cause de moi. Agnès… pourquoi vous êtes si gentille avec moi alors que… Vous vous le savez. Vous le savez que c’est ma faute.

Les mots sortaient avec peine, avec une lenteur insupportable. Mais Agnès l’écouta sans broncher. Elle ne releva même pas le fait qu’il utilise son prénom plutôt que le « mademoiselle Dessanges » habituel. De toute façon, pour l’heure, elle n’était pas la secrétaire de Donatien. Elle n’était pas une employée de l’Institut. Elle était juste une femme dont la souffrance se mettait au diapason avec celle du jeune homme qu’elle tentait difficilement de consoler.

- Je ne faisais pas la différence entre chercher à l’aider et chercher à plaire. Sauf que… sauf que c’est elle qui en paye le prix.

C’était donc ça. La culpabilité. Celle d’avoir voulu faire son bonheur, et non ce qui était nécessaire. Agnès songea amèrement que c’était ce qu’il lui avait reproché, quelques semaines auparavant. Etait-ce une façon de lui dire qu’il avait eu tort, et donc qu’elle avait eu raison ? Elle n’avait pas envie de le croire. Elle aussi avait eu tort. Tout le monde ici avait eu tort. Tout le monde, à des degrés variés.

- Désolé. Je… je ferais mieux de retourner dormir.

Sans rien dire, Agnès resserra son emprise, oubliant qu’elle avait refusé de le faire plus tôt pour éviter le sur accident et d’enfoncer plus profondément les morceaux de verre dans sa peau. Son front vint se lover dans son cou, cherchant elle-même un peu de réconfort. La voix un peu étouffée par la position qu’elle avait adoptée, elle lui dit.

- Ce n’est pas de ta faute.

Sa voix était faible, morne, sans trop de conviction. Pas qu’elle ne croyait pas à son innocence, non, mais elle ne pouvait pas nier que son raisonnement était cohérent. D’une façon ou d’une autre, il avait aidé Loreleï à s’évader et c’était bel et bien cette évasion qui l’avait amenée sur cette estrade. Elle ajouta, voulant rendre sa pensée plus accessible au jeune homme.

- Pas de ta faute en particulier en tout cas.

Elle inspira un grand coup, ravalant au mieux ses larmes.

- Nous sommes tous fautifs. Tous.

Donatien qui avait eu cette idée complètement irresponsable de confier une arme à feu chargée à ce dégénéré de Barrabil, les agents de sécurité qui n’avaient pas anticipé le coup de feu, elle qui avait trop tardé à essayer de mettre fin à cette ineptie de punition publique, tous ceux qui avaient assisté à la scène sans rien faire quelqu’en soit la raison et, même s’il ne fallait pas dire du mal des morts, la petite Loreleï elle-même qui aurait dû savoir que ses bravades n’auraient certainement pas de bonnes répercussions face à des gens – des monstres – pareils.
Agnès se sentait lasse. Vide. Elle aussi avait envie de se coucher. Elle se demandait combien de temps allaient encore mettre Steven et le docteur Hawthorne. Mais pile au moment où elle se le demandait, des bruits de pas précipités se firent de plus en plus audibles dans le couloir.



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W133
Lorsqu’elle se rapprocha, Aeden pouvait sentir son souffle dans son cou. Depuis combien de temps une présence maternelle ne s’était plus penché sur lui dans ce genre d’étreinte ? Même lorsqu’il acceptait encore la visite de ces parents, sa mère n’avait fait qu’éviter son regard. La gêne qui régnait lorsqu’il échangeait des nouvelles lui devenait toujours plus insupportable. Leur sourire et leur dire qu’il allait de mieux en mieux, c’était devenu si dur. Plus le temps passait, et plus le surdoué avait le sentiment d’être face à deux étrangers.

-Ce n’est pas de ta faute.

Il eut un faible sourire. Ils savaient tous les deux que ce n’était pas le cas. Certes, il n’avait pas tiré. Mais il était responsable des évènements qui s’étaient enchainés. Plusieurs fois il aurait pu changer le cours des choses. Lorsqu’il avait fait sa promesse, lorsqu’ils avaient pris la fuite, lorsqu’Ange avait demandé à Lore de lui donner le nom de ces complices. Hors, il était resté les bras ballants. Incapable de choisir la bonne décision.

- Pas de ta faute en particulier en tout cas. Nous sommes tous fautifs. Tous.
Son estomac se crispa un peu plus. Il se souvenait de sa conversation avec Lore. De cette stupide promesse. Cette stupide promesse qu’il lui avait fait. Il avait échoué. Et non seulement elle était morte par sa faute, mais elle était morte sans avoir retrouvé de liberté. Mlle Dessanges avait à la fois raison et tort. Certes, ils étaient tous fautif. Ils avaient tous assisté à la scène sans tenter une seule fois d’intervenir. Mais s’il n’avait pas été égoïste, il n’y aurait pas eu besoin d’intervention. La gorge toujours horriblement sèche, il parla faiblement :

-Désolé… je… vous n’auriez rien eu à vous reprochez si je n’avais pas…


Des bruits de pas interrompre les pensées du surdoué. Il voulut se redressé, paniqué. Il lui restait peu de temps. Horrifié, il se rendit compte qu’il laissait Mlle Dessanges le consoler. Qu’il avait agi encore une fois égoïstement. Qu’il avait oublié de se taire, qu’il avait oublié de rester sagement dans son lit à regarder le plafond. Il avait l’impression de sortir d’un état de torpeur pour rentrer dans un autre.

- Pourquoi vous vous occupez de moi ? Occupez-vous de Cap… Occupez-vous de Cap.


Une supplication douloureuse. Puis la porte s’ouvrit, déversant la lumière du couloir dans les sanitaires. La lumière s’alluma, laissant des points lumineux danser devant les yeux du garçon. Il sentit monter en lui la panique. C’était la troisième fois qu’il se blessait depuis qu’elle était partie. Jamais ils ne croiraient que ce fut un accident. Ils allaient encore lui donner des médicaments qui endormiraient son esprit, qui l’aiderait à ne plus penser. Il ne voulait pas. Il voulait s’user. Il voulait que ça tourne en boucle, que ça le blesse. J’ai tué Lore. Il se débattit lorsque le médecin s’approcha, sentit ces yeux pleurés une nouvelle fois. Manqua de mettre un coup de pied à la femme qui s’approchait. Poussa comme une plainte à mi-chemin entre le hurlement et le grognement, cherchant à se réfugier sous les éviers.

Un garde tira Mlle Dessanges en arrière puis immobilisa le garçon, aidant ainsi le médecin a administré un sédatif au patient pour qu’il se calme. Impossible autrement de le soigner correctement. Alors qu’il sentait qu’il perdait pied, il essaya de trouver les yeux d’Agnès, crut murmurer « Cap ». Ne sut pas s’il y était parvenu.





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Secrétaire de Donatien
-Désolé… je… vous n’auriez rien eu à vous reprochez si je n’avais pas…

Aeden ne termina pas sa phrase, réagissant violemment aux bruits de pas qui se rapprochaient des sanitaires. Agnès voulut le calmer, posant une main sur sa tête pour le ramener à la réalité, sans effet. Elle chercha à l’empêcher de bouger sans trop oser le contraindre, de peur de lui faire mal, essayant de lui dire quelque chose, n’importe quoi, qui serait susceptible de l’apaiser.

- Pourquoi vous vous occupez de moi ? Occupez-vous de Cap… Occupez-vous de Cap.

Dans le raffût, Agnès ne comprit pas vraiment ce qu’il voulait dire. Cap ? C’était qui, ça, Cap ? Elle n’eut pas le temps de s’interroger davantage. La porte s’ouvrit et la lumière jaillit, aveuglant la jeune femme dont les yeux s’étaient acclimatés à l’obscurité. Elle entendit les néons de la pièce s’allumer un à un, grésillant comme dans un effort conséquent de produire un peu plus de douleur oculaire. Par réflexe, elle porta ses mains au visage pour suppléer ses paupières qui ne suffisaient pas à occulter l’agression. Aeden en profita pour s’échapper de son emprise, roulant sous les lavabos. Agnès se força à ouvrir difficilement les yeux. Il ne fallait pas que le docteur et Steven terrorise le gamin de la sorte ! Elle devait intervenir !
Cependant, la première chose qu’elle vit fut le sang qui maculait ses doigts. Un coup de feu résonna. Avec un rire proche de l’hystérie, ses yeux suivirent le chemin que semblait dessiner spécifiquement pour elle cette trainée rouge entre ses mains et la masse informe et ensanglantée sous les lavabos. Celle d’une adolescente aux épaisses lunettes et aux cheveux clairs. Celle d’un adolescent aux cheveux sombres. Les images se superposaient dans sa tête, sans qu’elle n’arrive à faire le point entre la réalité et son imagination.
Elle se sentit tirée en arrière, remise debout par la force familière de Steven qui la serra contre lui pour l’empêcher de tomber. Alors que le docteur Hawthorne s’approchait d’Aeden avec une seringue, Agnès ne put soutenir la vision de tout ce rouge et se retourna contre la poitrine du vigile, se sentant prête à tourner de l’œil. Elle entendit vaguement la femme médecin dire à voix haute :

- Voilà. Il va se tenir plus tranquille à présent.

Elle ne suivit pas le reste de la scène, Steven ayant utilisé son talkie-walkie pour appeler un collègue en renfort – il fallait emmener Aeden à l’infirmerie pour le débarrasser des morceaux de verre – avant de la faire sortir, voyant qu’elle n’était pas bien.

- Mademoiselle… Vous devriez retourner vous coucher maintenant…

Elle secoua négativement la tête, mollement.

- Si, je vous assure.
- Il a raison mademoiselle Dessanges.

C’était le docteur Hawthorne qui revenait, une boîte de médicament dans la main.

- Prenez en un une fois dans votre lit. Ca vous aidera à dormir. Vous en avez bien besoin.
- Je vais la ramener dans sa chambre et m’assurer qu’elle le prenne bien.
- Et votre service ?
- J’ai fait réveillé Saleem, il prendra ma place pour ce soir. De toute façon, vous voyez bien qu’elle n’est pas capable de rentrer seule !

Agnès protesta faiblement que si, elle en était capable, mais personne ne prit cette affirmation en compte. Elle se laissa donc raccompagner par le Dragon, laissant pour une fois quelqu’un s’occuper d’elle, comme Katerina ne cessait de le lui répéter, non sans recommander au médecin le plus grand soin concernant le jeune Aeden.

HRP:
Bon, tu me diras ce que tu en penses, mais de mon côté, je crois qu'on peut dire RP fini, sans grand succès de la part d'Agnès Sad



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