- Corps et âme - PV
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Jeu 17 Mai - 21:52

Corps et âme


              L’extrémité de ma peau piquait, victime de cette salle sans chaleur. Je fermais les yeux, enfonçant mon âme dans une volonté extrême d'être ailleurs. Je n'arrivais plus à compter le temps que j'avais passé ici, le dos compressé contre cette table aussi inconfortable qu'à l'intérieur de mon être.
Cette chaleur sur mon corps n'avait rien pour mériter d'être nommée de la sorte. Elle n'avait rien de réconfortant, elle ne servait qu'à nourrir ce sentiment de nausée dans ma poitrine. Une texture de plastique frottait de manière désagréable sur mes cicatrices, me faisant grimacer de douleur et contracter mon ventre. Généralement, sa route ne s'éternisait jamais le long de mon corps. Je savais que cela allait s'arrêter au moment où j'aurais le plus peur. Jusqu'ici, le docteur ne s'exécutait qu'avec sa vue, scrutant avec toujours plus d'insistance ce fardeau qui me rendait "différent". Lorsque mon regard croisait le sien, j'avais l'impression que cette simple vision le dégouttait; que si je le laissais faire, il serait capable de me mutiler d'avantage, d'arracher cette bévue de mère nature avec les dents. Non, à ses yeux, je n'étais pas un être humain. A leur yeux à tous. Je n'étais qu'une chose à caractère ineffable, qu'une erreur à corriger, et a force de vouloir être gommée je ne finissais que par m'effacer. Cela ne servait à rien que de se dresser face à lui, et je le savais. Il allait forcément me le faire regretter à un moment où un autre, alors je ne me contentais que de fermer les yeux le plus possible et d'attendre que ça file.
Mais ses doigts lourds, ses doigts griffants, étaient descendus plus bas qu'à l'accoutumée. Mes yeux s'étaient ouverts brusquement; c'était trop que je ne puisse contenir.

Mon regard  devenu flou, j'ai fais taire cette consultation plus tôt qu'elle ne le devrait. Je ne sais pas ce qui m'a prit, à courir, fuir de la salle à une telle allure. Je voulais m'échapper, loin. Combien d'occasion de sortir de là m'a-t-on enlevé depuis cette période? De prendre l'air, de me retrouver assis(e) auprès de Soma, à observer le nombre de nouveaux nids qui avaient donnés naissance entre les branches des arbres? Cet être sournois me prenait tout, cet être trop fort pour moi. Et j'avais peur. J'avais peur qu'il me prenne ça.

Mes pensées totalement éteintes, j’enchaînais mes pas machinalement; eux qui heurtaient violemment le carrelage, créant un tapage infernal sur tout le long de l'allée. Je ne savais plus où me diriger; mes sens étaient floutés par un fluide translucide qui s’agglutinait sous mes paupières; je ne discernais qu'à peine  la silhouette des quelques gardiens qui essayaient de me retenir. Leurs gestes n'étaient pas brusques. Ils savaient qui j'étais. Ils savaient que je n'irais jamais trop loin, avec mes membres endoloris.

Ma cavale s'orchestrant avec fureur, je dégringolais presque le long des escaliers afin d'atteindre la sortie. Le contact soudain du soleil avec mes yeux trop clairs forçait à se clore le rideau de mes cils, poussant plusieurs de mes larmes à sauter par dessus mes joues. Je voulais garder les yeux fermés, mais j'avais manqué déjà plusieurs fois de trébucher. Mes oreilles percevaient des sons derrière moi et, étant persuadée que les gardes s'étaient obstinés, je ne voulais pas me faire prendre.
Un vent violent n'avait pas tardé à soulever mes longs cheveux pâles; tendis que je ne cessais de cavaler, les pousser en arrière leur donnait une allure de grandes ailes immaculées, se déployant derrière mon dos.

Je m'envolais.

Mais je n'étais pas le seul à battre des ailes; un autre animal effaré persistait à suivre mes pas, et le désespoir m'envenimait toujours un peu plus. Je ne pourrais jamais fuir. Je ne pourrais jamais fuir seul(e).
Combien de temps avais-je préservé cette idée dans ma tête, celle de m'éloigner le plus loin possible? J'avais perdue toute notion de seconde, de minute, ou d'heure. Tout était estompé par mes émotions, ma panique, mon sentiment de ne plus pouvoir encaisser. Pourtant je savais que ça irait mieux demain. Quand mes sanglots seront partis, c'est ce que je me dirais, encore et toujours, car c'est ce que mes parents voulaient pour moi.

Néanmoins, il arrivera bien un moment où je ne pourrais plus avancer.

Mon duo de pieds se stoppe, l'un à côté de l'autre, retenus par la vision de la mer s'étendant à perte de vue. Mes deux pupilles de verdure finissent par s’élancer au gré des vagues, émerveillées, alors que mes larmes continuaient à couler sans que je ne les retienne.
C'était fini, maintenant. J'étais cerné; je ne pouvais plus aller plus loin, je n'étais ni un poisson, ni un volatile. Pourtant j'aurais aimée avoir une telle opportunité, pouvoir trouver une porte de sortie via les abysses ou l'altitude, mais je n'avais rien de tout cela.

Mon corps s'écroule, comme s'il était poussé vers le bas par le soupir violent qui s'était échappé d'entre mes lèvres. Ces maudits muscles me faisaient tellement mal, me donnaient la sensation de mourir.  Je détestais cette enveloppe charnelle; autant sa faiblesse que sa marginalité. Je ne voulais plus qu'on la voit, je ne voulais plus qu'on la touche, je ne voulais plus qu'on la blesse d'avantage, à la fendre de tous les côtés. A ce moment là, c'était les seuls songes qui se répétaient dans mon esprit.

Mais les pas...Ils étaient toujours là. Je les entendais encore, mais je ne pouvais plus les fuir. J'avais bien trop mal, mon cœur avait envie d'imploser, et l'air me manquait. J’espérais que ce n'était que mon palpitant qui tambourinait de la sorte.

"A...Allez-vous en..." soufflais-je d'une voix instable et essoufflée.

C'était tout ce que je pouvais faire. Je savais que j'étais piégé; j'étais un oiseau en cage, ne pouvant se faufiler entre les barreaux de cet Institut, des mains de ce fichu médecin. Pourtant j'en avais envie, j'en avais besoin.
Je sentais encore cette présence derrière moi, alors mes poings s'étaient serrés. Je m'apprêtais à me détourner avec un mélange de fureur et de détresse, hurlant d'une voix bien trop masculine pour mon allure, mais j'ai été trop vite coupée dans mon élan.

Allez vou- "

Mes deux iris se retrouvèrent plongés dans un océan ébène. Quelques gouttes limpides dégoulinaient de son front sur un tapis d'ivoire, afin d'épouser les courbes de son visage épuisé.  
Mon expression, crispée par mes sentiments, s'est progressivement mise à tendre vers un profond étonnement. En réalité, il était dur de savoir s'il s'agissait de surprise ou de soulagement. Ces traits qui modelaient mon visage s'étaient juste lentement relâchés, me ramenant à mon impuissance d'enfant, tendis que de nouvelles larmes se résorbaient de mes yeux pour atteindre le sol.

Soma...

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Mar 22 Mai - 2:01

Corps et âmeFt. IANDELLI Swann








J’étais assis sur le rebord à regarder l’horizon depuis maintenant trois heures. Mes pieds nus se balançant doucement dans le vide. Notre rebord. Sur mes genoux, une feuille de papier subissait mes esquisses. Notre refuge. Le bruit du frottement de la mine pour seul compagnon, je divaguais, laissant mes dessins sans formes prendre l’apparence d’oiseaux blancs, de cygnes et de nuages. Allait-il venir, aujourd’hui ? Mon regard attiré par l’abîme, le vide appelant le vide, je remarquais soudain le nid de merle sur une branche non loin. En son sein, des oisillons paillaient, jetant sur ma solitude une nouvel éclairage. L’étincelle immature dans mes yeux mourut cependant bien vite : Je me sentais comme ces oisillons, ouvrant le bec, piaffant d’impatience et d’anxiété. Privé de l’ombre réconfortante des ailes de leur mère, vacillants au bord du vide avec leurs corps incertains. Lequel allait finir par tomber, lâché trop tôt dans ce monde si injuste ?

J’avais tenté d’aller le retrouver, la veille, le jour d’avant, et encore celui d’avant. Mais je n’avais trouvé qu’une porte close et un garde hostile. On m’interdisait mon oxygène, et je me mourrais. Comme ça. Plus les jours défilaient plus je me sentais m’éteindre comme une flamme privée d’air à consumer. Est-ce que que c'était pour ça? Je le consumais?

Les séances avec son docteur, leur rythme semblait s’intensifier. Swann était-il… malade ? Son état était-il en train de dégénérer, sans que je le sache ? Je restais là, impuissant et suppliant de sa présence. Ne pouvant rien faire d’autre qu’attendre, en regardant l’horizon inaccessible. Espérant entendre un souffle, un pas derrière moi. Je me retournais doucement, superstitieux : espérant secrètement de la voir apparaître. Mais je ne fus que confronté au vide du couloir et aux éclats de voix des autres patients, un étage plus bas.

...Stupide...corbac...

Une larme de frustration roula sur ma joue et s’écrasa sur l’un de mes oiseaux, laissant l’encre s’étendre comme une mare de sang. Comme un bouillard noir. Sombre. Envahissant et rampant. Etait-ce possible qu’il refuse tout bonnement que l’on continue à se voir ? Ça n’aurait pas été la première fois que l’on me juge toxique. Je l’étais. Je souhaitais aspirer la moindre étincelle de vie que Swann pouvait m’offrir, me l’approprier, la faire mienne. Mais si il m’en laissait le droit, l’occasion, alors ce n'était pas mal, si ? j’espérais un jour pouvoir lui rendre au centuple cette force qu’il me donnait sans le savoir. Personne ne voulait jamais m'en laisser le temps.

Je pliais soigneusement mon dessin pour le ranger dans la poche près de mon cœur et laissait le stylo sur le rebord de la fenêtre avec le reste des papiers, espérant trouver un dessin ou un mot en revenant le lendemain. Je ne voulais rien laisser de ma part, aujourd’hui. Épris d’un sentiment d’injustice profonde, j’étais vexé, et égoïstement en colère de me retrouver laissé en plan. Profondément démuni, aussi. J'enfilais mes chaussons et empruntais les escaliers, laissant mes semelles glisser au bord des marches, appelant la chute.

Si tu te brise la cheville, tu ne pensera plus à ce qui te fait mal ici.

Je portais la main à mon uniforme au niveau du sternum et le serrais entre mes doigts. C’était ma voix.  

Le bruit d’une course me tira de ma transe morbide, et je levais les yeux au moment où une tornade passait en courant dans l'allée au bas des marches. Une tornade blanche, à la course gracile et aérienne. Une sylphide dont je reconnu immédiatement les mouvements. Mes yeux s’agrandirent et mon cœur manqua de jaillir de ma poitrine. Je l’avais voulue si fort qu’elle avait finir par apparaître. Je l’avais... invoqué. Je sautais les dernières marches pour courir à sa suite dans les étages inférieurs. Des gardes tentaient mollement de le retenir avant de le regarder s’enfuir, et je les bousculais bientôt sur mon passage. D'où était-il apparu, et où allait-il, ainsi porté par le vent?

Je courrais après mon ange comme un fou, mon ange qui me fuyait comme un agneau fuit un loup. Je me retrouvais dans ces cauchemars qui hantaient mes nuits depuis quelques jours, à poursuivre un but inatteignable, à vouloir rejoindre la lueur de ma bougie au bout du tunnel, sans jamais en voir la fin. Le souffle court, la brique sur ma poitrine semblait plus lourde que jamais. Si proches et pourtant trop loin, il me semblait pouvoir caresser le bout ses ailes si je tendais la main. Mais en réalité, mes jambes me portaient tout juste tandis que les cailloux et les débris se trouvant sur le sol entaillaient la plante tendre de mes pieds. J’avais abandonné mes chaussons quelques foulées plus tôt en manquant de chuter, et cavalait à présent pieds nus, à la poursuite de mon fragment de ciel bleu qui s’échappait. Son prénom mourrait dans cette gorge qui me brûlait, ma voix ne voulant - ne pouvant - pas l’appeler. Il volait si vite, comme porté par le désespoir, mais mon désespoir à moi, lui, me ralentissais, me coupait les jambes.

Retourne toi… ne me… fuis…Il te fuit…

Nous avions déjà atteint le port quand je vis au loin Swann s’arrêter au bord du quai, me laissant le rattraper en quelques foulées. Je me trouvais à présent derrière lui, à deux pas, incertain. Pourquoi avait-il couru à perdre haleine jusqu’au bord de l’eau, pourquoi n’avait-il pas plutôt couru jusqu’à notre fenêtre, me retrouver ? Effondré devant l’horizon, mon petit oiseau semblait s’être brisé les ailes, et je ne savais pas comment. En colère d'abord, puis inquiet de ce comportement qui ne lui ressemblait pas, je restais interdit. Démuni, en sueur et les poumons en feu, j’entrouvrais la bouche quand sa voix, étouffée, lourde de sanglots me coupa dans mon élan :

"A...Allez-vous en..."

… Non, non non non… Oui… tourne les talons… détale… rejet .. tu l'as cherché


On m’avait encore volé ma voix, même si mes lèvres et les mouvements saccadés de gauche à droite de ma tête traduisait ce « NON » que mon cerveau hurlait. Je continuais de m’approcher, les mains tendues vers lui, presque timides. Je ressentais le besoin de le toucher et de la ramener à moi, un besoin inédit. Mais mon visage réclamait le refuge de ses cheveux et de son cou. Je ne comprenais pas sa fuite, ses pleurs. Toute mes cellules me hurlaient de me rapprocher de cette personne qui pourtant semblait vouloir me chasser loin.

Aussi, quand il se retourna furieusement pour me hurler une nouvelle fois de partir, je n’écoutais pas le message idiot que sa voix n’avait pas eu le temps de terminer. Car ce qui me parlait, c’était son expression, blessée, mais dans laquelle je lu le soulagement de me voir. Je laissais à mon tour mes larmes couler devant ce triste spectacle, et m’écroulais à ses cotés. Glissant mes mains tremblantes de chaque côté de ses joues baignées de larmes, je plongeais mon regard dans deux oasis de verdures au milieu d’une mer de sel.

« S’il te plait, s'il te plait laisse-moi rester… » implorais-je, pitoyable, la voix faible et brisée par l’angoisse de me voir rejeté malgré tout ce que je venais de lire dans ses yeux.

Son uniforme était débraillé, comme si il s’était rhabillé à la va vite pour fuir un monstre sous son lit. Je laissais l’une de mes mains quitter son visage à regret pour réajuster son uniforme, et mon œil fut attiré près de sa clavicule, offerte à la vue…et sur laquelle trônait une cicatrice fraîche. Sans réfléchir, je fis machine arrière et tirait doucement le tissu pour dénuder d’avantage l’épaule de ma mésange brisée. Des entailles. Partout.

souillée … cassée … casse, fracasse…


Ma bouche se crispa, et mon visage s’assombrit soudain et ma voix monocorde ne fut plus qu'un grondement sourd.

« Qu’est-ce ... qui s’est passé ? »

©️  YOU_COMPLETE_MESS


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Mar 22 Mai - 22:54

Corps et âme


              Je sentais quelque chose en moi s'ébrécher, alors mes yeux le distinguaient plus profondément. Soma s'approchait de par des pas indécis, étendant devant lui ses deux bras frémissants, comme pour m'atteindre. D'un geste à la fois machinal et naturel, le bout de mes doigts s'était posé délicatement sur l’extrémité des siens, lorsqu'il fut assez près.
J'étais devenu nostalgique de la caresse des ailes de mon corbeau, de ces moments hors du temps que nous partagions, au bord de notre fenêtre. Il a volé jusqu'à moi, ne m'abandonnant pas, même après ma course intrépide.
Qu'est-ce qui le motivait autant à vouloir constamment apaiser mon âme ? Pourquoi, alors que cela semblait tant consommer son corps ? Aux contacts de nos peaux, je ne sentais que d'avantage nos membres trembler, comme s'ils allaient se briser les uns contre de les autres; ma peur, qui semblait s'être mise en suspens lorsque je fut en contact de ses yeux, se mit à s'acharner de manière encore plus violente qu’auparavant.

Il s'écrasa, juste en face de moi, s'écroulant comme si il avait été vidé de sa force vitale. Cette chute fit s'écarter mes paupières avec brutalité; mes doigts se faufilent entre les siens et le saisissent vigoureusement, comme par peur qu'il m'échappe. J'avais l'impression de voir un phœnix tomber du ciel, s'écrasant à mes côtés sous une fumée cendrée. Nous étions tous les deux consumés, mais le sentir près de moi m'avait fait renaître quelque peu; je ne suis pas seule. Et, à vrai dire, je ne l'ai jamais été. J'avais eue cette chance.

Je serrais fortement nos paumes les unes contre les autres jusqu'à ce que ses genoux n'atteignent le sol. Lorsque je me suis décidé à quitter ses doigts, c'était pour aller soutenir ses épaules. Mes lèvres s'étaient entrouvertes; je voulais lui demander si ça allait. Je voulais m'excuser. Je voulais le raisonner sur l'acte insensé qu'il venait de faire. Lui dire que ce n'était pas la peine, qu'il devait penser au ciel. Aux oiseaux, au soleil, à cet objectif que nous nous étions promis atteindre, perchés à nos avions. Je voulais que ma voix résonne dans ses oreilles, peu importait la manière.
Mais ça m'avait bloqué. Je ne comprenais pas pourquoi voir des larmes couler de ses yeux m'avait tant déchiré.

"S’il te plait, s'il te plait laisse-moi rester…"

Je sentais ses deux mains, tremblotantes, venir se nicher contre mes joues humectées. Je savais, rien qu'en entendant ces mots, que je n'oublierais jamais le ton qu'il avait prit pour le restant de mes jours.
Mon teint devint presque blafard, tendis que je me remémorais toutes ces occasions perdues. J'avais envie de lui dire que je ne m'envolerais jamais sans lui. Qu'il était mon frère de vol, que le cygne ne part jamais sans le corbeau. Mais, me croirait-il ? Me croirait-il, alors que cela fait si longtemps que nous nous sommes pas croisés, ni même aperçus ? Si longtemps qu'il doit m'attendre au bord de cette fenêtre, les ailes déployées. A patienter pour quelque chose qui n'arrivait jamais.

Les doigts d'une de mes mains partirent à la rencontre de sa peau, l'effleurant afin de recueillir ses larmes; mais finalement, une fois qu'une goutte d'eau fut rentrée en contact avec l'un de mes ongles, ils s'y frottèrent de manière plus assumée. Je voulais les chasser. Je ne pouvais pas les tolérer. Elles avaient beau le libérer de la manière la plus spontanée qui soit, elles me faisaient mal. Cela ne lui allait pas, de pleurer. Cela ne m'allait pas, pas du tout, de le voir pleurer.
Alors je m’exécutais égoïstement. Tout en m'efforçant à garder une certaine douceur, j'essayais de sécher ses sanglots maladroitement, intensifiant mes gestes avec la volonté de lui communiquer toute ma chaleur. J'en avais presque oublié les miennes, ayant déjà peintes leur chemin le long de mes joues. Mes yeux pâles demeuraient limpides, vagues, ailleurs. J'étais en conflit avec moi-même; me battais pour supporter, tant bien que mal, cette sensation de l'avoir brisé. J'aurais aimée qu'il voit la manière dont mon regard hurlait pour son pardon.
Mais son attention était ailleurs.

L'une de ses mains cessa de supporter mon visage pour aller tirer le bas de mon haut, sûrement poussé par une envie perfectionniste de me rhabiller correctement. Je le laissais faire sans broncher, comme un enfant obéissant se laisserait vêtir par sa mère. Mes pupilles ne le quittaient pas, restant concentrées sur lui; je pouvais voir ses iris foncées parcourir le haut de mon corps du regard.
Il m'était impossible de l'ignorer. Cette intense douleur dans mon estomac. J'avais toujours eu peur d'être jugée, mais cette peur là était autrement plus impressionnante à mon coeur.
Je n'avais pas envie d'être jugé par lui.

J'avais plongée mon regard dans le sien, suivant le moindre de ses mouvements, l'admirant avec l'émerveillement qu'il m'avait toujours inspiré, mais également une certaine anxiété. Ils avaient beau être de la même teinte, sa paire de yeux encore humides n'avait absolument rien de comparable avec ceux de mon docteur.
Ma vision s'arrête au même rythme que la sienne; alors que mes songes étaient engouffrés dans les abysses de cette mer d'encre, je sentais le tissu de mon uniforme glisser le long de mon bras, dévoilant d'avantage mon épaule à l'air frais. De manière curieuse, ma tête pivote en direction de cette partie de mon corps qu'il fixait. Pourquoi mon épaule ?..

Mon coeur loupe un bon lorsque je notifie ces lignes rouges, creusant mon tégument comme une blessure de bête sauvage. Ma furie m'avait tellement transcendée qu'elles avaient échappées à ma vision; je ne les avais même pas senties m'arracher la peau, lorsque le docteur essayait de me retenir du mieux qu'il pouvait.
Je n'avais pas à m'en aller, mais c'était la seule envie qui m'envahissait. M'échapper. Et cette envie me regagnait peu à peu, alors que mes yeux retombaient sur Soma. Je voyais son expression gagner une aura obscure, se tendre par le choc. Et sa voix, Dio, sa voix...Ma poitrine bourdonnait à chacun de ses mots, figeant sur place le moindre de mes muscles.

"Qu’est-ce ... qui s’est passé ?"
"Rien."

Je me suis soulevé, d'une énergie que je ne me serais pas crue avoir avec la douleur que j'endurais dans chacune de mes articulations. Immédiatement, mon premier réflexe fut de cacher les griffures sous ma main, baissant la tête, comme recouvert d'opprobre.

J'avais peur. J'avais honte. J'étais déboussolé. Je ne savais pas quoi faire. Je marchais à reculons, m'éloignant de lui, me rapprochant de la mer. Pourtant je ne voulais pas le perdre.
Cela faisait déjà longtemps, que nous nous retrouvions au bord de cette fenêtre. Que nous observions la nature, ensemble; qu'il m’appelait la mésange, et que je l’appelais le corbeau. Que son regard se faisait si doux à ma présence, et que sa chaleur m'apaisait.
Et si il savait ? Si il savait, ce qui me rendait si étrange ? Si il avait conscience de mon corps mal bâti, que penserait-il ? Est-ce ses yeux deviendraient aussi durs, aussi froids, que ceux de mon docteur ? Que ceux de tous les autres ? Est-ce qu'il m'en voudrait de fuir les mains de ces gens qui veulent m'aider ?  Est-ce que ce lien qui nous lie se détruirait, par ma faute ?

Je me trouvais dégouttant(e). Immonde et hideux/se. J'étais écœurée à sa place de m'être tenu si proche de lui, que mes caprices aient étés la cause de ses larmes.
Les jambes tremblantes, je reculais, toujours plus encore; répétant en boucle le même mot, comme possédé par cette idée. Pourtant, ma voix se faisait de plus en plus vacillante au fur et à mesure.

"Rien. Rien. Rien. Rien. Rien. Rien. Rien."

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