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25/11/2018
Doutes : +10% ; Révolution : -4% (Preuve Zyra)
20/10/2018Préparation d'event
22/09/2018 Modification des pourcentages révolutionnaires (cf. PA et heure supp')

Un monde sans Loreleï ||feat Atsu||

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Date du rp _ 28 mai 2018

Le silence était insupportable. Presque autant que le bruit. La nouvelle n’avait tout d’abord pas eu d’effet. C’était tellement impossible. C’était tellement radical. Cela n’avait pas le moindre sens. L’information avait fait le tour du cerveau sans que celui-ci ne parvienne à lui trouver une place.

Ensuite, il avait compris. L’information ne trouva pas sa place dans son cerveau mais directement dans son cœur. Ce fut brutal. Et douloureux. C’était une douleur qu’on ne pouvait décrire, bien au-delà des mots, bien au-delà de la dimension physique. Elle venait d’ailleurs. Et il ne pensait pas qu’elle soit surmontable. Il se sentait disparaitre.

Il continuait à vivre pourtant. Il allait voir son médecin, il allait à la cantine à midi, il se perdait, le regard dans le vide, dans sa chambre le reste du temps. Le soir, une forme de dégout qu’il ne parvenait à saisir le faisait vomir. Ingérer de la nourriture lui demandait un effort de plus en plus surhumain. « Elle » ne le ferait plus jamais. Parfois, il sentait en lui monter une forme d’impuissance qui le mettait dans une colère terrible. Il trouvait alors un moyen de se faire mal. Aussi mal que possible. La douleur le calmait. Il le méritait. Cela masquait un peu la souffrance qui s’était planté plus profondément en lui.

Ensuite il pleurait dans son lit, le regard fiché sur son plafond, les dents serrées. Cette phrase qui tournait en boucle dans sa tête le hantait toute la nuit. Il dormait parfois quelques heures, exténué et se réveillait la peur au ventre, persuadé d’avoir fait un terrible cauchemar. Il se lavait plusieurs fois par jour comme pour se débarrasser d’une tâche tenace, il avait beau frotté fort, ça ne partait pas. Ca ne voulait pas partir. Il cessa de vouloir voir qui que ce soit en dehors de son médecin, parce qu’il était obligé.

En l’espace d’un mois, il avait perdu du poids et sa tête d’enfant avait laissé place à un visage plus délicat et fragile. Ces traits tirés et ces yeux vert vacillant lui donnaient un côté plus chétif encore. On aurait dit qu’il suffisait de souffler dessus pour qu’il s’éteigne.
On l’avait forcé à porter des moufles pour l’empêcher de se servir de ces mains pour se blesser, mais aussi pour l’empêcher de s’ouvrir les phalanges une seconde fois. On le surveillait lorsqu’il mangeait, l’obligeant à terminer ces assiettes, même si ça devait prendre des heures. Il sentait qu’il était à deux doigts de passés au sous-sol mais il ne parvenait plus à trouver de raisons pour ne pas s’enfoncer sous terre et y rester définitivement.

C’était arrivé parce qu’il l’avait provoqué. Elle avait cru en lui, compté sur lui et il l’avait déçu. Il aurait aimé que sa faute puisse être effacée. Mais il n’y avait aucunes d’issus. Elle... Il aurait donné n’importe quoi, si seulement… Il l’avait tuée… La douleur se ravivait, détruisant les faibles fondations qu’il essayait de reconstruire dans un tremblement qui animait son corps. Il se mordillait l’intérieur de la joue jusqu’à ce qu’un goût de fer amer envahisse sa bouche. Il fermait les yeux. Il respirait fort, sur le bord de son lit, les larmes  coulant sur ses joues, mêlant sel et acier sur sa langue. Comme un rituel qui aurait pu l’empêcher de souffrir. Mais cela ne fonctionnait pas.

Il ne voulait plus rien avoir avec qui que ce soit. Jamais. Ca faisait si mal. Il ne parvenait pas à l’apaiser cette douleur. Il aurait pu se bercer d’illusion. Utiliser les phrases si vides de sens. Ce dire qu’il valait mieux mourir libre que de vivre en prison. Mais c’était un tel ramassis de mensonges que rien que d’y penser, il avait de violente crampe à l’estomac.

Il avait été tellement sûr que c’était possible qu’il n’avait même pas pensé aux conséquences. Non c’était un mensonge. Il savait que ça ne fonctionnerait pas. Pourquoi sinon n’avait-il fait que programmer son évasion et n’avait-il pas cherché à savoir ce qu’elle devrait faire une fois dehors ? Son hypocrisie le dégoutait. Il était responsable. Tout ça pour la voir sourire, pour qu’il se sente utile, indispensable. Mais il n’était ni l’un, ni l’autre. Il n’était qu’un pauvre type. Il ne pourrait plus jamais regarder Alexander dans les yeux.

C’était pathétique. Et là, alors qu’il répondait à une série de questions stupides sur lui-même comme le lui avait imposé son nouveau médecin, il lâcha son crayon. Pourquoi est-ce qu’il se laissait faire de la sorte ? Il ne voulait pas que les choses soient si simples pour l’Institut. Il voulait sa vengeance. Son regard vert se posa sur son médecin. Il lui parlait à peine depuis qu’ils s’étaient rencontrés. Il ne parlait plus à personne. Elle avait essayé d’insister la nouvelle, mais il était resté muet. Il ne la connaissait pas, mais il lui en voulait. A elle et tous les autres. Ils étaient tous complices. L’auteur du Journal Clandestin aussi. Faire croire aux autres patients qu’il était possible de faire quelque chose, ce n’était pas juste. Il voulait tous les faire couler. Un à un. Il s’enfonça dans son siège et croisa les bras. Hors de questions de continuer.





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Un monde sans Loreleï
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L'Institut entier était encore sous le choc, patients comme médecins. Qui aurait cru qu'un practicien tuerait volontairement une gamine qui avait certes désobéi au règlement, mais les exécutions ne faisaient pas partie de la liste des sanctions, la peine de mort était immorale même sur l'île. Enfin c'est ce qu'Atsuka avait cru. Est-ce que cela avait été voulu par le médecin en chef? Ou simple bavure de l'autre, dont le nom lui échappait? Pourtant, elle le croisait encore dans les couloirs, alors qu'il aurait dû être radié de l'ordre, renvoyé et incarcéré pour meurtre ou assassinat. Elle avait espéré si fort que pratiquer loin de tout continent, en zone neutre, soit synonyme d'absence de corruption mais non, la société humaine ne pouvait pas être bonne visiblement, dans ta face Rousseau. Et envoyer une requête à un gouvernement ne servirait à rien, pas de tribunal sur l'île, aucun recours judiciaire donc. Elle soupira bruyamment, tournant sur sa chaise en attendant.

En plus du choc émotionnel à gérer, l'administration n'avait pas jugé mieux que de lui donner un nouveau patient, directement lié au drame car ami de la fameuse patiente Z, Loreleï. Et, comme prévu, c'était très loin d'être aisé. Aeden Zethar, dont le précédent médecin avait été dépassé par les évènements car, d'après son dossier, il n'était pas difficile avant. Mais la "sanction" avait évidemment tout changé, traumatisme, etc. Elle devait absolument faire ses preuves avec lui, mais ce n'était pas une partie de plaisir. Et justement, c'était l'heure de sa séance donc il n'allait pas tarder.
Quelques instants plus tard, la porte s'était ouverte sur un jeune homme famélique, qui cachait un regard vert anciennement lumineux sous une mèche de cheveux corbeau. Cela faisait pourtant quelques semaines qu'ils se voyaient, mais il ne se déridait pas, restant sourd à toute tentative d'Atsuka et surtout muet. Les conversations à sens uniques étaient trop lourdes pour elle, qui avait l'habitude de patients difficiles dans le sens rebelle et bruyant du terme. Elle avait donc décidé de faire passer un maximum par écrit, et delui donner un questionnaire dont même elle ne voyait pas l'intérêt, à part l'ennui. Mais il était obligatoire. Visiblement, son patient était du même avis car il laissa le stylo rouler sur la table et croisa les bras de manière défensive. La jeune femme retint un long soupir et croisa son regard bleu avec les yeux verts d'Aeden, dans lesquels on pouvait lire toute la rancoeur qu'il contenait.

-Je sais que c'est chiant à remplir, mais on n'a pas le choix. Tu n'as pas voulu le faire à l'oral jusqu'à maintenant, tant pis, mais là va falloir choisir entre le questionnaire stupide où tu n'as pas la place d'exprimer tout ton désir de vengeance, ou la parole où tu peux déverser toute ta haine.


C'est probablement ce qu'il devait penser :  l'Institut était responsable et en soi, elle ne pouvait pas lui dire le contraire, ni lui prouver qu'elle n'y était pour rien et totalement en désaccord, de toute façon la colère l'aveuglait. Totalement compréhensible. Mais injuste. Et là, Atsuka n'avait aucun moyen de communication, il était plus qu'hermétique à toute explication, là aussi une réaction tout à fait humaine.

-Je sais que tu estimes que tous les médecins sont responsables et au courant, je ne peux pas te prouver que c'est faux mais ma parole ne te suffira pas, je sais. Je sais aussi que tu es trop en colère et atteint par la mort de Loreleï, ce qui est normal, pour que tu acceptes de l'entendre. Mais j'ai juste besoin de ça pour t'aider au mieux, pour que tu puisses vivre sans te sentir coupable, car c'est le pire sentiment qui existe, surtout quand ce n'est pas ta faute. Et ce n'est pas hypocrite, comme tu sembles le penser, s'empressa-t-elle d'ajouter, je ne suis pas Elpida ni... Barrabil.

Elle venait enfin de retrouver le nom du meurtrier. Ange Barrabil. Il le portait bien mal. De toute façon, c'est un homme qu'elle trouvait détestable, par son arrogance et sa capacité à juger tout le monde sans chercher plus loin que le physique. Le dédain qu'il lui adressait trouvait une réponse parfaite dans les regards noirs qu'elle lui lançait. Elle ne voulait rien avoir à faire avec un tel personnage. Mais il était dans les petits papiers du médecin en chef, donc elle ne pouvait rien faire. Même un crime n'avait pas suffit à le renverser donc ce n'est pas elle qui pourrait faire quelque chose contre lui.
Rester calme était difficile, elle rêvait de secouer violemment tout l'Institut, spécialement Barrabil et Elpida ainsi que le directeur. Mais pour l'instant, sa concentration était focalisée sur Aeden, qui ne voulait toujours pas réagir et, s'il continuait sur cette voie, tout allait être contre-productif car elle finirait forcément par s'énerver, comme toute personne normalement constituée devant un silence buté.
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-Je sais que c'est chiant à remplir, mais on n'a pas le choix. Tu n'as pas voulu le faire à l'oral jusqu'à maintenant, tant pis, mais là va falloir choisir entre le questionnaire stupide où tu n'as pas la place d'exprimer tout ton désir de vengeance, ou la parole où tu peux déverser toute ta haine.

La haine. N’y avait-il que cela ? Certainement. Ce qu’il ne savait pas cependant, c’était vers qui la tourner. Vers lui. Vers lui. Vers l’Institut. Vers tout le monde sur cette île peut-être ? Il regarda la feuille où il avait gribouillé des réponses vagues, très concises. Il savait que l’Institut devait les avoir à l’œil, lui et Alexander. Il s’en fichait. Après tout, que risquaient-ils de plus ? Il resta silencieux, les yeux perdus dans le vide. Un vide qui l’avait engloutit tout entier.

-Je sais que tu estimes que tous les médecins sont responsables et au courant, je ne peux pas te prouver que c'est faux mais ma parole ne te suffira pas, je sais. Je sais aussi que tu es trop en colère et atteint par la mort de Loreleï, ce qui est normal, pour que tu acceptes de l'entendre. Mais j'ai juste besoin de ça pour t'aider au mieux, pour que tu puisses vivre sans te sentir coupable, car c'est le pire sentiment qui existe, surtout quand ce n'est pas ta faute. Et ce n'est pas hypocrite, comme tu sembles le penser, s'empressa-t-elle d'ajouter, je ne suis pas Elpida ni... Barrabil.

Il l’écouta sans l’entendre. Que savait-elle ? Ce qu’on lui avait dit. Elle ne connaissait pas toute l’histoire. Il était coupable. Il devrait vivre avec. Il le méritait. Il pouvait presque sentir ces doigts presser la détente à la place de ce Barrabil. Alors que devait-il lui dire ? En quoi elle pouvait l’aider ? Il ne souhaitait pas qu’on l’aide. Si seulement on pouvait juste le laisser tranquille. Le laisser. Il vit rouge soudainement. Elle voulait qu’il parle ? Il allait parler. Elle voulait qu’il réagisse. Et bien il allait réagir.

Quel était ce monde ? Ce monde où des êtres aussi innocent étaient tués. Ou d’autres coupables ne pouvaient plus vivre qu’à demi. Où tout le monde regrettait mais où personne n’avouait sa faute. Et la voix dans sa tête lui hurlait ce qu’il ne voulait pas entendre. Ce qui l’empêchait de prononcer un mot. S’il ouvrait la bouche, il ne pourrait que le hurler aussi. « J’ai tué Lore ». J’ai tué Lore. J’ai tué Lore. J’ai tué Lore. J’ai tué Lore. Il se leva comme un automate, et balança sa chaise sur le côté. Lui-même ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Il avait l’impression de n’être qu’une marionnette, de reproduire des gestes sans en comprendre le sens. Il devait sortir. Il devait sortir. Il devait… Il respirait fort. Tremblant. Il resta là, incapable de bouger. Il n’y avait pas d’échappatoire. Sortir pour aller où ? Pour faire quoi. Il avait tué Lore. Tué Lore. Il aurait voulu que son cerveau se taise. Mais il lui répétait inlassablement. J’ai tué Lore. Il n’avait même plus la force de pleurer. Il ne méritait même plus de pleurer.

-J’ai

Le gargouillis qui s’échappait de sa bouche ressemblait à peine à sa voix. A moins qu’il n’ait oublié ce à quoi elle ressemblait. Il s’avança vers sa chaise, fit un geste pour la relever, le regard vide. J’ai tué Lore. La chaleur insupportable de son front tranchait avec le froid glacial de ces mains. Il ne parvenait plus à penser à rien. Il n’y a avait plus que son visage. Blanc. Froid. Mort. Avait-elle souffert ? Il ne pouvait même pas l’imaginer. Il lui avait promis. Il lui avait promis… Il aurait pu pousser un hurlement de rage, de regret, de détresse. Mais il en était incapable.

-Tué

Il se contenta de se glisser le long du mur, à côté de sa chaise, se laisser aller d’avant en arrière dans un mouvement régulier et rassurant. Il sentait un liquide poisseux couler le long de sa narine. Comme s’il avait un rhume. Mais il s’en fichait. Il avait tué Lore.

-Lorelei.

Chaque mot était douloureux. Mais elle devait savoir. Elle qui venait de lui dire le contraire, elle devait savoir. Il voulait que les gens sachent. Il voulait qu’on le dévisage dans les couloirs, qu’on le montre du doigt, qu’on le délaisse. Il voulait qu’on lui dise qu’il ne méritait pas de vivre, il voulait être détesté de tous. Alors peut-être qu’on lui ficherait enfin la paix. Alors peut-être qu’il en verrait enfin la fin. De cet enfer. Ces yeux le piquaient. Il ne voulait pas de ce monde. Pas sans elle. Pas de cette manière.





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Atsuka retint un énième soupir exaspéré. Même Ulysse avait été plus simple à faire parler, la situation la dépassait.Pourquoi on lui avait confié cette tache bon sang, elle n'avait rien demandé! Bras et jambes croisés, elle observait Aeden qui restait bloqué dans son mutisme, la voyant sans la regardant, comme s'il fixait un point lointain derrière elle. Il n'était pas dans la pièce avec elle,mais perdu dans ses souvenirs, plutôt ses tourments.

Soudain, tout bascula, le plus grand des calmes se transforma en vacarme violent. La chaise d'Aeden vola presque quand il se redressa brusquement, la respiration haletante et bruyante. Yeux grands ouverts sous le coup de la surprise, elle le suivit du regard en silence, se retenant presque de respirer. Un automate. Elle avait en face une poupée mécanique qui, pendait qu'elle relevait le siège, faisait vibrer ses cordes vocales de métal, laissant sortir une voix rauque et brisée, la peau de porcelaine recouvrant le mécanisme transpirante.

-J'ai...

A bout de forces, comme si ce simple mot l'avait vidé, le jeune homme se laissa tomber dos au mur, quelques spasmes le secouant de la tête aux pieds. En plus de voir une personne traumatisée et désespérée, Atsuka voyait un animal blessé et qui n'avait comme seule protection que la tranquillité pour panser ses plaies externes mais surtout internes. Sauf que, dans ce cas, il ressassait trop une faute qu'il n'avait pas commise, se détruisant à petit feu.

-Tué...

Un léger filait de sang coulait de son nez. Le premier choc passé, la bleue reprit ses esprits et se leva à son tour, attrapant au passage un paquet de mouchoirs.

-Loreleï...

La voix d'Aeden n'était plus qu'un murmure à peine audible, légèrement tremblotant, tandis qu'il essayait de retenir ses émotions. Pourtant, elle avait entendu poindre les larmes dans ses mots. Sans rompre le silence, elle s'agenouilla à ses côtés puis tendit un mouchoir au patient et, voyant qu'il ne le prenait pas, prit l'initiative d'essuyer, avec une tendresse presque maternelle, la traînée rouge sur son visage.

-Tu n'as pas tué Loreleï, ce n'est pas toi qui a appuyé sur la détente, mais Ange Barrabil, dit-elle doucement. Raconte-moi, avec tes mots, pas ceux du rapport, ce que tu as fait cette nuit-là. Tu n'es pas obligé de tout me dire non plus, si tu ne peux pas ce n'est pas grave, mais explique-moi comment ça s'est passé. Enfermée chez les patients Z, ton amie aurait fini par dépérir et si le rapport dit vrai, je ne sais pas, toi et ton compagnon aviez eu la meilleure idée possible, la réaction la plus humaine qui soit. S'il te plaît, raconte-moi ce que tu as vécu. Je veux vraiment t'aider, tu le mérites.
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Pourquoi personne ne voulait le détester ? Elle essuyait le sang sous son nez. Pourquoi elle faisait ça ? Il aurait voulu qu’on le déteste.

-Tu n'as pas tué Loreleï, ce n'est pas toi qui a appuyé sur la détente, mais Ange Barrabil. Raconte-moi, avec tes mots, pas ceux du rapport, ce que tu as fait cette nuit-là. Tu n'es pas obligé de tout me dire non plus, si tu ne peux pas ce n'est pas grave, mais explique-moi comment ça s'est passé. Enfermée chez les patients Z, ton amie aurait fini par dépérir et si le rapport dit vrai, je ne sais pas, toi et ton compagnon aviez eu la meilleure idée possible, la réaction la plus humaine qui soit. S'il te plaît, raconte-moi ce que tu as vécu. Je veux vraiment t'aider, tu le mérites.

Il secoua la tête. Il ne voulait pas. Et elle était si près. Trop près. Il avait l’impression de suffoquer. Pourquoi on lui demandait ça ? Le rapport, c’était suffisant. Ces yeux verts se perdaient dans un vide infini tandis qu’il revoyait Lore s’écrouler. Le silence insupportable après le coup de feux, puis le déchirement.

Après un silence infiniment long et alors qu’il continuait son mouvement de balancier rassurant, il se dit que peut-être, ils pourraient le laisser tranquille. Qu’il n’était rien. Il n’était pas un patient indispensable. Il n’avait pas de maladie grave ou contagieuse.

- Qu’est-ce qu’ils veulent, hein ? J’ai pas de super pouvoir bizarre ou de vraie maladie. J’ai rien. Vous... vous n’avez qu’à noter dans mon dossier que je vais mieux. Que je suis plus déprimé. Oui c’est vrai, la dépression, c’est fini. Vous devez le savoir, ça s’améliorait avant …l’exécution publique. C’est écrit dans mon dossier. J’allais mieux. Je vais mieux. Je vais super bien.


Rien n’était convaincant dans son discours. Ni sa voix éraillée, ni son regard vacillant qui tentait de trouver un point fixe à regarder sur le visage de son médecin, ni sa respiration sifflante entre deux phrases.

-Et je leur sers à rien, alors ça changera pas grand-chose. Je suis pas capable de résoudre de calculs mathématiques complexes qui pourraient leur faire gagner du fric, ni d’écrire une dissertation ou de gagner des concours d’orthographe. Ch’uis pas un espèce de génie ou je sais trop quoi. Je suis juste moi. A mon avis, cette histoire de surdoué, ça doit être une erreur. Ch’uis rien. Ch’uis personne. Et ça me va. Je suis hyper content d’être personne. Je veux pas être important. Je veux pas être quelqu’un.

Je… je sais bien que les chiffres disent que je le suis, mais c’est que des chiffres hein. Ça veut rien dire. J’ai peut-être juste eu du bol en répondant à leur test. J’étais peut-être renseigner sur le sujet et j’ai simulé. Oui c’est ça. J’ai simulé mais je suis pas haut potentiel. Et les IRM et ces autres trucs là, c’est pas fiable. Oui c’est sûr, j’ai dû bouger pendant les tests et ça a faussé les résultats ou une connerie du genre. Ça arrive tout le temps.

Je ferai ce qu’il faut vous savez. Je risque rien. J’irai pas me jeter du haut d’un pont sur une autoroute. Vous avez pas besoin de vous inquiéter pour ça. Mes parents, ils seront contents. Je ferai des études de médecine ou de droit ou ce qu’ils veulent. J’aurai une super vie. Vous inquiétez pas pour ça. J’aurai une super baraque, une super voiture, une super famille, des supers gosses et même un super chien. J’aurai accomplis ce qu’il faut pour que mes parents soient fiers. Pour que la société soit fière. L’accomplissement dont tout le monde rêve. Ca sera cool. Je ferai en sorte d’en être capable et ça sera super.

Faut juste que vous écriviez que je vais bien dans mon dossier. Que j’ai plus besoin de cours particuliers, que j’ai plus besoin de médicaments contre la dépression, que je suis plus déprimé et que j’ai plus besoin de l’institut. La vérité c’est que j’en avais probablement pas besoin dès le début. Tout ça, c’est une erreur. J’ai mal interprété les choses. Je devrais pas être là. Je vais bien. Je vais super bien. Je veux juste…


Rentrer chez lui ? Il ne le souhaitait pas particulièrement.

-…Je veux juste oublier l’institut. Et vous savez, l’institut m’aura oublié à la seconde où je franchirai ces portes.


Jamais il n’avait autant parlé à quelqu’un de ce qui pouvait passer en boucle dans sa tête. Même pas à Jimin. Même pas à Alexander. A personne. Il se sentait vulnérable. Il avait l’impression d’avoir empiré son cas. Il aurait mieux fait de donner une meilleure impression. Vraiment faire comme si tout allait bien au lieu de balancer des chaises. Il aurait peut-être pu la convaincre pour de vrai. Mais peut-être qu’elle n’avait pas une aussi grande conscience professionnelle que les « on dit » voulait bien lui accorder. Il pouvait peut-être trouver un moyen de la persuader. A parler autant, il avait l'impression d'avoir glisser à travers le mur. Il avait mal à la tête, il avait mal au cœur, et pourtant il se sentait moins lourd





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Un monde sans Loreleï
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Après avoir essuyé le sang, Atsuka se recula pour laisser une sorte de bulle d'espace vital à Aeden. Le contact humain avait l'air d'être la dernière chose dont il avait envie. Néanmoins elle s'assit en tailleur au sol, face à lui. Il ouvrit finalement la bouche, déversant un flot de paroles qu'elle se garda bien d'interrompre.

-Qu’est-ce qu’ils veulent, hein ? J’ai pas de super pouvoir bizarre ou de vraie maladie. J’ai rien. Vous... vous n’avez qu’à noter dans mon dossier que je vais mieux. Que je suis plus déprimé. Oui c’est vrai, la dépression, c’est fini. Vous devez le savoir, ça s’améliorait avant …l’exécution publique. C’est écrit dans mon dossier. J’allais mieux. Je vais mieux. Je vais super bien. Et je leur sers à rien, alors ça changera pas grand-chose. Je suis pas capable de résoudre de calculs mathématiques complexes qui pourraient leur faire gagner du fric, ni d’écrire une dissertation ou de gagner des concours d’orthographe. Ch’uis pas un espèce de génie ou je sais trop quoi. Je suis juste moi. A mon avis, cette histoire de surdoué, ça doit être une erreur. Ch’uis rien. Ch’uis personne. Et ça me va. Je suis hyper content d’être personne. Je veux pas être important. Je veux pas être quelqu’un.


Son souffle était court et malgré sa volonté de ne pas avoir besoin d'aide, inconsciemment ses yeux cherchaient du soutien. La médecin le voyait bien et se contenta d'accrocher son regard émeraude, faisant passer toute la bienveillance dont elle était capable dans ce seul contact visuel. Il avait commencé à parler, il devait continuer, pour son bien.

-Je… je sais bien que les chiffres disent que je le suis, mais c’est que des chiffres hein. Ça veut rien dire. J’ai peut-être juste eu du bol en répondant à leur test. J’étais peut-être renseigner sur le sujet et j’ai simulé. Oui c’est ça. J’ai simulé mais je suis pas haut potentiel. Et les IRM et ces autres trucs là, c’est pas fiable. Oui c’est sûr, j’ai dû bouger pendant les tests et ça a faussé les résultats ou une connerie du genre. Ça arrive tout le temps.

Je ferai ce qu’il faut vous savez. Je risque rien. J’irai pas me jeter du haut d’un pont sur une autoroute. Vous avez pas besoin de vous inquiéter pour ça. Mes parents, ils seront contents. Je ferai des études de médecine ou de droit ou ce qu’ils veulent. J’aurai une super vie. Vous inquiétez pas pour ça. J’aurai une super baraque, une super voiture, une super famille, des supers gosses et même un super chien. J’aurai accomplis ce qu’il faut pour que mes parents soient fiers. Pour que la société soit fière. L’accomplissement dont tout le monde rêve. Ca sera cool. Je ferai en sorte d’en être capable et ça sera super.

Faut juste que vous écriviez que je vais bien dans mon dossier. Que j’ai plus besoin de cours particuliers, que j’ai plus besoin de médicaments contre la dépression, que je suis plus déprimé et que j’ai plus besoin de l’institut. La vérité c’est que j’en avais probablement pas besoin dès le début. Tout ça, c’est une erreur. J’ai mal interprété les choses. Je devrais pas être là. Je vais bien. Je vais super bien. Je veux juste…


Une longue hésitation suivit sa tirade. Atsuka réfléchissait aussi à ce qu'il venait de dire et à la meilleure attitude qu'elle pouvait adopter pour lui faire comprendre qu'elle souhaitait sincèrement l'aider. Le prendre dans ses bras? Elle n'avait jamais été proche physiquement avec ses patients ou même dans la vie quotidienne, à cause de son éducation, et de toute façon elle n'était pas certaine qu'Aeden apprécie. Cependant, elle ne savait pas trop quoi faire d'autre pour l'encourager.

-…Je veux juste oublier l’institut. Et vous savez, l’institut m’aura oublié à la seconde où je franchirai ces portes.


Si seulement c'était si simple... Même si elle écrivait qu'il était soigné dans un rapport, l'Institut le vérifierait et ce serait un échec. Et même si ce n'en était pas un, l'établissement n'oubliait jamais un patient tant le nombre de dossiers archivés était conséquent. Elle allait garder cette réflexion pour elle, pour ne pas mettre davantage à mal Aeden. Pour l'instant, elle devait lui démontrer point par point qu'elle était sincère et que c'était pour son bien, et lui redonner confiance en soi au passage, pour sortir de la dépression.

-Tu sais, haut potentiel ou surdoué, ça ne t'oblige pas à réaliser des prouesses. Et justement, la plupart des gens dans ton cas n'y arrivent pas non plus, comme n'importe qui. Tu n'as pas à te mettre autant de pression car non, tu n'es pas stupide, loin de là. Et je ne te parle pas de chiffres, je te parle de qualités humaines. Par contre, la dépression est une vraie maladie donc ne dis pas que tu n'as pas ta place face à un médecin. Justement, en t'aidant ça nous permettra de mieux aider d'autres personnes dans ton cas ensuite, ça prouve bien que tu n'es pas rien. C'est pour ça que j'ai besoin que tu m'expliques grossièrement ce qu'il s'est passé, malgré la douleur des souvenirs.

Atsuka soupira, doutant de l'efficacité de ses mots.

-Je vais t'avouer quelque chose. Longtemps, j'ai eu une phase dépressive. Ma petite soeur a été envoyée ici et je ne pouvais pas le supporter. Je ne l'ai toujours pas vue et ça non plus je n'arrive pas toujours d'ailleurs mais c'est autre chose, ajouta-t-elle en riant jaune. Bref, revenons au passé. Je n'arrivais pas à en sortir seule et je voyais bien que mes parents étaient peinés aussi. Je me mets à leur place, ils ont dû se séparer d'une de leurs filles et la seconde se détruit. J'ai passé de nombreuses séances chez le psy et, grâce à ça, j'ai pu en sortir et j'ai vu que mes parents en étaient heureux. Même si j'avais suivi le chemin vers ce qu'il voulait, sans avoir été guérie ils auraient été malheureux. C'est pareil pour toi : si tu suis ce qu'ils veulent mais qu'ils te voient toujours en dépression, tes parents ne seront pas heureux pour toi. Du coup, je sais que non, malgré ce que tu me dis, tu ne vas pas bien.

Elle finit par se rapprocher de lui et lui prit les deux mains, les serrant fort sans lui faire mal dans les siennes, exerçant simplement une pression pour le rassurer et lui montrer qu'il n'était pas seul.

-Je ne dis pas que ce que j'ai vécu est de la même ampleur que toi, mais je sais en partie ce que tu ressens. Et c'est pour ça que je veux t'aider. Pa pour l'Institut ou n'importe qui. Je veux t'aider pour toi.
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-Tu sais, haut potentiel ou surdoué, ça ne t'oblige pas à réaliser des prouesses. Et justement, la plupart des gens dans ton cas n'y arrivent pas non plus, comme n'importe qui. Tu n'as pas à te mettre autant de pression car non, tu n'es pas stupide, loin de là. Et je ne te parle pas de chiffres, je te parle de qualités humaines. Par contre, la dépression est une vraie maladie donc ne dis pas que tu n'as pas ta place face à un médecin. Justement, en t'aidant ça nous permettra de mieux aider d'autres personnes dans ton cas ensuite, ça prouve bien que tu n'es pas rien. C'est pour ça que j'ai besoin que tu m'expliques grossièrement ce qu'il s'est passé, malgré la douleur des souvenirs.

Il fit l’effort de l’écouter. De rester concentrer sur ce qu’elle disait malgré sa proximité. Il se concentrait sur son dos contre le mur. Son dos contre le mur. Le mur le soutenait. Son dos contre le mur. Il n’avait pas envie de l’entendre lui dire qu’il n’était pas stupide. Qu’est-ce qu’elle en savait ? Il avait toujours été médiocre pour tout. Juste assez haut pour que ça reste un garçon dans la moyenne. Il n’avait jamais rien demandé d’autre qu’être un enfant dans la moyenne. D’avoir une vie dans la moyenne.

-Je vais t'avouer quelque chose. Longtemps, j'ai eu une phase dépressive. Ma petite soeur a été envoyée ici et je ne pouvais pas le supporter. Je ne l'ai toujours pas vue et ça non plus je n'arrive pas toujours d'ailleurs mais c'est autre chose, ajouta-t-elle en riant jaune. Bref, revenons au passé. Je n'arrivais pas à en sortir seule et je voyais bien que mes parents étaient peinés aussi. Je me mets à leur place, ils ont dû se séparer d'une de leurs filles et la seconde se détruit. J'ai passé de nombreuses séances chez le psy et, grâce à ça, j'ai pu en sortir et j'ai vu que mes parents en étaient heureux. Même si j'avais suivi le chemin vers ce qu'il voulait, sans avoir été guérie ils auraient été malheureux. C'est pareil pour toi : si tu suis ce qu'ils veulent mais qu'ils te voient toujours en dépression, tes parents ne seront pas heureux pour toi. Du coup, je sais que non, malgré ce que tu me dis, tu ne vas pas bien.


Il se retient de répondre. Il avait caché son état si longtemps à ses parents qu’il s’étonnait encore que ces derniers aient découverts qu’il n’allait pas bien. Il était capable de leur mentir. Il était un excellent menteur. C’était un talent qu’il avait toujours détesté chez lui mais qui lui servait bien. Rien ne l’empêchait de leur mentir à nouveau. Le bonheur tenait parfois à ça.

-Je ne dis pas que ce que j'ai vécu est de la même ampleur que toi, mais je sais en partie ce que tu ressens. Et c'est pour ça que je veux t'aider. Pa pour l'Institut ou n'importe qui. Je veux t'aider pour toi.

L’aider ? L’aider. L’aider. L’aider. Il ferma les yeux. Pourquoi ne parvenait-il pas à chasser les mots ? Pourquoi il ne parvenait pas à faire taire cette petite voix. Insupportable. Qui lui rappelait les mots de Lore, qui lui rappelait sa promesse. Qui lui rappelait qu’elle ne s’arrêterait jamais de parler. Il se souvenait qu’avant il devait utiliser des rituels idiot comme celui de trouver toutes les lettres de l’alphabet dans les titres des bouquins de la bibliothèque incrustée dans le mur de sa chambre, contre son lit. Que ça l’aidait à faire taire les mots. Qu’il n’y avait plus que les lettres. Les lettres s’étaient moins douloureux. Moins fatiguant. Il parvenait à dormir. Il chercha désespérément des lettres dans la pièce mais il n’y en avait pas. Il y avait des chiffres par contre. Il y avait l’heure sur le mur. Il n’avait qu’à faire des tours de quadrant de 1 à 9. 1., ces yeux suivirent le contour du 1 avec application. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. Après, il pouvait prendre le 10. 11. 12. Puis pour treize, il suffisait de prendre 1. Et 3., 1. Et 4., 1. Et 5.

Il resta prostré près du mur, essayant tant bien que mal d’ignorer la présence de son médecin, concentré sur les chiffres. Mais il fut vite perturbé par des bruits de pas dans le couloir qui lui firent perdre le compte. Il voulut continuer mais cela ne l’apaisait plus. Devait-il recommencé de 1 ? Repartir de 32 ?

-Je crois que je l’ai toujours su. Mais c’était pas ce que je voulais. C’étaient pas non plus ce que mes parents voulaient.


Il se tut un instant. Jeta un regard en biais à la médecin, puis se réfugia auprès de l’heure.

-Y avait un gamin dans ma classe de CE1, Martin. Il était vraiment balaise en math et il avait sauté une année. J’aimais bien les math, du coup j’étais assez admiratif. Il corrigeait les réponses des autres à haute voix, et il disait toujours que c’était facile. Ca a vite saoulé tout le monde. Les autres étaient pas sympas avec lui. Il l’appelait souvent Martin le crétin. C’était des mots d’enfants, mais c’étaient des mots cruels. En gym, on lui avait pété ces lunettes et on lui lançait toujours des petites piques. Il restait tout seul dans la cour de récré. Léa lui avait même fait croire qu’elle était amoureuse de lui, juste pour se moquer.


Il eut un petit rire. Merde. C’était hilarant. Pourquoi il parlait de ça ? Franchement. Il leva les yeux vers le plafond, où ils restèrent fixés.

- Il a quitté la classe à la moitié de l’année. On l’a plus jamais revu. J’avais entendu des histoires à son propos, c’était un surdoué. Ce mot attise la haine. Qui a envie de savoir qu’un autre est « plus doué » que lui ? Qui a envie de faire avec des gens différents ? On peut toujours faire semblant d’être tolérant, on l’est pas. Je peux répéter l’histoire avec un roux, un homosexuel ou une personne grosse, ça reviendrait au même. Les regards, les remarques, les blagues. On peut toujours dire que c’est pour rire, on s’attaque malgré tout toujours au minorité.


Il se tut. Franchement ça valait vraiment la peine de raconter n’importe quoi comme ça ? C’est bon, il était pas chez le psy non plus. Il se mordilla nerveusement le bout de la langue et continua de parler quand même. Ca faisait du bien de parler pour dire des choses. Même n’importe quoi.

-Ma mère me disait toujours de ne pas fréquenter Medhi, en me disant que c’était une racaille, ce garçon n’était pas pire qu’un autre. Il était juste arabe. Elle pouvait bien essayer d’être tolérante, elle l’était pas.






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Un monde sans Loreleï
ft. Aeden


Atsuka lâcha les mains d'Aeden, sans savoir quoi faire. Elle était mauvaise en réconfort, une fois de plus elle en avait la preuve, tant elle était dépassée par la situation. Un long silence fut la seule réponse qu'elle obtint. Il avait fermé les yeux et se gardait bien d'ouvrir la bouche. Elle retint encore un soupir. D'ailleurs, elle avait l'impression de ne faire que ça. Puis se dit qu'elle ne pouvait pas l'aider seule. Tout le monde connaissait la réputation bienveillante d'Agnès Dessanges et sa proximité avec les patients, elle irait lui demander de l'aide pour Aeden. Forte de cette idée, elle se leva en direction de son bureau, arrachant une feuille de papier d'un carnet et griffonnant quelques mots pour ne pas oublier. Ceci noté, elle retourna vers le garçon, se rasseyant cette fois-ci un peu plus loin, mais toujours au sol.

Le regard du brun, de nouveau visible, ne paraissait pas la voir, la transperçait sans la percevoir. La jeune femme en suivit la direction et remarqua qu'il fixait l'horloge, ses yeux en faisant le contour, sans comprendre pourquoi. Des pas dans le couloir, bien qu'étouffés par la porte, semblèrent assez forts pour le perturber et le reconnecter à la réalité. Elle lui sourit quand il lui adressa un coup d'oeil, avant d'à nouveau contempler le cadran sur le mur opposé.

-Je crois que je l’ai toujours su. Mais c’était pas ce que je voulais. C’étaient pas non plus ce que mes parents voulaient.

Son visage se ferma pendant un instant. Les parents en demandaient souvent trop, beaucoup trop, à leurs enfants. Elle n'en connaissait pas un qui aurait pu faire exception. C'était à la fois triste et ridicule. Comment, sous un prétexte d'éducation, on pouvait en attendre autant d'un enfant, au point de le faire souffrir et de ne pas le voir? Elle en était dégoûtée. Elle pouvait aisément imaginer les parents d'Aeden lui mettre une pression monstrueuse dès lors qu'ils avaient entendu le mot "haut potentiel", ça la désolait pour lui.

-Y avait un gamin dans ma classe de CE1, Martin. Il était vraiment balaise en math et il avait sauté une année. J’aimais bien les math, du coup j’étais assez admiratif. Il corrigeait les réponses des autres à haute voix, et il disait toujours que c’était facile. Ca a vite saoulé tout le monde. Les autres étaient pas sympas avec lui. Il l’appelait souvent Martin le crétin. C’était des mots d’enfants, mais c’étaient des mots cruels. En gym, on lui avait pété ces lunettes et on lui lançait toujours des petites piques. Il restait tout seul dans la cour de récré. Léa lui avait même fait croire qu’elle était amoureuse de lui, juste pour se moquer. Il a quitté la classe à la moitié de l’année. On l’a plus jamais revu. J’avais entendu des histoires à son propos, c’était un surdoué. Ce mot attise la haine. Qui a envie de savoir qu’un autre est « plus doué » que lui ? Qui a envie de faire avec des gens différents ? On peut toujours faire semblant d’être tolérant, on l’est pas. Je peux répéter l’histoire avec un roux, un homosexuel ou une personne grosse, ça reviendrait au même. Les regards, les remarques, les blagues. On peut toujours dire que c’est pour rire, on s’attaque malgré tout toujours au minorité.

Atsuka savait bien que les enfants étaient cruels entre eux. Surtout parce qu'ils étaient trop naïfs et qu'ils répétaient ce que leurs parents ont dit. Elle restait persuadée de l'innocence et la tolérance "innées" des enfants, qui disparaissait avec l'éducation des familles. Est-ce qu'Aeden avait été victime des mêmes moqueries et des mêmes bêtises? Ou alors il s'identifiait à ce Martin? Ses mots ne pouvaient pas être anodins.

-Ma mère me disait toujours de ne pas fréquenter Medhi, en me disant que c’était une racaille, ce garçon n’était pas pire qu’un autre. Il était juste arabe. Elle pouvait bien essayer d’être tolérante, elle l’était pas.

-Et toi, est-ce que tu as vécu la même chose à l'école ?

La médecin regarda un instant au plafond. Non, elle ne pouvait pas se mettre à la place de ceux qui avaient toujours vécu les moqueries mais elle en savait pourtant les conséquences. Elle voyait bien l'impact que tout cela avait eu sur sa chère petite soeur et elle savait parfaitement que c'était destructeur. Sauf que, dans ces cas-là, elle envoyait presque toujours un coup bien placé dans le nez du responsable de la tristesse de Leiko. Mais tous n'avaient pas la chance de recevoir de l'aide et du soutien, même de quelqu'un qui n'était pas adulte.

-Personne n'a voulu aider Martin, même sa famille ou les professeurs ?
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b] -Et toi, est-ce que tu as vécu la même chose à l'école ?[/b]

Il aurait pu en rire. Si elle savait. Il se contenta de se taire, la laissant s’épandre en questions. C’était simple de juste se taire. Il savait que ça n’allait pas durer. Que le voir s’exprimer devait faire du bien à sa nouvelle médecin qui le voyait prostré dans le silence depuis le départ. Lui ne savait plus quoi faire. Il peinait à réunir ses pensées, et il avait froid.

-Personne n'a voulu aider Martin, même sa famille ou les professeurs ?
-On demande rarement des nouvelles des gens qu’on blesse volontairement.


Il se tut. Il méritait bien ce qui lui arrivait contrairement à ce que pouvait s’imaginer sa nouvelle médecin. Il avait toujours fait partie du groupe des tyrans. C’était bien plus simple. Après Martin, ça avait été au tour de Simon en sixième. Puis Jérémy. D’autres encore, mais il ne se souvenait pas de tous leurs noms. Il ne pouvait même se dire qu’il ne savait pas ce qu’il faisait. Le harcèlement, c’était grave. Très grave.

-Vous ne devriez pas vous occupez de moi.


Ensuite seulement les choses s’étaient dégradées pour le garçon. Il avait pris la défense d’une fille. L’avait payé cher. Un changement radical, il avait découvert l’autre côté de la barrière. Découvert ce que c’était de ne pas faire partie de la masse. C’est tout ce qu’il souhaitait. La masse. Qu’on le laisse tranquille. Qu’il puisse flinguer sa vie tranquillement.

Mais c’était foutu tout ça. L’institut ne lui ficherait pas la paix de sitôt. Pas plus que ces parents. Il eut un rire court et qui résonna dans sa tête bien après s’être éteint. Il se demandait presque lui-même ce qu’il trouvait si drôle. Si c’était sa pathétique petite histoire ou sa façon de se complaire dans son malheur alors qu’il n’était qu’un sombre enfoiré.

Une nouvelle fois, alors qu’il se perdait dans ses pensées, la proximité de son médecin le perturbait. Il aurait voulu qu’on le laisse tranquille. Il replia ses jambes aussi fort qu’il le pouvait contre son torse. Là, une douleur qu’il avait appris à connaitre pesa violement sur son cœur ; Lore. La culpabilité s’épaississait tous les jours un peu plus. Il serrait les doigts si forts autour de ces jambes qu’il était étonné de ne pas déchirer le tissu de sa tenue de patient.

Pourquoi ne parvenait-il pas à faire quelque chose de bien ? Quelque chose qui ait un sens. Quelque chose qui ne blesse personne. Plus le temps passait et moins ça lui semblait possible. Depuis quand n’avait-il plus adressé la parole à Cap ? Alors qu’il avait besoin d’être soutenu. Depuis quand restait-il terré dans sa chambre, assis sur le sol, à côté de son lit, incapable de comprendre pourquoi il existait.

Depuis quand était-il devenu incapable de regarder son reflet dans la glace ? Etait-ce seulement depuis l’Incident ? N’avait-il pas déjà au fond de lui beaucoup de dégout pour sa personne ? Il chuchota, douloureusement :

-J’aurais dû mourir à sa place.


Mais il savait que c’était faux. Il ne méritait pas que tout s’arrête. C’était bien trop simple. Qu’il souffre. Il pouvait souffrir encore. Encore et encore. Il devait vivre plus vieux que n’importe qui pour que ça tourne encore et encore. Il était certain qu’il pouvait avoir plus mal encore.






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