Il faut qu'on parle (Ange et Donatien)

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Jeu 7 Juin - 12:58


IL FAUT QU'ON PARLE

Donatien avait longuement réfléchi au cas d'Ange. Depuis la mort de Z01 - il y avait donc une semaine de cela -, Donatien avait mis en place beaucoup de choses. Il avait discuté avec la médecin de Z01, et avec les infirmiers de l'asile qui l'avait surveillée. Le rapport était officiel : Loreleï Hexe souffrait de démence. Cela s'expliquait à travers son comportement hyperactif - on pensait notamment à ses diverses bagarres - et sa complicité de meurtre d'un garde. On ne l'avait d'ailleurs pas dénoncée aux autorités puisque ses actes criminels étaient guidés par une triste folie. On en arrivait donc à sa place dans l'asile, là où les fous avaient leur place. Des témoignages - faux, évidemment, mais appuyés sur des faits réels - permettaient de mieux comprendre la dégradation mentale de l'adolescente. Elle aurait agressée un garde le soir d'une tempête de neige, et on l'aurait vu dehors, dans le froid. Dans un excès de folie, elle aurait cherché à tuer le docteur Barrabil qui sut la recadrer, et prendre soin d'elle.
Maintenant il fallait régler la tuerie improvisée de la semaine précédente. Donatien devait clairement construire une défense avec Ange. Il avait déjà un plan bien précis pour cela.
Pourquoi Donatien voulait-il préserver Ange ? Après tout, lui aussi avait vu l'index du médecin presser la détente et détruire une vie. Pour la simple et bonne raison qu'il fallait faire attention à l'image de l'institut. Au début, Donatien voulait se servir de cet événement comme une faiblesse contre Ange, puis se rendit compte que ce n'était pas mérité. Ange était un excellent médecin, il ne fallait pas le négliger. Et surtout, si on apprenait qu'un brillant docteur avait tué une gamine lors d'une punition publique ...
Enfoncé dans son fauteuil, à midi pile, Donatien attendait donc son collègue. Ils déjeuneraient ensemble. Pour cela Donatien avait préparé son propre repas : une salade de tomate qu'accompagnaient quelques morceaux de mozzarella, une bouteille d'eau fraîche et une pomme en dessert. Un repas complet et équilibré, où chaque aliment avait été choisi avec soin.
Il avait convié Ange pour 12h05. Plus que quatre minutes à attendre ... Il se souvint encore l'avoir croisé ce matin dans un couloir d'un étage de soins, lui avoir saisi le bras, l'avoir regardé entre deux yeux et, très durement, lui avoir annoncé :" Dans mon bureau à midi cinq, il faut qu'on parle."
Et ils en avaient des choses à se dire. La question du meurtre de Z01 n'était qu'un sujet parmi tant d'autres...



Donatien t'honore de sa parole en #0099ff
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Mar 12 Juin - 19:59
(Désolé d'avance, c'est super long XD)

Je crois que je ne mettais jamais à ce point réveillé avec l'impression d'avoir une énorme pierre sur le dos et les épaules. Toute ma colonne vertébrale m'est douloureuse, mes muscles semblent s'être contractés en pleine nuit, et ma tête me menace encore pour toute la journée.
Mal dormir équivaut à passer une très mauvaise journée, dans une douleur physique aussi bien que psychologique.

Je crois que cet épisode m'aurait valu un psychologue, ou un psychiatre. Malheureusement, je ne souhaite parler à personne de mes problèmes. Personne ne me croirait. Tout le monde me rejetterait la faute, et ils ont le droit. Je ne les blâme pas de me flageller et de me jeter toute la responsabilité. Après tout : c'est moi qui l'ai tuée.
Je me dois de l'accepter pour avancer, je le sais bien tout ça. J'ai fait des études sur la psychologie, même si j'avoue que ce n'est pas ce qui me passionne au prime abord. Après tout, c'est comme ça que ça se passe : déni, colère, supplication, « je m'en fous »  et acceptation. Je crois que j'en suis à la colère. C'est un pas de fait. Je ne suis plus dans le déni. En même temps, comment être dans le déni lorsque vous avez provoqué de vos propres mains, en l'ayant vu de vos propres yeux, en ayant ressenti toute l'ambiance qui s'est d'un coup dégradé, la mort de cette enfant.
Aucun déni n'est possible.

Alors, j'en déduis que j'en suis à la colère. Et la dépression, soi-disant passant. Je ne suis pas stupide : je sais que je suis tombé en dépression. Je ne dors plus, je n'y arrive pas. Les seules images et sons qui me reviennent à l'esprit sont les faits de la Grande Sanction. Je ne veux voir personne. J'ai peur. Je pleure, parfois.
Je suis devenu le faible que j'étais avant. Je me revois encore, à 11 ans, me faire... Par cette connasse. Et je n'osais rien dire. Et je n'osais rien faire. Et je me laissais faire. Parce que j'étais faible.

J'ai toujours été faible. Ça a toujours été le cas. Je me suis juste dit que c'était en étant un connard qu'on était fort, mais non. J'avais probablement tort. Les connards ne sont pas forts : c'est juste une version évoluée des faibles dans le déni de leur faiblesse.
Je suppose donc être un connard. Il était temps que je m'en rende compte. Au moins, j'aurais peut-être l'occasion de devenir quelqu'un de meilleur, qui sait ? Rien n'est perdu, tout est à gagner.
Si seulement c'était vrai. Les types de mon gabarit, de ma trempe, n'ont pas ce genre de futur ni de rédemption. Je crois qu'on est destiné à être connard toute notre vie, et que ce soit en plus marqué sur notre front. Histoire de bien être sûr de ne pas nous approcher, et donc à être seul toute notre vie.

C'est avec ce genre de pensées que je remplis mes journées. Je me lève – si j'arrive seulement à me coucher – , je contemple mon évidente culpabilité dans le miroir, puis mes cernes de vingt kilomètres de long et de large. Mes yeux n'ont jamais été aussi gonflés, j'ai l'impression d'être un poisson. Un vieux poisson, un peu à l'allure décédé. Un peu fripé aussi. Ça devait être fourni avec l'allure de décès.
Finalement, j'arrive encore à faire de l'humour. Je pourrais presque souffler du nez.

Une semaine. Une semaine où Loreleï Hexe est décédée, partie de ce monde. Par ma main. Par mon geste lâche et impulsif. Cette impulsivité, personne ne l'aurait vue. Pas même moi. Comme quoi, l'ironie du sort, c'est que je suis coupable, au stade de la colère, et décidément en manque de sommeil. Preuve de ce que j'avance : je me suis endormi en me brossant les dents. Je suis sur le sol depuis maintenant sept minutes, la bouche ouverte, la salive sur le sol mélangée avec le dentifrice. On dirait que j'ai la rage.
Je me ressuis la bouche, puis je me redresse. Je ressens à chacun de mes mouvements une sorte de fatigue lourde et puissante, traduite par de simples courbatures. Simples, mais drôlement efficace. J'ai l'impression qu'on me martèle mon dos lorsque je m'étire. Ou lorsque je bouge.
Je pose mon pied sur la flaque saliveuse, je glisse, tombe, me fracasse le genou sur la poubelle. Heureusement, elle est solide. Elle résiste au choc. Elle ne tombe pas. Mais moi, j'ai mal. J'aurais un bleu. Bah, il partira tout seul.

Je me relève une nouvelle fois, le tout en baillant. Mes volets ne sont même pas ouverts, il fait sombre. Pas une once de lumière dans cette fichue chambre des cauchemars. Je la hais. Je la hais. Autant que je me hais. Pour dire à quel point je la hais. Ces quatre murs m'emprisonnent dans mes hantises.

J'avance vers mon armoire, brosse à dents toujours à la main. J'ai oublié de rincer ma bouche, j'ai du avaler deux fois du dentifrice. Je retourne alors dans ma salle de bain, me rince les dents plusieurs fois, pose ma brosse à dents, puis retourne devant mon placard. Que des costards de connard. Bien, on avance.
Malheureusement, ma fierté me pousse à en enfiler un. Peut-être aussi parce que je n'ai rien d'autre. Mes tee-shirts sont mes pyjamas, ainsi que mes pantalons.
Je balance ma tête en arrière, puis ferme les yeux. Trop longtemps, je retombe sur le sol. Ce qui me réveille brusquement, soi-disant passant.

J'en ai marre.
J'en ai marre.

Ma tête a cogné contre le sol, je suis étourdi. Je vais avoir un bleu, une bosse. Deux raisons supplémentaires pour rater une nuit de plus, combien même mon sommeil est en augmentation exponentielle.

Pour la première fois depuis longtemps, j'hésite à retourner chez moi. A retrouver les miens, à voir l'évolution de mes frères et sœurs, ce qu'est devenue ma mère. Si elle s'est trouvée une compagne acceptable, cette fois-ci. Cela fait longtemps que je ne les ai pas appelé. Ce sont eux qui me contactent, en général.
Connard.

Je sors de ma chambre, chaussures cirées – ou presque – aux pieds, la tête encore dans l'oreiller. Je crois que je n'ai jamais été à ce point pathétique. J'espère que Loreleï Hexe rit de moi, dans l'au-delà. Elle en a le droit. De toute façon, qui peut juger une morte ?
Je regarde les femmes qui passent. Elles ne me regardent plus de la même façon qu'avant, si tenté qu'elles me regardent. De toute façon, j'ai perdu la foi de leur refiler des sourires mensongers. Ma réputation n'a jamais été aussi basse. Je crois que je serai définitivement parti si Ophelia et Astrid n'avaient pas été là pour moi. Je ne sais même pas ce qu'en pense vraiment Donatien.

Je sors du Bâtiment, je sens l'air me rafraîchir. C'est bizarre. C'est probablement la fatigue, mais j'ai l'impression de flotter. Si je tombe une troisième fois, je crois que je vais définitivement retourner dans ma chambre.
Je hais les insomnies, quelle que soit leur nature.

Je suis dans le bâtiment principal. Je passe les couloirs et les escaliers. Je monte en salles de soin, je m'occupe de ceux que je suis sensé soigner. Ausculter, aussi. Bref, je fais mon taff. Si j'ai fait honte à l'Institut par mon acte encore impuni, je refuse pour autant de mal faire le travail que l'on m'a confié. J'ai même réussi à avoir des résultats plutôt satisfaisants en trois ans. Trois ans ? Déjà ? Ça passe vite...

En sortant d'une de mes salles, je sens quelque chose m'agripper le bras. Et avec force.
Je me retourne vivement avant de me retrouver nez à nez avec mon patron et ami. Il me donne rendez-vous à midi cinq dans son bureau, avant de disparaître comme il est apparu. Il veut qu'on déjeune ensemble ? Pourquoi pas, cela faisait longtemps qu'on n'avait pas mangé autour d'un bon repas. Enfin, ça fait quand même bizarre de le croiser comme ça, à la volée, dans le couloir. Je me demande bien s'il n'est pas venu uniquement pour me dire ça. Surtout qu'il doit avoir un tas d'employés ou salariés qui peuvent faire ça pour lui. Est-ce que ça doit rester secret ?
Mais bon, au final, on s'en fout. J'ai eu l'info, c'est le plus important. Je dois arrêter de me poser des questions, comme le connard que je suis. Ou j'étais. Tout dépend si on peut qualifier une loque de connard. Tout est subjectif.

Je retourne dans la salle de soin, occupée par mon patient qui m'attend toujours. Il a l'air vaguement flippé. Je le comprends. J'ai tué quelqu'un, et il a du être présent lorsque c'est arrivé. Quoi de plus naturel que de se demander si sa vie n'est pas en danger. Mais bon, franchement, je n'ai même pas d'armes sur moi. Ces trucs immondes qui ôtent les vies.
Je les hais, ça aussi.

Je quitte à la fin de la séance mon patient la salle de soin, fermant derrière moi la salle. Je ne me prends rien à manger finalement : je n'ai pas faim, tout simplement. Je crois avoir maigri ces temps-ci et avoir perdu un peu de muscles...

J'avance jusqu'au bâtiment du personnel. Je frappe à la porte du chef des médecins et entre lorsqu'il me l'autorise. Je suis en retard d'une minute. Rien que pour ça, je vais me faire incendier.
Désolé c'est vraiment super long x)




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IL FAUT QU'ON PARLE

Dix secondes.
Qu'est-ce que c'était que dix secondes dans une vie ? Dix secondes c'était quelques battements de cœur, un record de 100 mètres, le temps d'avoir une mauvaise idée.
Trente secondes.
Trente secondes, ce n'était que trois fois dix secondes. Ce n'était que la moitié d'une minute. C'était le temps d'être sûr que notre idée était vraiment mauvaise. C'était le trente secondes de :" j'arrive dans trente secondes", alors qu'on allait encore s'attarder cinq minutes.
Une minute.
Une minute dans un planning chargé, qu'est-ce que c'était ? Une minute c'était le temps de rater un bus, un train, un avion. Une minute c'était le temps qu'il fallait pour faire infuser un thé. Une minute c'était peut-être le temps nécessaire de reprendre ses esprits. Parfois, juste après que le réveil ait sonné, on avait besoin de cette minute pour sortir de son sommeil. Une minute pour finir d'écrire le dernier mot de sa dissertation. Une minute pour cacher son amant dans le placard quand son mari rentre plus tôt du travail. Une minute pour dissimuler un cadavre à la police.
Oui, on pouvait en faire des choses en une minute.
Quand on frappa à la porte, Donatien ne se contenta pas d'autoriser verbalement autrui à entrer dans son bureau. Non, il resta sagement dans son fauteuil, irrité. Il fixait le bois de la porte sans ciller, comptant dans sa tête les secondes.
Ange venait de lui voler une minute de sa vie, il n'y avait pas de raison pour que Donatien ne lui rende pas la pareille.
Plus que quinze secondes.
Donatien se détacha du cuir de son fauteuil. Ses pieds passèrent sur le tapis, là où le parquet avait été refait puisque le sang de Z01 avait tâché ce dernier quelque mois auparavant. Parce que Ange lui avait tiré dessus. Heureusement que les graviers de la cour centrale n'avait pas besoin d'un revêtement, parce que cette fois-ci la gamine y avait laissé plus de sang. Parce que Ange lui avait à nouveau tirer dessus.
Etait-ce la faute de Donatien ? Si ce dernier ne lui avait pas donné d'arme chargée, est-ce qu'elle serait encore en vie ?
Non, Donatien était persuadé qu'il était innocent. Et s'il avait été en colère contre Ange, il avait su éponger cette dernière durant la semaine. Maintenant qu'on avait tout pour couvrir son collègue, il se sentait mieux.
Enfin, ça c'était jusqu'à ce que le brun n'arrive en retard.
Donatien n'allait jamais ouvrir à ses interlocuteurs. Jamais. Même son Lys n'avait pas eu
ce privilège. Quand le médecin en chef prononçait :"entrez", vous étiez invité à pénétrer dans son royaume. Mais s'il venait vous ouvrir, alors c'était comme s'il vous forcez à venir dans son monde.
Il ouvrit la porte longuement. Il voulait que cette minute s'éternise. Il voulait qu'Ange ait un milliards de mauvaises idées dans la tête. Il voulait se faire désirer : parce qu'il était Donatien Elpida, son supérieur, et Ange avait intérêt à s'en rendre compte.
Puis la porte fut entièrement ouverte. Donatien les deux pieds dans son bureau, dans son antre, chez lui. Ange, à l'extérieur, prêt à y entrer si son collègue l'y permettait.
Ange était en piteux état. Creusé, moins coloré, moins intéressant. Cette bestialité impulsive que Donatien lui avait toujours étrangement admiré n'existait plus. Tss, ce n'était pas comme ça qu'on exerçait dans son Institut ... !

- J'espère que vous avez une bonne raison pour être en retard. Que vous avez conscience de ce que peut représenter une minute dans mon planning. D'ordinaire, je n'aurais même pas cherché à venir vers vous, je vous aurait laissé de l'autre côté.

Lui qui ne prêtait jamais d'attention aux détails abandonna son regard sur son collègue qu'il observa de la tête aux pieds. Le médecin en chef grimaça. Il n'avait pas sauvé Ange de la prison pour que ce dernier se présente ainsi ...
Dans un silence électrique, il s'attarda sur les plis de ses vêtements, la façon dont la lumière diurne se reflétait sur la peau de l'adulte, sur la courbe de ses cils et le sens dans lequel était noué sa cravate. Puis, il revint enfoncer son regard dans celui de son collègue : il était le patron. Ange était faible, peut-être qu'il cesserait de l'affubler de son ridicule "Dodo", qu'il le respecterait enfin. Peut-être qu'ils ne seraient pas sur un pied d'égalité, mais que Donatien aurait le contrôle sur Ange.

- Mais vous n'êtes pas n'importe qui et nous avons des choses à nous dire, je suppose.

Là, Donatien s'écarta, faisant signe au brun d'entrer. Il pouvait enfin poser un pied dans le bureau. Bienvenue dans l'univers du Docteur Elpida, pour le meilleur et pour le pire.



Donatien t'honore de sa parole en #0099ff
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