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La musique comme seul garde-fou ||feat Nev||

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Il était rare que Katerina se promena si tard dans les couloirs. Elle avait été prise d’une envie pressante et avait dû se rendre aux toilettes. Elle portait une robe de nuit légère, mais c’était couvert d’un peignoir en soie bleu qui masquait un peu les formes anguleuses de son corps trop maigre. Elle n’aimait pas le silence des couloirs le soir, quand tout était calme. Elle avait l’impression de faire du bruit rien qu’en respirant, elle se dépêchait donc de retourner à sa chambre, lorsqu’un son infime retient son attention. Une plainte. Incapable de ne pas répondre à cet appel, elle avait suivi ce son, en avait apprécié la simplicité. Un violon. Triste. Si triste. C’était étrange. Elle se demandait si elle ne le rêvait pas. S’il existait vraiment ou si elle hallucinait.

Cela lui rappelait le manoir. Les longues et douloureuses plaintes du piano lorsqu’Andrei en jouait, tard dans la nuit. Comme un appel au secours, auquel elle n’avait jamais su répondre. Elle allait parfois jusqu’à la porte derrière laquelle il jouait, prête à intervenir, puis s’immobilisait. Qu’aurait-elle bien pu faire de toute manière ? Elle n’était qu’elle. Elle restait alors, l’écouter jusque tard dans la nuit, et lorsqu’il s’endormait d’épuisement, sa tête appuyer sur le bois de l’instrument, elle se permettait d’entrer pour lui passer une couverture.

Alors qu’elle s’approchait de la source de la mélodie, la plainte avait revêtu des teintes d’hiver. Elle l’écouta silencieusement. Arriva devant une porte. Son cœur battait fort. Elle se demandait presque si… était-il possible qu’elle y retrouve Andrei ? Ces yeux d’un bleu profond et pâle, son sourire fatigué et ces traits anguleux. Elle caressa la porte du bout des doigts, interdite. Bien sûr que non. Il était mort. Pourtant…. La musique… C’était tout ce qu’il lui restait de son tuteur. Et celle-ci, ressemblait à celle qu’elle avait tant entendue. Elle toucha la poignée, retenant sa respiration, puis recula brusquement sa main. Oserait-elle ? Elle la rapprocha à nouveau, et appliqua une pression sur cette dernière. Alors que la porte s’entrebâillait, la musique se fit plus forte. Katerina s’engagea sur un terrain qu’elle n’avait jamais franchi. Dans une zone hostile de l’institut, où elle pouvait risquer sa vie. Elle referma la porte derrière elle, consciente que si la garde faisait une ronde, ils n’apprécieraient pas de la trouver chez un autre patient, quel qu’en soit la raison. Il était là, le regard perdu dans le vide de sa fenêtre, ces cheveux roux s’agitant au rythme de son archet, son violon solidement ancré sur son épaule.

Ce fut une déception aussi immense que prévisible. Evidemment, ce ne pouvait être celui à qui elle pensait. Elle le savait bien. Mais malgré tout, elle aurait aimé pouvoir y croire. Elle était maintenant dans la chambre d’un parfait inconnu, qui semblait vivre un moment intime de tristesse, auquel elle n’était pas supposée assister. Aurait-elle pu se mettre plus dans l’embarras ? Difficile de le dire.
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Nevrabriel était debout face à sa fenêtre, les yeux tournés vers le monde étoilé qui abritait l’île de son voile si envoutant. Tantôt les yeux ouverts, tantôt les yeux clos, le jeune homme s’abandonnait à sa passion. Une passion qui lui faisait autant de ma que de bien. Puisse qu’il aimait la musique, le son de son instrument, mais un instrument qui lui avait été offert par la femme qui l’avait élevé et qui avait quitté ce monde.

Le jeune homme n’arrivait plus vraiment à trouver le repos, les voix dans sa tête lui faisant milles reproches, sur lui, sur ses actes. Il savait bien que ces murmures n’étaient que le fruit de son imagination, mais ça lui faisait horriblement mal parce qu’elles disaient vrai.

Il avait tué son frère, il n’avait pas été assez fort pour aider Loreleï, il n’avait pas assez de volonté pour guérir et retourner en Ecosse. Il n’était que sel et amertume. Il faisait de la peine aux autres, ne savaient faire que cela. Apporter les larmes sur les visages qu’il aimait. Il revoyait les joues de sa soeur perlées de cette eau alors qu’elle lui disait le détester. Il avait brisé la vie sa sœur, celle de ses parents, celle de son frère, de sa grand-mère. Il avait abandonné Lucy sur l’estrade, il avait fait pleurer Astrid, il avait lâché la main qu’Agnès lui avait tendu. Il les faisait tous souffrir. Son existence les faisait souffrir.

La belle brune qui ne le quittait plus lui répétait sans cesse qu’il n’avait rien à se reprocher, que tout ces morts n’étaient pas sa faute, même celle de son frère. Il ne comprenait toujours pas pourquoi elle était si gentille et bienveillante à son égard alors que tous les autres le pointaient du doigt en le maudissant comme un monstre.
Anna se tenait assise sur son lit, il ne la regardait pas mais le savait. Elle était toujours là, comme un petit ange qui veillait. Pourtant, malgré tout, les voix ne partaient pas et sa culpabilité non plus.

Les feuilles sur lesquels il écrivait ses partitions jonchaient le sol depuis quelque temps. La nuit, il aimait composer et jouer, le son de son instrument apaisait les murmures. Il n’entendait plus non plus la voix rassurante d’Anna, mais sentir qu’elle n’était pas loin comblait cela.
Il était fou, n’est-ce pas ?

Le jeune homme crut entendre la porte s’ouvrir mais ne se retourna pas. Qu’on vienne lui dire d’arrêter de jouer peut-être. D’accord. Dans un moment. Le temps de terminer la mélodie pour en écrire une nouvelle.

Mais personne ne vint se plaindre. Aucun son ne suivit la fermeture de sa porte. Il ne se retourna pas pour vérifier, il devait terminer son morceau, comme si son corps n’était animé que pour cela. Puis, lorsque son arc s’arrêta, le jeune homme se retourna pour découvrir ce qu’il ce passait derrière lui.

Une demoiselle était adossée à sa porte, de longs cheveux châtains encadrant un charmant visage aux yeux clairs. La lueur du soir traversait la fenêtre pour venir éclairer son visage qui semblait si bienveillant. Elle portait un peignoir de soie bleu qui faisait étrangement ressortir ses yeux. Ou était-ce la nuit qui rendait cette personne presque irréelle ?
Pourquoi ne disait-elle rien ? Que voulait-elle ?

Ah … elle était le fruit de son imagination, c’était cela ?

Le jeune homme tourna la tête vers son lit où Anna lui souriait en haussant les épaules. Elle était dans sa tête et ne pouvait pas dire ce qui était vrai et ce qui ne l’était pas. Elle était juste une partie de ses souvenirs, logés dans un creux de sa mémoire qui lui envoyait des signes en contradiction avec le reste de ses sentiments.

Nevrabriel regarda de nouveau l’inconnue avec des yeux vide de lucidité et un visage fermé et triste. De toute manière, il ne savait pas faire semblant.
Puis, machinalement, l’écossais se tourna de nouveau vers la fenêtre et recommença à jouer son morceau.
Cette illusion allait bien finir par disparaitre.



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Le silence fut brutal. La dernière note résonnait encore dans la tête de Katerina. Elle était admirative. Si elle jouait très bien de la musique elle-même, elle n’était pas sûr d’être capable de mettre autant d’elle dans un morceau que ce qu’il venait de faire. Son regard s’attarda sur les feuilles de musique qui jonchaient le sol. Certaines semblaient être des compositions inédites, mais impossibles de les lire à la seule lueur de la lune.

Il se tourna alors vers elle, ces deux yeux le détaillant l’espace d’un instant. Leurs couleurs hétérogènes les rendaient particulièrement hypnotiques et elle ne s’en serait pas détacher s’il n’avait pas bougé. Elle avait envie de discuter avec lui mais le silence qui pesait était trop épais pour qu’elle puisse le déchirer. Parler de musiques à quelqu’un, c’était une des rares choses qui lui manquait. Partager la seule chose pour laquelle elle avait du talent, peut-être avoir droit à quelques conseils avisés pour s’améliorer. Elle n’en demandait pas plus. Lorsque l’institut avait décidé d’installer une salle de musique, elle avait été à la fois excitée et mitigée. Elle ne s’y était pas encore rendue, trop impressionnée par l’imposant piano qui lui rappelait des moments qu’elle préférait oublier.

Lui non plus ne brisa pas le silence. Il tourna le visage vers son lit, la regarda à nouveau, puis reposa son archet sur son instrument et se remis à jouer comme si de rien n’était. Elle hésita à repartir, mais comme il ne semblait pas vraiment dérangé par sa présence, elle se rapprocha d’un ou deux pas et s’assit en tailleur par terre, au milieu des partitions de musique. Une d’entre elle retient son attention. Elles étaient froissées et incomplète. Elle la prit en main et la lissa, prenant soin de ne pas faire de bruit, pour ne pas déranger le garçon qui jouait merveilleusement bien.

Elle la lut, attentivement. Cette partition avait quelque chose. Mais même elle pouvait le voir, il manquait un truc. C’était presque frustrant. A si peu de la perfection. Elle la lut plusieurs fois en tête, imaginant des variances de tempos, l’ajout d’une ou l’autre notes sans parvenir à trouver l’équilibre. Elle observa le violon du garçon presque avec envie. Elle aurait aimé avoir le sien ici pour essayer de trouver. Ce fut peut-être la mélancolie de son instrument ou sa façon d’interpréter cette musique qu’il jouait qui lui permit d’avoir un déclic.

Elle repéra quelques bics qui trainaient tout près d’elle et se rapprocha encore un peu du garçon, pour pouvoir en saisir un. Elle avait peut-être une idée. Espérant qu’il ne lui en voudrait pas de gribouiller sur sa feuille elle se mit en action. Lorsqu’elle eut terminé, elle releva les yeux vers lui. Si son visage n’était pas très expressif, sa musique parlait pour lui. Et c’était beau. Il termina le morceau, laissant à la jeune russe un sentiment de perte indéchiffrable. Malgré les émotions qui remontaient dans son estomac, Katerina sauta sur l’occasion. Elle espérait sincèrement ne pas le fâcher, mais elle voulait…, toujours assise, elle lui tendit la feuille de papier froissé, se décidant enfin à rompre le silence.

- Je… Tu veux bien jouer ça ?


Les yeux par terre, la jeune fille n’osait pas relevé la tête.
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Le jeune homme continua de faire valser son arc sur ses cordes si tendues. Le son de l’instrument était parfait, le mouvement de ses doigts et de son bras étaient parfait. Son âme résonnait parfaitement avec sa musique. Tout était parfait.

C’est bien la seule chose que tu saches faite, hein ? Jouer de la musique.

Tu ne sais rien faire d’autres de toute manière.

Tu es inutile.


Mais oui, a quoi tu sers ?


Pourquoi est-ce que tu respires et pas eux ?

*Ne les écoute pas Nev … Nev … *

Le jeune homme continua de jouer du violon, ne se tournant pas vers son petit ange gardien, la seule voix appréciable parmi ces murmures indésirables.
Nevrabriel sentit la présence de son invitée surprise se déplacer. Elle semblait vraie. Mais Anna aussi. Son frère, sa sœur, sa grand-mère. Ils semblaient tous si vrais. Mêmes les murmures, comme s’ils étaient soufflés au creux de son oreille. Tout semblait si vrai. Et si noir.

Comme ton âme

Et elles riaient à présent. Elles se moquaient de lui, ces voix si proches aux allures lointaines.
Le jeune homme termina sa symphonie et laissant doucement tomber son bras qui tenait son archet. L’inconnue aux yeux clairs étaient près de lui, assise sur le sol. Il ne savait pas la raison de sa présence. Elle n’avait pas l’air de lui vouloir du mal. Serait-elle comme Anna ? Un fantôme de son passé venu pour le rassurer ? Lui remonter le moral alors qu’il ne faisait que tomber toujours aussi bas ?
Mais quel fantôme ? Elle ne lui disait rien autant qu’elle lui rappelait des choses. Tout et rien.

_  Je… Tu veux bien jouer ça ?

Le jeune homme toisa cette tête châtain tournée vers le sol, avec un regard vide. Elle voulait qu’il joue ? Oui, il pouvait. Prendre la feuille ? Il ne savait pas.

L’écossais posa doucement son violon sur son bureau, les cernes de six pieds visibles sous la lueur du soir. Il ferma doucement son carnet ouvert sur son bureau avant de le ranger. D’habitude, son bureau était un bordel monstrueux, le seul bordel de sa chambre à vrai dire. Mais depuis sa dépression, c’était le contraire. Son sol était jonché de partitions et de texte en gaélique alors que son bureau était qu’une propreté millimétrée, hormis son tiroir du bas ouvert. Ce tiroir était toujours fermé, puisse qu’il y mettait tout ce qu’il avait de plus précieux et qu’il ne voulait pas forcement montrer. Il y mettait aussi ce carnet qu’on lui avait offert. Ça semblait bien loin, ce temps où ce tiroir était jalousement secret.

Nevrabriel regarda le vide qu’il avait créé sur son espace de travail.
Si vide.

Puis, comme un pantin obéissant, le roux agrippa faiblement le papier et le posa au milieu de ce vide. Le papier semblait alors si unique à présent. Ou seul. Seul dans ce vide si froid.
Il passa ses longs doigts sur chaque note, comme un aveugle qui lisait du braille. Il lisait chaque couleur qu’émettaient les notes. Il les encrait dans sa mémoire si défaillante. Il les imprimait dans ses yeux.
Lorsqu’il arriva sur les notes qui n’étaient pas les siennes, il eut un grand moment de réflexion. Il les analysait. Ce n’était pas lui qui avait terminé cette composition. Mais c’était harmonieux, c’était beaux.

Nevrabriel reprit son instrument sur son épaule, les yeux fixés sur la partition et se mit à jouer.


Il avait écrit cette mélodie au moins une dizaine de fois, il l’avait recommencé autant de fois. L’écossais ne comprenait pas pourquoi il n’arrivait pas à la finir. Mais peut-être que cette inconnue à la robe bleu nuit avait trouvé ce qu’il manquait.
Et oui, elle l’avait trouvé. En jouant la mélodie, le garçon n’eut pas à rectifier les notes de la demoiselle.
Lorsque la musique s’acheva, l’écossais se tourna vers le lit où Anna lui affichait son éternel sourire.

*Tu as pu prendre la feuille, c’est qu’elle est réelle.*

Cette information avait dépassé la mémoire du jeune homme, heureusement, cette illusion était là pour le lui rappeler, comme si elle stockait les données importantes pour les lui transmettre le moment venu.

Doucement, Nevrabriel se tourna vers la demoiselle toujours assise sur le sol.

Et tu n’es même pas capable de terminer une partition, c’est elle qui l’a fini à ta place.


Même ça, tu en es incapable, comment peux-tu aider les autres ?

C’était tellement vrai que ça en faisait mal. Mais ce n’était pas la faute de cette fille alors il ne lui en voulait pas. C’était à lui qu’il s’en voulait.
Le jeune homme s’accroupit pour poser son violon et son arc par terre, devant l’inconnu, avant de s’assoir en face d’elle. Il la regarda, mais avait du mal à la voir, ses yeux étaient fatigués et souvent atteint d’un voile éteint.
Il ne savait pas quoi lui dire. Il ne savait même pas qui elle était et ce qu’elle faisait là. Peut-être était-elle une amie qu’il avait oubliée par amnésie ? Dans un flou béant, le jeune homme ne voulait même pas s’exprimer. Il ne voulait pas parler. Alors, il posa le bout de ses doigts sur le boit de son violon et le poussa doucement vers la demoiselle.

*Qu’est-ce que tu espère Nev ? Qu’elle parle à ta place ? Qu’elle réponde alors que tu ne pose aucune question ?*


Dernière édition par Nevrabriel le Sam 14 Juil - 9:59, édité 1 fois


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Ces yeux regardent mais ne voient pas. Deux yeux glacés par un sentiment indescriptibles. Comme ceux d’Andrei. Pourquoi le voit-elle partout ? Il est toujours là. Dans l’ombre. Elle se raccroche à certains souvenirs, tentent d’en oublier d’autres. Elle veut toujours garder une belle image de lui. Mais ces yeux, ces yeux restent deux globes vident. Le garçon range ces affaires, ignorant la demande de Katerina.

Après une immobilité presque cadavérique, il prit la feuille qu’elle lui tendait et lu la partition du bout du doigt. La jeune russe se crispa un peu. La fierté d’un artiste ne permettait pas toujours la collaboration. Il ne serait peut-être pas ravi qu’elle se soit permise… Il reprit son violon et Katerina le regarda faire, oubliant de reprendre son souffle. Il joua. Et ça marchait. Mais… il y avait tout de même quelque chose qui n’allait pas et la jeune fille était incapable de mettre le doigt dessus. Elle se contenta de rester silencieuse, là au milieu du plancher.

Le garçon avait un comportement étrange. Il ne cessait de se tourner vers son lit comme si une présence rassurante l’y encourageait. En même temps, qui était-elle pour juger ses manières alors qu’elle-même venait de s’introduire chez lui sans sa permission, de griffonner sur ces partitions et de le faire jouer. Katerina se dévissait le coup pour le regarder aussi fut-elle soulager lorsqu’il s’accroupit. Il déposa son violon et son archet sur le sol, s’asseyant face à la jeune russe.

Ils se regardèrent longuement dans un silence presque oppressant qui s’acheva lorsque le garçon pourra son violon vers elle. Elle le dévisagea interrogative. Un violon était un objet intime. Il était un être qui vous accompagnait, fragile et unique. Était-il sincèrement en train de lui proposer de jouer ? Ou se faisait-elle des idées. Elle tendit une main tremblante et saisit l’instrument avec toute la délicatesse dont elle était capable. Elle jeta un nouveau regard vers le garçon pour s’assurer qu’elle pouvait. Ses yeux vident ne semblèrent pas vraiment lui répondre aussi amena t’elle l’instrument à son épaule. Elle prit l’archet toujours par terre et fit jouer la corde du « mi », apprivoisant la rondeur du son qui s’en dégageait, un peu différent de celui de son propre violon. Elle se leva lentement.

Elle inspira profondément et se lança. D’abord timidement, les notes prirent plus d’envergure au fur et à mesure qu’elle se perdait dans la musique. Elle laissa jouer tout ce que son visage n’avait jamais appris à exprimer. Tout ce que même son esprit ne soupçonnait pas. Elle jouait pour Andrei qui ne jouerait plus. Pour sa famille. Elle jouait la terrible scène qui s’était déroulé plus de deux ans plus tôt, l’incompréhension, la peur, la fin. Le silence. Puis le long procès qui avait suivi. Ce n’était pas la première fois qu’elle jouait tout cela. Elle n’aurait su dénombrer toutes les fois où elle avait saisi son violon pour tenter d’extériorisé ce qu’elle ne comprenait pas. Elle avait démarré par un air connu, un des premiers qu’elle avait appris. Elle avait commencé par jouer comme un parfait petit automate. Chaque note à sa place, au juste moment.

Musique

Mais c’était avant de se perdre dans les notes, les partitions, les idées, les pensées. Cela lui arrivait. La musique devenait des éclats qui lui échappaient au fur et à mesure qu’elle jouait. Elle les effleurait une demi-seconde avant que les notes ne s’évaporent remplacées par d’autres, et encore d’autres. Comme des bulles de savon multicolore. Ou grise. Grise comme le monde dans lequel elle vivait depuis 2 ans. Puis elle se retrouva au bord du vide. Et la musique s’arrêta nette.

Katerina avait les bras qui tremblaient. Elle sentait sa tête qui tournait étrangement. Elle s’accroupit immédiatement pour mettre le violon et son archet à l’abri sur le sol, sentant ses mains faibles lâcher peu à peu prise. L’intensité de ce moment l’avait engloutie toute entière. Elle, la frêle petite fille malade payait sa fougue. Payait d’avoir mis un peu de son âme dans ce violon qu’elle ne connaissait pas. Elle s’assit et ferma les yeux, tentant de reprendre pied.
De longues minutes s’écoulèrent dans le silence, que Katerina mit à profit pour reprendre ces esprits. Mais une nouvelle fois, lorsqu’elle rouvrit les yeux, elle fut surprise de ne pas être au manoir, dans la salle de musique et de ne pas voir le regard impitoyable d’Andrei fiché sur elle. Non. Il y avait ces deux yeux étranges. L’un bleu. L’autre ambre.
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Le jeune homme regardait l’inconnue avec vide. La demoiselle semblait assez perdue par ce geste. Nevrabriel avait un partage facile, bien qu’il tenait énormément à son violon, il en avait déjà fait jouer à Adèlys et Agnès a pu le toucher également. Mais il connaissait très bien les demoiselles, depuis longtemps du moins, là, il confiait son bien à une personne dont il n’avait aucun souvenir. Il ne savait pas lui-même pourquoi il faisait ça. Mais si l’éclat de saphir en face de lui avait terminé sa partition, c’est qu’elle savait jouer de cet instrument. Avait-elle une mélodie dans le cœur qui pourrait appeler la sienne ?

Anna apparut à coté de la brune qui avait prit le violon, interrogatrice. Nevrabriel continuait de la fixer, sans âme, prenant tout de même en compte qu’Anna était apparut dans son champ de vision. La belle aux cheveux de nuit regardait l’inconnue avec une certaine douceur, comme si elle lui était reconnaissance.

*Tu penses vraiment que tout le monde à une symphonie dans l’âme qui change par rapport à ce que l’on ressent véritablement ?*

Oui … Oui … On peut cacher ses sentiments, on peut taire ses larmes, masquer ses sourires, retenir des rires, réprimer la haine, masquer l’amour, mais la musique parle pour nous. A par si l’on nous impose une partition, si l’on demande à une personne de s’exprimer à travers la musique, ça sera le fond de son âme qui parlera.

Tu es vraiment stupide …


Anna se tourna vers Nevrabriel alors que la demoiselle à la robe bleue se leva pour commencer à jouer. Le roux regarda furtivement sa défunte amie. Ses grands yeux bleus d’un ciel d’été semblaient presque luire dans la nuit, apportant du soleil dans cette chambre obscure. Son sourire balayait les murmures exécrables dans sa tête.

*Moi je ne trouve pas ça stupide, et je suis sûr qu’elle non plus.*

Nevrabriel leva ensuite les yeux vers son invitée qui semblait chercher son approbation depuis tout à l’heure. Le jeune homme se contenta de la regarder, les yeux légèrement plus lucide lorsque la première note sortit de l’instrument.

Plus l’inconnue jouait, plus le regard du jeune homme s’éclairait. Il n’avait jamais entendu ces notes, et pourtant, il les comprenait. Nevrabriel écoutait l’histoire de la demoiselle.  Oui, l’histoire que son âme voulait bien lui raconter. Il avait l’impression que la brune avait des larmes à faire couler, qui n’ont jamais pu quitter son visage, une tristesse refoulée qu’elle n’a jamais pu confier.

Les voix étaient silencieuses, Nevrabriel oublia doucement sa propre tristesse pour essayer de comprendre celle de son invitée. Il y a d’autres sentiments entre ces notes. Comme la crispation de la peur. La symphonie continua ainsi, réveillant doucement l’écossais de sa torpeur. Son visage se réveilla lentement également pour exprimer de l’inquiétude pour la musicienne.
Pouvait-il l’aider ? Pouvait-il l’aider à faire passer son chagrin ? Pourquoi son cœur pleurait ainsi ? Pourquoi avait-elle peur ?

Mais la musique se termina net.

Le jeune homme resta un moment parmi le réel, le temps de voir l’inconnue reposer le violon avant de s’asseoir et fermer les yeux.

Qui crois-tu être pour prétendre pouvoir l’aider ?
Oublie cette idée. N’oublie pas que tu n’es rien.

Tu n’es personne.

Tu ne sais faire que tu mal autour de toi.
Répandre le chagrin.

Tu ne la feras pas sourire.
Tu ne peux essuyer aucune larme.

Pathétique.
Pathétique.

Pathétique.

Pa

thé

ti

que.

Le visage de Nevrabriel dédevint vide d’âme et d’espoir au fur et à mesure que ses illusions lui parlaient, fixant sans vie l’inconnue aux yeux clairs.

Un souffle agréable vint chatouiller son oreille, lui murmurant des mots doux et encourageant : *Tu ne peux pas réussir si tu n’essaie pas.*

Nevrabriel ne savait pas s’il voulait réussir, même essayer de réussir. Il y aurait bien une personne plus compétente que lui pour offrir une autre mélodie dans le cœur de cette petite fée de la nuit.
Une chose qu’il ne savait pas faire. Où ne briser que les notes. Déchirer les partitions de l’orchestre dans les âmes. Verser des larmes.
Elles ont raisons, ces voix fantomatiques dans sa tête.

L’inconnue finit par ouvrir les yeux et semblait un peu perdue avant de venir poser son regard dans celui de l’écossais.
Il la fixait encore.

Elle n’avait rien de spéciale mais était jolie, paraissant presque irréel dans sa robe de nuit qui mettait en valeur ses yeux clairs. Dans l’ombre, sa tenue se confondait avait l’obscurité, comme si elle était une petit créature mystérieuse.
Comme une fée.

Le jeune homme tendit le bras au dessus de l’épaule de la demoiselle, sans la toucher, comme s’il essayait de toucher quelque chose qu’elle avait derrière elle, mais sa main se heurta au vide.
Non, elle n’avait pas d’ailes. Ce n’était pas une fée. Et de toute façon, elle était réelle, elle ne pouvait pas être une fée.

Le regard vitreux de l’écossais alla pardessus l’épaule d’inconnue, chercher des réponses auprès de sa chère amie. Mais Anna ne semblait pas très incline à lui répondre, elle souriait toujours, un sourire chaleureux et apaisant, haussant une nouvelle fois les épaules. Et le jeune homme se souvenait une nouvelle fois qu’elle ne pouvait savoir que ce que lui savait.
Les yeux de Nevrabriel retournèrent vers ceux de la brune. En temps normal, il ne regardait pas les gens dans les yeux, hormis ses plus proches amis, mais il n’était plus vraiment lui-même, et ne ressentait plus de gêne ou de timidité, la tristesse et la culpabilité prenait trop de place dans son cœur pour en laisser aux autres.
Il revint à  sa place initiale

Etait-elle vraiment réelle ? Etait-elle vraiment là ?  Comment pouvait-elle être là ? Comment était-elle entrée ? Pourquoi à cette heure de la nuit ? Comment ? Pourquoi ? Quand ? Etait-elle là depuis longtemps ?

Perdu et confus, la voix du jeune homme exprima, alors que milles questions traversaient son esprit, une seule traversa ses lèvres :

_Où sont tes ailes ?



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Ses deux yeux perdus semblaient loin de la réalité. L’avait-il seulement entendu. Elle l’espérait. Se mettre à nu était le propre d’un artiste. Dire ce qu’il était par son art. Alors, elle n’avait pas peur de ce qu’il avait pu entendre. De ce qu’il aurait pu comprendre. Elle n’avait peur que d’une seule chose. De ce regard vide qui continuait à planer sur elle et qu’elle n’oublierait jamais. Presque aussi vide que celui du garçon fasse à elle. Ça, ça faisait vraiment peur. La mort. La mort ça faisait peur. La voir dans les yeux des autres, c’était terrible. Elle n’avait pas peur de mourir pourtant. C’était comme ça. Lorsqu’elle mourrait, elle ne se souviendrait pas de tout ça. Mais ça restait angoissant. De savoir qu’elle aurait ce même regard vide un jour.

Il tendit un bras et elle se dit qu’il allait la toucher. Voir si elle était vraiment là, où juste poser sa main. Elle ne fit aucuns gestes mais elle ne voulait pas. Que quelqu’un la touche. En journée, ça allait, mais le soir… elle ne voulait pas. Elle pouvait encore sentir ces mains. A lui. Elle pouvait encore sentir ces mains sur ces hanches. Le long de son bras. Le souffle de sa bouche caressant sa nuque. C’était un supplice.

Le garçon n’en fit rien. Sa main sembla chercher quelque chose derrière elle, mais il n’y avait que du vide. Que de l’air. Il était plus proche d’elle. Ces cheveux étaient couleur feu. Même si dans l’obscurité, elle n’en distinguait pas tout l’éclat. Ces yeux. Elle avait du mal à s’en détacher. Elle se sentait presque projetée à ce jour-là. Et ça avait quelque chose d’effrayant. Elle se souvenait parfaitement des teintes qu’avait le monde avant. Du sourire qu’il lui avait adressé. Un sourire presque enfantin. Un sourire radieux. Un sourire innocent. Elle ne le reverrait jamais. Elle l’avait volé.

_Où sont tes ailes ?


Ces ailes ? Elle jeta un coup d’œil par-dessus son épaule. Elle n’avait pas d’ailes, effectivement. Elle le regarda à nouveau. Elle savait qu’il lui manquait quelque chose. Depuis qu’Andrei était mort, il y avait comme un creux au fond d’elle. Non, pas un creux. Plutôt un gouffre. Un gouffre infini qui ne trouvait rien qui puisse le remplir. Était-ce là le rôle de ces ailes ? Les anges avaient des ailes. Ceux qui regardaient sans voir. Ceux qui savaient. Ils avaient les yeux vides. Comme Andrei. Comme le garçon. Elle détourna le regard, un peu paniqué. Ces ailes n’étaient pas celles des anges. Elle n’était pas comme eux.

Il y avait un livre par terre. Ce livre. De là où elle était, elle n’aurait pas su dire s’il était plus ou moins gros que Le livre. Que La Bible. Ce dont elle était sûre, c’est qu’il n’y avait pas de sang dessus. Elle ne parvenait à s’en détacher pourtant. Elle était soulager qu’il soit trop loin pour qu’en tendant les bras, elle soit capable de le prendre. Pas deux fois. Plus jamais.

Elle se rappela que le garçon avait posé une question. Il aurait été impoli de ne pas y répondre. Il aurait été impoli de le faire attendre plus longtemps. La réponse était évidente. Mais difficile à formuler. Elle tourna ses yeux océans vers lui, et brisa le silence :

-Je les ai perdus…


Perdus. A jamais. Et pour toujours. Elle s’interrompit pourtant, sa voix se raffermissant :

-Non.


Perdus, c’était péjoratif. Perdre quelque chose, c’était être victime d’une injustice. Alors que ces ailes, si elle ne les avait plus, c’était entièrement sa faute. Elle ramena ses jambes contre elle. Frissonna. Il ne faisait pas froid pourtant. Mais c’était probablement dû au gouffre. L’infini, c’était glacial. C’était inimaginable. Elle ça la rendait encore plus infiniment petite et fragile. Comme un fétu de paille.

- Elles sont parties. Elles m’ont laissés parce que je les ai trahis.

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_Où sont tes ailes ?

La demoiselle semblait intriguée avant de regarder par-dessus son épaule, comme si elle se rendait compte qu’elle avait oublié quelque chose. Elle semblait même paniquée de ne pas voir, qu’en effet, elle n’avait pas d’ailes. Elles devaient être bien légères pour qu’elle ne s’en rende pas compte. Peut-être avaient-elles été aussi fines que le diamètre d’un cheveu ? Avaient-elles la même couleur que ses yeux ? Etaient-elles grandes ?

_Je les ai perdus … Non.

Nevrabriel dévia légèrement le regard, sortant de ses songes.
Elle semblait triste.
Son corps se crispa dans des frissons.
Il lui aurait volontiers offert sa couverture. Il lui aurait même posé sur ses frêles épaules. Mais il n’arrivait pas à se lever pour le moment. C’était douloureux et compliqué. Impossible. Il avait déjà du mal à tenir assis, alors debout …

Tu n’es qu’une loque de toute manière !


_Elles sont parties. Elles m’ont laissés parce que je les ai trahis.

Parties ? Trahis ?
Un silence s’éleva entre les deux jeunes gens. La demoiselle essayait de lui exprimer quelque chose que l’écossais ne comprenait pas. Comment des ailes pouvaient partir ? Comment pouvait-on trahir une partie de soit ?

Tu trahis bien tes propres convictions, abruti.
Tu dis que tu ne veux faire de mal à personne, mais tu ne cesse d’en faire.

Tu veux apporter de la joie dans cette Institut mais tu fais tout le contraire.


_Des ailes … ne peuvent pas partir …

Trahir, tu sais bien le faire.
Trahir les autres.

Te trahir toi.


_Ça serait comme se couper le bras …

Il y avait certainement des fées qui n’avaient pas d’ailes. Viviane et Morgane n’en avait pas, elle. Les fées étaient si puissantes qu’elle pouvait prendre plusieurs formes, et certainement camoufler leur splendeur comme leur laideur. La fée Mélusine était condamnée à ne pas être vu le samedi sous sa forme de serpent puisse que sa mère lui a jeté un sort si puissant qu’il ne pouvait être brisé.

Les fées pouvaient être bien cruel … même entre elle. Etait-ce l’œuvre d’une autre fée qui expliquerait que la fée bleue n’avait plus les siennes ?
Les fées ne faisaient que rendre justice, comme le karma. Cette demoiselle avait-elle fait quelque chose de mal pour être puni ainsi ?

Tu es si stupide.
Les fées n’existent pas.

Le jeune homme regarda à sa gauche, où se trouvait un tas de feuilles volantes, lui, voyait sa belle amie, assise en tailleurs, son uniforme trop grand pour son corps si menu lui descendait légèrement sur l’épaule, reflétant toute son innocence.

*Les lorialets, les dryades, les vampires, les loups-garons, les sirènes non plus n’existent pas. Mais c’est pourtant les surnoms que tu as donné à tes amis. Pourquoi ne pourrait-elle pas être une fée ?*

Regardant encore un instant cette lumière dans ses ténèbres intérieur, le jeune homme finit par reporter son attention à sa fée bleue. Il ne savait pas vraiment où il en était.
Evidement, les fées n’existaient pas …
Mais elle ressemblait bien à une créature légendaire, visitant les humains la nuit, leur apportant un présent ou un malheur. Elle lui a offert la fin de sa symphonie et un morceau de sa propre mélodie.
C’était forcement une fée …

_Ceux qui n’ont pas le pouvoir de voler, en ont d’autres …

Evidement, il songeait aux fées en disant cela, mais pensait que ça coulait de source et n’avaient pas besoin de le préciser.

Le jeune homme pointa son lit du doigt. Son lit fait, toujours fait, puisse qu’il n’y dormait pas. Il ne faisait que s’asseoir jusqu’à épuisement avant de s’y écrouler sans se couvrir.
Mais si la fée avait froid …

_Prend la …



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_Des ailes … ne peuvent pas partir … Ça serait comme se couper le bras …

Katerina redressa le visage. Triste. Ce jour-là… c’était probablement ce qu’elle avait fait. Certes, elle avait ces deux bras. Deux bras bien présents. Alors pourquoi ? Pourquoi avait-elle l’impression qu’il lui manquait bien plus ? Elle resta silencieuse, incapable de savoir ce qu’elle pouvait bien dire. Incapable d’exprimer ce sentiment vertigineux qui l’étreignait parfois.

_Ceux qui n’ont pas le pouvoir de voler, en ont d’autres …Prend la …


Il pointa du doigt son lit impeccable. Sa couverture. Le regard de Katerina s’y attarda moins d’une seconde. Elle retourna au garçon. Cela ne l’aiderait pas. Pas quand le froid qui la faisait trembler ne venait pas de l’extérieur. Était-ce elle ? Qui dégageait ce froid. Elle resta immobile, ses deux yeux illuminés par le clair de lune plongé dans ceux morne du garçon. Il la pensait doter de pouvoir. Elle ne sentait rien de telle. Elle n’était qu’un objet. Une chose. Elle appartenait au Sida. Comme elle avait appartenu à Andrei. Un jouet cassé. Qui jouait encore avec un jouet cassé ? Ces yeux retournèrent au livre qui trainait juste à côté.

-Non. Je n’ai pas le pouvoir de quoi que ce soit. J’ai… Je lui devais la vie. Je… ne suis plus une fée. Je n’ai jamais été une fée.


Elle avait failli le dire. C’était surprenant. Après s’être voilée la face si longtemps, elle ne pensait pas qu’elle serait à deux doigts d’en parler avec un parfait inconnu. Elle posa sa main sur le violon et l’écarta. Se glissa, s’aidant de ces bras, se rapprochant un peu du garçon. Jusqu’à ce qu’elle soit assez proche pour poser une main sur sa joue. Sursauta. Ecarta le bras. La chaleur de son visage ne la trompait pas. Pourtant ces yeux indiquaient tout autre chose. Et pour une fois, sur son visage se dessina une expression. Son incompréhension. Elle était perdue. Perdue dans un labyrinthe dont elle ne parviendrait jamais à sortir. Un labyrinthe fait de magnifiques haies pleines de roses multicolores à l’odeur entêtante. Un magnifique cercueil.

-Tu as ces yeux. Les même que lui…Tu es mort ?


C’était ridicule. Il n’était pas mort puisqu’il était debout devant elle. Elle n’avait pas pu s’en empêcher pourtant. Elle voulait qu’il lui réponde. C’était important. Peut-être qu’en réalité elle aussi était morte. Peut-être qu’en franchissant cette porte, après avoir parlé avec ce garçon, elle retrouverait ces yeux à lui.

Elle espérait que ce soit le cas. Une mort aussi douce, c’était inespéré. Bien plus doux que ce qui l’attendait. Mourir sans avoir eu le temps de s’épuiser. Sans avoir eu besoin de lutter. Sans douleur. Sans souffrance. Sans sentir chaque minuts son corps s’affaiblir sans rien pouvoir y faire. Mourir et ne pas s’en rendre compte. Mourir sans se sentir mourir. Sans avoir le temps de regretter. C’était ce qu’elle avait toujours espérer.

Sauf qu’elle souffrait toujours. Était-ce quelque chose d’éternelle ? Revivrait-elle encore et encore, avec l’ombre de sa maladie accroché à elle. Avec l’ombre d’Andrei en face. Une ombre dont elle ne parviendrait jamais à se détacher. Parce qu’elle l’avait aimé. Elle l’avait aimé si sincèrement. Aussi sincèrement qu’elle détestait le sida.
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_Prend la …

La demoiselle demeura silencieuse un instant, regardant d’abord le lit, puis le jeune homme et enfin un livre au sol. L’écossais resta stoïque. Il pourrait y avoir le feu qu’il ne bougerait pas. Il n’était pas là. Il arrivait à entendre ce que disait la petite fée, lui répondre, mais il n’était pas présent. Tiraillé dans son conflit intérieur. Dans son cauchemar. Son enfer.

_Non. Je n’ai pas le pouvoir de quoi que ce soit. J’ai… Je lui devais la vie. Je… ne suis plus une fée. Je n’ai jamais été une fée.

Et lui n’était pas un magicien.
Loreleï, Lucy, Naito, le lui avait dis, qu’il était magique, qu’il avait le pouvoir de donner le sourire, que son regard venaient d’ailleurs et il avait toujours une histoire magnifique à raconter avec des nymphes, des selkies, des banshees, et bien d’autres.
Ils avaient tors. Il n’avait rien de magique.

La seule magique que tu possèdes est d’attirer la mort.


Soudainement, le jeune homme senti une caresse sur sa joue. Ses yeux inertes se tournèrent doucement pour rencontrer ceux de l’inconnue. Elle s’était rapprochée. Elle était près maintenant et le regardait avec curiosité.
E temps normal, il aurait certainement rougit et bégayé comme un abruti. Mais en cet instant, il s’en moquait bien, elle pouvait faire ce qu’elle voulait.

La caresse de la fée déchue était différente de ceux qu’il avait pu connaitre, tant et si bien que le roux n'eut aucune réaction à son contact. Elle ne ressemblait pas aux caresses maternel d'Agnès, ni celle affectueuse de Lucy, ni même étrangement tendre d'Astrid. Elle n'avait pas de chaleur familière. Elle était curieuse, presque froid. Ils étaient là tout les deux sans être là.

_Tu as ces yeux. Les même que lui…Tu es mort ?

Mort ?

_J’aurais préféré …

Nevrabriel était spontané et sincère. Il ne savait pas si ces envies étaient soufflées dans le creux de ses oreilles ou était-ce ce qu’il désirait dans le fond. Mais ces paroles ont été dites.
Le jeune homme tourna la tête vers son bureau, observant sa boite à stylo avec minutie. Il se leva d’un geste lent et fatigué pour attendre la paire de ciseau qui se trouvait dans sa boite à stylo. C’était le genre d’objet qu’il n’utilisait que rarement mais qui lui avait tout de même son utilité par moment. Comme maintenant.
Le roux ouvrit la paire et ciseau et utilisa une des lame de l’objet pour se faire une légère entaille qui n’avait rien de profond, sur son indexe droit.

Il saignait. Les morts ne saignaient pas. Alors il n’était pas mort.
Il avait mal. Les morts n’avaient pas mal. Alors il n’était pas mort.
Il avait senti la larme sur la peau, la lame coupé sa chair, son sang chaud fuir vers l’air libre.

Etrangement, cette douleur extérieure le ramenait peu à peu sur terre et ses maux intérieurs s’atténuait pour se concentrer sur la douleur sur sa main. Mais l’entaille était si infime qu’il l’oublia rapidement et sa peine revient au galop dans son esprit.
Nevrabriel avait l’impression de comprendre une partie de ce que ressentaient les personnes qui se mutilait. Pour oubliait leur douleur intérieur, ils se faisant mal à l’extérieur.

Tu ressemble déjà à une serpière, tu veux en plus te mutiler ?

L’idée de le faire pour faire taire ces voix lui traversa l’esprit, mais se ravisa rapidement. L’automutilation semblait être un syndrome trop vicieux. Se faire mal pour oublier sa peine … lui, semblait préférer se laisser porter par elle, ne sachant pas où ce chemin allait le conduire.

_Tant qu’on croit en elle, elle existe.

L’écossais ouvrit sa fenêtre de sa main immaculée et se pencha pour regarder le sol. Ce n’était que le premier étage, il y avait peu de chance qu’il mette fin à sa vie ainsi. Et ce n’était pas son but, présentement. Il y songeait, certes, puisse que les voix dans sa tête lui répétait sans cesse qu’il ne méritait pas de vivre. Mais sa tendre amie aux yeux d’été lui rappelait que c’était un acte stupide.

_Je crois que tu es une fée, alors tu retrouveras tes ailes.

Le jeune homme retourna s’asseoir sur le sol, en face de son étrange invitée, agrippant plusieurs feuilles, un stylo et une règle  et commença à tracer cinq lignes séparé de 3 centimètres, cela pour sa pile de feuille. Il préparait ainsi ses futurs supports pour écrire ses partitions de musique. Doucement, le noir de l’encre commençait à capter son attention et il en oublia la demoiselle à la robe bleue alors que ses murmures se remirent à lui parler, l’emmenant une nouvelle foi dans ce parloir où elles l’accusaient alors qu’Anna était sa défense contre le juge suprême. Mais qui était ce juge ?
Lui ?
Ceux qui sont partie ?
La vie ?
La mort ? …



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_J’aurais préféré …

Il se redressa lentement, comme animé par un marionnettiste maladroit. Katerina le suivait des yeux, relevant la tête pour assister à ce mouvement qui paraissait presque douloureux. Comment pouvait-on en arriver là ? Elle ne pouvait probablement pas le comprendre. Parce qu’elle, elle n’avait jamais vécu pour les autres. Juste pour Andrei. Il sortit une paire de ciseaux et se blessa la main, la tournant vers Katerina.

Avait-il besoin de se couper pour prouver qu’il n’était pas mort ? Parce que les morts, ils saignaient aussi. La jeune russe s’en souvenait encore. Le sang sur le livre. Le sang sur le tapis. Tout avait été très vite. Trop vite. Le sang ne montrait pas qu’on était vivant. C’était la lueur dans les yeux, c’était cette lueur qui reflétait la vie. Et ce garçon était en train de la perdre. Irrémédiablement.

_Tant qu’on croit en elle, elle existe.


Il ouvrit sa fenêtre, laissant entrer l’air frais de la nuit. Cela faisait du bien avec les chaudes journées d’été qu’ils avaient. Lorsqu’il passa la tête par cette même fenêtre, Katerina s’attendait presque à ce qu’il passe le reste du corps. C’était comme s’il ne tenait plus qu’à un fil. Elle l’observa, sans intervenir, mais il se retourna. Elle se demanda presque s’il avait lu ces pensées. Mais il parlait toujours des fées. Pour la lueur, il ne savait peut-être pas.

_Je crois que tu es une fée, alors tu retrouveras tes ailes.


Il revient s’asseoir. Elle eut un sourire. Elle espérait qu’il ait raison. Qu’il ait prédit l’avenir. Comme un volkhves l’aurait fait. Katerina n’avait pas entendu beaucoup parler de magie lorsqu’elle était plus jeune mais de temps en temps, Ivana lui lisait des poèmes populaires. Elle avait trouvé cela amusant, ces histoires basées sur des choses qui n’existaient pas. Habituée à plus de rigueur, elle n’en avait pas vraiment saisi le sens. Elle le regarda tandis qu’il traçait des lignes pour de futures partitions. Il semblait si bien appliqué qu’elle hésita à parler. Elle alla chercher un crayon et une feuille sur son bureau, et traça des lignes à son tour. Elle aimait ça. La régularité. C’était facile de tracer des lignes. Ca vidait l’esprit.

-Tu es un volkhves alors ? Un magicien.


Elle se demanda si c’était pour ça que ces yeux étaient éteints. Mais elle savait que la magie n’existait pas. Ces yeux étaient éteins parce qu’ils avaient trop vécu. Parce qu’il était mort au-dedans. Pouvait-on ramener ce genre de mort à la vie ? Katerina l’espérait pour ce garçon. Elle espérait que quelqu’un soit capable de le ranimer. Elle le dévisageait encore, plus que d’accoutumée. Après être rentré dans sa chambre sans sa permission, cela faisait beaucoup d’impolitesse dans la même soirée. Elle posa finalement son crayon, après avoir achevé une feuille.

-J’espère que tu la retrouveras aussi, ta raison de vivre.


Elle se releva. Il était temps pour elle de repartir. Elle était déjà là depuis un peu trop longtemps. Elle allait laisser cet inconnu retourner à la mort, et elle allait retourner dans sa chambre. Elle ne voulait pas le déranger plus longtemps. Et puis, elle n’en pouvait plus de ce livre qui trainait au sol. Elle voulait échapper à ses démons. Elle voulait échapper aux visions de son passé. Elle ne voulait pas comprendre, elle ne voulait pas savoir. Elle préférait la position confortable qu’elle avait adoptée. Vivre. Juste vivre. Pour le reste, elle verrait plus tard.

-Bonne chance.


Elle jeta un dernier coup d’œil au garçon, avant d’ouvrir la porte et de la franchir. Pour retourner à son monde en noir et blanc. Son monde gris, comme elle l’appelait. Cette rencontre ne la laissait pas indifférente pourtant. Quelque chose s’était réveillée. Comme lors de l’exécution. Comme lors de sa rencontre avec Agnès. Une pièce de son passé se mettait en place. Et elle savait que bientôt, elle n’aurait plus d’autres choix que d’y faire face.
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Nevrabriel continuait de tracer machinalement, le dos vouté vers le sol, les membres mécaniques. L’esprit totalement hors de son corps.
Il ne fit plus vraiment attention à ce qui l’entourait, ni l’agréable brise qui pénétrait dans sa chambre, ni la demoiselle qui avait prit place à ses cotés, ni le bruit des stylos encrant les feuilles d’antan immaculées.
Il ne la vit pas se lever, il n’entendit pas ses mots, il ne sentit pas sa présence quitter son repaire si sombre, traçant des lignes, encore et encore, comme s’il ne respirait que pour cela.

Son tas terminé, le jeune homme se releva, difficilement, pour prendre encore des feuilles sur son bureau, mais un papier froissé attira son attention. Un papier posé au centre comme si cela était important. Le jeune homme agrippa une feuille et commença à lire la partition. Etrange ... Une écrire fine et arrondis, délicate, terminait les notes. Ce n'était pas la sienne, d'écriture.
Il avait oublié quelque chose ...
Il leva la tête. Sa fenêtre était ouverte. Pourquoi avait il ouvert sa fenêtre déjà ?

Essayant de se rappeler, exercice difficile, il effleura l’écriture qui n’était pas la sienne. Etait-ce important ? Ce qu’il avait oublié ?
Ses souvenirs étaient comme de la poussière, volatiles. Certains arrivaient à former une masse qui pouvait rester ici si on ne la chassait pas, mais d’autres n’étaient que de passage.
Importante ? Il ne choisissait pas.
On ne choisit jamais ce que l’ont perd, sinon, ça ne serait pas une perte mais un abandon.

Fatigué, le jeune homme se tourna vers sa petite étoile aux yeux d’éte. Petit étincelle dans son âme si noir, douce et bienveillante, elle haussa doucement les épaules.
Comment pouvait-elle se souvenir de ce qu’il oubliait ?

Nevrabriel regarda un petit tas de feuilles préparé pour l’écriture à coté du sien. Il y avait bien une autre personne à ses cotés.
Silencieuse ?
Elle devait l’être.

Une coupure lui picota la paume de sa main, même si ce n’était qu’une égratignure.
La douleur rappelait qu’il n’était pas mort.
Mort ? Pourquoi le serait-il ? S’il était mort, alors, il était en enfer pour souffrir ainsi.

Où sont tes ailes ?

Et le vent souffla. La poussière volatile rencontra ses compères dans son nuage aride.
Les souvenirs se forment, se déforment.

Une petite fée bleue jouait du violon.

Une voix s’éleva *Tu peux encore lui dire au revoir.* Elle a raison.

Plus dynamique, mais malhabile, le jeune homme plia la feuille en quatre et ouvrit sa porte, il manqua de tomber parce que sa marche était rapide. Appuyé sur la poignée, son cœur se mit à se serrer, comme si quitter son repaire lui déchirait les poumons. Il n’avait pas de foyer, pas de chez-lui, mais cette pièce blanche et froide, était ce qui le rattachait le plus à un noyau, un lieu à lui.

Il écouta les bruits de pas devenir lointain. Il les suivit. La marche de la demoiselle était lente. Elle n’était pas pressée de retourner à son propre noyau. Mais lui si.
Nevrabriel adopta une marche rapide, bien que son manque de forme le faisait tituber par cet effort. Il finit par rattraper la brune et posa sa main sur son épaule, le souffle légèrement haletant, alors qu’il n’avait que marché.

Elle se retourna.

Il voyait ses ailes. Elles étaient grandes et belles, ressemblant à ceux d’un papillon, dans les tons bleus et violets, des filets d’azur, comme les yeux de la demoiselle, brillaient de milles éclats dans la nuit.
Elles bougeaient innocemment, comme prête à s’envoler à tout instant.
Il pouvait peut-être les toucher ? ….
Non …
Il ne fallait jamais toucher les ailes d’un papillon.

Elle ne voyait pas qu’elles étaient là, ses ailes. On ne voyait jamais ce qu’il y a dans notre dos. Mais il ne pouvait pas le lui dire, qu’il fallait juste qu’elle tourne la tête pour les voir …

Le jeune homme prit la main de la petite fée et glissa la partition pliée en quatre dans sa main délicate. Il aurait voulu dire « garde-le », « je te l’offre », « c’est à toi ». Mais aucun mot ne sorti de sa bouche.
Il ne perdit pas plus de temps en contemplation et referma la main de la demoiselle pour qu’elle comprenne ce qu’il voulait. Puis, comme il était venu, ses pas plus lent et monotone le ramenèrent doucement à sa grotte sombre, solitaire et triste, se demandant un instant s’il reverrait un jour ces magnifiques ailes aux lueurs magiques.

Il referma sa chambre, regarda son carnet, ouvrit doucement jusqu'à la dernière page écrite. La date remontait en juin. Il porta son stylo au papier et nota en bas de la feuille ; « début juillet, j'ai vu une fée. »
Il savait qu'il se souviendrait de ce moment là en relisant ses mots, comme relire un rêve qu'on aurait oublié, chaque échange partagé avec elle lui reviendrait en mémoire.
Et peut-être qu’un jour, elle tournerait la tête …



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