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16/09/2018
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Fuite avortée [PV Nevrabriel - Flashback]

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Les enfants grandissent,

même sans parents.
J’étais arrivé deux jours auparavant. On m’avait mené sur une île au milieu de l’océan Atlantique en me disant qu’on allait me soigner. Sur le pont du bateau, accompagné par une personne qui disait travailler pour l’institut où j’allais vivre, j’avais observé les personnes qui se disaient mes parents. Juste avant mon embarquement, ils m’avaient serré très forts dans leurs bras, sans me faire le moindre mal. Cela m’avait douloureusement fait penser à Sheila et la façon dont nous étions devenus amis. Mais ces personnes, je n’étais en aucun cas proche d’elles. J’avais l’impression d’être trompé par le monde entier, surtout que j’étais arraché aux Nakamura. Ils m’avaient acheté, nourris, même si c’était peu, et surtout logé. Certes, j’avais eu mal et peur avec eux, mais ils étaient les seuls parents que j’avais. Alors pourquoi on ne m’avait pas laissé à eux ? Je ne comprenais rien à ce qui arrivait. Mais une chose était certaine : quoi qu’il advienne, je devais rentrer au Japon.

Pendant tout le voyage, je ne cessai de penser à tout cela, au fait que je m’éloignais encore de ma famille. La seule que je connaissais. Et cela pour quoi ? Tout simplement pour aller dans une sorte d’hôpital pour guérir un “syndrome”. Je n’avais rien compris de ce qu’il pouvait bien s’agir, ce qui augmentait plus encore l’impression d’être totalement perdu. Mais comme je n’étais pas seul, sans cesse surveillé dans le silence, je ne pus tenter de comprendre. Sans compter que je n’étais même pas sûre qu’on me réponde. Mais le silence était-il d’or dans ce genre de situation ? Non. Pas forcément même si je refusais de l’admettre.

Arrivé à destination, on me catégorisa en me donnant un numéro à mettre sur les habits que je devais obligatoirement porter. En parlant d’obligations, j’allais devoir suivre toute une flopée de règles très strictes qui me rappelaient ma vie au Japon. J’étais loin de la vie plus libre, difficile à accepter, comme celle que j’avais vécue au pensionnat ou chez les personnes qui voulaient me faire croire que j’étais leur fils. Est-ce que cette vie ma parut plus simple pour autant ? Non. Bien sûr que non. Des cours, pas le droit de parler aux autres, ce qui n’aurait peut-être pas dû me déranger. Pourtant, je sentais mon coeur s’alourdir rien qu’à cette idée, comme si la présence de mes amies me manquait plus que je le pensais. En même temps, je n’étais pas sûr d’avoir pu leur dire au revoir correctement…

Pendant plusieurs jours, je tentai de me faire au train-train de la vie à l’institut. Je rencontrai donc des patients, des médecins et autres inconnus, ce qui ne m’aida pas à me sentir bien. Pire : c’était quoi ces séances où on me parlait d’une pseudo maladie ? Où étais-je tombé ?! Très rapidement, je me sentis incapable de continuer ma vie de cette façon. J’avais peur. C’était limite si je comprenais pourquoi ma vie avait basculé subitement. Je décidai donc qu’il était temps pour moi de m’en aller. Certes, je ne pus préparer mon évasion comme un professionnel, mais en quoi était-ce un problème ? Il était hors de question que je reste là !

Un soir, bien après le couvre-feu, je sortis de ma chambre en essayant de faire le moins de bruit possible. Je sentais mon coeur battra comme s’il voulait sortir de ma poitrine rien qu’à l’idée que j’enfreignais les règles. La peur était omniprésente et j’avais l’impression de la sentir tout autour de moi, moite et chaude. Mais l’idée que j’allais enfin retrouver un univers que je connaissais me rassurai un peu. Il faisait noir, mais ce n’était pas un problème. J’avais l’habitude de vivre dans le noir, même si dans un lieu inconnu c’était plus angoissant. C’est ainsi que je me mis à marcher avec lenteur et tremblements dans les couloirs en espérant de tout mon coeur que je ne croiserais personne.
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5 Février 2018

Le jeune homme se leva d’un bond de son lit et se mit debout en face de sa fenêtre. La lune n’était pas pleine mais restait belle, les étoiles étaient peu nombreuse mais étaient tout de même là. La nuit était froide mais assez chaleureuse pour l’accueillir. Le jeune écossais aimait le ciel et ses mystères, ce que voulait dire les astres, ce qu’elles formaient, représentaient, exprimaient. Comment, dans quel but. Leur composition chimique, les forces qui les faisaient se déplacer dans l’univers, ce qu’elles faisaient pour composer les galaxies.

Le jeune homme s’habilla pour sortir, agrippant une veste et un bonnet sombre pour se faufiler à l’extérieur. Il était interdit de sortir la nuit, pour des raisons que le jeune homme pouvait comprendre. Mais le patient X36 était une personne qui adorait les astres et la nuit. Il avait besoin de ses balades nocturnes, sentir la fraicheur d’une soirée, regarder les étoiles et la lune …
Nevrabriel avait beau être obéissant et sage dans l’ensemble, être un garçon sans problème, sans embrouille, poli et fort sympathique, il ne pouvait pas tout accepter.
Il était dans cet institut depuis cinq ans ce mois-ci et avait donc mis le temps qu’il lui fallut mais savait maintenant très exactement la ronde des gardes et les emplacements de caméra pour sortir sans se faire repérer et renvoyer immédiatement dans sa chambre. De plus, le jeune homme n’avait pas vraiment d’excuses, il n’était pas somnambule, n’avait pas de problème pour dormir ou vivre de jour. Sa seule justification était sa passion pour les étoiles et son rêve de devenir astrophysicien une fois qu’il aura quitté ce lieu.

Nevrabriel fit en sorte qu’aucun cheveu roux ne dépasse de son couvre-chef et agrippa un livre et une toute petite lampe de poche qui lui servirait à assouvir sa passion de lecture. Il ouvrit doucement sa porte, attendit un instant, vouant être sur qu’aucun bruit de pas ne résonnait dans les couloirs toujours si propre de l’institut avant de sortir et refermer sa porte comme si de rien n’était.

L’écossais longeait les couloirs, assez aisément, sachant exactement où tourner pour sortir le plus efficacement et discrètement. Il devait faire un peu de détour, mais rien d’affligeant. Il lui arrivait certaine nuit de croiser des patients qui se rendent en sanitaire. Dans ces moments, il est assez prit au dépourvus et se sent obligé d’attendre que la personne disparaisse de sont champs de vu, comme si elle allait le balancer aux surveillants, ce qui était injustifié, évidemment.

Un peu perdu dans ses pensées, puisse que c’était une routine pour lui, le jeune homme eut un sursaut en voyant une personne au détour d’un couloir. De loin, le vêtement si blanc des patients semblait luire dans l’obscurité, c’était pour cela que Nevrabriel mettait toujours une tenus sombre pour sortir le soir, il pouvait se glisser dans l’ombre et ne pas se faire répéter.
L’écossais ne bougea pas et regarda la personne traverser le corridor. Etrangement … il/elle semblait perdue.
La silhouette se rapprocha et Nevrabriel pu constater qu’il s’agissait qu’un adolescent, plus petit, vraiment mince, qui avait le regard un peu ailleurs. Il était sans doute perdu ? Ce n’était pas si grave, plus loin, un surveillant allait le récupérer et le ramenez dans sa chambre.
Cependant … l’adolescent avait un comportement étrange, il semblait méfiant et craintif. Un peu comme une personne qui voulait fuir. A force d’observer les gens, l’écossais avait appris à reconnaitre la gestuel de ce genre de comportement.
Il ne voulait pas être retrouvé.

Le jeune homme continua de l’observer en silence, attendant patiemment que l’inconnu le dépasse pour pouvoir reprendre son chemin, mais ce dernier se figea alors que des bruits de pas se firent entendre.

La ronde des gardes … Il allait se faire prendre le petit, et retourner sagement dans sa chambre.

Bien que c’était contre les règles, l’écossais n’allait tout de même pas le laisser là, penaud. Si ça se trouve, il était comme Nevrabriel et voulait simplement aller se promener en cette agréable nuit.
Assez vivement, le jeune homme sorti de sa cachette et agrippa avec bienveillante le poignet de l’adolescent, il lui offrit un grand sourire d’une chaleur humaine rassurante alors que son regard bicolore commençait à se voir dans la nuit, puis, il murmura :

_Si tu ne veux pas te faire prendre, tu devrais me suivre.

Nevrabriel fit un petit clin d’œil furtif à l’inconnu avant de l’entrainer à sa suite dans un endroit qu’il s’avait en sécurité pour une bonne dizaine de minutes.

_Tu avais l’air de ne pas vouloir retourner dans ta chambre …

Tout en marchant vivement, l’écossais se retourna pour regarder son compagnon de fuite. Il affichait toujours ce grand sourire sincère qui lui était propre.

_Je me trompe ?



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Plus le temps passait, plus j’avançais, moins j’arrivais à repérer où je me trouvais. Les lieux ne pouvaient tout de même pas être aussi grands, n’est-ce pas ? Quoique… pour avoir été dans certains lieux communs, ce n’était pas si certain en vérité. Peut-être aurais-je dû faire un plan, en voler un, ou tout autre chose ? Non. C’était trop pour ma petite personne alors que je venais d’arriver. Mais comment allais-je trouver la sortie et repartir avant le matin sans me faire prendre ? Sans qu’on me renvoie à la case départ ? Vu comme c’était partie, c’était mal barré.

Comme si le destin voulait me donner raison sur ce point, des pas se firent entendre dans le couloir, derrière moi. Tremblant de peur, je me tendis d’un coup en m’arrêtant de marcher, comme si le fait que je ne faisais aucun bruit pouvait me sauver la mise. Il n’en était évidemment rien puisqu’on ne venait pas pour savoir qui était là, mais pour vérifier que personne n’était là. La différence était légère, mais existante. Je me retournai donc lentement en me préparant aux réprimandes et à me faire malmener. Je n’en fis plus attention à ce qu’il se passait autour de moi, hormis ces bruits de pas qui se rapprochaient toujours de moi.

J’aurais peut-être dû garder un oeil sur les alentours. Peut-être cela m’aurait-il évité de faire un semblant de crise cardiaque en sentant un contact sur une de mes mains. Cette dernière était fermée en un poing, tout comme l’autre, à cause du stress. Sentir une peau chaude et sans aucun doute humaine contre la mienne n’arrangea pas grand-chose malgré la douceur du gestes. Sursautant en étouffant un cri, je tournai vivement la tête en direction de la personne que je parvenais peu à distinguer à cause de ses sombres vêtements. Seuls ses yeux qui se plantèrent dans les miens et son sourire me parvinrent alors qu’il me proposa de le suivre.

*Ma vie n’aurait pas été très différente qu’avant si j’avais des yeux comme les siens. Pourtant… ils sont beaux…* ne pus-je m’empêcher de penser pendant une seconde avant d’être ramené à la réalité.


Entraîné par l’inconnu sortit de nul part qui tentait de m’aider, sans que j’en comprenne la raison, je fus obligé de marcher assez rapidement pour éviter de tomber. Un semblant de course qui m’essouffla bien rapidement même si nous n’allions finalement pas bien vite.

En chemin, la personne qui me montrait la direction à suivre en étant mon guide, même si je ne savais pas du tout vers où, me fit part que j’avais l’air de quelqu’un qui ne voulait pas rentrer dans sa chambre. Je ne pouvais pas lui donner tort. Mais répondre était impossible. Non seulement il n’aurait même pas réussit à entendre le son de ma voix tant elle aurait été étouffée, mais en plus je ne voyais pas quoi lui répondre. Bien qu’il venait de me sauver la mise, je ne savais pas si c’était un patient, un médecin ou autre membre du personnel. J’avais peur de la réponse. J’attendis donc qu’on s’arrête quelque part pour reprendre mon souffle. Puis, malgré le point qui était apparu de façon douloureuse sous mes côtés à droite, je lui demandai en chuchotant en craignant la réponse :

Pourquoi m’avoir aidé ? Pourquoi… alors que je ne devrais même pas être là ?


A peine mes questions posées, je pinçai mes lèvres en me mordant les joues, les yeux fixant un point dans le couloir. Je venais après tout d’avouer ma faute, ce qui n’était clairement pas la bonne chose à faire quand on était en tort. Allais-je me faire punir ? A moins qu’on me ramène au point de départ avec… des sédatifs ? Ou que les mauvais traitements ne commencent ? Je ne savais pas et avais peur de ne pas savoir. Au point que j’avais envie de pleurer...
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_Je me trompe ?

L’inconnu semblait aussi perdu que s’il avait été attrapé par un surveillant. Autant, certain surveillant pouvait être adorable et compréhensible, autant certain était des teignes !
Ils devaient surveiller des enfants et adolescents enfermés sur une île avec une règle stricte, sans aucun divertissement, aucun lieu à eux, où se réfugier. Même leur chambre était impersonnelle et ils plaçaient des caméras pour les visites. Ils n’avaient rien et se créaient alors des repères. Pour certains c’était une fenêtre, un bout de couloirs, pour d’autre c’était un espace dans la cours, pour l’écossais c’était la paix de la nuit. Mais parfois cette paix était bien solitaire et il aimait les partager, comme avec Willow. Mais ce dernier, bien que rebelle, aimait dormir plus que de faire des bêtises, et puis, il avait passé l’age …

Nevrabriel entraina l’inconnu à un coin tranquille. Se remémorant la ronde des gardes pour déterminer combien de temps il avait avant de devoir bouger de nouveau.
L’inconnu reprit doucement son souffle. Il semblait si maigre. L’écossais n’était pas bien gros, il était à la limite de la corpulence normale, dérivant sur la maigreur, mais son médecin veillait bien à ce que son patient adoré soit en pleine forme, physiquement comme au niveau de sa santé. Et fuir les surveillants de nuit était un peu une routine pour le jeune rouquin.

_Pourquoi m’avoir aidé ? Pourquoi… alors que je ne devrais même pas être là ?

L’écossais se tourna vers son camarade qui semblait avoir du mal à se remettre de leur fuite. Son sourire ne le quittait pas, enjoué et bienveillant. Le blond se pinçait les lèvres, comme s’il se retenait de pleurer.
Il n’allait tout de même pas pleurer à cause du stresse ?
Le caractère grand-frère protecteur de Nevrabriel refit rapidement surface et ce dernier s’avança vers son cadet qu’il devait dépasser d’environ dix centimètres. Il posa une main chaleureuse sur l’épaule de ce dernier, affichant un sourire plus large, si large que ses yeux vairons se plissèrent. Même si on ne connaissait pas bien le jeune homme, ce sourire respirait la sincérité et la gentillesse. Ce qu’il était, sincère et bienveillant. La chaleur d’un soleil et le calme d’une bougie.

_Pourquoi pas ? Tu avais l'air d'avoir besoin d'aide, je n'allais pas te laisser en détresse.

Le jeune homme retira aussitôt sa main après avoir terminé sa phrase, il savait que ce n’était pas tout le monde qui appréciait le contact humain, cependant, une paume sur une épaule était un symbole international d’encouragement ou de réconfort.
Maintenant son sourire, le jeune homme exprima de nouveau, toujours à voix basse pour ne pas attirer l’attention de gardes :  

_Je me rend dehors moi aussi, ça te dirais qu'on fasse le chemin ensemble ?


Même si le blond n’avait rien confirmé de ses désirs, l’écossais avait clairement deviné qu’il voulait se rendre à l’extérieur. Pour quelle raison ? Il ne le savait pas. Mais il était certain que le cadet ne pourrait pas quitter l’île à la nage, donc il n’avait rien à craindre. Peut-être se perdre en forêt ? Non, tout de même pas. Le roux se promit de lui demander une fois dehors, pour être certain que son camarade ne fasse pas de bêtises.
Les yeux bicolores de ce dernier firent le tour de la silhouette de l’inconnue, puis, le jeune homme retira sa veste et le tendit à son camarade, toujours aussi souriant.

_Mais avant tout, prend ça, tu vas attraper la mort sinon. C’est quoi ton nom ?



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Souriant de toute ses dents, chose que j’avais que très peu observé chez les personnes que j’avais rencontrées, mon interlocuteur approcha une main de moi. Sur le coup, je ne compris absolument rien à ses intentions et me tendis totalement, cessant même de respirer. Mais au lieu de me faire du mal comme je le croyais venant de tout le monde, il posa simplement sa main sur mon épaule. Un geste qu’on m’avait beaucoup fait dernièrement sans me l’expliquer. Pourtant, cette fois, il ne me semblait pas être oppressant. Au contraire, sa main me paraissait légère tandis que sa voix chuchotée me faisait part qu’il l’avait fait parce que j’avais l’air d’avoir besoin d’aide. Ses paroles me ramenèrent beaucoup à l’académie, auprès de mes amies, mais je n’en dis rien. C’était la seule chose qui m’appartenait encore et je n’étais pas prêt à le partager avec qui que ce soit.

Lorsqu’il me lâcha, je me mis à regretter qu’il ne l’ait pas laissée. Mais pour quelle raison ? Je ne comprenais pas… Moi qui, pourtant, détestais quand on me touchait ou s’approchait de moi, sauf quand il s’agissait de mes amies et mon chien, j’avais presque envie qu’il laisse sa main sur mon épaule. Certe, elle m’avait parut extrêmement rassurante, mais était-ce une bonne raison ? J’avais comme un doute qui persistait encore malgré mes efforts pour me concentrer. Même lorsque le garçon me demanda si je pouvais l’accompagner dehors. Ma réaction ne se fit pas attendre cette fois : mon but étant d’aller à l’extérieur, je secouai positivement la tête avec entrain.

Ayant certainement compris ce que je voulais dire sans que j’ai besoin de prononcer un seul mot, il ôta sa veste qui avait l’air si chaude et me la tendis. Pour toute explication, il me fit part qu’il ne voulait pas que j’attrape la mort. Personnellement, une pneumonie l’hiver précédent m’avait clairement suffit… Je ne me fis donc pas prier et enfilai la veste en me retenant de lui demander si tout irait pour lui. Il n’en fut pas de même pour mon nom. Je craignais que cela s’ébruite, même si le charmant sourire qu’il me servait pouvait me laisser croire que ce ne serait jamais le cas.

Je le suivis donc en cachant mes mains dans les manches de la veste sans prononcer un seul mot. Pas même mon nom. Pas encore. En vérité, j’attendis d’être dans le hall, me retenant de chercher à nouveau cette main chaleureuse qui m’avait guidé un peu plus tôt. Cela aurait été plus simple sans toute cette peur, sans ces doutes qui me pesaient toujours sans cesse. Le courage… J’avais l’impression de ne pas en avoir. Alors, juste avant de sortir, je m’arrêtai juste avant de passer la porte. Encore et toujours silencieux, je baissai la tête comme pour regarder mes pieds. Puis, doucement, je la relevai partiellement avant de prendre enfin la parole :


Yuki… Je m’appelle Yuki…


Ma voix n’était qu’un simple murmure, un peu comme si, de cette façon, je cherchais à faire mes adieux. En même temps, je n’avais pas l’intention de rester. Je devais rentrer, retrouver les Nakamura au Japon, ne plus jamais remettre les pieds aussi. Je souhaitais aussi revoir Hope. Et mes amies. Mais ici je ne pouvais rien faire de tout cela. Il fallait que je m’en aille !
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_Mais avant tout, prend ça, tu vas attraper la mort sinon. C’est quoi ton nom ?

L’adolescent agrippa la veste pour l’enfiler en silence. Au moins, il n’avait pas chipoté, c’était une bonne chose, il ne fallait pas oublier qu’ils ne pouvaient pas rester éternellement dans ce coin de couloir s’ils ne voulaient pas retourner dans leur chambre, tout deux. Lorsque l’inconnu entrepris de mettre la veste, l’écossais regarda son matricule. W188.
W188.
188, ça voulait dire qu’il était là depuis peu de temps, n’est-ce pas ? Généralement, les personnes à trois chiffres étaient là depuis maximum un an. Le temps était assez relatif pour chaque patient, certains trouvait que 2 semaines était une éternité, alors que d’autres étaient ici depuis plus de quatre ans.
Nevrabriel nota simplement que son camarade était un W, et les W avaient rarement des pathologies agressives pour elle ou pour les autres. Le roux n’aurait pas aimé que ce dernier se mette à rouler par terre en hurlant, ou se jette sur lui par hallucination. L’Institut n’acceptait pas les personnes trop dangereuses, mais certains avaient une maladie plus destructrice que d’autres.

Comprenant que l’inconnu ne dirait pas plus de mot, le jeune homme fit un geste de la tête pour lui dire qu’il faut y aller. Alors, il le conduisit, à une allure tranquille, vers la porte qui menait à l’extérieur, sans encombre. A ce moment là, il entendit la voix de l’adolescent porter jusqu’à ses oreilles.

_Yuki… Je m’appelle Yuki…

Le blond avait dis cela avec une voix tellement inaudible que ça ressemblait à un murmure. Heureusement la nuit était si calme qu’on pouvait entendre le bruit de la mer  et don l’écossais n’eut aucun mal à comprendre les dires du fugitif à ses cotés.
Il se tourna vers lui et lui offrit un sourire chaleureux, comme s’il l’accueillait quelque part.

_Yuki, c’est ça ? Moi c’est Nevrabriel.

Le jeune homme avait dit cela avec son accent écossais. Conscient que son cadet n’avait certainement rien compris à ses dires, il continua :

_Mais appelle moi Nev. Ça sera plus simple.

Comme un tic, le jeune homme passa une main sur son front, frôlant le ourlet de son bonnet pour vérifier qu’aucun cheveux ne dépassait de son couvre chef. Il ajusta rapidement ce dernier pour bien couvrir ses oreilles en vu de la fraicheur du mois. Il avait légèrement froid sans sa veste, mais à force de bouger, ça ne semblerait être qu’un léger désagrément.
Le jeune homme passa le pas de la porte, près à faire son aventure du soir, entre les étoiles.

_C’est sympa ça, « Yuki », ça sonne très doux, ça vient de quel pays ? Et au fait …

L’écossais se tourna vers son nouveau camarade, à la fois curieux et légèrement inquiet pour lui. Il avait l’air vraiment craintif tout à l’heure. C’était le fait de se faire prendre par un garde qui l’effrayait ? Ou était-ce autre chose ?

_Si ce n’est pas indiscret, pourquoi tu voulais aller dehors ? … Tu vas retrouver quelqu’un ?



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Contre toutes mes attentes, le jeune homme ne s’irrita pas en me voyant m’arrêter. Rien de ce qui aurait pu s’apparenter à de la colère ne déformait les traits de son visage. Seul son sourire illuminait encore et toujours son visage alors qu’il se retournait vers moi. Je ne comprenais pas vraiment pourquoi ? Voulait-il me mettre en confiance pour ensuite me faire du mal ? Non… Tout de même pas. … N’est-ce pas ? Je ne pouvais pas en être sûr. Pourtant, lorsqu’il prononça mon prénom, il me sembla que sa voix était douce et créait un cocon protecteur.


*C’est débile comme idée…* pensais-je tristement alors que j’écoutais à moitié sa présentation.


Heureusement, il me permit d’utiliser un diminutif de son prénom : Nev. Au fond, c’était sans doute bien plus facile à retenir que ce que j’avais cru entendre sans comprendre, même si la racine était la même. La fugace idée qu’il puisse s’agir d’un marque d’affection me fit sourire doucement. Malheureusement, ce ne fut pas assez pour le lui montrer, et encore moins croire que cela puisse être possible. Personne ne voulait de moi… Pourquoi en serait-il autrement ?

Sans me laisser le temps de trouver des suppositions sur mes questions et doutes, mon aîné me rappela sur terre en me complimentant. Ou, plus exactement, en disant du bien de mon prénom. Le même qui m’avait été donné parce qu’on me détestait. Je n’étais pas vraiment enthousiaste, donc, à l’idée que cela plaise autant. Pourtant, d’un autre côté, cela me faisait plus plaisir que le fait d’être appelé autrement par des inconnus. Pourtant, ce… bienfait, ne m’aida en rien à lui répondre. Puis, de toute façon, il en posa une toute autre qui me tendit bien plus encore.

Prenant en tremblant le pan des manches du gilet qui m’avait été prêté, je détournai le regard en me demandant que faire. Si je lui faisais part de mes projets, il était impensable qu’il ne m’arrête pas dans mes projets. D’un autre côté, je pensais étrange qu’il n’insiste pas pour en savoir plus sur mes intentions. Avoir les bonnes grâces des adultes était toujours une bonne chose, non ? Dans ce cas-là, n’était-il pas normal de chercher à connaître la vérité ? Puis, quand on y regardait de plus près, j’étais une “proie” facile. Cela avait toujours été le cas, quand on y réfléchissait bien. Sinon, pourquoi aurais-je vécu l’enfer à l’école ? Pourquoi m’aurait-on insulté et humilié impunément ?

A cause de la peur, je refusai de lui répondre et me remis en marche. Je me promis tout de même de lui laisser sa veste avant d’embarquer et m’en aller. Une bonne résolution que je gardai bien en tête alors que je passai les portes. Je le fis quitte à me débattre comme un beau diable et user de la ruse pour y parvenir. Puis, une fois à l’air libre, je me mis à courir. Courir sur le chemin invisible menant au port. Courir sur le chemin de la liberté. Courir… vers un endroit où il n’y avait aucun bateau.

Alors que j’avais trébuché, roulé dans la neige et couru jusqu’à ne plus pouvoir respirer, cette réalité me fut très difficile à avaler. Vraiment très dur. Inconcevable ! Je ne voulais et ne pouvais pas y croire. Le fait que je ne puisse pas rentrer chez moi m’était tout simplement insupportable. A tel point que je tombai à genoux dans la neige en regardant le ponton vide d’une toute petite barque dans laquelle j’aurais pu commencer mon voyage. Effondré. Il n’y avait pas d’autre mot pour décrire comment je me sentais. Les larmes ne sortaient pas, tout comme les cris coincés dans ma gorge. Mais si elles sortaient elles auraient sans doute gelé, me donnant encore plus froid que ce que je ressentais à travers mon pantalon dans la neige.
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_Si ce n’est pas indiscret, pourquoi tu voulais aller dehors ? … Tu vas retrouver quelqu’un ?

Yuki le regardait avec des yeux voilé de lucidité, comme plongé dans une médiation singulière, un songe profond. Il passa les portes.
Soudainement, le cadet se mit à courir sans demander son reste.
...
...
Ok ...
Le roux avait dis quelque chose de mal ?
Nevrabriel regarda Yuki courir à toute jambes comme s'il avait la mort au trousse , il se rendait inévitablement au port en vu de sa direction.

L'écossais se mit à marcher à sa suite. Rien ne servait de courir, il allait le rattraper. Et malgré l'inquiétude grandissante au fond du roux, se faire poursuivre par quelqu'un avait quelque chose de terrifiant, et il ne voulait pas terrifiée Yuki plus qu'il ne l'était déjà. Il rattrapa le fugitif assez facilement. Les traces de pas étaient plutôt utiles et de toute manière, à par s'enfuir à la nage, Yuki ne pouvait aller nulle part. Le garçon était assis sur un ponton et regardait l'horizon.
Beaucoup avant lui s'était assis sur ce port, attendant qu'on vienne les chercher. Est ce que Yuki était malheureux ici ? Il avait le mal du pays ? Beaucoup de sentiments pouvaient passer dans ces yeux si craintifs.

Mais le jeune homme ne pouvait pas le deviner si son camarade ne lui disait pas. Nevrabriel se rapprocha doucement du garçon, les pas de sa marche lente, désolé et inquiet raisonnèrent dans le drap blanc qui s'était posé sur l'ile. La neige était loin d'être immaculé, tout le monde avait fait des vas et vients sur la totalité de l'île, mais elle avait beau être compacte par la présence des hommes, elle demeurait mystérieuse et faisait ressortir les sons les plus silencieux. Nevrabriel s'arrêta à hauteur de son cadet, admirant le même horizon que lui. D'habitude bavard, il laissa planer le silence. Le blond venait de subir une déception, il n'allait pas non plus l'accabler de mot. Cependant, il fallait tout de même parler. Nevrabriel offrit un regard furtif au patient avant de regarder la mer de nouveaux.

_Si on t'as mis ici c'est pour ton bien. Ta famille viendra te chercher en temps voulu.

Nevrabriel posa sa main bienveillante sur le crâne de son cadet et lui caressa les cheveux. Il ne connaissait le blond que depuis peu de temps, mais il était grand frère dans le fond, un grand frère protecteur et bienveillant, il y avait des gestes qu'il ne pouvait pas refouler.

_Si tu m'avais dis ce que tu voulais, je t'aurais expliqué que ce n'est pas possible.

Bon c'était peut être un peu cru, mais c'était la vérité. Nevrabriel ne mentait pas, le mensonge se lisait sur son visage bien trop expressif comme le nez de pinnocio. Il ne voulait faire de mal à personne mais il lui arrivait de manquer se tacte.

La main de pianiste du roux demeura affectueuse sur la tête du blond. Sa tête se redressa vers les cieux. Ce monde si beau et mystérieux qui le tirait presque chaque nuit de sa chambre pour admirer ce qui faisait sa beauté, la lune et les étoiles. Ces dames dansantes tel des ballerines éblouissantes sur un voile sombre.

_Tu aimes les étoiles ? Ça te dirais de les regarder avec moi ?


Dernière édition par Nevrabriel le Sam 14 Juil - 16:01, édité 1 fois


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Le silence accueillait mon envie de rentrer chez moi brisée. Un silence de mort qui me poignardait chaque seconde un peu plus. Sans parler du froid qui me paralysant les jambes en même temps que la réalité aussi cruellement que lorsqu’on m’avait arraché au Nakamura. Sans me laisser le temps de leur dire au revoir. Sans me donner de vraies explications avant de me mettre entre les mains d’inconnus.

Puis, au bout d’un moment, des pas tranquilles s’approchèrent de moi. Cela aurait pu être un médecin ou un surveillant m’ayant prit en flagrant délit ou prévenu par le garçon de plus tôt. Je ne bougeai pas pour autant. A quoi bon de toute façon ? J'étais bloqué là, incapable de bouger alors que je ne pouvais même pas quitter ce caillou sans intérêt. Je ne tournai même pas la tête quand on s’arrêta à mes côtés. Je ne voulais pas voir qui c’était. Je n’en étais peut-être même pas capable tant je ressentais le désespoir monter. Ce fut donc la voix que je reconnus pour l’avoir entendue peu de temps auparavant. Il me disait alors que que je n’étais pas là pour rien et que je pourrais voir ma famille une fois guéri. Mais de quoi ? Je n’étais pas malade. Puis, de toute façon, en quoi cette optique pourrait me rendre heureux ? Ce n’était pas ma famille qui allait venir me chercher mais des inconnus. Ceux chez qui on m’avait amené en me les présentant comme étant mes parents. Mais je ne les connaissais même pas. Comment pouvais-je les considérer autrement que comme de parfaits inconnus ?

Silencieux dans le froid de l’hiver, je baissai la tête et la secoua doucement. L’avait-il remarqué ? Je n'en savais rien et, au pire, qu’est-ce que j’en avais à faire ? Nous n’avions aucun compte à nous rendre. Quoique… Je lui devais de ne pas mourir de froid puisqu’il m'avait prêté sa veste.


*Et si je la lui rendais ?* pensais-je tristement. *Lui aussi d'où avoir froid…*


Puis fallait bien l’avouer, ce n'était pas comme si je voulais continuer mon chemin… Mais je fus arrêté dans mes pensé sans avoir pu les mettre à exécution. Posant une main sur ma tête désormais immobile, Nev me fit part qu'il m’aurait dit que ce n’était pas possible de quitter l’île si je lui avais dit mes attention. Mais comment le faire si je n’avais pas confiance ? Après tout, il aurait pu vouloir prévenir un surveillant en me faisant croire qu’il voulait m’aider… Pourtant, il s’était clairement habillé pour sortir dès le départ. Je ne réfléchissais vraiment pas quand je mourrais de peur. Mais je ne lui en fis pas part. Sans doute m’en aurait-il voulu et sa main sur ma tête se serait vue être violente. Je ne voulais pas être tapé et, pour ça, le silence était le meilleur moyen d’y échapper.

Étais-je à ce point dans le vrai ? Les Nakamura m’avaient-ils inculqué cela malgré les dires d’autrui ? Je commençais à croire que oui, rendant mon désespoir plus grand encore. En tous les cas, il ne s’en formalisa pas et me demanda si je voulais regarder les étoiles avec lui. Ne comprenant pas vraiment ses raisons, je tournai avant tout mon regard sur ce garçon aux yeux vairon, interrogatif. Puis, sans vraiment attendre une réponse, je levai la tête vers le ciel. Ce dernier était dégagé, sans un pet de nuage. On voyait donc de lointains points lumineux entourant une lune qui nous éclairait.

Malgré que je sois à genoux, je perdis l’équilibre. Je me retrouvai donc sur le dos, allongé dans la neige. Je ne bougeais pas, regardant les étoiles avant de me tourner vers le jeune homme et lui demandai comme avec insouciance :


Tu ne viens pas avec moi ?

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Dernière édition par Yuki Lanvers le Dim 15 Juil - 0:32, édité 1 fois



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_Tu aimes les étoiles ? Ça te dirait de les regarder avec moi ?

Nevrabriel avait le visage tourné vers le monde céleste et ne savait pas ce que pouvait ressentir son cadet à ce moment là. Il sentit les cheveux de ce dernier quitter sa main et le bruit de son poids fit frémir la neige. L’écossais se tourna vers lui pour regarder si tout allait bien, s’il n’avait pas fait de malaise, s’il ne s’était pas fait mal, ni autre. Mais Yuki semblait … serein.
Du moins, beaucoup plus serein que lorsqu’il s’était enfuit. Peut-être était-ce la fraicheur de l’hiver lui offrait un certain repos. Le froid avait cette drôle de chose de rendre tout beaucoup plus calme.

Sa voix timide, à peine audible se fit tout de même entendre :

_Tu ne viens pas avec moi ?

Etrangement, ces mots étaient perturbants. Yuki avait changé du tout au tout, au départ craintif, fuyant le roux, maintenant il l’invitait à ses cotés. L’écossais ne connaissait que son cadet que depuis quelques minutes, il lui laissait le bénéfice du doute, mais il avait l’impression que le blond souffrait beaucoup dans son fond intérieur pour être perdu à ce point entre ces sentiments contradictoires ; méfiance et confiance.

Ne voulant pas s’allonger pour ne pas attraper froid vêtu de son simple uniforme, l’écossais ne fit que s’asseoir en tailleur près de l’adolescent, il releva la tête au dessus de lui pour que la mer disparaisse de son champs de vision et ne voit que l’étendu céleste.
Avec la veste qu'il lui avait prêté, Yuki devait être protégé pour sa part, mai il faudrait tout de même bouger un moment pour ne pas se refroidir complètement.

Et dire que chaque étoile était un corps céleste qui rayonnent de sa propre lumière … Elles vies et meurent comme toute chose. Elles ont leur propre cheminement dans l’espace, leur propre histoire, chacune d’elle. Beaucoup de légendes et croyances sont associées aux étoiles tel que le fait que ce soit des anges qui veillent sur leur protégé, que se soit l’âme des défunt qui regarde le monde depuis le paradis. Et beaucoup d’autre encore. Les étoiles étaient si fascinantes que le roux pourraient les observer et chercher à les comprendre jusqu’au lever du jour. Cette passion nourrissait son envie de devenir astrophysicien lorsqu’il sortirait de l’Institut.
Passer sa vie à les observer, les comprendre … C’était sa vocation, oui.

_ Yuki, quel age as-tu ?



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Avant de regarder à nouveau le ciel noir parsemé de nombreuses étoiles brillant d’une douce lumière, je pus découvrir la mine surprise de Nev. Sur le coup, je ne compris pas du tout les raisons à cela. Il ne me vint même pas à l’esprit que cela pouvait venir de moi malgré qu’il soit en train de me regarder. Finalement, ce n’est que lorsqu’il s’assit à mes côtés que l’idée m’effleura. Mais je ne voulus le croire. De toute façon, je ne pouvais rien changer maintenant que je l’avais fait. Mais qu’avais-je fait exactement ? Peu importe désormais… Même si cela continuait de me tracasser, je ne voulais plus tenter d’y réfléchir de peu de me blesser plus que je ne l’étais déjà. Je ne pouvais pas m’en aller. N’ayant pas d’ailes, je ne pouvais même pas rejoindre les étoiles qui paraissaient pourtant si proches. Alors, que m’était-il possible de faire ?

Toujours allongé dans la neige, je ne sentais pas vraiment le froid. Certes, la neige faisait un effet glacé à travers mes cheveux, mais ce n’était pas grave. Je me sentais comme mieux, hors du temps. J’arrivais presque à oublier que j’étais enfermé dans un endroit déplaisant. Et encore, le mot était terriblement faible… Mais il ne fallait pas que je cherche ce qui irait mieux. J’aurais tout le temps pour cela bien plus tard. Surtout si je ne pouvais réellement pas m’en aller. Il fallait que je garde espoir. Il devait se tromper. Oui, c’est ça. Pour ce soir, mes recherches s’arrêtaient là, mais ce n’était que partie remise. J’allais m’en aller de là, retrouver ma famille, celle que j’avais toujours connu. Je retournerais aussi auprès de mes amies et mon chien, leur demander pardon pour ne pas leur avoir dit au revoir. Certes, tout cela me faisait également peur. Très peur. Mais c’était toujours mieux que me voir retourner auprès de ces étrangers !

Sans que je m’y attende, le garçon toujours assis à côté de moi me demanda mon âge. Ayant quelques difficultés à me sortir de mes pensées, je mis un peu de temps avant de répondre en restant sur la réserve :


J’ai… 15 ans. … Je crois…


C’était quand la dernière fois qu’on avait fêté mon anniversaire ? Je n’en savais rien. Je ne m’en rappelais pas. A vrai dire, il me semblait même avoir oublié quand c’était. Peut-être étais-je moins âgé. Treize ou quatorze ans… Ou un peu plus ? Je n’en savais vraiment rien. Tout ce qui était en ma possession c’était le fait que je sois encore jeune. Certainement même plus jeune que lui. Mais je n’osais pas vraiment lui demander. Avec Numa et Sheila j’avais découvert qu’une conversation avec un inconnu commençait souvent en posant toutes sortes de questions portant sur notre interlocuteur, mais je ne me sentais pas à l’aise avec cette pratique. J’avais l’impression de fouiller les autres, ce qu’on m’interdisait de faire autrefois, avant que je n’arrête de parler au moins à la maison. Alors, je préférai garder le silence sur ce genre de sujets. J’écoutai tout de même ce qu’il me répondit, me déclarait et me demandait avant de lui poser une question à mon tour :


Dis… Tu crois qu’on peut confier un message aux étoiles ?


Tout en demandant cela, je levai une main ouverte vers ces astres lointain que je regardais avec tristesse. Si seulement je pouvais les rejoindre… Certainement que ma vie me paraîtrait moins lourde, moins misérable. Ou, au contraire, je ne saurais plus rien ? En fait, tout ce que je voulais c’était voir les choses changer en quelque chose qui me conviendrait. Je ne savais pas ce que c’était, mais il fallait que je sois en paix avec tout ce qui m’arriverait pour que je puisse enfin avancer au moins un peu…
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_ Yuki, quel age as-tu ?

L’adolescent était silencieux. Avait-il peur de l’écossais ? Peut-être ?
Nevrabriel ne savait pas vraiment quel effet il faisait aux autres. On lui avait souvent dit qu’il avait une allure avenante mais que son regard pouvait être déstabilisant ou fascinant. Dans tout les cas, le jeune homme avait compris qu’il avait à faire face à un petit animal à apprivoiser.
Alors, il allait l’apprivoiser, avec patience et affection.

_J’ai… 15 ans … Je crois…

Comment pouvait-on croire sans être sûr ? Yuki devait être réellement perdu et déstabilisé pour n’être même pas certain de son age.

Et 15 ans tout de même … Il était à peine adolescent. Nevrabriel également était arrivé à l’Institut l’année de ses 15 ans. Il devait être plus petit de son cadet en ce temps là, moins maigrichon tout de même mais avec une tête encore enfantine. Il était également aussi perdu que le blond, son année de suivit psychologique ne l’avait pas réellement aidé, malgré tout, le fait que s’enfuir ne lui avait jamais traversé l’esprit au contraire de son cadet. Mais c’était une forme de courage d’essayer de retrouver ce que l’on désirait.

_Dis… Tu crois qu’on peut confier un message aux étoiles ?

Nevrabriel tourna doucement la tête vers l’adolescent allongé sur le lit blanc et froid. Puis, doucement, un sourire remplis de douceur se dessina sur son visage. Aucun de ses cheveux roux ne dépassait de son bonnet et son visage était donc bien dégagé, chaque trait de son facies était visible et l’on pouvait facilement y voir une grande bienveillance et beaucoup de douceur.
Même s’il venait à peine de rencontrer son cadet, l’écossais n’avait aucune haine dans le coeur, pour personne, et se ferait une joie de décrocher un sourire sur les lèvres de Yuki.

_Evidemment … Elles sont de très bonnes messagères. Elles gardent le message précieusement, secrètement, et le livre directement dans le cœur des destinataires.

L’écossais se tourna de nouveau vers le monde céleste. L’absence de lumière et la pureté du lieu rendait le ciel clair et dégagé, laissant une magnifique vision sur le ciel nocturne. C’était l’un des seuls moments où le roux avaient l’impression d’être chez lui, puisse que ce ciel était le même qui surplombait sa terre natale.
Nevrabriel pointa son doigt vers le ciel lumineux.

_Chacun à sa bonne étoile, une étoile qui veille sur nous. C’est pour cela qu’il y en a autant. Tu peux parler à la tienne librement.

le jeune homme baissa la main et continua de parler, regardant toujours ces étoiles qui brillaient dans le ciel.

_Même si parfois il t'arrive des malheurs, des choses tristes, elle mettra de la joie sur ta route, d'une manière ou d'une autre. Parfois, ces choses se manifestent par de belles rencontres. Et tu peux te confier à elle, elle gardera tout tes secrets ... Yuki ... Tu aimerais transmettre un message à ta famille ?



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Les étoiles… Il ne m’était encore jamais venu à l’esprit de leur donner un message à donner. A vrai dire, même les regarder était quelque chose de nouveau pour moi. Lever la tête ne m’était pas facile, contrairement à rester allongé, les yeux ouverts. Depuis le temps qu’on m’avait apprit à baisser les yeux, avoir une position n’allant pas à l’encontre de cette habitude était comme… naturel. Pourtant, il s’agissait d’un accident. Mon corps qui n’était pas habitué à garder son équilibre alors que je levais les yeux au ciel ? Sans doute. Pourquoi pas ?

Gardant ces paillette dans l’immensité du ciel en vue, j’écoutai la réponse de mon aîné le coeur battant. J’avais peur qu’il me rappelle à la réalité, me déclarant que ce n’était pas possible. Pas sûr que cela m’aurait aidé et il devait s’en rendre compte puisqu’il n’en fit rien. Au contraire, il me répondit qu’elles étaient même les meilleures messagères, gardant précieusement mon message pour le porter dans le coeur des destinataires. Puis, levant un doigt qui entra dans mon champs de vision, pointant la voûte céleste, il me fit part que s’il y avait autant d’étoiles dans le ciel c’était tout simplement parce que chacun avait la sienne. Une étoile qui veillait que l’un de nous et que je pouvais parler à la mienne librement.

Intéressé par ses paroles, je me relevai doucement. J’aimais beaucoup cette façon de penser. Mais comment trouver son étoile parmi toutes celles présentes dans le ciel ? Parce qu’il fallait bien que je la regarde pour m’adresser à elle, non ? C’était en tous les cas ainsi que j’avais appris à parler honnêtement et sans détour mais, surtout, sans crainte. Néanmoins, je gardai cette réflexion pour moi alors que j’écoutais toujours les pensées de Nev.

Ce dernier tentait de m’assurer que malgré les douleurs et la tristesse, mon étoile veillait toujours à ce que je parvienne à vivre de la joie. Ses exemples me firent penser aux filles et mon chien, les rares sources de bonheur que j’avais eu avant de leur être arraché sans ménagement. Un des secrets qu’elle gardait selon ce que j’écoutais. C’était douloureux… Je ne lui avais jamais parlé à mon étoile. Je ne m’étais jamais intéressé à elle. Alors, pourquoi continuait-elle à se soucier de moi ?



Yuki ... Tu aimerais transmettre un message à ta famille ?


Doucement je secouai la tête avant de me mettre debout sur mes jambes. J’avais froid à cause d’être resté longtemps allongé dans la neige. Mais ce n’était pas grave. Mon coeur battait tellement rapidement que j’allais sans doute me réchauffer assez vite. J’avais peur, mais il fallait que je le fasse.

Je m’avançai donc de quelques pas vers la mer et je pris une grande inspiration. Certainement allait-on m’entendre. Cela m’arrêta alors que je voulais délivrer mon message à n’importe quel prix. Pouvais-je ou non ? C’était important. Très important. Pourtant elle connaissait mes secret sans que je lui en parle ? Perdu, finalement je me départit de tout l’air emmagasiné et me tournai vers mon camarade pour lui demander, les points fermés, certain de dire des bêtises :


Dis, on fait comment pour parler à son étoile ? Puis… tu sais où est la tienne, toi ?


Je devais être bête. Oui. Ce devait être ça. Alors, ne m’attendant pas à une réponse claire, je me rassis à côté de mon interlocuteur, les genoux ramenés contre mon torse pour y poser mon menton. Il allait falloir que je lui rende sa veste avant de la salire. Ou même avant qu’il ne prenne froid… Je ne serais pas mieux, mais il n’était pas juste qu’il tombe malade à cause de moi.
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_... Tu aimerais transmettre un message à ta famille ?

L’écossais avait le visage tourné vers le ciel et ne vit pas son camarade hocher de la tête en signe de négation. Cependant, il le vit se lever et commencer à marcher sur la mer. Nevrabriel le laissa faire, mais posa ses mains sur le sol, au cas où il devrait bondir pour l’empêcher de faire une bêtise qu’ils allaient tout deux regretter.
Mais Yuki ne fit que quelques pas, s’arrêtant loin du point d’eau, au bonheur de l’écossais. Il était d’accord pour faire sortir ceux qui le désiraient, mais absolument contre les bêtises qui mettaient en danger.
Finalement, le blond se tourna vers Nevrabriel, son air perdu toujours marqué sur son visage juvénile. L’ainé en avait vu des personnes aux allures perdues, beaucoup même, il en avait fait partie, mais Yuki semblait battre tout les records.

_Dis, on fait comment pour parler à son étoile ? Puis… tu sais où est la tienne, toi ?

Nevrabriel pencha la tête sur le coté, analysant les paroles de son cadet. Yuki semblait avoir un souhait à transmettre, à tout prix, même si cela devait passer par des étoiles injoignables.
L’écossais avait fait entrer le blond vers un conte, une image, et Yuki semblait s’y être imprégné, voir, immergé. Le jeune homme aimait donner de l’espoir à ceux qui n’en avait pas, c’était un bon moteur pour avancer, mais était toujours craintif que ces espoirs se brisent par quelconque aspect de la réalité.
A dire vrai, Nevrabriel croyait en sa bonne étoile, comme il croyait en Dieu. Il ne savait pas si le tout puissant existait, mais il avait la foi et espérait qu’un Père bon et généreux dans les cieux veillait sur sa famille et les gens qu’il aimait.

Nevrabriel regarda avec tendresse l’adolescent aux allures de chien battu maintenant assis à ses coté, les genoux sur le torse. Avec la douceur d’un grand frère, l’écossais posa sa main sur l’épaule opposé du jeune homme et le tira doucement vers lui. Lorsque l’épaule de Yuki arriva sur son torse, il porta sa main à la tête de son cadet pour la faire basculer également vers lui, lui offrant un contact physique.
Ce n’était pas l’attitude qu’il devrait avoir avec un garçon qu’il venait à peine de rencontrer, mais le blonde semblait être un enfant perdu, et l’instinct du grand-frère protecteur de Nevrabriel ne pouvait pas se taire fasse à un enfant triste et solitaire.
Avec une profonde bienveillante, il lui frotta l’épaule, à la fois pour lui donner un geste affectif, à la fois pour le réchauffer.

_Évidemment que je sais où est mon étoile. Mais je pourrais te la montrer, tu n’arriveras pas à la voir. Comme si tu me montrais la tienne, je n’arriverais pas à la voir.
Je vais te dire comment la voir, ça sera infime, tu ne la verras pas longtemps, regarde bien.


Nevrabriel termina son « étreinte », lâchant l’adolescent, le laissant reprendre sa place et il lui offrit un sourire sincère avant de pointer une nouvelle fois le ciel, expliquant :

_Fixe le ciel sans le regarder. Laisse ton regard se perdre. Il y aura une lumière qui sera plus forte que les autres. Cette lumière, c’est ton étoile. Mais lorsque tu essayeras de la regarder, tu la perdras de vue. Les personnes qui veillent sur toi ne sont pas forcément visible mais elles, elles te voient.

Le jeune homme quitta le visage de son cadet pour se tourner de nouveau vers ce monde qui l’obsédait. Il ne pouvait rien faire d’autre que d’apporter un peu d’espoir à Yuki. Sa vie était ici à présent, pour des semaines, des mois, des années peut-être. Il allait connaitre des hauts et des bas, connaitra la tristesse, la solitude, et il devra apprendre a garder espoir pour avancer.

_Pour ton message, tu peux seulement fermer les yeux et exprimer ce que tu veux dans ta tête, comme si tu faisais un souhait ou une prière.



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Les contacts physiques ne me mettaient généralement pas à l’aise. J’avais toujours l’impression qu’ils allaient finir par me faire du mal. Pourtant, j’avais accepté de câliner Numa quand j’avais été malade et j’avais laissé Sheila me prendre dans ses bras tant de fois… Étais-je totalement à côté de la plaque ? Je n’en savais trop rien… Moi-même je ne savais plus trop quoi penser de tout cela. Alors quand mon aîné me prit par l’épaule, je sursautai sans trop savoir comment réagir.

Cela était totalement différent de tout ce que j’avais connu jusque-là en terme de câlin. Et encore, pouvait-on vraiment appeler ce geste ainsi ? Je ne savais pas. Voulais-je le savoir ? Etait-ce utile ? Dans tous les cas, j’avais peur même si je me laissais faire. Cela me rendait tendu, prendre rigide. Après tout, je me gardais prêt à me décaler vivement si ce contact venait à me déplaire. Non, là il ne me déplaisait pas. J’avais juste un peu peur. Pour moi, ce n’était pas la même chose. Pas du tout.

Lorsqu’il me frotta l’épaule, je levai la tête vers son visage comme pour tenter de comprendre. Mais également pour l’écouter puisqu’il répondit alors à ma question, me faisant part que, effectivement, il savait où était son étoile. Mais, alors, pourquoi ne pourrais-je la voir ? Etait-ce parce qu’il y en avait trop dans le ciel ? Dans ce cas, comment pourrais-je trouver la mienne aussi facilement ? Il m’expliqua cela après m’avoir serré une dernière fois, ce que je compris comme étant un “je te lâche, mais je reste là”, sans que je parvienne à savoir dans quel sens le tourner.

Ne restant pas sur mes interrogations, bien trop intéressé par ce que Nev me disait sur les étoiles pour ça. Je suivis donc ses directives à la lettre, me mettant à fixer le ciel. Je ne sus cependant si je parvins à trouver mon étoile ou non, peu importe le nombre d’essais que je fis. Et même si je la trouvais, comment lui faire passer mon message ? Elle était si loin… Il me faudrait sans doute hurler pour qu’elle m’entende. Mais ce serait me mettre en danger. Sans parler de Nev… Lui aussi était un patient, donc lui aussi ne devait pas être là… n’est-ce pas ?

Répondant à la première de mes deux questions, le jeune homme donna également des réponses à toutes mes interrogations concernant mon message. Je n’avais jamais prié qui que ce soit. Je n’avais même aucune réelle croyance. Mais des souhaits… J’en avais. Le message que je voulais envoyer venait d’un souhait pur et dur, le seul dont j’étais certain de l’existence. Alors je me mis à répéter encore et encore mon message en serrant mes poings contre mon coeur. Il fallait qu’ils l’entendent. Il fallait qu’ils sachent que j’allais les rejoindre aussitôt que cela m’était possible, que je ne les avais pas abandonnés. Il fallait que Numa, Sheila et Hope sachent que je regrettais de ne pas avoir pu leur dire au revoir. Oui, il fallait que je leur dise tout cela !

Au bout d’un moment, je relevai la tête, je demandai doucement sans trop savoir si j’en avais le droit :


Toi aussi tu as voulu envoyer un message en arrivant ici ?


Non, je ne devais pas avoir le droit. Ce devait être privé. Tout autant que le contenu dudit message s’il en avait envoyé un. Pourquoi avais-je donc cédé à la curiosité ? C’est pourquoi je pinçai mes lèvres avant de demander pardon en posant mes lèvres dans mes manches, rendant mes paroles sans aucun doute incompréhensibles.
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_Pour ton message, tu peux seulement fermer les yeux et exprimer ce que tu veux dans ta tête, comme si tu faisais un souhait ou une prière.

Nevrabriel se tourna de nouveau vers son cadet. Yuki semblait encore plus perdu que tout à l’heure. Ce garçon avait quelque chose de très naïf malgré son age, comme s’il lui manquait quelque chose dans le cœur. Nevrabriel n’était pas psychologue non plus, il y avait des choses qu’il ne comprenait pas ou n’arrivait pas à percevoir, mais il était entouré de personnes affectées depuis tellement longtemps que certain signe devenait visible.

_ Toi aussi tu as voulu envoyer un message en arrivant ici ?

La question de Yuki ramena doucement l’écossais sur Terre. Son regard bicolore alla rencontrer le sol, un sourire au coin. Il n’allait pas raconter sa vie, qui n’était pas si passionnante, il fallait l’avouer. Que dire ? Lorsqu’on est isolé pendant des années, il y a beaucoup de chose que l’on aimerait hurler, mais peu de son sortait de al gorges. Ça ne servait à rien de crier sa peine. Sourire était mieux. Sourire entrainait d’autres sourires et on se sentait moins seul.

_J’en ai envoyé beaucoup.

Beaucoup était un euphémisme. A chaque fois qu’il regardait le ciel étoilé, il pensait aux personnes qui habitait son cœur et qu’il ne pouvait pas voir. Sa famille, ses amis en Ecosse, ceux qui sont partie de l’institut, ceux qui sont restés. Il pensait souvent à sa petite sœur dont la voix lui semblait lointaine et le rire perdu. Parfois Alistair et Anna traversait son esprit. D’autrefois ils pensaient à ses parents, se demandait si eux aussi pensaient à lui. Mais le fait de s’allonger pour admirer le ciel était quelque chose de bénéfique. Dans ces moments, le temps, l’espace, n’avaient pas d’importance, et il était persuader que les ondes qu’il envoyait aux siens leur parvenaient.

Le jeune homme se leva de son un mètre quatre vingt, s’étira un peu. Le froid commençait à attaquer son corps recouvert seulement par l’uniforme. Bien que le roux avait des manches longues, l’uniforme n’était pas assez chaud pour l’hiver. Il finit par se tourner vers Yuki et lui tendre la main, un sourire sincère sur son visage bienveillant :

_On marche un peu ?



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Malgré que j’eus outrepassé mes droits à cause d’une curiosité mal placée pour laquelle j’aurais pu être frappé, le jeune homme à côté de moi ne s’énerva pas. Il ne répondit pas tout de suite non plus. Cela laissa le silence de la nuit rendre le paysage comme dans la même situation d’attente dans laquelle je me trouvais. Les vagues avaient beau briser le silence environnant, il n’y avait absolument rien pouvant prouver que nous n’étions pas là sans l’avoir voulu. Et pourtant, ce sentiment d’être en prison ne cessait me peser malgré tout cela. Je voulais tellement m’en aller, loin, loin de toutes ces souffrances et ces peines, que je ne parvenais pas à me rendre compte de la majesté de cette nuit d’hiver.

Ce fut la réponse de mon interlocuteur qui brisa cette attente. Douceur. Simplicité. Il avait donné satisfaction à ma curiosité sans m’en vouloir. Il n’y avait absolument aucun reproche qui m’avait été fait. Pourquoi ? Ce n’était pas normal… Pourtant, même Sheila et Numa ne m’en auraient pas voulu pour cela. Je ne bougeai donc pas et ne répondis pas. A quoi bon, de toute façon ? Ce n’était pas comme si j’avais voulu rebondir dessus par la suite. Mais, au moins, je me sentais un peu moins seul dans mon désir de donner aux êtres qui m’étaient chères un message. Pour moi, il était plus important que ma propre vie, même si pour qu’il soit viable il aurait fallu que j’en prenne soin. Peut-être que je ne voyais pas les raisons qui pourraient me garder sur terre alors que rien n’était fait pour m’aider. Qu’en savais-je ? Ce n’était pas comme si j’y réfléchissais beaucoup non plus…

Silencieux, je ne cessais de penser à ma vie et aux étoiles. Si j’avais sus qu’on pouvait envoyer des messages par ce biais, l’aurais-je fait plus tôt ? Non, certainement que non, puisque je n’avais personne vers qui me tourner, personne que je voulais voir… Une vie de solitude et sans grand doute par rapport à ce que je vivais désormais. Mais je ne l’étais plus. Et même là, le jeune homme à mes côtés me le prouva en se levant et s’étirant. Ce qu’il était grand… Je le regardais, me faisant cette remarque sans penser à autre chose, sauf peut-être que je devais sans doute lui rendre sa veste. Ce qu’il ne me demanda pas. Malgré qu’il devait avoir froid, il me demanda simplement si je voulais marcher un peu en me tendant la main. Je réfléchis un peu en regardant cette aide pour me relever. Puis, après quelques instants, je mis ma propre main dans la sienne avec hésitation.

Debouts, nous commençâmes à marcher le long de la côte. J’en profitai pour regarder les alentours. Il n’y avait vraiment rien pour servir de bateau. Pas même un morceau de bois… Même si j’avais pu envoyer un message, ce n’était toujours pas suffisant pour moi. Il fallait maintenant que je tienne ma promesse et parte d’ici ! Mais comme pour ce soir cela semblait fortement compromis, je me mis à regarder mon compagnon de sortie. Il semblait n’avoir rien sur le dos. Peut-être avait-il froid ?

Soudainement, je m’arrêtai et j’enlevai la veste qu’il m’avait prêtée. Puis, sans un mot, je la lui tendis en espérant qu’il la reprendrait. Après tout, c’était la sienne. Je ne devais pas prendre ce qui ne m’appartenait pas. … Je devais être aussi bête que lui en fait. Parce que, en enlevant le manteau, moi aussi je commençais à avoir froid…
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_On marche un peu ?

Yuki fixa un moment sa main tendue. Mais Nevrabriel serait prêt à être patient si cela lui permettait de pouvoir apprivoisé son cadet. Il le fut. Cette patience eut un mérite. Yuki finit par lui agripper la main pour se relever et les deux jeunes hommes se mirent à longer le port en silence.

Même si Nevrabriel aimait parler, en abondance, il savait aussi apprécier le silence, et surtout le calme de la nuit. Il se permit tout de même d’observer de temps à autre son cadet. Yuki avait un regard tellement lointain, presque vide, et semblait ronger de remords que le grand-frère qu’était l’écossais aurait aimé trouver les mots pour le réconforter. Mais sans connaitre son histoire, il lui était impossible de savoir ce qui pourrait toucher le blond. Et Nevrabriel savait pertinemment qu’une simple présence bienveillante ne serait pas utile selon la blessure dans le cœur de Yuki.
Une nouvelle fois, il devait être patient.

Plus loin dans leur promenade, le cadet s’arrêta. Nevrabriel en fit de même deux pas plus loin, se retournant pour voir ce qui n’allait pas. Yuki allait-il encore s’enfuir en courant ? Attiré par des bateaux inexistants vers ce qui le pousse à vouloir s’en aller ? Il ne connaissait pas assez bien le personnage pour mettre des hypothèses sur ce qu’il pourrait faire ou ne pas faire et cela était presque inquiétant. Nevrabriel n’aimerait aucunement que le garçon ait un accident, surtout parce qu’il l’a aidé à sortir du bâtiment. Donc, s’il arrivait quelque chose à Yuki, ça serait entièrement sa faute.
Au lieu de quoi, le blond retira sa veste et le tendit à Nevrabriel. Ce dernier, les mains dans les poches de son pantalon, regarda le vêtement, perplexe, avant que ses yeux bicolore ne remonte vers le visage du nouvel arrivant. Ne comprenant pas tout de suite.

Puis, Nevrabriel se mit à rire. Un rire incontrôlé et sincère. Il du même mettre sa main devant sa bouche pour étouffer sa voix.

_Tu veux qu’on se relais, c’est ça ?

L’écossais s’approcha de son cadet pour saisir le bien tendu d’avant d’ouvrir le vêtement en grand et le mettre sur les épaules de Yuki, lui montrant qu’il souhaitait que son cadet le garde.

_En Ecosse, il fait au mieux 20 degré en été et maximum 5 en hiver. Ce n’est pas une température française qui va me faire du mal.

Nevrabriel sourit en frottant vivement les bras de Yuki pour le réchauffer. Il n’avait pas mentit. Nevrabriel ne mentait jamais, il avait eut beaucoup de mal à supporter la chaleur montante à plus de 25 degré à son premier été passé ici, il crut mourir, se décomposer même, et l’hiver lui semblait plus doux que dans ses terres, bien qu’il prenait tout de même une veste parce qu’il faisait froid. Meilleur ne voulait pas forcement dire qu’il faisait chaud, hein !

Souriant, le roux termina :

_Et on ne va pas s’éterniser ici, à par si tu veux te transformer en glaçon, ahah



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Sur le coup, le jeune homme ne sembla pas comprendre. J’allais donc lui donner quelques explications lorsqu’un rire franc et amusé retentit dans le calme de la nuit. Surpris par une telle réaction soudaine, je sursautai sans savoir quoi faire. Pensant avoir fait une bêtise qu’il trouvait amusante, je ramenai le vêtement vers moi sans pour autant cesser de le tendre. Avais-je fait une erreur ? Pourquoi riait-il si ce n’était pas le cas. Après tout, je n’avais pas voulu ça. Je ne savais même pas comment m’y prendre. Je me sentais mal d’entendre ce rire sincèrement amusé sans que je sois dans la capacité de comprendre. Heureusement, cela ne s’éternisa pas.

En se calmant, Nev se tourna vers moi et me demanda si je souhaitais qu’on se relaie. Je lui répondis par un simple signe de tête. Je craignais que ma voix trahisse mes doutes et craintes. Le silence me paraissait alors plus appropriés. Plus encore alors que le froid mordant semblait passer la barrière de ma peau pour mieux atteindre mes os. Un froid persistant et mordant malgré le calme de la nuit qui me fit facilement grelotter. Cela aussi, je fis tout pour le cacher, observant mon aîné qui commença à s’approcher de moi.

Avec un certain soulagement, je le laissai prendre la veste qu’il m’avait prêtée en pensant qu’il acceptait ma proposition. Mais il n’en était rien. Sous mes yeux éberlués, il me remit le vêtement sur les épaules en m’expliquant, en gros, qu’il n’en avait pas besoin. Je fronçai un instant les sourcils : si tel était le cas, pourquoi l’avait-il prise ? Je ne comprenais pas… Je n’arrivais pas à comprendre. Peut-être parce que j’avais du mal à assimiler la situation, donc à réfléchir. Rien n’était comme je le connaissais. En cela, je reconnaissais ma situation lorsque j’avais découvert que tous les adultes ne me feraient pas tous du mal quand je faisais une bêtise ou autres. Enfin… ce n’était pas ça qui allait m’empêcher de penser que mes parents étaient les Nakamura.

Tendu comme un arc parce que je n’étais pas habitué à ce genre de gestes, je laissai mon interlocuteur me frotter les bras. Ces derniers étaient le long de mon corps. Je ne savais pas quoi en faire. Cela ne m’empêchait pas de grelotter encore, mais c’était plutôt agréable. Bizarre, mais agréable. Etais-je contradictoire en pensant cela ? Même ce genre de questions, je ne parvenais pas à y répondre.

Nev dû se rendre compte, malgré tout, que j’avais froid. Je me mis à le penser quand il me proposa de rentrer. Ou, au moins, ne pas s’éterniser là où nous étions. Je baissai alors la tête, ne sachant quoi lui dire. Ce qui était certain, c’était que je ne voulais pas le suivre là-bas. Ailleurs, “dehors”, mais pas en cet endroit. J’avais beau le connaître que très peu, rien que le fait qu’on ne puisse pas s’en aller ne me mettait vraiment pas à l’aise. Alors, doucement, je reculai de quelques pas en lui faisant toujours face. Je le regardai toujours avant de me tourner doucement vers l’horizon. Je ne savais pas si par là il y avait le Japon ou l’Angleterre, voire aucun des deux, mais il s’agissait pour le moment de la seule direction que je pouvais regarder en espérant pouvoir partir un jour pour rejoindre ceux que j’aimais. Etait-ce vraiment de l’amour ? Ou un devoir que je me donnais à faire ? Les deux ? En tous les cas, je voulais les retrouver… Et le plus vite possible serait le mieux.

La réalité me frappant une fois encore d’une façon dure et implacable, je me repliai sur moi-même. J’avais l’air d’être assis sur le sol, mais mes fesses ne le touchait pas. Mes bras entouraient mes genoux que je pouvais toucher de mon visage. Pourtant, au lieu de regarder le sol comme je l’aurais fait habituellement, je continuais à chercher la séparation entre la mer et le ciel. Il faisait encore trop noir pour que ce soit évident, mais c’était la seule chose qui m’était vraiment possible de faire dans cette fuite…


Je ne rentrerais pas… finis-je par dire doucement pour faire comprendre à Nev que je ne le suivrais pas jusqu’à l’institut.

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_Et on ne va pas s’éterniser ici, à par si tu veux te transformer en glaçon, ahah

Nevrabriel allait faire demi-tour pour continuer à avancer sous la nuit hivernale mais au même moment, son cadet se tourna vers l’océan et s’accroupis. Il avait l’œil rêveur et la posture triste. Sous cette veste trop grande pour lui, sa tête semblait bien petite, comme celle d’un enfant. Ses cheveux clairs semblaient presque illuminer son visage ternis par une quelconque tristesse, là, recroquevillé sur lui-même, entouré de neige, son souffle chaud formant de la buée vers le ciel. C’était un beau tableau malgré toute l’amertume qu’il en dégageait.

_Je ne rentrerais pas…

L’écossais regarda encore Yuki, sans un mot, essayant de comprendre. Qu’avait-il ? Qu’est-ce qui pouvait le troubler pour qu’il refuse catégoriquement de rester à l’Institut ?

Nevrabriel s'approcha de son cadet, ses mains rafraichis dans les poches. Il le regarda encore un instant avant de se tourner aussi vers l'océan. L’eau était calme mais les vagues s’échouaient tout de même sur les pierres du port, laissant leur parfum saler s’étendre sur l’île. C’était agréable malgré le froid de l’hiver.

_Je ne sais pas depuis quand tu es ici mais ... Moi je suis là depuis cinq ans. On me demande souvent pourquoi je ne pars pas. C'est plus logique de partir que de rester.

Puis, l’écossais s’accroupit également, mais préféra poser ses fesses sur le sol malgré la neige froide qui allait imbiber ses vêtements. Cela lui permettait d’être à la hauteur de son cadet et lui montrer sa présence. Jusque là, Nevrabriel avait tout fait pour le mettre en confiance et espérait que cela avait porté leur fruit, maintenant il pouvait peut-être pousser un peu ce qu’il voulait lui dire tantôt.

_Je ne sais pas de quoi tu as peur, mais si tu es ici c'est pour guérir quelque chose qui est en toi. On est tous là pour guérir. On est tous pareil Yuki, alors n'ai pas peur. Personne ici ne te veut du mal mais il faut que tu acceptes de rester. Tu sais, quand je suis arrivé j’étais très timide, vraiment, je bégayais lorsque je parlais à des personnes que je ne connaissais pas bien. Ça m’arrive encore aujourd’hui. Mais j’ai fais de belles rencontres qui m’ont permis de grandir. Je suis certain que tu en feras également.


Nevrabriel aurait pu parler encore longtemps mais il voulait ménager les informations qu’il donnait à son cadet. Il voulait éviter de lui donner des informations futiles et aller à l’essentiel. Mais l’écossais avait beaucoup de mal à trouver la limite entre ce qu’il pouvait dire et ce qu’il ne fallait pas dire, il n’était pas encore assez mature pour cela, il le savait. Mais pour Yuki, il allait faire cet effort.

_Tu sais, même si on s’est rencontré il y a moins d’une heure, si tu me laisses être ton ami, je le serais avec joie.

Nevrabriel lui présenta sa main, une main bienveillante qui se voulait accueillante. Le jeune homme lui offrit un sourire chaleureux, comme celui d’un grand-frère, comme celui d’un protecteur. Il n’était pas bien fort, il n’était pas bien malin, mais il serait là si Yuki avait besoin de lui, c’était une promesse.

_Rentre avec moi, repose-toi et tu verras que demain sera un autre jour, peut être un jour meilleur. Et je serais là pour le vivre avec toi.



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Je ne regardais pas mon aîné. A quoi bon ? Ce n’était pas comme si je voulais surveiller ce qu’il faisait. … Enfin si. Peut-être. Un peu. Surtout lorsqu’il s’approcha de moi. Après tout, je m’attendais presque à ce qu’il me traîne jusqu’à l’intérieur pour me ramener à ma chambre ou me frappe pour me gronder. Il ne fallait pas que je me fis aux sourires que l’on me versait. Ils ne voulaient rien dire la plupart du temps, même si ceux de Sheila et Numa me manquaient terriblement. Avec elles, je savais à peu près que je pouvais avoir confiance, même si j’avais peur qu’elles m’en veuillent pour mon départ inopiné.


*Cinq…!*


Je n’arrivais pas à y croire. On pouvait rester aussi longtemps ?! Si tel était le cas, comment pouvait-on se construire une vie ou “guérir” ? Cela n’avait tout bonnement aucun sens pour moi. Je ne voulais pas rester coincé là. Je voulais m’en aller, voir mes amies, adopter Hope… sans avoir à accepter une famille ou une autre. N’était-ce pas possible ? Ne pouvais-je pas tout simplement avoir un brin de liberté ?

Serrant un peu plus mes jambes sans me faire tomber, j’essayais de cacher mon malaise qui ne serait sans doute pas compris. Après tout, comme il le disait lui-même, il ne partait pas alors qu’il le pourrait. D’ailleurs, comment cela se faisait-il qu’il en avait la possibilité et pas moi ? Pourquoi m’avait-on envoyé ici ?

Comme pour répondre à cette dernière question, Nev me répéta que si j’étais à l’institut c’était pour guérir. A cela, il ajouta que je n’étais pas le seul dans ce cas et que, pour cela, je n’avais pas à avoir peur. Il semblait penser que j’avais peur des personnes ici. Il… n’avait pas totalement tort, mais ce n’était pas la source principale à mes sentiments douloureux. A cause de cette pensée, je ne prêtais pas beaucoup d’attention à la suite de ses propos. Il était assis à côté de moi, mais je ne voulais pas le regarder. Je ne voulais pas qu’il voit la détresse dans mon regard.

Je ne savais pas quoi faire ou que dire. J’avais l’impression d’être revenu à ces périodes de doutes et de souffrances perpétuelles alors même que personne ne me faisait autant de mal que les Nakamura.


*Qu’est-ce que je raconte ? Ils le faisaient pour mon bien ! Ils le faisaient pour que je reste sage et arrête de faire des bêtises. C’est tout…*


“Bêtises” que je faisais à nouveau en répondant, entre autres. S’il venaient à le savoir, j’allais en prendre pour mon matricule. J’en étais persuadé. Et avant que tout cela n’empire, il fallait absolument que je rentre au Japon. Mais si je faisais cela, je ne pourrais plus retourner en Angleterre pour aller chercher Hope. Et je ne pouvais pas la ramener chez moi ou… ou…
L’image du chaton que j’avais trouvé en train de se faire battre à mort me revint, me faisant pâlir dangereusement. Je ne voulais pas que cela arrive à Hope ! Mais d’un autre côté, je souhaitais de tout mon coeur la retrouver pour qu’elle me redonne un peu de cette joie d’être ensemble…

A cause de tout cela, j’entendis plus que je ne compris la proposition de Nev. Oh ! Elle était bien dans un coin de ma tête, mais je ne l’avais pas encore traitée, bien trop perturbé par les images qui étaient violemment remontées. Et ce fut la main tendue qui attira le plus mon attention, me permettant ainsi de reprendre contact avec le présent. J’avais hésité. Beaucoup plus que je ne l’eus montré. Mais, finalement, je pris cette main qui m’avait été proposé de prendre et me levai en répondant sans le regarder dans les yeux, faisant des efforts pour que mes paroles soient en anglais et non en japonais :


Je… Je m’en remets à toi...


Je ne savais pas trop quoi lui dire d’autre. A vrai dire, je n’acceptais toujours pas le fait d’être ici. Je voulais partir, récupérer ce qu’on m’avait arraché. Mais, pour le moment, je ne le pouvais pas. Combien de temps allais-je devoir rester là ?
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_Rentre avec moi, repose-toi et tu verras que demain sera un autre jour, peut être un jour meilleur. Et je serais là pour le vivre avec toi.

Yuki fixa inlassablement la main de son ainé, comme si c’était une chose mystérieuse, une main. Mais il en avait une aussi pourtant. Peut-être qu’il observait davantage toute la signification du geste plus que le geste en lui-même. Après tout, tendre la main à une personne avait beaucoup plus de valeur qu’on ne pouvait le croire. Yuki s’emblait le comprendre.
L’écossais voyait bien que le jeune homme avait du mal avec certaine chose, il voulait envoyer un message à travers les étoiles, il voulait s’enfuir en pleine nuit sans prendre de quoi se réchauffer. Mais il observait et essayait de comprendre, les choses simples comme les choses complexes. Comme les yeux d’un enfant …

_Je… Je m’en remets à toi...

Nevrabriel fit un clin d’œil à son cadet en l’aidant à se relever. Une nouvelle fois, il lui sourit aimablement avant de poser gentiment sa main sur le sommet de son crane et le caresser un court instant. Ils n’avaient que dix centimètres de différences environ mais pour les yeux de Nevrabriel, Yuki ressemblait vraiment à un enfant à la découverte d’un monde. Un peu comme Kan, mais plus pessimiste, moins confiant et plus âgé.

Les deux patients revinrent vers le bâtiment où se trouvait leur chambre. Devant la porte d’entrée, Nevrabriel éternua alors que ses poils s’hérissèrent. Oups. Oui, il avait froid, mais bon, c’était ainsi. Il se tourna vers Yuki et posa son index devant sa bouche avant de chuchoter, assez pour se faire entendre cependant :

_Mission commando, Yuki, on va essayer de ne pas se faire prendre !


Nevrabriel savait parfaitement comment aller dans l’aile W sans se faire repérer mais voulait un peu amuser l’adolescent avec lui. Il le faisait souvent avec Kan, inventer des missions, des aventures, mais c’était normal puisse que c’était un enfant de cinq ans. Yuki trouverait ça surement ridicule, mais il n’avait pas le choix ! C’était le roux qui savait comment réussir leur infiltration alors il ne pouvait que le suivre, héhé !

Nevrabriel les fit longer les murs, s’arrêtant parfois à des angles et les faisant s’accroupir. Ça ne servait à rien mais c’était pour mieux se mettre dans l’ambiance « infiltration », parfois il sortait à Yuki « garde en visuel, pas un bruit soldat. »
Il devrait essayer de faire la même chose avec son protégé la prochaine fois qu’il voudra prendre des bonbons chez mademoiselle Dessanges.

Le voyage jusqu’à l’aile W se termina finalement. Le jeune homme retira son bonnet pour la première fois depuis qu’il était sortis, ses cheveux d’un rouge flamboyant, en bataille, tombèrent sur ses yeux bicolores et semblaient créer des flammes ardentes dans la nuit. Il se gratta un instant l'arrière du crâne. Alors que ses mèches étaient aussi voyantes que le blanc de l’uniforme de son cadet. L’intérêt de porté des bonnets étaient donc approprié.
Le jeune écossais garda son couvre chef en main, ses oreilles libres entendrait d'avantages les bruits environnementales. Il pourrait aisément retourner à sa propre chambre mais voulait s’assurait que Yuki allait mieux que lorsqu’il l’avait trouvé dans le couloir.

Nevrabriel pinça doucement les joues de son cadet pour les lever vers le haut affin que le jeune homme sourit. Puis, il lui ébouriffa les cheveux avant d’ajouter, la voix chaleureuse :

_Mission réussit soldat. Tu vas dormir bien sagement à présent, d’accord ?



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Juste avant qu’il ne m’aide à me relever, je vis un des deux yeux de Nev se fermer. Je crus que ce fut à cause du froid, mais cela détonnait bien trop avec le sourire qu’il affichait. Ne comprenant pas, je me trouvai surpris par la caresse sur ma tête qui me fit fermer les yeux. Je les rouvris une petite seconde plus tard, me rendant compte que cela ne faisait pas mal. Ce n’était pas la première fois qu’on me le faisait, mais ce n’était pas pour autant que je le comprenais. Au contraire, cela restait extrêmement confus pour moi. La seule chose concrète pour moi, c’était que cela ne faisait pas mal. Je ne parvenais pas à voir plus loin que cela.

Silencieusement, cependant, je suivis le jeune homme, marchant dans ses pas. Malgré ce que j’avais dit et les explications qu’il m’avait données, je ne voulais toujours pas rentrer. Cela signifiait voir mon désir s’en aller bien loin dans le futur. Peut-être un peu moins que ce que j’imaginais, mais cela restait une éternité à mes yeux. Je n’avais eu que peu de désirs dans ma vie, et cette rare envie se voyait m’être refusée, arrachée. Etait-ce normal ? … Oui, sans doute, puisque je n’étais même pas sensé pouvoir demander quoi que ce soit. C’était mal. Avoir des envies nuisaient à la santé. C’était les Nakamura qui me l’avaient apprit. M’en souvenir, malgré la douleur qui s’éveilla au fond de mon coeur, m’aida grandement à parvenir à destination et écouter ce que Nev me disait.

Je ne compris pas les termes “soldat”, “commando” et “mission d’infiltration”, mais je fis sans discuter tout ce que Nev me demandait, me crispant même à chaque fois qu’il parlait de “gardes”. Ainsi, notre progression de la nuit ne fut pas aussi calme que je l’avais imaginée avant d’entrer dans le bâtiment. Au contraire, je l’avais trouvée extrêmement éprouvante. Tant et si bien qu’en arrivant dans l’aile W, je me sentis presque essoufflé.

En levant les yeux sur mon guide, je vis pour la première fois ses cheveux. Je me mordis alors la joue en pensant à Sheila. La couleur était un peu différente mais ressemblait à celle des cheveux de mon amie. Elle me manquait. Tout comme Numa et Hope à qui je pensai automatiquement alors que je baissai à nouveau la tête, regardant le sol qu’allait fouler mes pieds à peine une ou deux secondes après.

Devant ma chambre, le roux se tourna pour me faire face et manipula mes joues. J’avais été effrayé, mais, encore une fois, cela ne me fit pas mal. Pas beaucoup en tous cas. Je gardai tout de même la position de défense que j’avais amorcée jusqu’à ce qu’il me lâche. Il était bizarre… Pourquoi il avait fait ça ? Qu’est-ce que cela signifiait ? J’avais fait une bêtise ? Il me punissait pour être sortit de ma chambre après tout ce temps passé avec moi dehors ? … Non, franchement, j’étais totalement perdu par ces gestes…

A sa question, ne sachant quoi dire de plus, je hochai la tête silencieusement pour acquiescer. Puis, j’enlevai le manteau comme je l’avais fait un peu plus tôt pour le rendre à son propriétaire. Je n’en avais plus besoin puisque j’allais dans ma chambre. Et déjà que je ne savais pas quoi faire pour lui rendre la pareil… Je me sentais gêné et honteux. Normalement, dans mon pays, on rendait les affaires une fois propres, repassées et pliées. Mais ici ce n’était tout bonnement pas possible. Pas comme ça. Et j’avais peur qu’on me pose des questions en cas de soupçon.

Seulement une fois que Nev eut récupéré son bien, je rentrai dans ma chambre. J’avais beaucoup hésité à fermer la porte avant qu’il ne soit partit, mais finit par le faire en peinant à lui répondre. J’étais tout embrouillé !! Je ne savais plus que faire… Et comme réfléchir ne m’aidait pas, je me mis en pyjama pour me mettre au lit. Récupérant Kibou, mon porte-clé et la photo qu’on avait fait au refuge, je me couchai. Je voulais tant les revoir… Je voulais tant être libre, comme à l’académie. Peu importe si j’étais fou, peu importe le bien ou le mal… je voulais juste changer ma vie...

FIN

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