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20/10/2018
Préparation d'event
22/09/2018 Modification des pourcentages révolutionnaires (cf. PA et heure supp')
16/09/2018 Ajout du bouton Discord qui avait disparu ;-;

Je suis là~ [PV Sheila McElroy]

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Le malheur peut être

un pas vers le bonheur.
Cinq mois. C’était le temps que j’étais à l’institut sans avoir trouvé le moyen de rentrer chez moi. Les Nakamura ne me manquaient pas spécialement, à vrai dire, et encore moins leurs courriers. Néanmoins, je ressentais le besoin extrême de retrouver un endroit que je connaissais parfaitement. Celui dans lequel j’avais vécu pendant des années me semblait donc le plus approprié, même après avoir rencontrés quelques personnes comme Nev’ et Naito. Ils étaient très gentils et j’étais particulièrement attaché au premier, mais l’endroit m’angoissait énormément. Entre les cours avec des inconnus, les rendez-vous avec les médecins alors que je ne savais toujours pas pourquoi j’étais là, il me fallait plus qu’une ou deux personnes à apprécier pour rester là.

Alors, pendant mon temps libre, comme fuir était totalement inutile, j’allai dans un endroit peu surveillé quand je n’avais rien d’autre à faire. Pas de devoirs par exemple. Les côtes étaient l’endroit que je préférais, et plus encore une petite péninsule à l’ombre des arbres d’où on pouvait voir le port. Bon, il faudrait avoir des yeux supersoniques pour voir les détails de ce qui s’y passait. Mais, au moins, je pouvais m’en faire une idée générale. Par exemple, je pouvais comprendre quand une personne arrivait et, à force qu’elle s’approcher, deviner à quoi elle ressemblait, ou si c’était juste un chargement comme il y en avait une fois par semaine.

En ce début juillet, j’étais sortit vers dix heures, peu après le départ du médecin qui m’avait encore posé d’étranges questions auxquelles je n’avais que très peu répondu de façon évasive. Je m’étais alors dirigé vers ma péninsule. Ce fut fort agréable de sentir le soleil chauffer ma peau de façon douce grâce au vent qui soufflait doucement. Dans ma main, je tenais avec force, comme si j’avais peur de le perdre, le porte-clé que Numa m’avait offert. Je n’avais gardé que peu d’affaires de ma vie passée hors de cette île et les cadeaux de mes deux amis et une photo de Hope en faisaient partie. Comment aurais-je pu les oublier ? Je me sentais tellement honteux de ne pas leur avoir dit “au revoir”.

En arrivant à destination, je n’eus pas vraiment l’envie de regarder le port. Peut-être plus tard, quand le bateau qui venait d’accoster serait parti. Après tout, cela me faisait énormément de peine de savoir que je ne pouvais pas monter à bord pour retourner chez moi.Alors, je m’assis contre un tronc d’arbre, celui le plus proche du bord (avec une dizaine de mètres de marge tout de même), ce qui me permettait d’avoir une vue dégagée sur l’horizon. C’est ce que je me mis à observer très silencieusement en pensant à mon passé. Je me demandai alors ce que je souhaitais. Retrouver les Nakamura me semblait être une nécessité pour que je me sente plus à l’aise malgré la douleur qui m’attendait sans aucun doute là-bas. Je souhaitais également retrouver Numa, Sheila et Hope qui m’avaient été très précieuse tout le temps où j’étais resté à l’académie. Le temps passé avec mon chiot avait d’ailleurs été bien trop court ! Il était certain qu’il m’en voulait grandement. Me ferait-il la fête si nous venions à nous retrouver ? Et les filles, m’en voudraient-elles ? Pourquoi ne serait-ce pas le cas vu que je les avais tout simplement abandonnées ?

Que de questions qui n’auraient peut-être jamais de réponses...
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Dernière édition par Yuki Lanvers le Mer 3 Oct - 14:58, édité 1 fois



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Je suis là ~

Bon. Je m'ennuie.
Ça ne fait que quelques temps que je suis ici et je ne sais déjà pas quoi faire pour m'occuper. A peine quelques jours me suffisent à trouver l'endroit un peu... bizarre. Pour commencer, le règlement est bien plus strict qu'à Immortalia et j'ai l'impression que je ne peux pas faire autant de sport que je le voudrais. Pour un endroit où nous sommes censé être soignés je trouve ça un peu étrange. Après tout, pour être en forme il faut bouger. Je veux bouger!

Mon dieu comme je m'ennuie!

J'ai comme l'impression que venir ici n'était pas forcément une bonne idée, merci maman... Je viens à peine d'avoir mon bac, j'aurai aimé en faire quelque chose plutôt que d'aller dans cet institut. Enfin, c'est vrai qu'au début j'étais un peu enthousiaste à l'idée de venir puisque je pensais en apprendre plus sur ma soit-disant maladie mais on dirait, pour le moment, que je vais surtout me faire surveiller par des médecins à longueur de journée... Et j'ai.. horreur des médecins. Enfin, j'avais horreur des médecins. C'est vrai que j'arrive à les côtoyer sans m'enfuir en courant mais je ne me sens toujours pas à l'aise.. Mademoiselle Iélanov n'est pas là et je.. je crois qu'elle me manque. C'est grâce à elle si j'arrive à m'approcher du corps médical sans trop de problèmes alors, maintenant qu'elle n'est plus près de moi j'ai un peu peur. J'ai l'impression de n'être entourée que de scientifiques en blouse blanche de type Dr. House sans avoir la possibilité de m'évader. Bon, étant sur une île ça marche aussi au sens propre mais vous saisissez l'idée. Bref.

Je flânai un peu dans les couloirs, cherchant une occupation alors que la chaleur écrasante de l'été se posait sur mes épaules. Je suis quelqu'un de frileux, j'ai tendance à aimer la chaleur et les rayons du soleil, ça me change de l'Irlande mais je dois avouer qu'il fait chaud. Je m'éventai donc de la main en écartant le col de mon haut de l'autre pour inviter un peu de fraicheur à m’effleurer la peau. De l'eau... Je crois que j'ai soif. Y a pas un distributeur dans le coin? N'importe quoi, même une flaque je suis preneuse. Et là, l'image de moi en train de boire dans une flaque d'eau tel n'importe quel animal. Comment voulez-vous que je ne souris pas? Non en fait je ris carrément toute seule, dans mon couloir. Je note vaguement le regard interrogateur de certains passants mais bon, je ne fais pas grand chose de mal, un peu de rire ne va pas les tuer et moi je n'ai pas peur du ridicule. Le monde serait beaucoup moins drôle sans le ridicule! Mon dieu, que je me fais rire! Il faut vraiment que je me calme... Malheureusement, je n'ai plus Numa avec moi pour être mon régulateur d'énergie. Tient parlant d'elle, j'espère qu'elle va bien. Je lui avait promit de ne pas perdre le contact avec elle et lui ai d'ailleurs envoyé une lettre -un exploit puisque je n'aime pas écrire et que j'ai du mal à me concentrer deux minutes sur un texte- pour lui donner un peu de mes nouvelles, comme quoi j'étais bien arrivée. Bref, le truc bateau quoi. Vu les capacités phénoménales de la poste je ne pense pas qu'elle l'ait encore reçu mais j'ai hâte qu'elle me réponde. Elle va me maquer ma coupine d'amour... On en a fait des choses ensembles! Déjà, notre rencontre était parfaitement rocambolesque, la soirée d'Halloween tout autant, le nouvel an chinois aussi et l'aventure "sauvons Yuki" n'était pas mal dans son genre. Tiens, parlant de Kinou, je me demande bien comment il va. Il a disparu sans donner le moindre signe de vie et j'avoue que je suis un peu triste de ne pas avoir pu lui dire au revoir. C'était si soudain, j'ai encore du mal à réaliser... Quand je pense que je ne connais même pas son adresse. Je ne pourrai pas lui envoyer de lettres, aaaaaaaaah! Ça me fait rager! Et quelle idée de ne pas avoir de portable, Kinou? J'aurai au moins pu te passer un coup de fil même s'ils sont limités ici.

Je soupirai d'un coup, essayant de calmer l'effervescence de mon esprit quand mon regard fut interpellé par une couleur qui me semblait familière. Un garçon était dans la cour, s'avançant vers la sortie pour se rendre au alentour, sûrement. Le plaquai mes mains contre la fenêtre en y collant même mon nez pour mieux voir. Ce jeune homme... Ses cheveux, son physique, la couleur qu'il dégage.. Ça me fait penser à.. Kinou?!

Je me mets à courir dans le couloir pour atteindre l'escalier et le dévaler à toute allure. Heureusement pour moi, je ne croise pas de membres du personnel et ne me fais pas freiner dans ma course mais j'ai tout de même peur de le perdre de vu. Je sais que seules les émotions se manifestent par des couleurs et qu'il suffit que ce garçon soit dans le même état d'esprit que Yuki pour que leurs couleurs soient similaires mais.. je ne sais pas, j'ai l'impression que c'est lui. J'espère que c'est lui.

C'est pas vrai, je l'ai perdu! Bon tant pis, de mon perchoir j'ai à peu près vu sa trajectoire, je vais la tenter. Je me dirigeai donc dans les pas du jeune homme en espérant le rattraper avant qu'il n'aille trop loin. Je tourne la tête des deux côtés dès que j'arrive à une intersection et le vois sur ma droite, au loin. Yes! Ni une ni deux, je m'élance au pas de course pour essayer de le rattraper même s'il n'est pas tout près. Enfin, plus je peux réduire la distance qui nous sépare et moins j'aurai de chance de le perdre à nouveau.

Notre petite poursuite me mène sur une péninsule d'où l'on peut voir le port en contrebas, des barrières de sécurités bordant la côte. Le jeune homme s'était assit contre le tronc d'un arbre tandis que j'arrive à peine et que je reprends un instant mon souffle. Maintenant que je le vois de plus près, même si c'est de dos, j'ai presque la certitude qu'il s'agit bien de mon ami.
Je me redresse, prends une grande inspiration et hausse un peu la voix pour qu'elle lui parvienne.

- Kinou ? Je me permets de venir près de toi! lançai-je, le sourire jusqu'aux oreilles.  

Ça peut paraître cliché, mais c'est ce que je lui avais dis le jour de notre rencontre, lorsqu'il était monté sur le toit et qu'il avait fait si peur à Numa. Peut-être que, si c'est vraiment lui, il pourra me reconnaître? Le garçon se retourne, interpellé par ces paroles avant de se lever. Il semble stupéfait mais moi, je ne peux m'empêcher de sourire de plus bel, retrouvant ces cheveux blonds, ces yeux clairs un peu perdus et ses traits fins à tel point qu'on se demanderait s'il mange assez. Je m'élance vers lui, réduisant le plus vite possible la distance qui nous sépare pour sauter dans ses bras. J'étais si heureuse que mon entrain me donne un peu trop d'impulsion, j'ai l'impression qu'on manque de tomber sur l'herbe mais ce n'est pas grave, je le revois enfin. Et je le serre dans mes petits bras.

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Dernière édition par Sheila McElroy le Ven 13 Juil - 17:28, édité 1 fois
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Le malheur peut être

un pas vers le bonheur.
Seul depuis le début, j’étais loin de m’imaginer que quelqu’un viendrait me voir. Si, peut-être une de mes connaissances qui savaient que je voulais partir de là. Mais ils restaient très peu nombreux, en réalité. Du coup, je ne pensais pas que quelqu’un veuille me parler. Je n’étais pas sociable. C’était à peine si ma propre survie était ma priorité. Je ne cherchais même pas à cacher que tout ce que je voulais c’était tout… sauf être là. Alors converser avec les autres… Et quoi qu’on ait pu me dire à ce sujet, je n’oubliais pas que c’était interdit par le règlement. Je ne voulais pas qu’on me gronde à cause de ça… Je ne voulais pas qu’on me punisse.

Pourtant, j’entendis une voix féminine derrière moi. Il me semblait la reconnaître mais… Non ! C’était impossible ! Pourtant, ces paroles, je les connaissais. Et pas qu’un peu ! Alors, aussi rapidement que je le pus, je me retournais pour être face à la personne qui se trouvait derrière moi. Ce qui attira en premier mon regard furent ses cheveux : roux avec une mèche blonde. Ensuite, ce furent ses yeux vairons dont la couleur ne différait pas énormément. Toutes ces ressemblances… Non ! Ce n’était pas possible !
Choqué, je me relevai rapidement. Surtout qu’elle s’élançait vers moi, visiblement contente. Cela me conforta dans l’idée que c’était elle. Pourtant, je ne parvenais pas à croire qu’elle puisse se trouver dans cet enfer. Pas elle. Elle était la plus sainte d’esprit que je connaisse. Alors, pourquoi ?

Immobile de stupeur, je ne pus empêcher la jeune femme de me rejoindre jusqu’à me prendre dans ses bras. Ce geste, cette odeur, ces paroles, ce physique… Tout. Tout me rappelait Sheila, que je le veuille ou non ! Mais je ne voulais pas croire que ce soit elle. Un sosie. Oui, ce devait être son sosie. Avec tant de ressemblances ? Etait-ce possible ? Non…


Ca ne peut pas être vrai… Tu n’es quand même pas…


Je ne parvins pas à terminer ma phrase, trop choqué et triste de la savoir là. Non pas que je ne rejetais plus cette idée, cette possibilité, mais je ne pouvais pas concevoir non plus que quelqu’un soit comme elle en tous points. Puis, ces paroles. Exactement les mêmes que le jour de notre rencontre, alors que je pensais à sauter du toit pour briser cette chaîne de violence dans laquelle j’étais enfermé. Je ne savais donc pas du tout quoi lui dire…

Très hésitant, je sentais mes yeux se mouiller alors que je tremblais comme une feuille. Mes jambes manquaient de me lâcher, même si je tenais bon. Après tout, aucun des scénarios qui pouvaient se jouer ne me convenaient. Déjà il était hors de question que j’accepte qu’une inconnue, aussi ressemblante soit-elle, me prenne dans ses bras et me parle comme si elle me connaissait. D’un autre côté, je ne pouvais vraiment pas concevoir que Sheila soit malade, coincée sur cet île dont personne ne pouvait sortir.

Je dois rêver. C’est ça… Je rêve, ce n’est qu’un rêve et je vais bientôt me réveiller…


Oui, il ne restait que cette solution… Cela devait être cette solution…
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Je suis là ~

Incroyable. Vraiment... Incroyable! Le monde est décidément tout petit! Je me serre un peu plus contre le garçon, fermant les yeux pour mieux profiter de ce moment, un éternel sourire sur mon visage tant la joie de le revoir m'envahissait. Son odeur de vanille ne semble pas avoir changé, il est toujours aussi fin pour que je puisse l'enlacer si facilement et sa façon significative de ne pas bouger face à cette marque d'affection. Je n'avais pas de doutes tout à l'heure, maintenant j'ai la parfaite certitude qu'il s'agisse de lui. Au lycée, je l'avais un peu prit sous mon aile, comme un petit frère, un protégé. Le destin est étrange de me l'avoir amener ici, avec moi. C'est bête mais je vois un signe en cette rencontre, comme si quelque chose d’inexplicable et inéluctable nous avez réunit. Ma mission d'ange gardienne n'est peut-être pas terminée?

- Ça ne peut pas être vrai… Tu n’es quand même pas… entama le garçon avant de s'interrompre presque immédiatement.

La surprise filtre dans sa voix et ses hésitations le rend un peu confus mais je ne peux pas le blâmer. Moi aussi, j'ai été énormément étonnée de le voir ici et je sais que Yuki est un garçon craintif, ça a du lui faire peur de me voir apparaître... Mais je ne peux cacher ma joie, je me devais de l'enlacer. Il faut que je lui dise comme je suis heureuse de le retrouver! J'allais d'ailleurs prendre la parole quand le jeune homme reprit dans un murmure. Il se demandait si c'était un rêve, il en tira même la certitude, pensant qu'il se réveillerait bientôt. Bon, ok. Il est surprit et peut-être un peu paniqué de la situation mais quand même! Enfin Kinou, je vais finir par mal le prendre holàlà! Je le sers une ultime fois dans mes bras avant de desserrer progressivement l'étreinte, relevant la tête pour le regarde et lui adresser ce sourire qu'il connaît si bien maintenant.

- Ben alors? Tu n'es pas content de me voir, Kinou? dis-je en exagérant une moue de faux mécontentement.

Bon, j'avoue cette situation m'amuse plus qu'autre chose. Sa tête toute étonnée est vraiment très chou par contre s'il me répond qu'il n'est pas content je ne sais pas ce que je lui fais! Chatouilles, peut-être. Hum, oui c'est une bonne arme ça!
Je finis par lâcher mon ami pour mettre les poings sur les hanches et plonger mon regard vairon dans le sien. Je note au passage que je dois toujours autant lever la tête pour le regarder. Il a encore grandit ou quoi?

- Bon, c'est quoi cette histoire de rêve? Tu penses qu'on aurait pu connecter nos cerveaux pour être dans le même? Ha ha! Viens, on s'auto-pince pour vérifier! lançai-je sur le ton de la plaisanterie.

Je l'avoue, j'ai vraiment envie de rire. Je m'auto-trouve drôle, oui bon. Et puis, Kinou est vraiment trop choupi avec son expression de stupeur et son attitude complètement dépassée par les événements. Je ne pouvais pas rêver meilleures retrouvailles! Oh ça va, c'est pas méchant, mais faut bien savoir profiter des bonnes choses. Par contre, il a vraiment l'air perdu. Je jette un coup d’œil rapide à la couleur que dégage son corps pour me faire une idée de ce qu'il ne va pas. Il y a trop de mélanges de teintes, j'ai du mal à analyser ce que ça veut dire. Kinou a toujours était un être très complexe, j'aurai du me douter que cette position rendrait son cerveau en ébullition. Je capte tout de même un bleu délavé, du jaune tirant sur le moutarde et une sorte de marron. Alors, que je me souvienne... Le bleu c'est la protection mais étant donné la teinte de celui-ci, il doit être sur la défensive et ce jaune... Je crois qu'il est inquiet. Mais pourquoi il semble s'étendre vers mon visage? Oh... Il est inquiet pour moi? Pourquoi donc? Je ne risque rien, non? Mais ce qui me dérange le plus c'est cet espèce de marron. Il a un goût qui ne me plaît pas du tout... Amer. Je crois que Kinou ne va pas bien...

Je laisse ma réflexion ne m'atteindre que de l'intérieur et lui renvoie un sourire radieux. Il a bien besoin d'un peu de lumière! J'incline légèrement la tête sur le côté, observant le garçon avant d'aller rejoindre l'arbre contre lequel il s'était assit pour m'y installer et l'inviter à venir près de moi. Je regarde ensuite l'horizon, scrutant l'étendue d'eau face à nous, bien à l'ombre des feuilles.

- On a vraiment une belle vu d'ici. Les couleurs sont magnifiques! Oh, je sais! Ça sera notre petit coin à nous! Deal? Je me retourne vers lui en souriant avant de présenter mon petit doigt en signe de promesse, C'est le lieu de nos retrouvailles après tout!

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Le malheur peut être

un pas vers le bonheur.
La pression de la jeune femme sur mon corps se fit à nouveau sentir plus fortement. Puis, doucement, elle se détacha de moi, comme si elle avait peur d’être aussi brusque que lorsqu’elle avait foncée à ma rencontre. Je ne savais toujours pas comment j’avais fait pour rester debout après un tel impact, mais c’était bien là le cadet de mes soucis. J’avais besoin de réponses, savoir qui elle était, avant de virer totalement taré. Réponses qu’elle ne me donna malheureusement pas explicitement. Ses mains me tenant toujours un minimum, comme si elle avait peur que je parte en courant, et le regard levé vers moi pour le planter dans mes yeux écarquillés, elle prit la parole. Elle me parut vexée, presque en colère. Cela me fait mal de voir ça sur le visage de mon amie qui me demande si je ne suis pas content de la voir. D’un autre côté, je ne pouvais pas lui donner tort : je rendais tout le monde inquiet ou en colère, même des inconnus, alors pourquoi pas elle ?

Elle était bel et bien Sheila. Dire que je n’étais pas pas content de la voir aurait été mentir. Mais je ne voulais pas la savoir sur cette île. Elle n’était pas malade. Elle n’était pas folle. Pourtant, elle portait l’uniforme des patients, pareil au mien, avec un numéro brillant sur sa poitrine. X161. Une lettre après la mienne… Pourquoi ? Pourquoi ? Je ne pouvais l’accepter. Alors, je ne répondis pas, préférant tenter de lui sourire faiblement. Bien sûr, je ne savais pas vraiment faire cette expression qui me faisait mal au niveau des joues. J’arrêtai donc bien vite de forcer pour reprendre mon expression initiale.

Bien que son expression ne dégageait plus autant de colère, elle mit ses mains sur ses hanches, me libérant ainsi totalement. Je ne bougeai pas pour autant, serrant toujours le porte-clé dans ma main. Je ne savais pas quoi lui dire ou lui répondre. Les mots me manquaient et je savais qu’elle était débutante en japonais. Le silence était donc la seule solution qui me parut réalisable. Néanmoins, quand elle me demanda si je voulais qu’on se pince mutuellement pour vérifier si je rêvais ou non, je lui répondis en levant les mains au niveau les épaules, dévoilant mes cicatrices au poignets :


Non, non… ça ira…


Puis, la voyant ne pas insister, je baissai les bras. Elle souriait, certainement heureuse de me retrouver alors que je me sentais déchiré. Voulant serrer mon seul soutien pelucheux du moment, je me rendis compte que j’avais laissé tomber mon porte-clés dans ma précipitation de lui répondre à cause de la panique. Je le cherchai donc en m’accroupissant en résistant avec peine à la panique. Il ne fallait pas que je le perde ! Mais j’avais besoin de mon calme, je le savais. Puis, il ne devait pas être bien loin : le vent ne soufflait pas fort et je ne l’avais pas lancé. Il me fallut tout de même quelques minutes, le temps pour Sheila de rejoindre l’arbre que j’avais précédemment choisi et s’installer contre son tronc, pour le trouver juste à côté de mon pied.

Heureux et surtout soulagé de l’avoir retrouvé, j’enfilai l’anneau autour de mon majeur droit et tint à nouveau la peluche en forme de chien serré au creu de ma paume. Puis, doucement, je rejoignis mon amie. Je ne souriais pas, ne sachant toujours pas quoi penser. J’avais peur de ce que j’allais découvrir, autant de ce qu’elle allait me dire. Elle ne semblait pas m’en vouloir d’être parti sans rien dire… contrairement à moi. J’avais donc beaucoup de difficultés à me concentrer sur ce qu’elle me disait. Néanmoins, je réussis à capter certains mots-clés comme “retrouvailles”, “notre coin à nous”... Je compris donc à peu près son message, même si pas complètement.

Assis à côté d’elle, les jambes repliées contre mon buste, je regardais l’horizon. Je n’étais bien que dans cette position, même si cela ne me protégeait pas de grand chose. Mon coeur, par exemple, était trop exposé quelle que soit ma position… Et avec ce que j’avais compris du “deal” de mon amie à peine retrouvée, il se trouvait aussi gonflé de joie que déchiré par la douleur de la savoir malade, enfermée dans ce lieu que je haïssais. Pourtant, en tournant le regard et voyant son doigt tendu pour former une promesse comme dans mon pays, je ne réussis pas à lui dire que j’aurais préféré la savoir en liberté. Au lieu de cela, je la pris à mon tour dans mes bras et la serrai contre moi en fermant les yeux. J’avais beaucoup d’affection pour elle et je voulais qu’elle le sache. Peut-être cela scellerait également notre promesse, mais je ne pouvais pas le certifier et ma gorge était bien trop bloquée pour que ma voix puisse fonctionner. Même pour dire un simple “pardon” au bout d’un moment, ce fut difficile, le rendant inaudible et insignifiant dans l’immensité du lieu qui nous entourait magnifiquement.
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Notre promesse...

Je n'ai pas de mots pour décrire l'incroyable sentiment qui me parcoure face à ce coup du sort parfaitement improbable et si étonnant. Les choses sont parfois bien étranges quand on y pense... Lui était parti d'Immortalia sans que je n'ai de nouvelles et malgré tout, je l'avais retrouvé. Je l'avais prévenu que j'étais pot de colle de toute façon, ha ha!
Enfin... Ce petit air frais, l'horizon face à nous, le chant des mouettes. Je me sentirai presque en vacance si je n'avais pas cet uniforme. Il faut avouer que l'institut offre de jolis paysages et pour le moment, les gens y sont assez agréables. J'ai encore du mal avec les médecins maintenant que mademoiselle Iélanov n'est plus là mais je pense qu'avec le temps je devrai m'y habituer. Et puis, je ne resterai pas toute ma vie ici, il me faudra juste prendre un peu sur moi jusqu'à ce que je sorte.
Je ferme les yeux un court instant pour mieux sentir le vent dans mes cheveux alors que Kinou me rejoint, s'asseyant timidement à côté de moi. Comme à son habitude, il a les jambes repliées devant sa poitrine, l'air pensif en regardant au loin ce qui m'invita à faire de même. C'est à ce moment que j'avais reprit la parole, lui proposant un marché en tendant mon petit doigt dans sa direction. Ça peut paraitre puéril et un peu bête mais... je voulais vraiment célébrer ces retrouvailles par une promesse. Cette promesse d'avoir un lieu rien qu'à nous. Un lieu où on pourra venir si on se sent mal. Un lieu réconfortant qui nous rappellerait que, peu importe les distances ou ce qu'il pourrait arriver, il y aura toujours ce lien invisible et inexplicable qui nous unit. Comme celui d'un frère et d'une sœur... C'est vrai, le jour de notre rencontre j'avais trouvé des ressemblances entre lui et Edan et, même si je le sais un peu sauvage, j'espère sincèrement qu'il me voit aussi comme une grande sœur. Ou du moins, une personne sur qui il peut compter en sachant que je serai toujours là. Alors je lui souris, ne trouvant pas d'autre façon de traduire tout ce qui me traverse l'esprit.
Kinou avait l'air hésitant, partagé peut-être. Est-ce que ma demande est déplacée? C'est vrai qu'on vient à peine de se retrouver alors c'est peut-être un peu précipité? Je devrai plutôt lui demander comment il va? Où est-ce qu'il était pendant ce laps de temps où on ne l'a plus vu moi et Numa? Peut-être qu'il n'a tout simplement pas envie de passer ce deal avec moi? Après tout, c'est sûrement son jardin secret à lui seul et, le connaissant, il voudra son endroit tranquille. Sa forteresse de solitude... Je lui adressai un nouveau sourire tout en me préparant à reprendre la parole pour essayer d'effacer son malaise quand je le sentis se rapprocher de moi. Il.. me prend dans ses bras? J'écarquille les yeux, restant figée dans ma position alors que ses bras se resserrent autour de moi.

- Kinou?

La surprise m'oblige à l'interpeller mais je ne dis rien d'autre et n'ose pas bouger de peur de briser cet instant de tendresse. Pendant que nous étions au lycée, je l'avais enlacé un nombre sûrement incalculable de fois pour lui qui était si craintif. Je n'ai jamais su s'il appréciait ou s'il était mal à l'aise mais je continuai pour essayer de lui faire comprendre qu'il pouvait non, qu'il avait le droit d'être aimé. Alors, le sentir contre moi me donne l'impression que j'ai réussi et qu'il m'apprécie en retour. Je crois bien.. que c'est la toute première fois qu'il me prend dans ses bras. Et moi je reste comme ça, éternellement immobile jusqu'à ce qu'il prononce une excuse dans ce murmure presque inaudible. Je me détends légèrement, fermant mes yeux à mon tour alors que mes mains se posent sur dos pour lui rendre son étreinte. Je ne comprends pas bien pourquoi il me demande pardon, je ne compte pas non plus lui demander ce qui motive ses paroles mais je veux lui montrer dans mes gestes que tout va bien. Qu'il est avec moi et que jamais je ne lui ferrai et ne lui voudrai du mal. Je me blottit donc contre le garçon, resserrant mes doigts sur le tissu de son haut pour me sentir encore plus proche de lui.

Les oiseaux chantent leurs sérénades dans le bleu transparent du ciel, portés par le vent marin. Le bruit des vagues bercent mes oreilles tandis que de très fins rayons dorés transpercent les feuilles pour se poser sur moi. Un cadre idéale, parfait même, pour souligner ce moment hors du temps. Arrêté au milieu d'un tableau aux couleurs d'été. Je ne veux pas le lâcher. Pas encore. C'est si rare. Si improbable venant de lui que je veux profiter de cette sensation au maximum. Ça me fait tellement plaisir... J'ai maintenant la preuve que l'amour que je lui porte est réciproque. N'est-ce pas le plus beau des cadeaux? La plus belle façon de sceller une promesse?
Notre promesse.

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Le malheur peut être

un pas vers le bonheur.
J’entendis très distinctement la surprise de Sheila. Mais il était trop tard. Malgré la résonnance de mon prénom imprégné de ce sentiment neutre, j’étais déjà en train de la serrer contre moi. La chaleur qui émanait de son corps était exactement la même que lorsque cela venait d’elle. C’était étrange. Pourquoi n’était-ce pas différent ? Je n’en savais rien. Cela aurait dû me faire peur. Pourtant, je me sentais aussi serein que coupable. Scindé en deux, comme mes sentiments partagés entre la joie de la revoir et l’immense tristesse de la voir aussi prisonnière que moi. Il était tant de choses que je voulais lui dire. Mais j’en avais peur. De toute façon, je n’étais même pas sûr que, malgré sa visible joie de me retrouver, elle m’ait pardonné mon départ silencieux. Et qu’en était- il de Numa ? Et de Hope ? J’avais peur qu’elles aient de la rancune pour moi. Pourtant, lorsque je m’excusais pour cela, pensant qu’elle ne m’avait pas entendue, je sentis ses bras entourer mon corps avec douceur.

Ce alors à mon tour de ressentir une certaine surprise. Je ne la lâchai pas mais en ouvrit les yeux. A quoi pensais-je alors ? Ce n’était pas clair dans mon esprit. Comme si tout était passé dans un filtre m’empêchant de comprendre les mots qui me traversaient douloureusement. J’avais l’impression qu’elle appréciait cette initiative de ma part. Mais, d’un autre côté, cela pouvait-il avoir une autre signification ? Je n’en savais rien…


*Pourquoi je ne sais jamais rien… ?*


Etais-je donc à ce point ignorant ? C’était ce qu’il semblait et je ne pouvais pas m’en réjouir. Comment aurais-je pu ? Mais… cela voulait-il dire que j’étais sain d’esprit ? Non, peut-être pas. Etait-ce la raison de ma présence ici ? Je ne le savais pas. Encore une fois…

Doucement, pour éviter de teinter ce geste d’affection de remords et de tristesse, je me détachai de mon amie. Puis, je la regardai quelques instants sans parvenir à sourire avant de tourner les yeux vers les paysage. Malgré ma position revenue à l’initiale, je me sentais un peu plus détendu. Juste un peu, mais c’était déjà pas mal par rapport à tout ce que j’avais accumulé depuis mon arrivée à l’institut. Cela se sentit sans doute dans ma voix lorsque je dis à mon amie, n’osant pas vraiment la regarder à nouveau :


Je me demande si tu as reçu mon message confié aux étoiles…


Quelques jours après mon arrivée, avec Nev, j’étais sortit dans l’espoir de trouver un moyen de m’en aller. Je ne l’avais pas trouvé. Alors, j’avais demandé au garçon qui m’avait proposé de regarder les étoiles si on pouvait leur confier un message. Sa réponse ayant été positive, j’avais alors tenté de dire à Numa, Sheila et Hope que je tenterais par tous les moyens de les retrouver une fois sortit de là. Sur le coup, j’avais cru qu’il existait un moyen de s’enfuir mais que mon compagnon n’en savait rien. Finalement, les mois étaient douloureusement passés avec cette seule vérité : rien ne nous permettait de nous en aller. Nous ne pouvions pas partir, au même titre que si nous nous trouvions derrière des barreaux. Pourtant, j’espérais que mon message était parvenu à s’en aller pour trouver ses destinataires. Depuis le temps, cela pouvait être possible. Non ?
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Un jour, tout rayonnera!

Je souris. Je me sens bien comme ça. C'est pourquoi, je fais en sorte de profiter au maximum de cette éteinte donnée par mon ami. Je fais en sorte de la laisser traîner le plus possible pour ne pas me défaire de cette sensation tout de suite. J'inspire lentement, les yeux toujours fermés, le vent dans ma frange, et Kinou contre moi. J'ai juste l'impression que ce genre de moments ont un pouvoir incroyable. Comme une étoile dans la nuit. Comme un feu dans une soirée d'hiver. Quelque chose de rassurant et d'agréable. Un repère auquel on peut se raccrocher sans en avoir peur. Et je suis contente que Kinou ait décidé de me faire assez confiance pour me prendre dans ses bras. Après tout ces instant partagés, j'ai la sensation d'un accomplissement, comme s'il me montrait que ce que j'avais fait jusque là n'avait pas été vain. Je n'aurai jamais pensé que la journée soit si bonne aujourd'hui! J'ai presque envie de rire tant je sens une bouffée de légèreté m'envahir, mais je me retiens. Je n'aimerai pas que Kinou pense que je me moque de lui, ça serait vraiment bête de gâcher un moment comme ça!

Finalement, c'est lui qui se détache de moi, doucement pour ne pas me brusquer, sans doute. Et puis il me regarda un instant, sa petite expression habituelle, sans rien dire. Moi je me contentai de lui sourire, gardant cependant le silence. Je pense que le pouvoir des mots est fort mais celui du silence l'est aussi. Juste un regard, un sourire, un court instant. Tout ça peut suffire à se comprendre sans parler, j'imagine. Moi je suis un peu bête mais je pense être assez intelligente pour savoir quand je dois me taire, aussi difficile soit-il selon les situations. Enfin, actuellement ça n'a rien de vraiment dérangeant alors il n'y a pas de raison de se sentir mal à l'aise. Kinou finit par retrouver sa position initiale, scrutant alors le paysage, l'air pensif. Bien qu'ayant cette même posture, introvertie et défensive, je le sens plus tranquille. Sa couleur à perdu un peu de cette teinte terne. Voir ça me donne encore plus la conviction que les câlins ont des effets thérapeutiques. après tout, rien de mieux qu'un câlin quand on ne se sent pas bien! J'en ai la preuve visuelle pendant que d'autres ne peuvent que le ressentir dans leurs émotions.

- Je me demande si tu as reçu mon message confié aux étoiles…

C'est finalement le garçon qui rompit le silence. Un peu timide, n'osant pas croiser mon regard mais en même temps sincère. Je le sens dans sa voix, il se questionne réellement. Et en même temps cet aveux avait quelque chose d'extrêmement mignon! Si dans un premier temps j'avais légèrement bugué, je compris très vite que ce "message confié aux étoiles" devait être une sorte de vœux. Comme lorsqu'on voit une étoile filante. Ça veut dire que, malgré son départ inattendu et précipité, il ne m'avait pas oublié. Ça veut dire qu'il a adressé une pensée au ciel, espérant qu'elle m’atteigne. Je ne peux que comprendre, je fais souvent ça pour parler à Edan et, même si je n'ai pas de réponse physique, j'ai l'impression d'en avoir dans mon cœur. En tout cas ça reste beaucoup trop chou!

Je croise mes jambes en tailleurs avant de reposer mes mains dessus pour me pencher légèrement en avant sans risquer de tomber, tout en inclinant ma tête sur le côté, dans sa direction. Le sourire aux lèvres, le visage détendu et en même temps rayonnant de joie, je reprends la parole.

- Je pense que mon cœur l'a entendu, qu'est-ce que tu en dis? Je suis contente que tu ais pensé à moi en tout cas! Ça me fait vraiment plaisir.

Je souris de plus bel avant de m'étirer en dépliant les jambes puis je me laisse tomber sur le côté pour faire deux tours dans l'herbe et m'arrêter, les bras écartés et le regard vers le ciel.

- Les étoiles sont vraiment géniales pas vrai... dis-je, pensive pendant un instant avant de prendre une grande inspiration et de me mettre à crier Mesdames les étoiles !!! Merci d'apporter un peu de lumières sur Terre!!!

Mon regard brillait d'une espèce de joie, de reconnaissance et de détermination alors que je l'adressai au ciel sans nuages. Et puis je me mis à rire. La situation n'est pas particulièrement drôle mais je me sens simplement bien et légère. Je ne peux pas m'en empêcher! Et puis le rire à tendance à me donner de l'énergie donc c'est plutôt une bonne chose!
Je finis par me calmer pour lever les bras et tendre mes mains vers le soleil, les refermant doucement comme si j'attrapais un papillon.

- Je dois te paraître enfantine mais, tu sais, j'ai vraiment envie de faire comme les étoiles ou le soleil et apporter un peu de lumière dans ce monde moi aussi. Et un jour, tout rayonnera! Et ça sera magnifique!

Je libère ensuite mes mains pour laisser la lueur du soleil se déverser sur mon visage alors que je ferme les yeux et que mon sourire s’élargit un peu plus.
Oui, ça sera magnifique!

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Le malheur peut être

un pas vers le bonheur.
Un mouvement me fit tourner la tête vers mon amie. Pas beaucoup. Juste assez pour regarder son visage. J’avais un peu peur de ce qu’elle pouvait penser. Pourtant, son expression n’avait rien de la moquerie. A moins qu’elle ne cache bien ses sombres pensées ? Non. Ce n’était pas dans sa nature. Pas Sheila. Alors je continuai à la regarder alors qu’elle se plaçait plus confortablement. Son sourire était vraiment magnifique… Tout comme sa voix quand elle prit la parole : douce et chantante dans une mélodie apaisant doucement mon coeur tourmenté.

Nev ne m’avait pas mentit. Les étoiles portaient des messages même si on ne les formulait pas à voix haute. J’avais encore un peu de peine à y croire, même si la jeune femme à mes côtés me montrait le contraire. Ce n’était pas un manque de confiance de ma part. C’était juste… étrange. Peut-être n’avais-je pas l’habitude qu’on me dise deux fois la même chose sans que les personnes soient côtes à côtes. Si, une fois cela avait été le cas, quand les adultes tentaient de me rassurer sur le fait qu’ils étaient là pour me protéger. Ma réaction n’avait pas été très différente, même si je n’avais actuellement pas peur.

En la voyant rouler dans l’herbe sans raison apparente, je ne pus m’empêcher de sourire discrètement. C’était bizarre comme réaction. A quoi pensait-elle ? Je ne parvenais pas à la suivre. Pensée qui ne tarda pas à devenir plus qu’une certitude quand elle se mit à hurler aux étoiles qu’elle les remerciait. Ainsi, moi aussi j’aurais pu hurler cette nuit-là… Sauf que contrairement à maintenant, je me serais fait alors prendre et Nev aurait eu des ennuis par ma faute. Je le savais et je préférais nettement le cas de figure que je vivais avec mon amie de longue date. Au moins nous étions un peu plus libres.

Je la laissai s’amuser, se déverser de toute la joie qu’elle était capable de partager. Quel pouvait donc être son secret ? Je ne parvenais jamais à me lâcher de la sorte. C’était à peine si je pouvais rire à pleine voix. Non, ce n’était pas encore à ma portée. Pas encore. Cela aurait pourtant été bien. Peut-être qu’ainsi j’aurais pu rire avec elle au lieu de pleurer et trembler comme un chiot apeuré. Même Hope avait été plus téméraire que moi alors qu’elle ne me connaissait pas du tout lors de notre rencontre. J’avais hâte de la retrouver elle aussi, comme Numa. Les Nakamura aussi, bien entendu, quoique légèrement moins à cause de ma peur vis-à-vis de leur colère. Oh oui, ils le seraient et me feraient payer mon absence au prix fort. Plus je tardais, plus la douleur serait grande. C’était évident. Pourtant je restais là…

Je dois te paraître enfantine mais, tu sais, j'ai vraiment envie de faire comme les étoiles ou le soleil et apporter un peu de lumière dans ce monde moi aussi. Et un jour, tout rayonnera ! Et ça sera magnifique !


Mon sourire s’amoindrit un peu en l’écoutant. Je voulais croire que cela serait un jour possible. Mais pas pour elle seule. Elle ne pouvait pas se sacrifier pour tout le monde ! Je ne voulais pas qu’elle se sacrifie. Non, je préférais donner ma vie pour éviter une telle optique. C’était étrange de penser cela alors que quelques mois plus tôt j’avais attenté à mes jours par pur désespoir.

Doucement, je me mis à caresser ma blessure à peine cicatrisée sur l’intérieur de mon poignet. Faisant cela, je tentai de trouver les bons mots avant de partager mes pensées avec mon amie :

Pour que le monde rayonne, il faudrait que tout le monde tente d’apporter de la lumière, non ?


Si c’était le cas, je ne faisais pas encore partie de ces personnes. Impossible. En réalité, je me sentais surtout comme étant une ombre. Numa m’avait comparé à la lumière fragile d’une bougie le jour de notre rencontre… Mais était-ce vraiment ça ? Je ne souriais pas. Riait encore moins. Tout le monde devait me soutenir, mais c’était à peine si je rendais la pareil. Je ne savais pas comment faire pour cela. On ne me l’avait pas appris et je n’avais pas eu la force de le faire seul. Peut-être n’était-ce que des excuses, mais je ne parvenais pas à voir les choses autrement. Pas encore.
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La lumière est contagieuse

Je reste un instant allongée dans l'herbe, les yeux fermés alors que le soleil caresse mon visage. C'est tellement agréable de profiter un peu d'une si belle journée! Et j'ai la chance de le faire avec Kinou que je ne pensais absolument pas retrouver ici. Vraiment, la vie est amusante et pleine de surprises. Et j'adore les surprises! C'est un peu comme des cadeaux! Ah... Je suis bien là... Ma respiration se fait plus ample, signe que je suis détendue, avant que je n'entende la petite voix timide de mon ami me parvenir.

- Pour que le monde rayonne, il faudrait que tout le monde tente d’apporter de la lumière, non ? demanda-t-il, légèrement incertain.

Je pris une grande inspiration avant de me redresser et de m'asseoir pour le regarder. Il a l'air soucieux... Qu'est-ce qui peut bien se passer dans sa tête? Pour moi la réponse est évidente mais lui semble encore dans le flou. J'incline légèrement la tête sur le côté tout en appuyant mes mains sur le sol pour reposer mon poids dessus.

- Ben oui, je ne vois pas où est le problème.

Je ne sais pas, j'ai dit ça spontanément pour répondre à ses incertitudes. Yuki n'est pas un garçon très bavard ou du moins, il a du mal à exprimer totalement ses pensées et comme je ne suis pas devin, je ne pourrai pas comprendre 100% de la profondeur de sa question mais il faut bien que je lui dise comment je vois la chose. Du tac au tac, j’enchaîne mon discours pour mieux illustrer mon propos et éclairer sa lanterne. Je lui adresse un sourire sincère tout en reprenant la parole.

- Moi, je veux apporter de la lumière aux gens et ils pourront eux-même apporter cette lumière à d'autres personnes. Pas besoin d'aller voir tout le monde sur Terre pour changer le monde! Mais pour commencer, en agissant à notre échelle et en donnant le meilleur de nous même, c'est déjà bien. Et c'est comme ça qu'on peut faire la différence petit à petit. C'est un peu comme une grande chaîne en fait! La lumière est contagieuse, tu sais!

Je m'étire à peine ma phrase finie avant de me relever en un bond. Je me sens pleine d'énergie moi! Je sais pas ce que j'ai, j'ai juste l'impression de ressentir beaucoup trop joie pour mon petit corps et que cette émotion a envie de s'exprimer. Je tapote mon vêtement sur lequel était resté collé de l'herbe avant de faire un p'tit tour sur moi-même pour tout faire partir. Puis je me tourne vers le garçon, les mains sur les hanches, bien décidée à faire quelque chose. Peu importe quoi mais faire un truc. Qu'on s'amuse un peu, qu'on fête nos retrouvailles, bref qu'on passe un bon moment. Je vais trouver, je vais trouver, vous en faites pas!

Je me rapproche de lui, pensive avant d'avoir une envie mais surtout une idée géniale! Oh purée, je suis incroyable! Hum, bref.
Je sors mon téléphone de ma poche et commence à glisser mon doigt sur l'écran. Oui, j'ai mon téléphone, bon. Je sais pas vraiment si j'ai le droit de l'avoir, je ne pense pas... Mais bon, ça va, c'est pas marqué dans le règlement de toute façon donc en théorie, je ne suis pas fraudeuse. Alors chuuuuuuut. Et puis de toute manière y a pas de réseau donc c'est pas comme si je pouvais faire grand chose avec mis à part prendre des photos ou écouter de la musique. Tiens parlant de musique, je trouve enfin celle que je cherchais. Fière et enthousiaste de cette idée, je jetai un petit regard à mon ami avec un sourire non dissimulé avant de lancer la musique.


Je monte le son, pose l'appareil au pied de l'arbre où été adossé Yuki puis commence à bouger au rythme de la chanson. Pas de répétition, pas de chorégraphie, juste de l'impro et du playback sur les paroles que je connais par cœur. J'adresse parfois des signes à Kinou, mimant avec mes mouvements ce que peut raconter la chanson ou bien le pointant parfois du doigts pour le mettre un peu dans l'ambiance et l'inclure à mon show. Bon je vais pas vous mentir, j'attends à peine le premier refrain pour m'approcher et lui tendre les mains pour qu'il me les prenne.

- Kinou! Pour être parti sans rien dire et pour fêter nos retrouvailles, tu me dois une danse! Dis-je en lui adressant un clin d’œil, d'autant plus souriante que la musique me stimule.

Il n'y a aucun reproche dans ma voix, je le dis limite sur le ton de la plaisanterie. Mais cette danse que je réclame c'est un peu ma façon de lui montrer que, déjà je ne lui en veux pas pour ne pas m'avoir dit au revoir, et pour qu'il comprenne que je suis vraiment vraiiiiiiment contente de le revoir!
D'ailleurs, j'attends pas vraiment son autorisation pour lui prendre les mains, le tirer vers moi et l’amener sur notre piste de danse improvisée. Je sais qu'il va être mal à l'aise mais je suis sûre qu'il va s'amuser au final! Alors j'essaye de le faire se sentir bien en le guidant, gardant ses mains dans les miennes pour qu'il ait un repère. De temps en temps j'en lâche une et lève l'autre au dessus de ma tête pour qu'il me fasse tourner. Et puis je lui montre des mouvements tout simples, sur le rythme de la musique pour qu'il m'imite.

Je m'amuse bien! J'espère que lui aussi!

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Le malheur peut être

un pas vers le bonheur.
Je ne faisais plus vraiment attention à ce que faisait Sheila à côté de moi. Donc, quand elle se releva d’un coup, le mouvement me fit un peu sursauter en la regardant. Il se passait quoi ? J’avais dit une bêtise ? Pourtant, l’expression de son expression ne semblait pas montrer une expression quelconque qui aurait pu me le faire croire. Alors… que se passait-il ? Ce furent ses paroles qui me répondirent : pour elle la réponse était une évidence. Donc j’avais dit une bêtise. Je baissai donc la tête à nouveau sur mon poignet que je n’avais pas lâché. La chance qu’elle ne l’ait pas encore vu d’ailleurs ! A moins qu’elle ne l’ait aperçus mais ne m’ait rien dit. Je n’en savais trop rien.

J’allais penser que j’avais pensé à quelque chose d’inutile pour les autres, mais très peu évident pour moi, quand mon amie commença à m’expliquer le fond de ma pensée. Mais malgré ce qu’elle disait, j’avais l’impression que cela ne s’appliquait à pas à ce que je pensais. Donner de la lumière, déjà, ce n’était pas dans mes cordes. Mais, en plus, si tout le monde devait en donner pour illuminer le monde, il allait falloir que quelqu’un apprenne à mes… quatre parents ? à donner de la lumière. La même que celle de Sheila qui était pure et, surtout, douce. D’ailleurs, saurais-je un jour en donner autant qu’elle autour de moi ? J’en doutais tellement… Après tout, j’avais déjà des difficultés à vouloir rester en vie.

A nouveau pris dans mes réflexions, je ne fis plus vraiment attention à ce que faisait mon amie autour de moi. Enfin… si. Un peu. Mais pas autant que je l’aurais fait si j’étais avec un inconnu ou une connaissance à peine rencontrée. J’étais actuellement avec une amie de longue date et, malgré ma joie sincère de la retrouver, je lui faisais assez confiance pour ne pas la “surveiller”, veiller à ce qu’elle ne me fasse pas du mal. Puis, pour moi, les réflexions que je faisais étaient si importantes que je ne pouvais pas les lâcher comme cela.

C’est plus la musique qu’autre chose qui me sortit de ma bulle. Je ne la connaissais pas du tout et ne savais pas du tout ce qu’elle signifiait. Mais, de toute façon, je n’aurais pas pu me mettre à traduire puisqu’en levant la tête, un air interrogatif sur les traits, je vis Sheila en train de… bouger son corps ? Je ne comprenais pas du tout ce qu’il se passait. Je me rappelais avoir écouté de la musique avec Numa alors que j’étais malade, à l’infirmerie, mais elle n’avait pas bougé comme ça. A moins que j’ai loupé quelque chose ? Oublié ? … Quoi qu’en y réfléchissant un peu, je me dis que mes deux amies n’étaient pas pareilles dans leur façon de réagir. Alors, pourquoi les comparai-je ? C’était inutile, au final…

Il ne fallut pas très longtemps pour que, toujours en bougeant, Sheila s’avança vers moi et, me prenant les mains pour me lever, m’entraîna avec elle. J’eus un peu mal face à ses paroles concernant mon départ malgré son ton, mais je ne montrai rien, bien trop surpris par ce qu’elle faisait. A peine sur mes jambes, elle bougea en me tenant toujours, allant jusqu’à tournoyer sur elle-même. Je ne comprenais pas. Elle avait appelé ça “danse”, mais je ne savais pas trop ce que cela signifiait. Je ne bougeai donc pas, la regardant simplement faire, grimaçant parfois légèrement quand les gestes qu’elle me faisait faire tiraient sur mes récentes cicatrices. Néanmoins, une pensée me vint, aussi persistante que libre :


*Elle est belle…*


Etait-ce la “danse” qui la rendait ainsi ? Ou était-elle toujours autant éblouissante ? Sa lumière l’était en tous les cas et je ne voulais pas la voir s’évanouir de quelque façon que ce soit.

Lorsque la musique se termina, il en fut de même de la “danse”. Sheila me lâcha donc et retourna sous l’arbre pour éteindre la musique qui commençait à se lancer et elle resta à l’ombre. Personnellement, je restai à la même place, ne bougeant pas, pour regarder l’océan bleu brillant sous le soleil. Je ne savais plus quoi penser, quoi dire ou que faire… Je voulais tellement partir loin d’ici. Avec Sheila ! Et certainement Naito et Nev… Mais je voulais à tout prix quitter cet endroit. Mais c’était impossible… Impossible…
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Je suis là, Kinou

Yuki a l'air droit comme un piquet. J'espère qu'il prend au moins un peu de plaisir à cet instant de complicité! Je fais de mon mieux pour que la danse ne soit pas compliquée, je bouge seulement sur le rythme en l'entrainant avec moi mais je remarque ses petites grimaces discrètes en fonction des mouvements. Il doit avoir mal quelque part... En baissant légèrement les yeux, je peux voir le creux de ses poignets mais relève immédiatement le regard. Je ne ferrai aucun commentaire et chasse bien vite les pensées qui viennent en même temps que cette découverte pour profiter de l'instant. Je fais toutefois attention aux mouvements que je peux lui faire faire, je n'aimerais pas lui faire mal.

La musique continue sa sérénade, stimulant un peu plus la joie que j'avais pu ressentir tout à l'heure. A vrai dire, je danse un peu pour deux mais ça ne me dérange pas. Je suis déjà contente qu'il n'ait pas repoussé l'idée! Mon sourire s'élargit presque à chaque phrase de la chanson. C'est dingue l'effet que peut avoir la musique sur moi! Je me sens toujours pleine d'émotions lorsque j'en écoute mais surtout lorsque je bouge dessus!
Je crois remarquer que Kinou me regarde avec une certaine insistance. Je heu.. Ça me fait un peu bizarre, il ne me "grignote" jamais des yeux comme ça... Enfin, j'ai peut-être loupé les fois où il l'aurait déjà fait.

Bref, la musique finit par s'arrêter et je salue mon partenaire de danse avant de retourner près de l'arbre et récupérer mon téléphone. La chanson d'après commençait déjà à se lancer mais je l'arrête avant qu'elle ne soit trop entamée et qu'elle me donne envie de danser plus longtemps. Je ne vais pas trop en faire, je sais que Kinou est un garçon à ménager. Je m'étire un long moment, le sourire au lèvres avant de m'adosser à l'arbre et regarder mon ami. Il n'a pas bougé de notre piste de danse improvisée et semble pensif, contemplant l'océan. L'image de ses marques aux poignets me reviennent presque en un éclaire. J'avais pu les occulter le temps de la danse mais là.. non, ça me fait un sacré retour de râteau et j'avoue le vivre assez mal. Même si je connais déjà la mentalité instable de Kinou, même si je l'avais déjà vu au bord d'un toit, le regard beaucoup trop penché vers le vide, j'avais espéré que notre relation lui aurait donné un peu d'espoir. Toutes ces fois où je suis allée le voir après les court, cette opération "commando" que j'avais monté avec Numa pour qu'il ne se fasse plus harceler, j'avais souhaité que.. je sais pas. Que ça l'aiderait à aller mieux. Visiblement non... Ça me fait un peu mal au cœur de savoir qu'il va si mal. Mais maintenant que je suis là, ça va aller! Je vais lui faire remonter la pente! Je l'aiderai autant de fois à se relever s'il en a besoin! De toute façon, je ne compte pas m'enfuir comme une voleuse maintenant que je l'ai retrouvé.

Mais pour le moment je reste un instant contre mon tronc, la tête légèrement levée pour profiter du petit vent dans ma frange. Et puis je me mets à imiter mon ami et regarder l'horizon. Mais, dans un coin de mon œil, je ne peux m'empêcher de voir sa couleur. Le petit goût amer que j'avais sentit tout à l'heure me revient dans la bouche. Kinou... Qu'est-ce qui te tracasse autant?
Je me redresse, abandonnant mon arbre pour m'approcher doucement de lui et l'enlacer, posant ma tête contre son dos. Je suis un peu à court de parole pour le moment et le voir un peu trop près du bord ne me plaît pas. Je reste alors comme ça, silencieuse.

C'est marrant, il a toujours sa petite odeur de vanille. Comme quoi, certaines habitudes ne changent pas! Et moi, j'ai normalement toujours mon parfum à l'acacia. C'est bête mais ce point de repère me donne l'impression que rien n'a changé entre nous. Que notre relation d'amitié n'a pas été entachée par la distance de ces derniers mois. Et ça, c'est rassurant. Maintenant, il ne me reste plus qu'à le secouer un peu! Bon, pas tout de suite, mais à long terme j'aimerai voir de mes propres yeux ses émotions changer de couleur et devenir plus lumineuses.

Je suis là Kinou, ça va aller maintenant.

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Le malheur peut être

un pas vers le bonheur.
Le silence seulement brisé par les vagues m’amène à ressasser le passé. Pas forcément les mauvais moments comme le temps où mes parents japonais m’avaient frappé pour m’éduquer ou lorsque j’avais été maltraité par mes camarades de classe. Mais plus ce qui s’était passé par la suite. Je continuais à me demander pourquoi on avait voulu me changer de famille d’un seul coup. Pourquoi me disait-on que je n’avais pas vécu chez les bons parents et que ceux que je connaissais m’avaient fait du mal ? Certes, j’avais commencé à avoir quelques doutes sur le fait d’avoir reçu du bien pendant mon enfance comme les autres de mon âge… Mais je ne voulais pas croire qu’ils ne m’aimaient pas du tout. Je ne le voulais pas. C’est pourquoi les dires de mon médecin m’étaient si douloureux. Comme quoi, même les “bonnes personnes” pouvaient être mauvaises. Pareil pour ce qui s’était raconté quelques mois plus tôt. Nous étions dans une prison qui était appelé “institut”. On nous faisait croire qu’on allait nous guérir, mais en vérité on était prêt à nous tuer et à nous enfermer sans prendre en considération ce qu’on pensait. Comment était-il possible d’aller bien dans ce genre de situation ?

A vrai dire, je regrettais amèrement de ne pas avoir plus profité de cette année passée avec mes deux amies et m’être fait embarqué par ces policiers. Je voulais retourner en arrière pour tout recommencer. Même si je devais me faire frapper, ce n’était pas grave. Je voulais simplement faire en sorte que nous soyons enfin réunis comme nous devions l’être. … Mais pouvais-je abandonner ceux qui étaient là depuis bien plus longtemps que moi ? N’était-ce pas cruel de ma part ? Mais, en même temps… Que m’était-il possible de faire dans mon état ?

Je réfléchissais encore, me posant toujours plus de questions sans pouvoir avoir de réponse, lorsque je sentis des bras entourer mon abdomen. Sur le coup, je sursautai de surprise. Je ne m’étais pas du tout attendu à ça. Surtout par derrière. Mais je ne réagis pas, préférant analyser ce geste. Je me doutais qu’il s’agissait de Sheila puisque nous étions seuls ici. Mais pourquoi ? Je n’arrivais pas à le savoir. Je ne comprenais pas les raisons qui pouvaient l’amener à me faire ça.

Je sentais la chaleur de ses membres traverser le tissu blanc de mes vêtements. Il faisait déjà bien chaud, mais je ne le craignais pas du tout. Au contraire, ce n’était pas douloureux. Elle ne m’étouffait pas en serrant trop fort, ni ne plantait ses ongles dans ma peau. Pas de griffures non plus. Quant à sa tête, il s’agissait d’un poids léger sur mon dos très droit. En gros, ce qu’elle me faisait ressemblait à un câlin. Je ne savais pas qu’on pouvait faire ça comme ça… Même si Naoto avait fait quelque chose de similaire peu après mon arrivée en cet endroit, cela avait quelque chose de différent. Peut-être parce que j’avais une confiance en Sheila que je n’avais pas encore en ce garçon à ce moment-là. Oui, ce devait être pour cela.

Après un petit moment, je l’appelai doucement par son prénom comme si je lui posais une question :


Sheila ?


Il était certain qu’elle ne pourrait pas comprendre les questions que je me posais sur son état rien que comme ça. Surtout après mon temps d’analyse. Mais comment lui demander ? J’avais plusieurs idées, mais je me trouvais incapable de savoir quelle méthode était la meilleure. Après tout, je ne connaissais pas du tout la raison de son câlin et je ne voulais pas lui demander directement… Du coup, je pesai le pour et le contre rapidement avant de lui demander plus timidement :


Est-ce que… Tout va bien ?

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Tu dois te demander ce que je fais là, non?

La tête contre son dos, les bras entour de lui et les yeux fermés, j'attends. J'attends juste un peu que mes émotions se calment. C'est dingue comme je peux passer par une gamme de sentiments extrêmes en quelques secondes. D'abord la joie intense, l'amusement, l'énergie et puis la mélancolie, la frustration, l'inquiétude. Ce garçon a le don pour me mettre dans tout mon état. Parce que je l'apprécie. Parce que je m'inquiète pour lui. Il me fait beaucoup trop penser à mon petit frère. Dès que je le vois, je ne peux m'empêcher de penser à Edan et de me demander s'il aurait pu ressembler à Kinou. Enfin, s'il avait eu le temps de grandir. De s'épanouir. Mais peut-être qu'il aurait été plus musclé? Il avait bon appétit enfant, il aurait sûrement eu l'air un peu moins maladif que mon ami. Je me demande vraiment quelle apparence il aurait eu. S'il aurait été populaire auprès des filles ou non. S'il aurait eu beaucoup d'amis ou qu'il serait devenu solitaire avec le temps. S'il aurait continué à dessiner ou qu'il se serait tourné vers des activités plus sportives. Et en pensant à ça.. Je regrette. Je regrette tellement...

- Sheila?

La petite voix timide de Kinou me ramène à la raison en un petit sursaut. J'ai l'impression d'être restée comme ça un moment. Est-ce que ça fait vraiment longtemps que je ne bouge plus? J'ai vraiment du mal à me situer... Comme si le temps s'était suspendu dans mes pensées. Comme si je ne sentait plus le vent, la chaleur et le soleil sur ma peau. Comme si je n'avais plus aucun repère autour de moi mis à part le contact de Kinou. Mis à part son odeur. Je crois... Que je me suis un peu perdue dans ma tête. Et maintenant que je suis revenue, je me demande bien à quel moment je me suis autant égaré. Je me redresse très légèrement avant de me blottir un peu plus contre le garçon en resserrant mes bras autour de lui.

- Est-ce que… Tout va bien ? me demanda-t-il encore plus timidement que tout à l'heure.

Je hoche la tête, toujours collée contre son dos, en esquissant un petit sourire. Cette question me fait plaisir. Même s'il a l'air incertain et hésitant, ça me fait vraiment plaisir. Parce qu'il me montre qu'il tient à moi. Parce qu'il me dit qu'il s'inquiète. Après je peux comprendre, c'est vrai que je suis restée surprenamment silencieuse et que ça ne me ressemble pas. Il commence à bien me connaître on dirait! Ça veut dire qu'on est proche, n'est-ce pas? Enfin, assez proche pour qu'il se rende compte que je suis pensive.

- Oui ça va. Je suis juste contente de t'avoir retrouvé ici c'est tellement... inattendu. Ha ha ha... Ce doit être le destin, tu ne penses pas?

J'avais gardé les yeux fermés. J'affiche un petit sourire et un air détendu de façade qui doit donner un timbre plutôt tranquille à ma voix, un peu comme si je venais de me réveiller et qu'elle était encore endormie. Mais au fond, je n'ose pas parler de mes états d'âme. J'ai bien vu ses cicatrices à ses poignets, ça me préoccupe forcément mais je ne peux pas en parler. Ça serait gâcher le moment. Ça serait pointer du doigts son mal être et même si en temps normal je l'aurais fait pour l'aider, je ne peux pas maintenant. C'est beaucoup trop tôt... Alors je préfère le rassurer. Et puis, doucement, je me mets à reculer en le tirant avec moi. J'aime les hauteurs. J'adore sentir l'air frais contre mon visage. Mais quand je vois Kinou aussi près du bord, j'ai plutôt tendance à m'en méfier. Alors je retourne près de l'arbre, disant que l'ombre serait sûrement plus agréable que le soleil qui tape si fort sur nos tête. Et puis je finis par le lâcher avant de m'adosser à l'arbre, un pied appuyé sur le tronc et les mains derrière le dos. Je regarde le sol un petit instant.

- Dis Kinou? Tu dois te demander ce que je fais là, non?

Je relève la tête pour pouvoir le regarder et lui adresse un sourire. Je ne veux pas l'inquiéter mais je me sens un peu mal à l'aise de devoir lui dire de quelle pathologie je suis atteinte. Après tout, mes "yeux magiques" me donnent accès aux émotions des gens, à leur nature profonde. C'est comme si je faisais ma petite voyeuse à chaque fois que je regardais quelqu'un.

- En fait je suis synesthèse. Enfin, je me nomme comme ça mais je ne suis pas sûre que ça existe en réalité, ha ha.

J'ai lancé ça légèrement. Je ne veux vraiment pas qu'il s'inquiète de mon état de santé parce que je vais très bien! Je considère plutôt ça comme un super pouvoir en vérité. C'est juste que je ne veux pas qu'il pense que je l'ai passé à l'infrarouge à son insu...

- Je suis atteinte de synesthésie multimodale. En gros, mes sens sont très liés. Hum... Comment expliquer ça? En gros mon cerveau fait des associations de sensations qui ne sont pas forcément liées entre elles. Tu as déjà entendu parler des gens qui voit les lettres en couleurs quand on parle? C'est le plus connu. Mais moi c'est un peu plus spécial. En fait, j'associe des couleurs aux émotions et sentiments, je m’interromps un petit instant pour lever la main vers mon visage et pointer mon œil doré de mon index avant de reprendre tranquillement, Je peux "voir" ce qu'est une personne et comment elle se sent, au delà de ce qu'elle veut bien me dire ou me montrer. Leurs auras colorées ne me mentent pas. Et je ne peux pas faire autrement que de les voir, même si je me concentre, même si j'essaye de ne pas regarder, elles s'imposent toujours à mes yeux.

J'émis un petit rire en détournant le regard pour le poser sur un nuage. Je ne veux pas lui faire peur en le regardant et qu'il se dise que je le sonde.

- Mais ça ne s'arrête pas tout à fait là. En fait, les couleurs se traduisent par des sensations gustatives. Par exemple, la tristesse est grise, grossièrement. Et le gris à le goût de la poussière, je posai à nouveau mon regard vers lui avant de fermer les paupières, d'incliner un peu la tête sur le côté en souriant, Est-ce que tu vois ce que je veux dire?

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Le malheur peut être

un pas vers le bonheur.
Contre mon dos, je sentis sa tête aller vers le bas avant de retourner à sa position initiale. J’en conclu qu’il s’agissait sans aucun doute d’un “oui” muet tel que j’appréciais les faire. Ou plus, exactement, comme j’avais l’habitude de les faire. Mais le fait qu’elle se soit autant rapprochée de moi me met quelques doutes. J’avais l’impression qu’elle était triste, je ne savais pas trop pour quelle raison. En fait, peut-être que c’était mes propres émotions qui m’empêchaient d’être objectif. Je ne possédais seulement aucun moyen de savoir si c’était le cas ou non. J’attendis donc qu’elle me lâche pour que je puisse la regarder ou qu’elle me réponde verbalement. En vérité, les deux me convenaient, tant que je pouvais en savoir un peu plus.

Finalement sa voix finit par s’élever avec douceur sans que le vent ne la couvre. Elle me dit alors qu’elle allait bien et qu’elle était simplement heureuse de me trouver ici. Malgré son rire, je ne parvins qu’à émettre une légère grimace le temps de quelques secondes. J’aurais tellement préféré qu’on se retrouve ailleurs que dans cette prison. Je ne voulais pas qu’elle soit là. Ce n’était pas sa place… Pas à mes yeux en tous les cas. Mais je ne pouvais pas le lui dire. Je ne savais pas comment m’y prendre. Pire, j’avais l’impression qu’il faudrait que je lui fasse part de cette mauvaise expérience que j’avais suivie de loin et qui m’avait amené à faire ce geste à nouveau. Après tout, ce n’était pas la première fois… Mais je ne voulais pas y penser. Ce n’était pas le moment. Je ne voulais pas enlever la joie de Sheila avec toute cette histoire, bien qu’un jour il me faudrait peut-être aborder les sujet en profondeur.

Je ne répondis pas à sa supposition que le destin nous avait réuni. Je ne savais pas quelle croyance avoir à ce propos. Ou, plus exactement, je n’y avais jamais réfléchis, trouvant le sujet bien trop compliqué pour moi qui avait déjà bien trop de soucis à gérer. C’est donc dans le silence que je laissai mon amie m’entraîner vers l’ombre de l’arbre qui m’avait abrité jusqu’à son arrivée, et même après. Puis, assis contre le tronc avec elle, je me remis à regarder la fracture entre le ciel et l’océan. Les deux semblaient se toucher et cela me faisait presque rêver de m’y rendre pour pouvoir toucher le ciel et ses étoiles. Ce n’était qu’un rêve irréalisable, je le savais pertinemment, mais c’était agréable. Plus que ressasser le passé, il n’y avait aucun doute à avoir là-dessus.

Après un moment de silence, je ne pus m’empêcher de sursauter légèrement en entendant à nouveau la jeune femme. Cette dernière me demandait alors si je me demandais ce qu’elle faisait là. A vrai dire, il s’agissait d’une de mes premières questions en réalisant qui elle était. Je lui répondis donc à l’affirmative par un signe de tête, n’osant pas le dire de vive voix. J’avais peur de la forcer à me raconter en le faisant. Ce n’était pas mon but. Pourtant, elle répondit à ma curiosité, m’expliquant qu’elle avait une sorte de capacité. Je n’avais pas entendu parler des personnes qui voyaient les lettres en couleur, mais je compris ses explications. A vrai dire, ce n’était pas très difficile à imaginer, même si je me demandais comment elle pouvait savoir les émotions des autres. D’ailleurs, cela voulait sans doute dire qu’elle avait perçu les miennes. Etait-ce pour cela qu’elle nous avait fait danser tout à l’heure ? Ou qu’elle m’avait enlacer ? Etait-ce la véritable raison ? En vérité, je devais énormément l’inquiéter et je m’en voulus pour cela, même s’il était impossible que je puisse savoir qu’elle avait une telle capacité avant qu’elle ne m’en parle.


Je vois, oui, lui répondis-je tout de même en regardant à nouveau mes mains.


Je lui fus reconnaissant qu’elle ne me pose aucune question. Vraiment. Mais j’avais envie de lui retourner l’effort qu’elle venait de faire. Après tout, révéler qu’elle voyait les émotions, même sans le vouloir… cela devait lui demander pas mal de courage. Même envers une personne en qui elle avait confiance. D’ailleurs, faisais-je partie de ce genre de personnes ? C’était étrange… Pourquoi le serais-je ? Je n’avais rien fait pour le mériter. Au contraire, j’avais plutôt fait tout ce qu’il ne fallait pas dans le cadre de l’avoir. Je ne l’avais même pas cherché. Je ne savais donc pas vraiment comment me positionner vis-à-vis de tout cela.

Néanmoins, cela ne changeait rien au besoin que j’avais de lui rendre la pareille. Il me fut cependant difficile de me lancer. Par où commencer ? Que dire ou non ? Comment le formuler ? C’était bien la première fois que j’acceptais d’en parler. Sans parler de la blessure que ça touchait… Je parvins tout de même à prendre la parole avec une hésitation évidente alors que mes yeux restaient rivés sur mes mains ou l’horizon :


Personnellement, on m’a envoyé ici parce que je considère les Nakamura comme ma vraie famille. En fait…


Je laissai un petit silence planer avant de prendre une grande inspiration et continuer ce que j’allais expliquer :

En fait, si je suis partie de l’académie c’est parce que des policiers sont venus me chercher pour m’amener à une famille. Ils disaient que les Nakamura n’étaient pas mes vrais parents, qu’ils m’avaient achetés à un trafic ou je sais pas quoi. Que Yuki n’était pas mon vrai prénom non plus… Mais pour moi ils ont tort. Je ne connais pas les Lanvers, ils ne peuvent pas être mes parents. C’est impossible. Impensable. Et on m’a amené là parce que je refuse de voir les choses autrement…


Peut-être que la situation était un peu différente, mais j’avais dit à Sheila la façon dont je voyais les choses. Et ça me faisait mal. Très mal. Tant et si bien que je fus obligé d’essuyer les larmes qui roulaient sur mes joues sans que je parvienne à les arrêter. A vrai dire, les Lanvers avaient été très gentils avec moi, mais cela me faisait extrêmement peur. La douceur qu’on m’avait portée tout ce temps avait été très effrayante tant je n’y étais pas habitué. Certes, Sheila, Numa et d’autres étaient très gentils avec moi également, mais ça me faisait peur aussi, surtout quand cela venait d’inconnus. Je ne comprenais pas pourquoi tout était si différent qu’avec les Nakamura et c’était peu réconfortant.
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Je veillerai sur toi, Kinou

Le fait de mettre enfin confiée à Kinou m'avait fait du bien. Beaucoup de bien même. Enfin, je mentirai si je disais ne pas avoir d'appréhension concernant sa réponse mais je me sentais déjà un peu mieux. Disons que le plus dur était passé. Maintenant que j'avais tout dit, les choses me semblaient plus légères. Comme si un poids s'était retiré de mes épaules. Mais le petit silence qui planait commençait à me faire me poser des questions. J'espère.. que Kinou ne prend pas mal ce que je viens de dire. J'espère qu'il ne se sentira pas abusé par mon don. Je baisse timidement les yeux vers lui pour essayer de déceler une réponse. Le garçon s'était assis, le dos reposé contre l'arbre et regardait l'horizon.

- Je vois, oui.

Avait répondu ça simplement, baissant son regard sur ses mains. Heum... Est-ce que c'est bien? Ou non? Je sais que je peux être un peu bête des fois et quand on ne me dit pas les choses clairement, je peux avoir du mal à interpréter. Enfin, je me débrouille toujours en observant la réaction ou même la couleur de la personne mais bon, je préfère avoir la certitude que ça va ou non.
Je ne vis aucune once de rouge près du garçon. Aucune agressivité envers moi donc. Je ne devrai pas faire ma curieuse comme ça... Mais en même temps je n'y peux rien, ce n'est pas comme si j'avais le contrôle... Je suis plutôt rassurée de voir qu'il ne m'en veut pas et esquisse même un sourire.

Bon... Heum. Est-ce que je dois ajouter quelque chose? Kinou laisse le silence prendre place entre nous mais je crois le sentir hésitant. Est-ce qu'il faut que je me taise et attende? Je ne sais pas trop quoi faire alors je me gratte la nuque.

- Personnellement, on m’a envoyé ici parce que je considère les Nakamura comme ma vraie famille. En fait…

Finalement, j'ai bien fait de lui laisser du temps. Il voulait bel et bien me dire quelque chose mais il est tellement hésitant dans sa phrase que je ne peux m'empêcher de penser qu'il s'agit de quelque chose de... grave? Ou du moins d'important. Peut-être quelque chose qu'il a sur le cœur et dont il aimerait parler pour se sentir mieux? Un peu comme moi plus tôt.
Un nouveau silence plana. Je vois bien que c'est difficile pour lui alors je préfère ne pas le brusquer. Je reste donc debout, dos contre l'arbre, patientant. Lui ne me regardait pas. Il n'octroyait ce privilège qu'à ses mains ou bien à la mer. Je peux comprendre... Moi aussi je n'ai pas osé l'observer pendant mes explications.

Je l'écoutai attentivement, apprenant les raisons du départ précipité de mon ami. Alors... Des policiers seraient venus le chercher au lycée? Et sa famille japonaise s'avérait ne pas vraiment l'être? Minute, c'est quoi cette histoire de trafic? Il aurait été acheté? Mais qui vend des gens sérieusement?! Ça va pas la tête?! L'idée même me retournait l'estomac et mon visage devait afficher un air profondément mécontent. Ok.. Du calme Sheila. S'il se tourne vers toi à ce moment, tu vas l'inquiéter. Tu ne voudrais pas qu'il pense que tu es en colère contre lui, n'est-ce pas? J'ai besoin de quelques respirations contrôlées pour m'apaiser.
Bon. Donc si j'ai bien compris, il a rencontré sa vrai famille mais ne la considère pas comme telle. Et s'il est là c'est qu'il refuse les choses telles qu'elles sont. Mais... après tout c'est normal, non? Même s'il s'agit d'une famille d'accueil, si les Nakamura l'ont élevé comme un fils, c'est logique qu'il ait plus d'affection pour... Oh mon dieu! Je suis stupide. Terriblement stupide! Si de base ces gens l'ont acheté sur un trafic d'enfants, évidement que ce ne doit pas être des personnes très nettes! Et puis, vu le caractère extrêmement craintif de Kinou, je doute que ce foyer lui ait été épanouissant. Qu'est-ce que je peux être lente à la détente. Oui bon. Vu sous cet angle je peux comprendre que les gens trouvent ça bizarre que mon ami porte de l'affection à cette famille. Heum... Y a pas un truc pour ceux qui aiment leur "ravisseur" ? Genre.. Comme la Belle et la Bête. Syndrome de Stockholm? Quelque chose comme ça?

Je ne sais pas trop quoi dire là. Je ne sais pas vraiment qui à raison dans l'histoire. Mais je suis tout de même très étonnée que Kinou me parle autant. Quand je lui ai dit ma pathologie, je n'attendais pas de lui qu'il fasse de même. Mais je ne m'en plaindrai pas. Je suis plutôt touchée, même. Ça veut dire qu'il me fait assez confiance. Je souris à cette idée avant de me laisser glisser le long du tronc pour m'asseoir près de lui. Là, je lui prend la main avant de poser ma tête sur son épaule. Je l'ai déjà suffisamment enlacé, je ne veux pas devenir envahissante mais je veux tout de même lui démontrer ma présence.

- D'accord. Merci de m'avoir raconter tout ça. Promis, je le garderai pour moi et tu sais que si tu as besoin tu peux venir me voir.

Je ferme les yeux. Tout ce que je peux faire est de lui offrir mon soutient. De lui témoigner ma tendresse par ce contact et préserver son être en ne dévoilant pas au grand jour ce qui le fait souffrir.
Maintenant que je suis là, je veillerai sur toi, Kinou.

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Le malheur peut être

un pas vers le bonheur.
A côté de moi, j’entendis Sheila bouger. Je ne savais pas pourquoi, et encore moins à ce qu’elle pouvait bien penser. Mais, dans tous les cas, je ne fis rien pour la regarder. Je n’osais pas quand bien même si je lui faisais confiance. Je devais être le pire de ses amis. Avais-je déjà fait un geste pour elle avec tout ce que je lui demandais ? J’étais certain que non. A part le câlin de plus tôt, je n’avais jamais rien fait pour elle. Pas une seule aide et encore moins d’écoute. J’en étais persuadé. Comment pouvait-elle me supporter, moi qui était si ignoble envers elle ou les autres par mon comportement ?

J’en étais là de mes réflexion lorsque je sentis sa main attraper la mienne et poser sa tête sur mes épaules. J’en arrêtai de bouger pour la regarder avec étonnement. Pourquoi... ? Avais-je donc mérité un tel geste ? Je cherchais les mots pour le lui demander quand elle prit les devants, me remerciant pour lui avoir raconté ce qui me faisait autant mal. Elle ajouta également qu’elle ne le dirait à personne et que, en plus de cela, elle serait là pour moi si j’en ressentais le besoin.

Mes traits se détendirent légèrement. Puis, après avoir retourné mon regard vers l’océan, je posai ma tête sur la sienne. Est-ce que cela se faisait ? Si ce n’était pas le cas, sans doute me le dirait-elle. Alors, je restai ainsi jusqu’à ce qu’elle bouge, profitant simplement de sa présence comme j’aurais dû le faire quand elle était venue me rendre visite dans ma chambre d’internat. Tout simplement.


Merci. Pour tout…


Ce fut les seuls mots qui furent prononcés dans ce moment de paix. Je ne savais pas combien de temps il allait durer, mais je comptais bien savourer chaque seconde passée ainsi. C’était tout ce que je pouvais faire pour elle et pour oublier, au moins un peu, la torture mentale que je vivais depuis que j’étais là.

FIN

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