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20/10/2018
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22/09/2018 Modification des pourcentages révolutionnaires (cf. PA et heure supp')
16/09/2018 Ajout du bouton Discord qui avait disparu ;-;

Je t'attendais sans le savoir ... [pv : Sheila]

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Nevrabriel était assis au pied de son lit, les fesses sur le sol, regardant son petit frère jouer avec des petites figurines. Il lui racontait une histoire que Nevrabriel lui avait lui-même raconté autrefois. Le petit garçon avait un sourire magnifique sur son visage enfantin. Il riait d’un timbre cristallin, ses yeux saphirs luisaient d’un éclat tendre alors que son haut carrelé d’un tartan semblait être un peu trop grand pour lui. Il était encore plus frêle que son ainé à son âge et ses vêtements lui étaient grands. Alistair racontait mal les histoires, normal, c’était un enfant, mais Nevrabriel ne disait rien, il se contentait de le regarder, un tendre sourire sur les lèvres alors que ses yeux étaient vides de toute présente. Il était ailleurs, dans son monde, un monde merveilleux où les personnes chères étaient avec lui. Parfois, Merywen passait dans son champ de vision, lui adressait des sourires et des paroles et s’en aller, comme si elle allait rejoindre ses amis, quelque part en Ecosses.
Et il se sentait apaisé ainsi.

Soudain, un bruit familier alla cogner contre sa porte. Une personne voulait rentrer. Nevrabriel avait fermé sa chambre avec une chaise sur la poignée et faisait le mort. Cependant, il se mit à fixer la poignée de la porte bouger au dessus du dossier de la chaise. Et il hésita. La voix derrière lui était familier et amical, une personne qui ne lui voulait que du bien, une personne qui s’inquiétait de son état. Il entendait son nom plusieurs fois, reconnaissait cette voix qu’il appréciait. Son corps s’éleva doucement du sol mais une voix l’arrêta immédiatement.

*Nev, mon chéri, ne laisse pas cette personne entrer. Tu es bien mieux avec nous.*


Nevrabriel resta un moment figé avant de tourner doucement la tête. Sa grand-mère le fixait avec des yeux qui semblaient lui faire une demande importante. Elle avait le même regard que lorsqu’il était partit à l’Institut à quatorze ans. Le regard de détresse qui aurait aimé le retenir. Ce jour là, il était quand même partit. Il était parti loin d’elle, loin de son foyer. Pour quoi au final ?
Il ne ferait pas la même erreur.
Nevrabriel regarda la poignée, longuement, avant de se tourner vers ses illusions. Elle avait raison. Il était mieux avec eux. Sa grand-mère, sa sœur, son frère et Anna.

Le jeune homme voulait rester avec son petit frère, continuer de le regarder jouer avec ses figurines, continuer de voir son sourire et entendre l’écho de sa voix traverser ses oreilles. Et si quelqu’un entrait, il ne le pourrait plus.
La porte remua pendant un moment. Nevrabriel savait que ce n’était pas un surveillant ou un médecin, surtout quand la voix s’éleva à travers la porte.
Il n’ouvrirait à personne.

*Même pas à elle ?*

Anna était assise sur son bureau, les jambes croisées pendants vers le sol, le haut de son uniforme éternellement trop grand pour elle tombait sur l’une de ses épaules innocence malgré son age. La belle brune désigna de son menton le carnet qu’Astrid lui avait offert à coté d’elle. Nevrabriel  fixa un instant l’objet en question, puis, doucement, il tendit le bras pour le prendre. Un carnet que la londonienne lui avait offert pour son anniversaire. Souvent, le patient relisait ce qu’elle avait inscrit à la dernière page, de son écriture délicate et soignée.

N'est point morte la douleur s'encombrant dans l'oubli
Exécrant la moindre âme voulant la découvrir
Vacillant entre cordes et doigts endoloris
Retourner vers cette peine ne serait que martyr
Alors que les notes, elles, expriment bien les non-dits
Berçant mélodieusement nos plus beaux souvenirs
Racontant notre histoire à nos précieux amis
Illogiques mais fidèles, elles frappent sans ligne de mire
Excluant les ténèbres et laissant seuls réunis
La joie d'un rouquin de son, et d'une lune de cire

Un fin sourire se dessina sur le visage creusé de l’écossais alors que ses doigts caressaient l’encre qu’avait gravé Astrid pour lui. Le jeune homme chérissait chaque lettre, chaque virgule de ce poème, le renvoyant à cette après midi près du lac où son cœur avait commencé à battre pour ses yeux.
Anna avait raison. Il ne voulait voir personne, mais aurait toujours de la place pour Astrid, toujours une porte ouverte, toujours …

La personne derrière la porte se rendit à l’évidence et cessa de vouloir entrer. De nouveau seul, Nevrabriel, quand à lui, avait reporté son attention sur son petit frère, son précieux carnet dans la main, oubliant presque qu’il n’était pas en Ecosse.

La journée passa ainsi. Le jeune homme avait retiré sa chaise à l’heure du diné, pour éviter que les surveillants de défonce sa porte et pour se faire trainer dans les sanitaires après avoir rendu un plateau aussi remplis qu’à son arrivé. Seul le verre d’eau fut à moitié vidé.
Sur le chemin pour une douche quotidienne, Nevrabriel se mit à parler tout seul, laissant les silhouettes des surveillants s’effacer pour laisser place à celles de ses amis écossais. Ce n’était pas la première fois que Nevrabriel était totalement plongé dans ses illusions mais les surveillants ne pouvaient rien faire d’autres que le tirer de là en posant leurs mains sur ses épaules. Il s’était évanouit une fois et transporté auprès de son médecin, mais Donatien ne pouvait rien pour lui. Il devenait fou, c’était une évidence.

Et la nuit tomba.

La nuit semblait plus respirable que le jour. Elle était paisible, silencieuse. Personne n’essayait de venir pénétrer dans sa sphère privée. Nevrabriel pouvait admirer les étoiles et la lune. Il pouvait être pleinement malade. Pas de médecins, pas de surveillants, pas de personnes réelles. Juste lui et ceux qu’ils désiraient ardemment avoir près de son être.

Merywen et Alistair jouaient sur son lit alors que le jeune homme était en train de mettre au propre une symphonie qu’il avait écrit il y avait quelques temps. Maintenant que Nevrabriel ne passait plus son temps dehors, il avait largement le temps de mettre ses mélodies aux propres pour soigneusement les ranger.
Ce fut sans compter sur ses cadets qui se mirent à sautiller à cotés de son bureau, demandant à jouer dehors avec lui. Nevrabriel était fatigué et voulait terminer son ouvrage, mais l’insistance des enfants étaient bien trop grande et il céda rapidement.
Connaissant à présent la ronde des gardes, il lui était aisé de se faufiler à travers les couloirs. Le jeune homme esquiva avec un silence religieux toute présence humaine jusqu’à l’extérieur. De là, Nevrabriel se rendit facilement vers les cotés, la partie où l’océan était accessible. Il alla s’asseoir sur un des rochers qui bordait le lit marin et regarda ses cadets jouer dans l’eau.
Ils faisaient souvent ça en Ecosses. Même si l’été était frais, Nevrabriel, sa sœur, et leurs amis se rendaient dans le loch le plus proche pour des baignades jusqu’à la tombée de la nuit. Alistair ne venait pas, ou il restait sur le bord à cause de sa santé fragile. Ici, dans la tête du roux, il n’était pas faible, il était plus vivant que jamais, il était le plus heureux des petits garçons et avait une belle vie qui l’attendait.

Les cadets Erskine semblaient heureux entre les petites vagues. Nevrabriel eut un sourire léger, une jambe pendant vers l’eau alors que l’autre était recroquevillé vers lui, les mains autour de cette jambe et le menton sur son genou. Il ferma doucement les yeux, fatigué, laissant la brise caresser ses cheveux et rafraichir son corps déjà bien froid.
Alors que tout allait pour le mieux, la voix de sa sœur retendit jusqu’à lui.

*Nev ! Nev ! J’ai perdu mon collier !*


Le jeune homme ouvrit les yeux avec difficulté et se tourna vers sa cadette qui lui montrait un point dans l’eau, le visage paniqué.

*Nev ! Ste plait, aide moi à le chercher !*

L’ainé regarda le point que désignait Merywen. C’était loin. Comment avait-elle fait pour le perdre là-bas ? La petite semblait presque apeurée, ses expressions étaient très limpides sur son visage arrondis. Nevrabriel quitta son rocher, laissant ses pieds chaussés atteindre l’eau.
Elle était gelée.
Le contact avec l’océan le réveilla subitement et violemment, mais pas assez pour faire partir ses illusions. Le fait d’être revenu à la réalité pendant une seconde et de manière brutale lui donna une violente migraine alors qu’il entendait sa sœur lui demandait de l’aide.
Nevrabriel se plia légèrement en tenant son front d’une main, il serra les dents en s’avançant dans l’eau, exprimant à ses cadets :

_Restez là vous deux, je vais le chercher.

Nevrabriel titubait dans l’eau, mais il ne voulait pas qu’il arrive quoique se soit à sa sœur qui était si têtue qu’elle pourrait le chercher dans une tempête si elle le voulait.
L’eau s’imprégnait dans les vêtements du jeune homme au fur et à mesure qu’il avançait dans vers l’horizon. Les sifflements dans ses oreilles étaient de moins en moins intenses et un filet rougeâtre quitta sa narine sans qu’il ne s’en rende compte. Un gout de fer atteignit sa bouche mais l’écossais continua à avancer jusqu’à ne plus avoir pied. De là, il laissa le poids de ses vetements l’entrainer vers le fond de l’eau, oubliant presque pourquoi il était là …

L’eau … était froide … elle s’imprégnait dans les tissus de ses vêtements, les engloutissant, les rendant lourds. Son corps était à l’horizontal de la surface, le visage tourné vers l’extérieur, les yeux ouvert, il regardait le reflet de la lune à travers les ondes aquatiques.
Son corps s’éloignait de plus en plus de la rive, entrainé par les vagues, mais Nevrabriel ne ressentait aucune pression marine. Il n’entendait rien. Tout était silencieux. Il n’y avait ni le réelle, ni les illusions. Il y avait simplement les bulles qu’il émettait et le reflet de la lune au dessus de lui.

La lune … et sa robe de nuit … semblait s’éloigner toujours plus …

Une autre volée de bulles quitta sa bouche pour remonter à la surface et une pression se fit sentir dans ses poumons. L’air … il n’en avait presque plus …

La voix d’Anna l’appelait dans un étrange écho : *Nev ?* mais il n’arrivait pas à distinguer d’où elle pouvait provenir. Du fond de la mer ? De la surface ? De sa tête ?

Nevrabriel expira doucement, libérant doucement ses poumons pour pouvoir continuer à rester sous cette eau froide mais avenante, comme attirer par le chant d’une sirène maléfique. Il devait retrouver quelque chose. Il ne savait pas quoi, mais il devait le retrouver.
De nouveau, la voix douce et bienveillante d’Anna émana en un écho songeur dans son esprit :

*Nev, qu’est-ce que tu fais dans l’eau ?*

A cet instant, le jeune homme ouvrit les yeux en grand, comme réveillé d’un cauchemar et se mit à remonter à la surface, tant bien que mal avec ses vêtements qui limitaient ses mouvements et l’attirait vers le fond de l’océan. Son oxygène commençait à manquer cruellement mais il continuait à remonter comme il le pouvait. Son esprit commençait à vaciller alors qu’il buvait la tasse, remplissant ses poumons d’une eau salé indésirable.

*Nev … Revient.*

Cette eau sombre qui paraissait accueillante lui semblait être le piège du démon. L’attirant pour mieux le tuer. Elle se paraissait plus enchantée, elle était froide, elle était infernale, agrippant ses vêtements tels des doigts crochus, le tirant d’avantage vers le bas sans qu’il n’arrive à s’en défaire.

*Remonte.*

*Remonte.*

Soudain, Nevrabriel sentit une main l’agripper. Une petite main le tirer vers la surface. Une main remplie de bienveillance et d’audace.

Anna ?



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Je t'attendais sans le savoir...

Une nouvelle journée est passée dans cet institut. Plutôt calme par rapport à certains jours, j'ai pu me concentrer sur des activités qui me plaisaient comme la danse ou le parcours. Enfin, le parcours est un bien grand mot... Vu qu'il n'y a presque que l'établissement qui a des bâtiments sur cette île et j'aimerai autant ne pas attirer l'attention tout de suite. J'ai bien l'impression qu'ils sont beaucoup plus à cheval sur la discipline que mon lycée. Donc on va plutôt dire que je me suis adonnée à de l'escalade. Grimper aux arbres c'est cool! Mais ça peut être dangereux... Je me souviens de ma rencontre avec Numa, ça m'a vacciné de mon impulsivité disons. En effet, je fais toujours le tour du tronc pour m'assurer qu'il n'y a aucun bouts de verres au sol, ça serait bête de me retrouver encore une fois dans une situation aussi délicate. Je supporte une chute sans trop de problèmes mais avoir le bras et une partie du dos perforés un peu moins. Non en fait, je ne veux carrément plus me retrouver dans cette position! Enfin, maintenant que j'y pense ça m'a permit de rencontrer Mademoiselle Iélanov et, même si c'était pas facile au début, je suis plutôt contente de ça. Un mal pour un bien tout compte fait. Un petit sourire naît sur mes lèvres alors que je repense à cette si charmante infirmière et à mon amie. J'aimerai bien les revoir... Si mademoiselle Dessanges avait réellement été mademoiselle Iélanov, j'aurai squatté le bureau tout le temps! Quoi que... En fait c'est le cas même sans la présence de l'infirmière parce que cette secrétaire est vraiment trop adorable! Elles se ressemblent beaucoup maintenant que j'y pense... Ça me perturbe toujours autant.

En rangeant mes affaires, je regarde une dernière fois la ligne de l'horizon comme pour m'imprégner de ce bleu si agréable en bouche. Un goût ressemblant à de la menthe glacée. Je comprends vraiment pourquoi Kinou aime autant cet endroit, il est charmant en plus d'être une parfaite piste de danse improvisée. Glissant la lanière de mon sac sur mon épaule, je décroche mon regard du paysage pour retourner à l'institut. La nuit n'est pas encore tombée, je n'ai même pas pu assister au coucher du soleil mais j'ai deux trois choses à faire avant d'aller respecter le couvre feu.

***

Il fait nuit noir... Mais j'aime bien regarder au travers la vitre de ma fenêtre. La pleine lune éclaire d'une lueur bleutée, reflétant ses rayons contre le sol de ma chambre, l'emplissant d'une ambiance douce et froide, presque irréelle. C'est vraiment beau. Hypnotisant. Doucement, j'effleurai le poignet sur lequel était accroché la gourmette argentée d'Edan comme pour le faire participer à cette vision mais... Elle est où? Je regarde vivement mon poignet, repassant ma main dessus. Elle est où?!

Je me lève d'un bon, fonce à mon sac pour fouiller dedans. Quand je danse j'ai parfois le réflexe de retirer le bijou pour ne pas l’abîmer et j'ai souvenir de l'avoir fait aujourd'hui. Si je ne l'ai pas au poignet, il est forcément dans l'une des poches. Je trouve pas... Je trouve pas! Je renverse le contenu par terre pour avoir un meilleur angle de vu, vide entièrement les poches mais rien. Oh non... Mais quelle idiote je suis! Je n'arrive pas à croire que j'ai refait la même erreur! Cette impression de déjà vu me renvoie à ma deuxième année de lycée lorsque la gourmette avait glissé de mon sac une fois ma chorégraphie achevée. J'avais rappliqué au bassin à carpes direct quand je m'en suis rendue compte. D'ailleurs j'y ai rencontré Ellyn dans un quiproquo parfaitement ridicule! Ah... Et dire qu'elle ne m'a pas aimé à cause de ça... Heureusement que les choses se sont améliorées plus tard.

Enfin bref, vous l'aurez compris, il est hors de question que je laisse les choses en l'état, je dois aller récupérer ma gourmette! Je glisse le nez dehors avec précaution. Je sais que y a des rondes de surveillants mais je n'ai aucune idée de leur fonctionnement... Si je le tente par là j'ai pas le droit à l'erreur... Sinon, je peux toujours passer par la fenêtre? Je tourne la tête vers cette dernière, réfléchissant un instant.

Bon. Fenêtre!

Je referme ma porte discrétos pour rejoindre la vitre et l'ouvrir. Je ne suis pas vraiment au rez-de-chaussé, disons plutôt au premier étage. Mais j'ai la chance d'avoir la gouttière pas loin et les appuis son pas dégueux. J'ai vu pire! Bon avant tout chose, je me change quand même parce que le pyjama alors que je suis frileuse, non merci. Une fois fait, je me penche légèrement au dessus du vide, étudiant un peu mieux mon environnement avant de glisser dans le cadre de la fenêtre et de poser un pied sur une première prise. Il faut juste que j'atteigne la gouttière qui se trouve sur ma droite et ça sera une balade de santé!


Mes pieds touchent terre tandis que je frotte mes mains entre elles pour en faire partir la poussière. Bon, finalement l'obscurité ne m'a pas beaucoup aidé mais je m'en suis sortie sans problèmes, c'est le principale! Direction: les côtes!
D'un pas décidé et d'un œil vigilent, je m'approche des grilles pour sortir. Une fois que je suis sûre qu'il n'y ait plus aucun gardes possibles dans les environs, je me mets à courir vers ma destination sans me retourner.

Je tâte le sol, fouille entre les herbes et m'aide de la lumière si gentiment offerte par la lune pour espérer retrouver mon bien le plus précieux. Et puis un reflet d'argent frappe mon œil. Il est là! Je mets la main dessus aussi rapidement qu'énergiquement, comme si quelqu'un aurait pu me le dérober. Puis je soupire de soulagement et m'assoie, resserrant mes doigts sur le bijou. Là, je me sens mieux...

Je regarde un instant autour de moi. Maintenant que je suis ici, autant en profiter pour observer l'aura mystérieuse de la nuit mariée à la lune. Tiens? Je crois entendre quelque chose en contre bas ce qui attire mon regard et stoppe net ma contemplation. Je ne suis pas tout à fait sûre mais j'ai l'impression de voir une longue silhouette faire face à la mer, silencieuse sur le sable.  Si ma synesthésie ne me disait pas le contraire, j'aurai cru avoir rêvé cependant, une petite aura rose pâle enveloppait cette personne. Rose pâle mais terriblement obstruée par du gris foncé. Les regrets... Oh merde, il s'avance dans l'eau! Il va quand même pas faire une bêtise?! Je saute sur mes pieds et prends le petit sentier qui mène vers la plage à vitesse grand V pour essayer de le choper avant qu'il ne mène son inconscience à bout.

Une fois sur la plage je m'approche de l'eau, glissant mes mains dans mes cheveux pour mieux presser mon crâne. Ce grand idiot! Où est-ce qu'il est?! Je ne vois rien ni personne, je n'entends même pas de bruit mis à part celui des vagues. Il est déjà dans l'eau?! Sous l'eau?! Je m'approche à la limite de l'écume, laissant mes yeux se balader nerveusement sur l'étendu glacée face à moi. C'est pas vrai! Pas le temps de te poser de question Sheila!
Je crois bien qu'il était parti par là, si je continue tout droit je vais bien finir par tomber dessus... En un éclair, je retire mes chaussures et mon haut -je garde mon soutif, faut pas abuser non plus, je suis pas pudique mais quand même- pour m'enfoncer dans l'océan. Là je crois bien avoir lâché un juron ou une insulte tellement elle était froide. Mais sérieux! C'est pas possible un peu de chaleur?! On est censé être en été, merde!

J'essaye de faire abstraction et continue d'avancer. Le contact de l'eau avec mon ventre est juste horrible, j'ai l'impression de me prendre un coup à l'estomac à cause de la température. Aller, courage Sheila, c'est pour le bien de quelqu'un.. Je crois voir une forme s'agiter au loin et aperçoit cette couleur rose. C'est lui! ... Ou elle, j'en sais rien au final. Mais heureusement que j'ai sa couleur sinon je ne le trouverai jamais dans cette obscurité. Sans réfléchir, je plonge et me retrouve la tête sous l'eau, poussant sur mes bras et mes jambes pour nager plus vite. C'est qu'il est allé loin en plus! Quand je sors la tête pour récupérer mon souffle, je constate que je n'ai déjà plus pieds et que les vagues ont maintenant pour effet de m'éloigner des côtes avec une efficacité déconcertante. Ça va être un problème pour le retour ça...

Je pique un crawl. J'y suis presque. Sa couleur m'offre un repère pour ne pas m'éloigner. Et puis le voilà qu'il coule une nouvelle fois. Je rêve?! Aller plus vite Sheila! Sinon il va mourir! L'adrénaline doit m'aider dans ma nage parce que je rejoins en un éclaire l'endroit où je l'ai vu pour la dernière fois avant qu'il ne soit emporté par les profondeurs. En baissant les yeux, je parviens à distinguer la lueur de son aura coloré à travers l'eau. Mais elle me semble vraiment loin.. De nouveau, je plonge et me mets à nager vers le fond, me forçant à garder les yeux ouverts pour ne pas le perdre.  

Je tends ma main et agrippe son poignet pour le ramener vers moi tandis que mes doigts de libres glissent sur sa joue jusqu'à atteindre l'arrière de son crâne. Il est sous l'eau depuis bien trop longtemps. Bien trop profondément. Le temps qu'on remonte, je pourrai le perdre. Le réflexe parle avant ma réflexion. Je tends mon visage vers le sien avant de poser mes lèvres contre les siennes pour lui offrir de l'air. Je n'en ai plus beaucoup, je ne sais pas si j'arriverai à garder les idées claires très longtemps d'autant plus que mon oxygène se raréfie à mesure que je bouge. J'espère que je vais le sauver. J'espère que je vais nous sauver.

Il faut que je remonte avant que je ne me sente mal. Je glisse mes bras autour de lui avant de donner des impulsions avec mes jambes pour filer vers la surface. Aller plus vite! Plus vite.. A m'agiter comme ça en ayant céder mon air je commence à avoir la tête qui tourne... Aller.. Aller.. Reprends-toi Sheila, si tu ne parviens pas à le sauver et que tu coules avec lui ça n'aura servi à rien!

Enfin, j’atteins la surface et reprends une gigantesque bouffée d'oxygène. Purée, j'ai eu un moment de trouille, je l'avoue...
Je m'assure que le garçon a pu récupérer de l'air aussi avant de passer derrière lui et de l'enlacer fermement. Heureusement qu'on a eu des cours de secourisme et qu'Eireen m'a aidé à le perfectionner au lycée sinon je ne sais pas comment je me serais débrouillée. Je tourne le regard vers le sable, essayant de me repérer dans cette obscurité mais y parvient assez efficacement grâce à le lumière de la lune. Aller, on s'en va de là!

Je commence à faire marche arrière en direction de la côte, m'assurant régulièrement qu'il a la tête bien hors de l'eau tout en mobilisant le moindre de mes muscles pour me donner plus de force. Les vagues freinent mon avancée, le poids des vêtements mouillés du garçon me mettent à rude épreuve et je ne parle même pas de sa taille... Parce qu'il est vachement grand et moi toute petite. Parce que j'ai l'impression qu'il se laisse porter et moi qui fait tout. Bon, je peux comprendre qu'il soit sonné par le manque d'oxygène et qu'il soit tout faible mais... Un coup de main? Peut-être?

Bref.

Après ma lutte acharnée, je retrouve enfin le sable. Dès que je le sens contre mon dos, je me relève en aidant mon protéger du soir. Maintenant qu'on est sur pied, il ne reste qu'à marcher jusqu'à ce qu'on soit totalement hors de l'eau. Mais il n'a pas l'air dans une forme olympique alors je l'épaule du mieux que je peux, frissonnant au moindre contacte de vent sur ma peau trempée.

Et puis, une fois en sécurité, je me laisse m’effondrer sur le sable, reprenant goulûment ma respiration après tout les efforts que j'ai fournis, toussotant un peu à cause des quelques fois où j'ai bu la tasse.

- Ç-Ça va..? lançai-je à l'égard du garçon.

J'avoue que, malgré mon inquiétude, je n'arrive pas à le regarder. Je suis beaucoup trop occupée à me recroqueviller pour lutter contre le vent. Beaucoup trop occupée à presser mes mains contre mes yeux qui me piquent depuis que je les ai laissé ouvert dans l'eau salée.

J'ai mal partout. Je brûle de froid.

Codage par Libella sur Graphiorum




Sheila fait la papote à n'importe qui en #8B008B
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La main qui agrippa la sienne le tira comme elle le pouvait vers l’extérieur mais le jeune homme sombrait de plus en plus. Ses jambes s’arrêtèrent de battre et sa main libre de brasser l’eau. Les yeux bicolores de Nevrabriel regardèrent cette silhouette à la lueur de la lune à travers les ondulations des vagues. Eau qui lui brulait les yeux. Eau qui lui brulait la peau. Eau qui brulait ses poumons.

La sensation de sentir ses organes se remplir d’un corps étranger était douloureux. Tout son corps lui envoyait des signes, des alertes pour qu’il se sauve, mais le jeune homme, malgré son instinct de survie réveillé, n’avait plus la volonté de lutter.
Les paupières de l’écossais se fermèrent alors que sa conscience quittait doucement son corps. Ce n’était rien, c’était comme dormir … Dormir et rêver … Rêver pour toujours …

Puis soudain, il sentit quelque chose longer son visage pour atteindre le dessus de sa nuque. Une main. Une petite main. Plus petite que ceux de Lucy. Avec des fins doigts qui ne pouvaient appartenir qu’à une file. Puis … une sensation sur ses lèvres … de l’air …

Nevrabriel ouvrit doucement les yeux et distingua un visage collé au sien, des lèvres collées aux siennes. Mais il ne connaissait pas ces lèvres. Il n’en avait connu qu’une et était certain que ses souvenirs de ces baisers ne ressemblaient à rien à ceux-là.
Ce n’était pas Anna.

Anna était morte.

Et il allait mourir s’il ne faisait rien.

Cette personne qui lui offre de l’air allait mourir s’il ne faisait rien !

* Nevrabriel Erskine, réveille toi !*

La voix d’Anna raisonna dans sa tête comme si elle lui hurlait près de son oreille. Le jeune homme reprit conscience et battit des pieds alors que sa sauveuse l’avait prit comme elle le pouvait pour les faire remonter à la surface. Et elle réussit.

Libre, Nevrabriel recracha toute l’eau qu’il avait pu avaler, se forçant à tousser pour évacuer ses poumons meurtris. Il continua à battre faiblement des jambes mais avait du mal à faire autre chose, comme si l’océan avait prit son énergie. L’écossais sentit des bras l’entourer par derrière et le trainer à la surface. Il se laissa faire, complètement affaiblis et impuissant jusqu’à la rive. Ses forces le quittèrent facilement et il se laissait sombrer de tant à autres mais la demoiselle s’assurait à chaque moment qu’il avait la tête hors de l’eau, le réveillant de ses ténèbres.

Une fois qu’ils eurent pieds, la jeune fille aida Nevrabriel à se relever. Le roux mit toutes ses forces à se redresser et marcher malgré le tremblement de ses jambes et le poids de ses vêtements. Il flanchait à chaque instant mais sa sauveuse le redressait avec fermeté. Et finalement, le sable sec.

L’inconnue se laissa tomber et Nevrabriel en fit de même, à bout de souffle, ne remarquant aucunement son accoutrement, la moitié du visage collé au sable. Le jeune homme se mit à tousser de nouveau, reprenant de l’air et évacuant l’eau. Son cœur fatigué battait à rompre à cause de l’effort fournis mais commençait déjà à se calmer.

_ Ç-Ça va..?

Nevrabriel avait parfaitement entendu la voix féminine de la personne qui l’avait sorti de là. Et c’était une sensation étrange. Il n’entendait plus de voix sourdes ou de sifflements incessants, comme si on venait de lui retirer une otite.
C’était … presque effrayant …

Le jeune homme se tourna sur le coté, montrant son dos à la demoiselle, sa main se mit à caresser le sable et il regarda ses doigts amaigris s’enfoncer entre les minuscule cailloux qui formaient la plage. Obnubilé par ces milliers de grains.
Tout était si silencieux … où était ses illusions ? Pourquoi est-ce qu’il n’entendait plus rien ?
Il avait froid.

Qu’est-ce qu’il faisait ? …

_Désolé …

Ce silence … même le bruit de l’océan semblait si silencieux à coté de tout ce qu’il entendait lorsque sa maladie était active. C’était comme être sourd, ou être mort. Mais le bruit de l’eau ressemblait à la musique de l’enfer. Elle n’avait pas de sens sans les voix des personnes qu’il chérissait. Le sable n’avait pas de textures sans ces visages et la nuit n’avait aucune beauté sans leur présence.

Et lui, était encore là … à attendre … enfermé sur une île … attendre que se soit son heure … attendre de mourir … ou attendre d’être sauvé …

Sans se retourner, Nevrabriel exprima d’une voix claire et neutre, comme s’il n’était pas vraiment là :

_Tu aurais pu te noyer à cause de moi …



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Je t'attendais sans le savoir...

Le vent s'agrippe sur ma peau, ravivant le glacé de l'eau. Je déteste vraiment cette sensation... J'ai l'impression qu'un simple petit souffle me paralyse toute entière dans une étreinte insupportable. Comme si des flocons de neige étaient tombés sur ma peau et cristallisaient instantanément pour obstruer mes mouvements. Est-ce normal d'espérer sentir un rayon de soleil percer les nuages pour s'abattre sur moi alors qu'il fait nuit? J'ai envie de me réchauffer. J'ai besoin de me réchauffer, de sentir de la chaleur me couvrir, de me débarrasser de cette sensation si désagréable.

Je me recroqueville un peu plus pendant un instant, essayant d'essuyer au moins mes yeux. Qu'est-ce que j'aimerai un peu d'eau douce pour soulager ce feu qui me brûle la rétine. Ou du moins, avoir de quoi me sécher. Enfin... Mis à part le vent. Ça a le mérite de chasser un peu l'eau de ma peau mais c'est froid quoi. Bref, je l'ai déjà assez dit je pense mais je suis frileuse et là je vis mal ma situation.
Du calme Sheila, ça va aller, essaye de faire abstraction. Respire doucement, ferme les yeux et pense à quelque chose d'apaisant. Ça va aller.

Inspirer.
Vider son esprit.
Expirer.

Je me sens un peu mieux. J'ai l'habitude de réguler ma respiration et calmer mon stresse depuis que je fais de la danse. J'étais obligée si je voulais réussir mes compétitions et je dois avouer que c'est très aidant pour pleins de situations. L'apaisement me permet de mieux me rendre compte de ce qu'il se passe autour de moi. Le garçon que je viens d'aider tousse et crache de l'eau, respirant assez irrégulièrement. Après un petit bout de temps, il parvient à se calmer -je crois- et me tourne le dos. Et moi, je ne peux m'empêcher de le regarder, d'observer cette faible couleur qui émane de lui. Pourquoi est-elle aussi sombre? Je vois bien cette petite teinte de rose pâle mais elle me semble tellement recouverte de gris et bleu foncés... J'ai l'impression que ce garçon a des remords ou des regrets... Que quelque chose le raccroche au passé. Mais je ne suis pas tout à fait sûre.. C'est un peu bizarre. Je suis triste de le voir ainsi. Qu'a-t-il pu lui arriver pour qu'il se retrouver dans cet état? Le rose est une si jolie couleur... C'est dommage qu'elle soit autant grignotée et ternie par toutes les autres.

- Désolé …

Le garçon avait soufflé cette excuse dans une voix triste. Enfin, c'est ainsi que je l’interprétais. Il a l'air tellement abattu... Est-ce qu'il a... cherché à se suicider? Cette idée me rappelle immédiatement Kinou, sur ce toit.. J'ai un pincement au cœur. Quelque chose qui me sert la poitrine. Et quand je le vois, meurtrit, je me demande si j'ai bien fait de l'aider. S'il avait vraiment.. envie de mourir, est-ce que j'avais le droit de l'empêcher? Est-ce qu'il va m'en vouloir d'être intervenue?
Doucement, je me redresse pour m'asseoir. Je ne fais même pas attention à tout le sable qui est resté collé à ma peau et mes cheveux tant ce jeune homme m'interpelle. J'espère que.. qu'au fond il attendait de l'aide. Depuis la mort d'Edan, j'ai l'impression d'avoir ce complexe du sauveur. Je ne peux pas m'en empêcher, dès que je vois quelqu'un mal ou dans une situation grave j'ai besoin d'aller à leur rescousse. Tiens? C'est bizarre... Peut-être qu'au fond, tout ce que je cherche à faire c'est d'effacer la culpabilité que j'ai ressenti ce jour là? La culpabilité de ne pas être aller chercher mon petit frère avec mon père comme je le faisais toujours. La culpabilité de ne pas avoir été là pour empêcher tout ça. Alors, maintenant, s'il y a un problème et que je suis présente, je ne peux pas laisser les choses dégénérer. C'est impossible. Mais... Est-ce que c'est bien de faire ça?

- Tu aurais pu te noyer à cause de moi …

Clair. Neutre. Vide.
J'ai l'impression qu'il est là sans l'être. Comme si je regardai un fantôme. Présent mais déjà partit... Et je ne sais pas trop comment le rassurer... Je prends un court instant pour réfléchir, frottant mes mains sur mes bras dans un réflexe pour me réchauffer, observant la lune. Est-ce que j'aurai pu me noyer en plongeant à son aide? La logique tendrait à dire que oui. Mais moi je ne pense pas. Après tout, je n'y étais pas allée avec l'intention de mourir donc je ne serais pas morte! Voilà, c'est pas plus compliqué que ça. J'esquisse un petit sourire avant de tourner la tête vers lui.

- Bien sûr que non! Tant que je ne l'aurai pas décidé, je ne mourrai pas. T'en fais pas, je vais parfaitement bien. Et toi? Est-ce que ça va aller?

Je le lui ai déjà demandé mais il ne m'a pas vraiment répondu la première fois alors je préfère réitérer. Je veux vraiment m'assurer de son état. Physiquement, ça a pas l'air trop mal dans le sens où il est assez lucide et réveillé pour me répondre normalement. Et comme je l'ai vu se tourner tout à l'heure, ça veut dire que la motricité est pas trop mal. Bon après... La lueur de la lune me permet de voir qu'il est très maigre... Et vu la façon dont il m'a interpellé, je doute que ça aille bien psychologiquement. Bon, sur une île prévue pour accueillir des gens malades, ça ne devrait pas m'étonner mais ça ne m'empêche pas de m'inquiéter. Et puis, s'il s'est retrouvé dans l'eau à accepter de se faire emporter par le fond, je doute que le mental soit au top...

- Au fait, je m'appelle Sheila. Sheila McElroy. Et toi?

Parler m'aide à chasser mes pensées. Je sais que mon cerveau est du genre en ébullition tout le temps et j'ai parfois du mal à le suivre. Je cogite trop. Quand je parle, je peux me concentrer sur une seule chose et ça permet de calmer ou stopper le flux d'idée qui circule continuellement.
C'est peut-être pour ça que je discute autant avec les gens.

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_Tu aurais pu te noyer à cause de moi …

Nevrabriel était dos à la jeune fille alors il ne pouvait pas la voir, il ne pouvait pas lire sur son visage ni même ses gestes. Mais au moins, elle ne pouvait pas la voir non plus, lui et son regard la vide et triste, presque désespéré.
Le jeune homme continuait d’observer les grains de sable, se sentait plus mal encore parce silence dont il n’avait plus l’habitude.

_Bien sûr que non! Tant que je ne l'aurai pas décidé, je ne mourrai pas. T'en fais pas, je vais parfaitement bien. Et toi? Est-ce que ça va aller?


En guise de réponse, Nevrabriel hocha la tète de haut en bas pour dire qu’il allait bien. Il avait déjà bien mal à la trachée par l’eau salée, parler irriterait d’avantage sa gorge meurtrie.
C’était bien étrange pour une personne qui pouvait parler sans relâche. C’était pour ça qu’Ulysse l’appréciait … Peut-être pour cela également qu’il ne l’appréciait plus ? Est-ce qu’il ne l’appréciait vraiment plus ? Nevrabriel ne savait pas … C’était confus à présent, l’amitié … Astrid était clouée à sa paperasse, Lucy préférait passer ses journées avec Barrabil, Willow était introuvable, Kan était trop jeune pour comprendre.
Mais est-ce que cela le dérangeait ou lui allait ? Après tout, ses illusions disparaissaient lorsqu'ils étaient là ...

Et cette fille … Elle parlait vite, fort … positive … Il y avait quelque chose de doux et bienveillant dans sa voix malgré sa vigueur … D’où venait cet accent qui n’était clairement pas britannique ?

_Au fait, je m'appelle Sheila. Sheila McElroy. Et toi?

Sheila … McElroy … C’était irlandais n’est-ce pas ? Cet accent venait d’Irlande. Ce prénom, ce nom. Elle venait d’Irlande. Elle pourrait le comprendre s'il parlait en gaélique ? … Peut-être pas … Etait-ce nécessaire de toute manière ? Etait-ce qu’il souhaitait, parler ?

_C'est jolie ... Sheila …

Nevrabriel continua de caresser le sable. Sa voix était faible et il ne savait pas si le bruit des vagues étouffait ses paroles. Il espérait que non, il n’avait ni la force ni la volonté de répéter ses phrases.

Il avait un nom, c'est vrai, mais il n'avait même plus la force de le prononcer. Il était si long, si compliqué, il n’aurait pas la force de le répéter deux fois. Il n'avait même pas la force de se retourner pour regarder la demoiselle. Et de toute manière elle était en sous vêtements et ce n'était pas correcte de regarder une demoiselle peu vêtue. Il continua de caresser le sable en ne bougeait que ses doigts, son bras endolorie.
Mais se présenter était la moindre des choses, surtout qu’elle lui avait sauvé la vie. Il devait essayer au moins.
Essayer …

_Nev …

Le jeune homme respira doucement avant de se présenter avec son fort accent écossais des Highlands :

_Nevrabriel … Erskine …

Nevrabriel éternua aussitôt son nom prononcé avant de commencer à tousser, comme s’il y avait encore de l’eau à évacuer dans ses poumons. Il se recroquevilla légèrement sur lui même. Bon sang, l'océan était une eau gelée ! Ils allaient tout les deux tomber malade à cause de lui !
Elle n’aurait jamais du venir, bien qu’il était reconnaissant de son intervention. Il ne comptait pas mourir, même si l’idée lui avait déjà traversé l’esprit. Il ne savait pas vraiment ce qu’il voulait, vivre ou mourir était encore abstrait dans son esprit.

_Tu devrais rentrer, tu vas attraper froid.


L’écossais ne savait pas vraiment s'il disait cela pour lui ou pour elle. Il savait seulement que le silence le rendait triste et vide.
Le jeune homme finit par se redresser et se retourner, aider faiblement de ses membres mais il cru bien halluciner en voyant la chevelure flamboyante de l'inconnue, sa peau bien pâle mais surtout ses yeux de différentes couleurs, un oeil d'un charmant noisettes et l’autre doré comme de l’ambre ... Comme lui.
Nevrabriel clignota plusieurs fois des yeux. Elle lui ressemblait, ou il lui ressemblait. C’était comme avoir une jumelle, en bien plus petite, d'autres parents puisse que peur visage n’étaient pas similaire.
Nevrabriel se frottant les yeux avec sa manche n'ayant pas touché le sable et regarda de nouveau la jeune fille.

Je suis fou. Je suis fou …

Et non, la miss était encore bien là avec ses cheveux flamboyant et ses yeux vairons. Nevrabriel se redressa d’avantage et tendit la main vers le visage de la demoiselle, lentement, avec hésitation. Ses doigts frôlèrent sa joue. Il retira vivement sa main en ayant un mouvement de recul. Elle était réelle. Était ce possible ?
Oui.
Il n’entendait aucun sifflement, il l’avait pu la toucher, sentir le froid de sa peau et sa chaleur humaine.

_Rentre ...

Nevrabriel avait les yeux écarquillés comme si Sheila était un fantôme. Il avait du mal à se dire que c’était possible, que c’était possible qu’une personne lui ressemble physiquement ainsi. Impossible qu'elle vienne d'un pays voisin au sien avec une culture proche. Impossible qu'elle puisse être aussi positive avec autant de parole qu'il avait été également. Impossible. Il tourna doucement la tête vers la mer avant de continuer, sa voix aussi perdue que lui :

_Rhabille toi et rentre ...

Le jeune homme essaya de se relever avec difficulté, ses jambes tremblèrent lorsqu'il se mit debout et il commença marcher en titubant, ses mains agrippant son crâne qui lui faisait horriblement mal.
Ou sont-ils ? Ils avaient promis de ne jamais l’abandonner ...

Nevrabriel était totalement perdu. Réalité. L’eau froide et salée. La joue de l’inconnue. Le sable sec. Mais ce n’était pas ce qu’il voulait. Ce n’était pas là où il voulait être. Il voulait être avec eux, en Ecosses, n’importe où en Ecosse mais pas ici, pas avec Donatien, pas avec Barrabil, pas avec ses parents lui annonçant la mort de sa grand-mère, pas avec le sang de Loreleï dans la cours. Pas ici !

_Rentre …



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Je t'attendais sans le savoir...

Le hochement de tête du garçon m'indique qu'il va bien. Enfin, à peu près disons. J'imagine bien qu'après une semi-noyade, il ne soit pas eu top de sa forme mais s'il peut bouger et être assez lucide pour me répondre c'est bon signe. Merci à mademoiselle Iélanov ne m'avoir apprit ça.
Les premières inquiétudes étant dissipées, j'entamai les présentations histoire de faire un peu la conversation. Bon, j'imagine que le moment est mal choisit pour la papote mais c'est déjà pas mal de lui donner mon nom. Après tout, je l'ai sauvé -sans vouloir me vanter- et je suppose qu'il doit se demander qui je suis. Peut-être qu'il trouve ça bizarre que je me sois jetée dans l'eau pour l'aider alors que je ne le connais ni d'Eve ni d'Adams...

Il avait l'air d'aimer mon prénom. Sa voix était encore faible, je le sentais pensif mais ça me faisait plaisir de l'entendre parler.

- Nev … Nevrabriel … Erskine … répondit-il sans parler trop fort.

Mais... Oh mais! Je connais cet accent! Ça vient de chez moi ça! Si j'avais d'abord affiché un air surpris en plus d'un sursaut, mon visage se fendit d'un sourire presque instantanément. Alors comme ça on viendrait du même pays? Mais c'est génial ça! J'ai hâte de parler un peu plus avec lui! J'ai pleins de questions et de sujets de conversations qui me viennent déjà en tête. Je me demande s'il connaît Immortalia. Ou bien Galway. Bon, c'est vrai que c'est une petite contrée paumé avec plus de moutons que d'habitants mais ça serait trop cool qu'il voit ce que c'est! Je pourrai échanger un peu et ça me ferrait vraiment plaisir de pouvoir parler du village qui m'a accompagné dans mes années lycée. Peut-être qu'on a des connaissances communes sans le savoir?

Bref, pleins de question dans ma tête qui se stoppèrent net quand je le vis se recroqueviller en toussant sans ménagement. Oh là... Il doit encore avoir de l'eau dans ses poumons... J'espère que ça va aller. Je tends une main vers lui comme pour lui frotter le dos ou pour le lui tapoter mais je retiens mon geste dès qu'il reprend la parole. Il n'a pas tout à fait tord en plus... A rester là, trempée, dans le sens du vent, je vais finir par prendre froid... D'autant plus que je suis frileuse donc je le sens bien passer.  

- Peut-être mais toi aussi.

Sous entendu: Je ne rentre pas sans toi. Hors de question qu'il reste ici! Je ne l'ai pas sauvé pour qu'il attrape la mort à cause du vent! Non mais oh. Ça serait vraiment bête. Et je suis encore soucieuse de son état. Surtout l'état psychologique à vrai dire... Je ne sais pas ce qui l'a poussé à se laisser couler mais je ne pense pas que ça est été motivé par une bonne nouvelle où tout le monde il est beau, tout le monde y va bien.

Mais je n'ajoute rien, le voyant se redresser maladroitement. Ses membres ont l'air encore faibles... Étant donné sa maigreur, je devrai m'en douter mais.. je sais pas. J'aime pas le voir comme ça. C'est peut-être mon côté sportive qui fait ça mais j'ai vraiment du mal à voir quelqu'un en détresse physique. Ça me donne un pincement au cœur... Mais je n'ai pas vraiment le temps de m'inquiéter plus que ça à vrai dire. En effet, dès qu'il posa ses yeux sur moi, je vis son visage se déformer par l'étonnement. Comme frappé de stupeur. Qu'est-ce qui se passe...? Je regarde rapidement derrière moi pour voir s'il n'y a pas un quelconque "monstre de plage" avant de me retourner vers lui. C'est bien moi qui lui provoque cette réaction. J'ai quelque chose sur le visage -excepté le sable qui est encore un peu collé à l'une de mes joue? Oh... Il a des yeux vairons lui aussi... Et un œil doré en plus. Et ses cheveux flamboyant me font penser au mien. Je crois comprendre son étonnement.

Le garçon se redresse un peu plus avant de tendre lentement la main vers mon visage, toujours aussi perturbé. Je suis du regard ses doigts jusqu'à ce qu'il me donne une légère caresse sur la joue. Je.. heu. Je me sens un peu troublée par sa douceur.. Ça me fait penser à Kat... J'ai l'impression que ça fait une éternité qu'elle ne m'a pas offert ce genre d'attention.. Elle me manque un peu.. Oh maintenant que j'y pense... Est-ce qu'elle m'en voudra si elle sait que j'ai embrassé un garçon?! Je me fige immédiatement à cette idée alors que mon visage vire au rouge. Au mon dieu! J'espère qu'elle ne m'en voudra pas! Est-ce que je dois lui en parler ou le garder pour moi? Mais si elle l'apprend plus tard par un autre biais que moi elle m'en voudra encore plus! Oh mon dieu... Il faut que je la contacte.

- Rentre ... dit-il d'un coup en retirant sa main comme si j'étais brûlante, Rhabille toi et rentre ...

Mais... Qu'est-ce que j'ai fait pour subir un tel rejet? Peut-être qu'il ne voulait pas que je lui vienne en aide? Peut-être qu'il se sent d'autant plus mal maintenant que je l'ai sorti de l'eau? Oh non, quand même pas... Je voulais juste bien faire... Mais il ne me regarde déjà plus. Il se lève avec difficulté. Me tourne le dos puis commence à marcher. Je saute presque sur mes jambes. Mais qu'est-ce qui se passe enfin?

- Hey! Attends!

Je m'apprête à le rattraper mais mon regard s'attarde d'abord sur le sol. Ah mais c'est pas vrai, où sont mes fringues? Avec les vagues et tout le bazar je n'ai pas du revenir à mon point de départ... bon, si je trouve les chaussures, je trouve le reste. Mais je vois que dalle! Parce que je ne suis pas nyctalope et que la lumière de la lune reste quand même limitée. Mais je crois voir deux petites bosses sur le sable, un peu plus loin derrière moi. Je m'élance, tâte l'objet, bingo!

- Hé non mais tu m'attends! lançai-je en tournant la tête vers le garçon alors que j'essayai d'enfiler mes chaussures le plus vite possible.

Je le crois pas, il continu d'avancer le chameau! Une basket de mise. Une deuxième -j'ai manqué de me gameler mais on ne dira rien- et puis je récupère mon haut pour l'enfiler alors que je commence déjà à trottiner vers lui. Ok, tee-shirt mit, là je peux courir.

Une fois à sa hauteur je ralentis mon allure pour marcher à son pas. Je le vois tituber et tends les bras vers lui pour être prête à le rattraper au cas où ses jambes le lâcheraient. Ses mains agrippées à son crâne, le visage déformé par des tourments, le jeune homme semblait vraiment mal.

- Qu'est-ce qui se passe? Tu as mal à la tête? Tu ne veux pas t'asseoir un instant pour récupérer? Qu'est-ce que je peux faire pour t'aider? Nev...

J'ai un débit de parole assez rapide mais je ne peux pas faire autrement. Ce garçon me panique. Il a vraiment l'air d'aller mal. Qu'est-ce que je peux faire...

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_Rentre …

Nevrabriel continuait de marcher, ses mains sur la tête, venant naturellement sur ses oreilles. C’était une chose qu’il faisait lorsque ses illusions étaient trop présentes. Maintenant, c’était la réalité qui était trop présente. Il n’en voulait pas. Il voulait retrouver les personnes qui l’aimaient, aussi inexistantes soient-elle …

Alors l’écossais marchait sur le sable, longeant la plage vers une destination inconnu, n’écoutant même pas les appelle de ladite Sheila.
Ses pas étaient lourds, encore plus avec ses chaussures imbibées d’eau. Le sable collait sur ses vêtements qui collaient sur sa peau, rendant son poids encore plus lourd. Il allait certainement tomber malade avec ses vêtements trempés mais s’en fichait. Il voulait simplement les retrouver, et ne rentrerait pas sans elles …

Perdu et le crane en ébullition, le jeune homme n’entendit pas les pas de la demoiselle venir à lui. Il n’avait pas senti sa présence jusqu’à ce qu’elle apparaisse dans son champs de vision. Elle était petite. Mais sa chevelure semblait flamboyer dans la nuit.
Il la regarda du coin de l’œil rapidement avant que ses yeux ne dérivent ailleurs, essayant de trouver des repères et un sens de l’équilibre pour ne pas s’écrouler au sol.

_ Qu'est-ce qui se passe? Tu as mal à la tête? Tu ne veux pas t'asseoir un instant pour récupérer? Qu'est-ce que je peux faire pour t'aider? Nev...

La respiration de Nevrabriel était rapide. Il devait trouver quelque chose pour se calmer, rapidement, même si sa tête allait complètement exploser et son corps perde connaissance.

L’écossais s’arrêta. Il n’allait pas tenir bien longtemps, il fallait qu’il se calme maintenant ou la demoiselle allait devoir chercher des secours et cela allait leur causer des problèmes à tout les deux. Surtout elle … Lui … avait Donatien …
Elle aurait de gros ennui. Il ne voulait pas ça.

Sans geste brusque, malgré la douleur qui le submergeait, le jeune homme prit la main de la demoiselle et s’assit en tailleur sur le sol, tirant doucement son bras pour qu’elle fasse de même, la faisant assoir en face de lui.

_Une berceuse …

Oui, Lucy avait déjà fait cela, lui chanter une berceuse pour calmer ses crises. La musique pouvait adoucir beaucoup de mœurs, unir des cœurs, endormir, réveiller. C’était comme mettre une personne en transe. Il ne connaissait pas d’autre moyen et refusait de tituber, trempé, jusqu’au bâtiment des médecins. Il se concentrerait sur sa voix pour partir ou pour rester mais il ne voulait pas rester dans la frontière entre la réalité et son contraire.

Nevrabriel ferma les yeux et retira ses poings serrés qu’il posa sur ses genoux. Il avait le dos voûté par la fatigue et le visage tiré vers le bas par la douleur.

_Une comptine … Une chanson …



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Je t'attendais sans le savoir...

Je ne sais pas quoi faire. J'entends sa respiration trop rapide et irrégulière à mon goût, je le vois à peine tenir sur ses jambes et il ne me répond pas. Mais je ne peux pas le laisser comme ça... Déjà parce que ça serait non-assistance à personne en danger mais surtout parce que... Je ne sais pas. Quelque chose me capte. Je ne connais pas sa vie. Je ne sais pas ce qu'il a dans la tête ni ce qui l'a poussé à agir mais sa couleur envahi toutes mes pensées. Je la vois tellement belle à la base mais tellement ternie également... Je ne peux pas rester sans rien faire face à ça. Sa détresse me touche beaucoup trop. Dis-moi quoi faire Nev... Je ne sais pas comment t'aider si tu ne me donnes pas d'instructions, je..

Mes pensées se figent dès qu'il s'arrête. Il va se reposer? Dis-moi que tu vas te reposer un peu... Je n'ai aucune envie de devoir appeler des secours pour être réprimander sur ma sortie nocturne après. Si je peux régler ça par moi-même, ce serait incroyablement parfait. Je crois que mon inquiétude surdimensionnée retombe presque instantanément quand il prend ma main et me tire doucement avec lui pour qu'on s'asseyent. Oh je heu... D'accord. Oui c'est bien, il reprendra des forces comme ça et pourra souffler tranquillement. Et moi aussi en fait. J'ai repris une respiration normale depuis que je suis sortie de l'eau mais j'ai besoin de souffler.. émotionnellement parlant disons. Extirper quelqu'un de la noyade je ne le fais pas tout les jours et c'est un peu éprouvant. J'ai déjà fait pleins de trucs dans ma vie qui ont secoués mes émotions pour les mettre dans un bazar sans nom et je devrai y être habituée mais à chaque fois c'est différent. Et à chaque fois je ne contrôle qu’approximativement mes pics d'adrénalines.

- Une berceuse …

Hein? De quoi parle-t-il? Je ne comprends pas trop ce qu'il attend de moi en disant ça. Est-ce qu'il aimerait que je.. chante? Ah non. Impossible. Je suis beaucoup trop mal à l'aise dans ce domaine! A la limite, je peux danser ou sauter et m'accrocher aux branches pour faire du parcours -même s'il n'y a pas de branches dans le coin- mais chanter... Je ne pense pas être comparable à une casserole mais je ne suis pas non plus une diva! Il me surestime beaucoup trop ce garçon.

- Heu.. J-Je ne..

J'avais essayé d'entamer une objection d'une voix mal assurée mais aussi douce que possible pour ne pas le brusquer mais je le vis lâcher ma main pour poser ses poings fermés sur ses genoux. Baisser les yeux en les fermant tandis que son corps se voûtait à cause d'une fatigue presque palpable. Il a l'air d'avoir tellement mal...

- Une comptine … Une chanson …

Oh... Il insiste. Comment pourrai-je lui dire non lorsqu'il parle avec un murmure si.. désespéré. Je ne sais pas trop ce qu'il tirera de ma chanson mais, je peux peut-être essayer. Une mélodie vient presque naturellement dans ma tête. Je me souviens de chaque parole en gaélique. Après tout, mon père me la chantait tout les soirs pour m'aider à m'endormir. Et je la chantais à Edan dès qu'il voulait l'entendre -même s'il préférait quand je dansais.
Alors je me redresse calmement avant de fermer les yeux pour prendre une inspiration et entamer la mélodie.


Je garde les paupières closent pendant toute la durée des paroles. Je sens mes joues rougir un peu. Je n'ai plus l'habitude de la chanter depuis quelque temps... Mais, bizarrement, j'ai l'impression de ne pas faire de fausses notes. Comme si ma langue m'aidait à ne pas faire de faux pas contrairement à l'anglais. Pourtant je le parle bien plus souvent depuis l'école... Bon après ça ne veut pas dire que j'ai la plus belle voix du monde non plus...

Je reprends une inspiration puis rouvre les yeux. J'ai fini et espère que ça pourra l'aider... D'ailleurs je le regarde pour essayer de voir sa réaction ou distinguer un changement dans sa couleur. Même minime.
Dis-moi que ça va mieux maintenant...

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_Une comptine … Une chanson …

La tête du patient semblait vouloir imploser pour s’éteindre définitivement. Il souffrait beaucoup, désorienté, fatigué et fragilisé comme un ordinateur qui avait trop vécu et voulait simplement s’éteindre pour ne plus jamais se rallumer. Faire sa dernière révérence.
Le cerveau de Nevrabriel était pareil. Il ne fonctionnait pas correctement, il était à la fois jeune et à la fois vieux. Le seul moyen de le maintenir en fonction était de le réparer régulièrement.
Mais depuis combien de temps ne s’était-il pas réparé ? Depuis combien de temps avait-il arrêté de prendre ses médicaments ? Arrêté de suivre le traitement de son médecin ?

Mais ces questions, ce mal de crane, se dissipèrent progressivement alors que le jeune homme se concentrait sur la mélodie de sa jeune sauveuse.
Elle ne le savait certainement pas mais elle le sauvait de nouveau d’un mal être. D’une souffrance physique qui le touchait de l’intérieur.

Les muscles de Nevrabriel se détendit doucement et son mal de crane se calma également. Il se sentit presque flotter. Bien que la voix de Sheila n’égalait pas les chanteuses de disque d’or, le fait que cela soit une berceuse avait quelque chose de doux et maternel, comme un cocon accueillant et chaleureux.
Le roux aurait presque pu se laisser aller tant les paroles gaélique le charmait.
Le gaélique d’Ecosse avait une variante du gaélique irlandais. Mais pendant un bref instant, le jeune homme se revoyait dans sa chambre après un hiver, trempée après une bataille de boule de neiges, se réchauffant dans de grande couverture près d’un feu de cheminée avec sa sœur cadette et sa grand-mère chantant des berceuses gaéliques pour endormir ses protégés.
Un souvenir, un rêve, un souhait ? Il ne savait pas. Il savait seulement que c’était apaisant et que cette image le rendait heureux.

Et la chanson eut une fin.

Le bruit des vagues.
Le chant du vent.
Le silence de la nuit.

_Am bi mi na chadal?*

Et un léger sifflement à ses oreilles.

Nevrabriel ouvrit faiblement les yeux et leva doucement la tête vers la rouquine au regard vairon. Il la regarda longuement dans ses pupilles dépareillées. Son œil doré semblait presque briller dans la nuit alors que son œil brun avait quelque chose de plus discret mais chaleureux. C’était comme voir la terre et le soleil.
Puis, son regard rêveur fixa la mèche dorée sur sa chevelure flamboyante.

Curieux, l’écossais vint doucement prendre la mèche du bout de ses doigts avant de l’enrouler autour de son index.

Astrid faisait ça avec ses cheveux …

Nevrabriel retira son doigt et regarda les reflets de la nuit faire briller cette mèche plus claire que le reste de sa chevelure. C’était comme voir les reflets de la lune dans le l’eau. Lumineux et hypnotisant.

Non, elle n’était pas comme lui. Elle avait un regard bien trop pur et innocent. Elle n’était que la chaleur. Elle n’avait que le soleil dans le regard et le jour dans les paroles.
Elle ne lui ressemblait pas …

Le jeune homme baissa doucement les yeux vers ses mains, se sentant de nouveau seul.
Si elle ne lui ressemblait pas, elle ne pouvait pas comprendre. Mais était-ce qu’il voulait, être compris ? Ou simplement qu’on reste à ses cotés ? Etre sincèrement aimé ? Non finalement … ce qu’il voulait, il ne pouvait pas l’avoir … comme toujours.

Où étaient-ils ? Où était-elle ?

Comme appelée, une voix raisonna doucement à ses oreilles :

*Ne t’en fais pas. Je t’ai dis que je ne te quitterais pas …*

Doucement, l’écossais releva la tête et regarda vers sa gauche. Il n’y avait rien, personne, mais il sentait tout de même la présence d’une personne qu’il a aimé. C’était rassurant. Elle n’était pas réellement à la personne qui faisait battre son cœur mais sa présence était une bougie qui le réchauffait malgré tout.
Il était retourné à ses songes. C’était ce qu’il voulait.

_Merci … Sheila ... Tu devrais rentrer maintenant.

Le jeune homme tourna de nouveau la tête mais pour regarder un visage au dessus de celui de la rouquine. Anna avait les bras croisés et lui souriait avec tendresse. Le fait de la voir ainsi, avec ce sourire et cette posture, semblait presque une habitude. Comme si elle n’était pas partie. Comme si aucun d’eux n’étaient partis.

*Tu devrais rentrer aussi. Et te sécher.*

Plus tard … la lune était belle ce soir. Comme toute les nuits. Toute les voiles nocturnes étaient saisissantes mais d’autant plus lorsque la lune était pleine. Elle semblait presque tourner son doux visage vers le monde, daignant le regarder de sa majesté. Pour un cœur à prendre, il ne pouvait en être qu’attendrit.

_Si on te retrouve ici, tu auras de gros ennuis …


Le jeune homme se releva et adressa un bref regard à Sheila avant de regarder le bâtiment des patients au loin, dans l’obscurité de la nuit.

_Penses à Z01 …










*Suis-je endormi



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Je t'attendais sans le savoir...

Je le regarde, essaye de capter une expression, un signe. Sa couleur semble un peu moins vibrante. Plus tranquille. Il va mieux. Ses muscles ont l'air de se détendre et son visage n'est plus aussi crispé. Cette pensée me fait expirer doucement en fermant les yeux. Ça me rassure. Ce garçon m'a vraiment inquiété l'espace d'un moment et j'avoue que je n'aurais pas su quoi faire si les choses se seraient empirées. Heureusement, ça n'a pas été le cas.
Le jeune homme murmura une phrase entre le vent. "Suis-je endormi". J'arrive à la traduire sans trop de difficulté même si j'ai un peu perdu en efficacité depuis que je parle presque exclusivement anglais mais je ne comprends pas sa question. Pourquoi est-ce qu'il croit être endormi? A cause de la berceuse? Je ne sais pas... Ce garçon me semble bien mystérieux. Qu'est-ce qui peut bien le mettre dans cet état? Son mal-être? Sa pathologie? Je ne sais pas de quoi il souffre alors... peut-être qu'il est perdu à cause d'un symptôme? J'en sais rien. Ça me frustre un peu...

Arrêtant mes pensées sur ces questionnements, je regarde Nev lever la tête vers moi tout en ouvrant les yeux. Il m'observe longuement, en silence. Je ne sais pas trop comment l'interpréter mais sa façon de me regarder donne l'impression qu'il me redécouvre. Comme s'il n'avait pas eu le temps de remarquer mon visage plus tôt. Et moi je lui souris gentiment. Simplement. Qu'est-ce que je peux dire? Qu'est-ce que je peux faire de plus alors que le temps semble suspendue par sa contemplation? Il a vraiment l'air... perdu. Je vais devoir me montrer patiente avec lui, je le sens. Je n'ai pas l'habitude mais si j'ai pu le faire pour Kinou et Kat, je devrais pouvoir m'en sortir avec Nev.
Sans bouger, je le laisse jouer avec la mèche dorée de mes cheveux. Il avait l'air rêveur. Peut-être que je devrai lui parler de Joy et de sa proposition de colorer cette mèche? Ça nous permettrait de changer un peu de sujet et... Nev baisse les yeux vers ses mains, une expression soudainement triste. Qu'est-ce que j'ai encore fait?

Il tourne la tête, regarde dans le vide avant de me conseiller de rentrer au dortoir. Je sais bien que je n'ai rien à faire dehors et que si je me fais attraper ici je risque d'avoir des réprimandes mais je ne peux pas le laisser là. Tant que je ne suis pas sûre qu'il vient avec moi je ne pars pas. Mais il insiste, regardant vaguement au dessus de moi. Instinctivement, je suis son regard mais ne remarque rien de particulier à part la voûte étoilée.

- Si on te retrouve ici, tu auras de gros ennuis …

Le garçon se releva un peu faiblement avant de tourner furtivement le regard vers moi puis de me désigner des yeux les bâtiments dans le lointain.

- Penses à Z01 …

Hum? De qui parle-t-il? Il existe des patients Z? Ah si, ça me dit quelque chose mais j'ai du mal à me souvenir dans quelle tranche de pathologie ils se trouvent... Je devrais peut-être demander à mon médecin demain. Oui je vais faire ça. Mais je ne comprends pas trop ce qu'il essaye de me dire. Qui est Z01? Aurait-il eu des problèmes après s'être fait retrouver dehors alors qu'il n'avait pas le droit? Le mieux c'est encore de poser la question.

- Z01? De qui tu parles, un de tes amis? Qu'est-ce que tu entends par "gros ennuis"?

Bon, je sais bien que j'ai un gros débit de questions mais je n'y peux rien. Il me rend terriblement curieuse en plus de m'inquiéter un peu. Je ne sais pas de qui il parle et si je comprends bien, il s'est passé quelque chose d'assez "grave" pour qu'il l'utilise comme argument pour me faire rentrer au dortoir. J'ai déjà noté la rigidité abusive de l'institut sur certains points du règlement mais je ne pense tout de même pas que les médecins puissent faire quelque chose d'horrible. Ils sont là pour nous guérir après tout, n'est-ce pas?

Codage par Libella sur Graphiorum




Sheila fait la papote à n'importe qui en #8B008B

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