Tout commence par une tasse de thé
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Secrétaire de Donatien
Mar 14 Nov - 23:20
5h45. Le réveil se mit à sonner. Une main tâtonna en dehors de la couverture pour l'éteindre. Agnès était déjà debout, juste emmitouflée dans sa couverture. Il faisait décidément bien trop froid depuis quelques jours le matin. Elle jeta un oeil à la fenêtre recouverte de buée. Bientôt cette buée deviendrait du givre. Elle n'avait vraiment pas choisi d'habiter ici pour le climat. Elle s'étira avant d'abandonner sa couverture à regrets. Une douche bien chaude s'imposait.
6h10. Agnès, enroulée dans sa serviette de bain dans une pièce qui ressemblait désormais plus à un hammam qu'à une salle de bain, essuya son miroir. Elle brossa ses cheveux soigneusement et cacha soigneusement ses cernes violacées avec le maquillage adéquat. Un peu de fond de teint, un coup de mascara puis elle fila s'habiller. Aujourd'hui, c'était chemise blanche, pull à col V beige, sa veste de blaser bleu marine et sa jupe crayon assortie. Elle posa ses lunettes sur son nez, enfila ses escarpins vernis, checka son allure dans un miroir avant d'attraper son sac et de descendre dans la salle commune du bâtiment réservé au personnel et aux médecins.
6h45. La brunette avait fini de déjeuner, un petit déjeuner consistant et efficace : jus de fruits, céréales complètes, laitage et thé accompagné des compléments alimentaires qu'elle ne quittait plus depuis presque deux ans maintenant, autant d'essentiels qui lui permettaient de garder la pêche pour la journée. C'était le moment d'accomplir ses gestes rituels. C'était drôle quand elle y pensait : toute la journée de l'Institut dépendait de ces simples gestes qu'elle allait effectuer. Elle mit de l'eau à chauffer, à 65 degrés précisément, chauffa un peu la tasse qu'elle allait utiliser, délicatement, la porcelaine était fragile et ouvrit la boîte de thé au jasmin. Elle en prit une cuillerée qu'elle transvasa dans un infuseur en métal épuré dont la seule fantaisie était la plume, de porcelaine elle aussi, qui empêchait la chaînette de tomber dans l'eau. Elle versa l'eau afin à la bonne température dans la tasse qu'elle posa sur un plateau, blanc lui aussi, et sortit de la salle commune.
6h58. Agnès se tenait devant la porte de son patron. Elle jeta un oeil à sa montre. Deux minutes trop tôt, elle avait raté son coup. Dommage, elle allait devoir attendre alors que ces deux minutes auraient pu être mises à profit pour autre chose, comme voir les enfants. Mais il insistait. Elle devait frapper à 7h pile. Elle ne voulait pas déranger les tocs de son patron alors elle attendit.
7h00. Elle cogna trois fois à la porte qui s'ouvrit aussitôt, comme d'habitude. La silhouette longiligne de Donatien Elpida apparut dans l'encadrement de porte. Elle lui tendit sa tasse avec un sourire et lança un jovial :

- Bonjour Donatien, vous avez passé une bonne nuit ?

Puis elle glissa le plateau sous son bras, libérant l'autre pour fouiller son sac. Elle en sortit un porte-document et vérifia l'emploi du temps de celui-ci glissé dans la pochette plastique en première page. Elle ne le lut que pour elle - ça faisait longtemps qu'elle avait compris que ça ne servait à rien de lui parler lorsqu'il buvait son thé, il n'écoutait pas - et se remit en tête ce dont elle devait lui parler aujourd'hui. Ce faisant, elle lui jetait quelques coups d'oeil alors qu'il sirotait sa tasse. Un petit sourire se dessina sur ses lèvres. Sa première mission de la journée était accomplie. Donatien ne serait pas de trop mauvaise humeur puisqu'elle n'avait pas failli à sa tâche et c'était une nouvelle journée tranquille qui s'annonçait sur l'île.
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Dim 19 Nov - 19:29


Tout commence par une tasse de thé


Le fils a vingt-sept ans mais il est devant la maison familiale. Du moins, ce qu'il en reste. La végétation a grignoté la façade craquelée. Les fenêtres, si elles ne sont pas couvertes de poussière, sont lacérées. Et la porte ouverte, usée par le temps, montre son chemin au fils dans un grincement. A part ce son strident, pas un bruit.
Le fils finit par entrer. L'intérieur lui, n'a pas changé. Le couloir est aussi lumineux que dans son souvenir. Tout est à sa place. On pourrait presque sentir l'odeur de la cuisine de la mère et la chaleur du feu de cheminée. Seul exception, il y a une cage près de la porte d'entrée. Le fils s'en approche. A l'intérieur, la silhouette est dans le même état que la devanture de la maison. Le fils reconnaît son père. Il s'abaisse et s'étonne de trembler. Il veut le libérer. Et alors qu'il plisse les yeux, il réalise que le prisonnier n'est personne d'autre que lui-même.


Donatien ouvrit brusquement les yeux, tiré de son sommeil. Une claque aurait été moins douloureuse. Un coup d'oeil vers son réveil. 5h12. Donc 5h07 de sommeil approximatif. C'était beaucoup mieux que la veille.
Squelette maigrichon dans son grand lit satiné, Donatien se dit qu'il n'avait plus qu'à attendre. Il n'arriverait plus à se rendormir. Il se passa une main sur le visage, encore secoué par son cauchemar. D'habitude ses nuits étaient lourdes, avec un sommeil de plombs. Il ne rêvait presque jamais. Ce n'était pas le cauchemar en lui-même qui le perturbait, mais le fait d'en avoir fait un. Ou plutôt de s'en souvenir car il avait lu quelques part qu'on rêvait toujours, juste que notre mémoire avait tendance à l'oublier.
Il tourna le visage vers sa fenêtre et ses rideaux blancs tirés qui laisseraient filtrer la lumière d'ici quelques heures. Donatien détestait cette période de l'année où le soleil tardait à se lever. Voir l'évolution de la lumière dans sa chambre l'occupait lors de ses insomnies or, les nuits étaient plus longues en automne.
Six heures. Donatien se leva finalement. Il était resté moins d'une heure sur son matelas, c'était plutôt bon signe. Un jet d'eau froide pour le réveiller définitivement et de l'indécision face à sa garde-robe. Il faisait de plus en plus froid, il pouvait dire adieu à ses chemises. Il opta pour un col roulé blanc, au tissu légèrement moulant. Puis grimaça en enfilant sa paire de chaussettes et ses chaussures. Il détestait cette sensation. Il avait l'impression de s'auto-emprisonner.
Puis, pile quand il eut finit d'attacher son catogan, trois coups frappèrent. Déjà sept heures ? Donatien ouvrit aussitôt et se pressa - du moins comme Donatien Elpida pouvait être pressé - de prendre sa tasse de thé. Le simple contact de la tasse tiède entre ses paumes de mains lui fit du bien.

- Bonjour Donatien, vous avez passé une bonne nuit ? , lui demanda la première personne qu'il voyait chaque matin.

Les yeux dans le vague, Donatien haussa les épaules. Il nota que sa secrétaire ne lui demanda pas s'il avait bien dormi mais s'il avait passé une bonne nuit. La nuance lui sembla importante. Mais il oublia ce détail rapidement, focalisé sur le dossier qu'avait sa secrétaire. De la paperasse, et toujours de la paperasse.
Debout, il sirotait sa tasse, la tenant à deux mains. Le goût du jasmin avait la saveur du quotidien. C'était intriguant.
Dans le flou total, il n'entendait plus rien. Il coupa tous ses sens pour ne se concentrer que sur celui du goût. Et lorsque trois minutes quarante-deux plus tard - tiens, il avait été plus long qu'hier - il finit son thé, ce fut pour le déposer dans la main vide de mademoiselle Dessanges.
Il fit un pas en avant, avançant vers son bureau, avant de demander à sa secrétaire :

- Le col roulé... Ce n'est pas étrange ?

Ce qui aurait pu paraître bizarre pour quelqu'un qui connaissait le fonctionnement de Donatien Elpida était qu'il s'embêtait à gaspiller sa salive pour une question visiblement anodine. Et surtout, qu'il demande son avis à quelqu'un qu'il considérait comme un être inférieur. Mais Donatien était très attaché à son apparence et pour la mauvaise saison de l'année dernière il s'était contenté de gilets en laine. Presque aussi important que le thé, cette question était plus cruciale qu'elle n'en avait l'air.




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