Souvenirs d'une enfance heureuse
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Sam 5 Aoû - 22:26
" - Saurais-tu me dire quand est-ce que tout cela à commencer ?
- Quand nous avons commencé à être double vous voulez dire ?
- C'est ça.
- Je ne saurais pas vraiment vous dire non. D'aussi loin que remonte mes souvenirs, nous avons toujours été deux. On a juste appris à se connaitre au fur et à mesure c'est tout.

Extrait de la transcription d'un enregistrement audio - jour 4


Lore dormait. Lore dormait mais pas Alexander. Lui la regardait intensément, assis en tailleur à côté d'elle, comme si elle devait disparaître à jamais si par malheur il se déconcentrait quelques centièmes de secondes. Il n'arrivait pas à croire qu'il avait réussi. Il l'avait retrouvée. Cela faisait pourtant cinq jours maintenant qu'il était tombé sur elle, un peu par hasard dans les sanitaires de l'aile S. Mais enfermé comme il l'avait été dans sa chambre pour le reste de la semaine, il avait fini par se demander s'il n'avait pas rêvé. Et puis quand il avait enfin pu sortir et qu'elle lui avait fait signe dans la cour avant de lui montrer un coin sympa au bord d'un lac. Ils avaient plongé et s'étaient longtemps éclaboussé avant d'aller s'allonger sur la berge pour sécher au soleil tels deux lézards.
Et maintenant, il était là à la regarder, souriant comme un idiot. Elle émit soudain un petit ronflement adorable qui fit émerger ses souvenirs.

8 ans plus tôt

Le plafond était bas. Mais heureusement il était mou. C'était ce à quoi pensait Alexander alors qu'il s'était une énième fois mangé le plafond en se redressant un peu trop brusquement. La prochaine fois qu'ils feraient une cabane, il faudrait penser à le faire plus haut. Mais à la base, ça leur avait semblé une bonne idée de le faire à cette hauteur là parce que du coup ils étaient obligés de ramper comme dans les missions commandos. Ils avaient utilisés la nappe de la cuisine et celle du salon, les draps housses de leur lit et des tas de punaises, de scotch, d'épingles à linge... Tout en travers de la chambre de Lore. Ils y avaient passé une bonne partie de l'après-midi après avoir fait un stock de cookies pour le goûter et le soir venu, ils avaient refusé de quitter cette drôle d'habitation alors leurs pères les avaient finalement laissés dormir là après leur avoir donné leurs oreillers et leurs couvertures. Oui mais voilà, ils n'avaient pas de matelas et si Loreleï dormait à poings fermés, lui n'y arrivait pas. Mal au dos, trop chaud, pas assez de place... Il jeta un regard envieux à sa soeur. Et elle avait émis le même petit ronflement adorable. Il avait alors souri ou soupiré il ne savait plus trop, et puis il s'était retourné et avait de nouveau essayé de dormi, en vain. Alors il avait réfléchi à de nouveaux plans de cabanes et aux jeux qu'ils pourraient faire le lendemain. Et soudain, l'illumination.
Il donna un coup de coude à la petite fille en chuchotant assez fort :

- Hé Lore ! Tu dors ?

Il pouffa de rire. Il faisait des rimes sans le vouloir, c'était trop drôle ! Puis sans vraiment attendre de réponse - vu le coup de coude qu'il lui avait mis, elle était forcément réveillée - il enchaîna.

- J'ai une idée de génie !

Un grommellement ensommeillé retentit mais d'une façon étrange. Il ne savait pas bien s'il l'avait entendu ou s'il l'avait imaginé mais une chose était sûre, ce n'était pas Lore. C'était assez sourd mais il réussit tout de même à saisir quelques mots.
"Je n'ai rien à voir là-dedans, tes idées sont nulles alors laisse-moi en dehors de ça."
Ces quelques mots firent la lumière dans son cerveau. Ca devait être l'autre, là, celui qui disait s'appeler le Génie, comme dans Aladdin.
Sauf qu'il avait l'air un peu moins sympa. En plus il arrêtait pas de dire que c'était un squatteur et qu'il avait rien à faire là, et puis il arrêtait pas de le traiter d'abruti ou d'imbécile. Et c'était pas très gentil. Il haussa donc les épaules et décida de l'ignorer. Il ne savait pas depuis combien de temps il était là mais à vrai dire, il ne s'était jamais posé la question et à aucun moment il ne s'était dit que c'était quand même un peu bizarre voire inquiétant. En fait, il lui semblait qu'il avait toujours été là. Mais là, il avait un plan à mettre en oeuvre. Il n'avait pas le temps de penser à lui.

- Tu es prête pour une nouvelle aventure, p'tit Caïd ? Demanda-t-il avec un sourire jusqu'aux oreilles.[/i]
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Mar 8 Aoû - 21:52


Loreleï rêvait de cette douce époque où elle n'avait que six ans. Elle était la plus petite des filles de sa classe mais pas la moins teigneuse. Elle portait d'énormes lunettes en plastique bleues, dont la branche droite avait été rafistolée avec du scotch. Ses cheveux châtains étaient longs parce que son père aimait les lui tresser mais elle envisageait sérieusement de les couper, parce que les pirates ça n'avaient pas les cheveux longs.
C'était l'époque aussi où on la choisissait en dernier pour faire les équipes de balle au prisonnier. L'époque où la laissait manger seule à la cantine parce qu'elle parlait trop fort, et parce qu'elle avait affronté la brute de la cours de récré, cette dernière ayant piqué le goûter d'un camarade. Loreleï avait tabassé cette dite brute devant toute sa classe, son professeur s'étant absenté pour quelques minutes, et avait souri chaudement malgré le sang qui coulait sur son front. C'était l'époque où les enfants, méchants à souhaits, la laissèrent tomber. C'était un monstre, obligé. Cette gamine était contente de souffrir !
Mais ce n'était pas grave parce que c'était l'époque où elle construisait des cabanes avec son frère, portait un cache-oeil pour affronter mers et océans et où elle s'endormait au chaud après une épuisante journée. Elle se fichait bien des moqueries, du manque d'appels de sa mère pour prendre des nouvelles et de ne pas comprendre pourquoi sa voisine de classe pleurait quand elle se cognait le genou et pas elle. Son frère était toujours là pour lui prendre la main avant de traverser et pour l'emmener là où Peter Pan ne l'aurait jamais fait.
D'ailleurs, c'était l'époque où, un soir, elle s'était endormie après avoir bâti une fameuse cabane dans sa chambre avec Cap. Roulée dans une couverture, on ne voyait que son petit nez rose qui dépassait. Elle ne dormait pas encore profondément, alors elle entendit plus ou moins la remarque de son frère mais l'ignora. Batman l'attendait en rêve, et il était hors de question de le faire attendre! Gotham avait besoin d'elle ! Le coup de coude l'avait juste chatouillée, ça ne suffisait pas pour la tirer de son super rêve !
En revanche, la phrase magique qui s'ensuivit eut un effet immédiat sur elle.

"J'ai une idée de génie!", s'exclama Cap.

Loreleï ouvrit aussitôt les yeux. Son frère avait toujours des idées de génie, et elle était toujours partante pour des aventures, et ce, même s'il était minuit!
Elle sortit donc de sa couverture dans un petit grognement et se frotta les yeux. Elle tâta à côté d'elle pour trouver sa paire de lunettes tandis que son frère poursuivit avec toujours autant d'enthousiasme :

" Tu es prête pour une nouvelle aventure, p'tit Caïd ?"
"Hé, j'suis pas petite!", bouda-t-elle d'une petite voix, ses lunettes rafistolées enfin sur le bout de son nez.

Elle jeta sa couverture et se mit fièrement debout, les poings sur les hanches, mais la nappe qui leur servait de plafond lui dissimulait la moitié du visage. Elle tenta de s'en dégager avec des petits moulinets de bras aléatoires et, finalement, s'agenouilla tout en faisant la moue.

" Alors Cap? C'est quoi l'aventure ? On va voler le paquet de céréales, comme des ninjas? Ou alors on va secourir une princesse en danger? Je crois que j'ai ma barbie quelque part ... chai pu où..."

A plat ventre, elle se mit à farfouiller autour d'elle à la recherche de l'unique Barbie qu'elle possédait (et qu'elle avait transformée en marraine de la mafia, avec une super robe noire hyper sexy et une tonne de laque dans les cheveux, pour avoir l'air sauvage!). Elle était définitivement réveillée, et rien ne pourrait la rendormir!


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Mar 29 Aoû - 11:47
- Nan, c'est bon, laisse ta barbie on en a pas b'soin. Et pis qui va tabasser le monstre devant l'placard si tu la prends hein ?

C'était leur petite tradition. Aucun des deux n'avait peur des monstres dans les placards, du moins à sa connaissance mais cette barbie était toute seule alors il avait bien fallu trouver une façon de l'occuper. Et puis c'était quand même un job bien plus badass que d'aller faire du shopping avec de potentielles copines ou même pire ! Passer la journée à flirter avec un Ken. Beurk. Rien que d'y penser ça lui donnait la nausée.
Alexander se mit à ramper pour sortir de la cabane et émergea de leur espèce de yourte en soupirant de soulagement. Bon sang ! Il avait été sur le point de mourir de chaud ! Il choppa une lampe de poche qu'il braqua sur son visage comme quand on raconte des histoires d'horreur et attendit que Lore sorte à son tour.

- Tu sais Lore, je ne t'ai jamais raconté avant parce que t'étais trop p'tite mais je crois que maintenant, vu qu't'as des compétences en bâtissage de cabane, ça veut dire que t'es assez grande...

Il avait employé son ton le plus mystérieux et son air le plus grave. Il laissa planer le suspens un petit moment, même s'il savait qu'il avait déjà toute son attention.

- En réalité, la maison... Elle a été construite sur...
Un ancien cimetière indien... Et toutes les nuits d'été, vers minuit,
des ombres apparaissent dans le jardin et essaient de rentrer dans la maison.


Il faillit laisser son masque de gravité disparaître sous un sourire mais il tint bon. Il était quand même vachement doué pour raconter les histoires quand même !
"Pfff. Des fantômes ? N'importe quoi. Ce n'est même pas prouvé scientifiquement. Et puis les indiens n'ont jamais mis les pieds en Europe abruti. Comment veux-tu qu'ils y aient installé un cimetière ?"
Encore le rabat-joie. Cap l'ignora complètement, ses papas lui avaient toujours dit que la meilleure des réponses face aux méchants, c'était le silence. Et puis Lore, elle, elle croyait à ses histoires, alors le reste, il s'en fichait. Il reprit son récit.

- Tu vois quand les branches tapent à la fenêtre ? Eh beh c'est pas des branches. Et tu sais pourquoi ils veulent rentrer ? Et bah moi non plus. Mais on va arrêter de se laisser faire. On va leur demander des explications et si ils sont méchants et bah on va les renvoyer en enfer !

Il brandit la lampe torche au-dessus de lui, dans une posture qui se voulait héroïque. Cette nuit allait vraiment être trop cool !
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Dim 3 Sep - 15:34

Quand Cap lui dit de laisser tomber la Barbie, Loreleï se sentit trahie. D'accord, la poupée devait surveiller les monstres du placard mais tout de même... Elle pouvait se reconvertir en ninja elle aussi ! Après tout, elle avait été Marraine de Mafia, Céréales Killeuse puis Surveillante du Monstre du Placard. Qu'est-ce qu'elle était instable la Barbie, ce n'était pas comme ça qu'elle allait s'en sortir financièrement.
Bon, parce que Lore était une véritable trouillarde (sauf quand son frère était là, parce qu'il lui inspirait confiance et elle se sentait en sécurité à ses côtés) elle décida d'obtempérer. Quelqu'un devait surveiller le placard.
Elle suivit son frère hors de la cabane et c'est alors qu'elle réalisa qu'il faisait fichtrement chaud à l'intérieur. Elle ouvrit grand la bouche, comme pour mieux respirer l'air de la chambre et puis éternua un petit son aiguë.
Elle se leva sur ses deux minuscules jambes et épousseta son pyjama mal boutonné avant de sursauter. Cap avait pris l'intonation des voyantes qui ont une vision. Le faisceau de la lampe sous le visage, il était vraiment terrifiant. Loreleï dût prendre sur elle-même pour dissimuler sa crainte tandis que son frère lui racontait la vérité sur cette maison ...

"En réalité, la maison... Elle a été construite sur...
Un ancien cimetière indien... Et toutes les nuits d'été, vers minuit,
des ombres apparaissent dans le jardin et essaient de rentrer dans la maison."

"Pff, si tu crois que ça me fait peur, répliqua-t-elle d'une petite voix."

N'empêche qu'il était fortiche son frère. Elle, elle avait toujours habité cette maison, et c'était lui et son papa qui avaient emménagés ici. Or, il savait malgré tout des choses que elle, elle ignorait... Trop fort Cap !
Loreleï se tenait droite, les pieds bien ancrés au sol mais les poings serrés. Elle voulut voir la nuit et vérifier l'existence de ces fameux fantômes à travers la fenêtre mais les draps lui cachaient la vue.

"Tu vois quand les branches tapent à la fenêtre ? Eh beh c'est pas des branches. Et tu sais pourquoi ils veulent rentrer ? Et bah moi non plus. Mais on va arrêter de se laisser faire. On va leur demander des explications et si ils sont méchants et bah on va les renvoyer en enfer !"

Et, tandis que Cap posait tel un héros, une branche claqua contre la fenêtre avec un parfait timing. Loreleï sursauta et étouffa un cri avant de tenter de reprendre contenance. Non, non, elle n'avait pas peur. C'était euh... De la surprise. C'était pas pareil.
Elle n'allait pas laisser ces fantômes hindous, ou qu'importe la nationalité puisqu'elle l'avait totalement oublié, lui bousiller ses nuits.

"Ok, Cap, mais il faut qu'on se prépare ! Les fantômes, ont les bat pas aussi facilement que ça !"

A quatre pattes, elle repartit à l'intérieur de la cabane de fortune puis en ressortit à peine une minute plus tard, enroulée dans un drap comme si ce dernier était une toge bien grande, une baguette magique dans une main et une boussole en plastique cassée dans l'autre. Sûre d'elle, elle hocha vigoureusement la tête.

"Comme ça, ils pourront pas nous avoir ! C'est la meilleure des défenses et des attaques."

Elle fit quelque pas afin de trouver une armure à son frère mais, comme pour entrer en contradiction avec ses propos, son pied nu marcha sur le tissu et elle trébucha, tombant à plat ventre sur le plancher dans un vacarme épouvantable.
Oups.
Hors RP:
Ce RP est trop mignon pour moi, je fond Smiling Face With He + j'aime trop comment tu introduis la double-personnalité malgré tout !


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Mer 27 Sep - 17:37
Cap sursauta. Cette branche avait eu un timing parfait pour ponctuer et clore son discours. Il n’avait pas eu peur, non, non ! Il avait juste failli perdre le contrôle de sa vessie… Un rire méprisant retentit dans sa tête.
« Bien fait. Abruti. »
« Méchant ! J’ai même pas eu peur d’abord ! J’ai juste fait semblant pour Lore ! »
« C’est ça, c’est ça. Console-toi comme tu peux. »
Tiens. C’était probablement la première qu’il lui répondait. Il haussa les épaules et ne répliqua pas. Il avait autre chose à faire que de discuter avec un méchant comme lui. Il avait une mission à mener à bien avec sa sœur ! D’ailleurs, la voilà qui ressortait de la cabane drapée dans un… bah un drap. Elle avait l’air de porter une toge trop grande. C’était génial !
Il reprit donc sa pose héroïque.

- T’as raison, César ! J’savais qu’t’étais assez grande pour comprendre maint’nant.

Il la vit se prendre les jambes dans sa tenue de sénateur et s’étaler dans un bruit sourd. Sa première réaction fut de rire, rire qui fut vite étouffé par une autre considération. Il se précipita vers elle.

- Chut ! Chuuut ! Tu vas réveiller papa et papa !

Si jamais ils faisaient attraper avant même d’avoir pu préparer leur expédition dans le jardin, ce serait trop nul ! Parce que leurs papas étaient trop cools mais ça allait pas être évident de leur expliquer ce qu’il faisaient en pleine nuit dehors, même s’il n’y avait pas école demain. Il tendit l’oreille. Dans la chambre d’à côté, il entendit son père grogner un peu – il avait toujours eu un sommeil plus léger que le père de Lore – et se retourner. Il retint son souffle, dans l’expectative. Finalement, la respiration de son papa se ralentit et devint plus régulière : il s’était rendormi. Alexander soupira de soulagement.
Il aida sa sœur à se relever et lui demanda par réflexe :

- Ca va ? Tu t’es pas fait mal ?

Avant de se plaquer la paume de la main sur le front. Il oubliait tout le temps qu’elle ne ressentait rien. Elle avait quand même vachement de chance ! Ne jamais avoir mal, ça devait être trop cool, il était jaloux.
« Et bien tu ne devrais pas. Ne pas ressentir la douleur, ce n’est pas normal et c’est dangereux en plus. Parce que du coup tu ne peux pas… »
Bla. Bla. Bla. Cap n’écoutait plus du tout. Ce type était décidément beaucoup trop contrariant, et surtout, beaucoup trop chiant quand il se lançait dans ce genre d’exposé. Il n’avait pas demandé à avoir un monsieur-je-sais-tout dans sa tête lui ! Et puis, il avait beaucoup mieux à faire que de l’écouter. Il devait s’équiper !
Il sortit de la chambre en prenant bien soin de ne pas faire grincer la porte. Il descendit les escaliers en faisant signe à Lore de ne pas faire de bruit et grimaça lorsque la dernière marche craqua sous son poids. Arrivé dans la cuisine, il ouvrit un placard et se saisit d’une passoire et d’une grande casserole. Il mit cette dernière d’autorité sur la tête de sa sœur.

- Equipement de sécurité. Expliqua-t-il d’un ton sérieux et d’un air grave.
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Lun 2 Oct - 21:53

Loreleï eut la chair de poule en imaginant son paparbichette (celui avec des tresses épaisses et des lunettes rondes) et son papa-soja (celui avec des vêtements en coton et qui mange que des courgettes) s'énerver contre elle. Ses yeux s’humidifièrent et elle renifla. Oh non, elle ne voulait pas mettre ses papas en colère !
Elle se statufia en entendant un grognement dans la chambre voisine. Elle ferma les yeux, comme si cela allait empêcher son paparbichette de se réveiller et, devinez quoi ? Ça avait fonctionné ! Jamais le papa d'Alex s'éveilla.
Elle ouvrit ses yeux et remit en place ses lunettes en plastique qui s'étaient cassées la gueule dans sa chute. Elle n'était pas un ninja pour rien dis donc.

- Ça va ? Tu t’es pas fait mal ?

Le petit Caïd papillonna des paupières, dévisageant son frère aîné. Pourquoi est-ce qu'on lui posait toujours cette question? En plus, elle ne la comprenait pas. Sa maman l'avait souvent disputé à cause de ça mais elle, elle n'avait jamais su ce que ça voulait dire "avoir mal". Elle connaissait bien Maléfique, comme dans le Disney, mais elle se doutait bien que avoir "mal" n'était pas le diminutif du nom de la célèbre méchante.
Elle haussa les épaules comme réponse. Ça la frustrait de ne rien piger.
Un peu boudeuse, elle se releva maladroitement, ses joues potelées toutes rouges à cause de la gêne. Elle avait peur qu'on lui dise qu'elle était bête parce qu'elle ne savait pas ce que c'était que la douleur alors que tous ses camarades de classe le savait.
Alors, pour se rassurer, elle fourra sa petite main dans celle de son frère. Son autre poing serré timidement contre sa poitrine, là où son cœur battait à tout rompre. Ouais, elle était visiblement vivante et elle ressentait des sensations. C'était déjà ça.
Lorsqu'ils descendirent les escaliers, sur le qui-vive, Loreleï n'avait toujours pas lâché la main de son frère. Elle serra même ses doigts avec les siens, comme pour l'empêcher de partir.
Mais, finalement, Cap dut se hisser sur la pointe des pieds afin de saisir casserole et passoire. La petite comprit aussitôt ce qu'il voulait faire et ne fut donc pas triste que leur contact s'efface. Elle leva fièrement le menton quand Cap lui mit la casserole trop grande sur sa tête, le manche tourné derrière elle. Elle avait l'air solennel d'une reine durant son couronnement.
Elle saisit la passoire et l'enfonça à son tour très sérieusement sur la tête d'Alexander.

" Il ne faut surtout pas que les fantômes indiens nous attrape. Tiens, prends-ça."

Elle lui tendit sa baguette magique, la rose avec des franges sur le bout et qui était lumineuse à l'époque où Loreleï ne s'était pas amusée à enterrer les piles dans le jardin pour voir si un arbre électrique pousserait.
Elle agita sa boussole cassée pour lui montrer qu'elle aussi été parée. Puis elle s'emmêla dans son drap en essayant de le nouer convenablement. Une traîne la suivait toujours mais au moins le drap ne glissait plus.
A pas feutrés, elle ouvrit le frigo et sortit la bouteille de Ketchup. Le visage partiellement éclairé par la lumière franche du réfrigérateur, elle expliqua :

" Il faut faire l'incantation qui nous protégera. Comme ça, on s'fera pas corrompu."

Elle fronçait les sourcils, déterminée. Puis elle traça un cercle avec la sauce à même le carrelage froid et se mit dedans. Elle tira doucement Cap par le bas de son t-shirt pour qu'il entre dans le cercle avec elle. Puis, elle badigeonna son doigt de Ketchup et se fit une trace avec sur le front, et sur celui de Cap.

"Répète après moi : Hakuna Matata, tu m'auras pas."

Une fois fait, ils seraient invincibles face aux fantômes.


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Mar 17 Oct - 18:03
Cap garda le plus longtemps possible la petite main de sa sœur serrée dans la sienne. Il ne savait pas trop ce qui lui prenait mais comme ça, il se sentait grand, il se sentait fort, comme si elle se remettait entièrement à lui pour la protéger contre le monde. C’était tellement cool d’être un grand frère ! Il n’avait pas peur des responsabilités, il ne savait pas ce que c’était. Après tout ça aurait pu être un pokémon que ça aurait été pareil.
Puis Lore le coiffa de la passoire qu’il avait sorti. Il dût la redresser parce qu’elle l’avait posée de travers et qu’il ne voyait plus rien mais son initiative le fit sourire. Il fut cependant plus dubitatif lorsqu’elle lui tendit sa baguette magique rose à froufrous.

- Eh mais c’est un truc de fille ça ! Protesta-t-il vaguement

Mais il la garda en main. En réalité il s’en foutait bien d’utiliser des jouets de filles, c’était juste qu’apparemment à l’école, ses copains avaient l’air de dire que c’était important de faire la différence. Même s’il aurait préféré la boussole. Ca faisait plus explorateur.
Il la regarda se diriger vers le frigo. Tiens ? Elle avait faim ? Pourtant ils avaient passé la soirée à grignoter des chips et des bonbons dans leur cabane. Elle sortit la bouteille de ketchup.

- Il faut faire l’incantation qui nous protégera. Comme ça on se fera pas corrompu.

« Corrompre. »
« Quoi ? »
« Comme ça on ne se fera pas corrompre. Apprenez à conjuguer, crétins. Vous n’écoutez rien à l’école ? »
Cap tira la langue à la voix, c’est-à-dire, plus ou moins dans le vide, avant d’être de nouveau absorbé dans leur jeu. Il regarda le p’tit Caïd faire un cercle au sol avec le contenu de la bouteille. Il eut une brève pensée pour leur papa-soja qui n’allait pas être content de voir son beau carrelage blanc bio issu du marché équitable tout sale mais Lore attira de nouveau son attention en le tirant dans le cercle.

- Répète après moi : Hakuna Matata, tu ne m’auras pas.

Cap se demanda quelques secondes s’il allait le faire ou pas. Après tout c’était son jeu alors c’était à lui de décider non ? Mais Lore avait l’air tellement convaincue qu’il n’eut pas le cœur de la couper dans son délire. Même s’il ne comprenait pas pourquoi elle faisait référence au Roi Lion, il répéta gentiment sa phrase.
Ils restèrent un moment silencieux, dans ce moment solennel, les yeux brillants. Cette aventure était vraiment prometteuse ; ne restait plus qu’une chose importante à récupérer avant de franchir le pas décisif de la véranda : l’aspirateur, pour se la jouer Ghostbusters. Il alla le chercher dans le placard à balai avant d’être pris d’une subite intuition, il se pencha, plongea son doigt dans le ketchup au sol et traça deux traits sur les joues de Lore puis sur les siennes.

- Contre des esprits indiens, on doit se faire des peintures de guerres, comme eux !

Puis tout en traînant l’aspirateur derrière lui, il se faufila comme un ninja dans la véranda dans laquelle il progressa à coup de roulé-boulés. Enfin, il se plaqua contre le pied de la table et murmura :

- Ca y est, on y est. Tu es prête ? Si tu as trop peur, tu peux encore faire demi-tour…

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