Fell into another hole again... ||feat Alexander
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A189
Lun 2 Oct - 22:38

Aeden s’était installé sur un des vieux bancs usés de la cour. Il profitait qu’il ne pleuve pas pour rester un peu à l’extérieur. C’était toujours mieux que de rester dans sa chambre à respirer l’air vicié de l’institut. Cela faisait quelques mois déjà qu’il avait été admis. Le garçon supportait mal ce nouvel environnement. Il ne se sentait pas à sa place ici. La seule personne à qui il avait vraiment adressé la parole, pour dire plus qu’un « bonjour » depuis qu’il était arrivé, était son médecin. Ce dernier semblait peu soucieux des problèmes d’intégration du garçon. Il semblait bien plus préoccuper par son QI anormalement élevé et il accomplissait quotidiennement une batterie de tests qui devait soit disant à long terme permettre à Aeden de comprendre son fonctionnement. Il sortait justement de son bureau.

Lorsqu’il avait accepté de joindre l’institut, il était loin d’imaginer qu’il aurait si peu de contact avec sa famille, et ces parents lui manquaient. Il avait du mal avec les autres. Les patients. Ils semblaient  vraiment malades. Il secoua la tête, s’en voulant d’être si péjoratif. Le ciel était couvert et le vent s’était levé. Il enfouit le bas de son visage dans son écharpe, seul incartade à l’uniforme règlementaire. Son souffle chaud se dispersait dans les plis du bout de tissu. Il avait essayé de dire au personnel de l’institut qu’il s’agissait d’une erreur et qu’il n’était pas haut potentiel, personne ne l’avaient écouté. Et maintenant il était là. Stupidement assis sur son banc à regarder dans le vide. A se demander quand cette mascarade cesserait. Si elle cessait un jour.
Le garçon se mordilla le bout de la langue, pensif. Ses yeux verts étaient fixés sur un arbre aux couleurs d’automne.

Un arbre aux couleurs d’automne,
Dont les feuilles orange
Se mêlent au monotone
Institut étrange


Ridicule. Aeden leva les yeux au ciel. Il faisait pitié. Mais il devait bien avouer que s’il y a bien une chose qui lui manquait, c’était la lecture. Lui qui, depuis sa plus tendre enfance, dévorait des livres par centaines se voyait privé de cela aussi. Il s’agissait de sa plus belle échappatoire. Lorsqu’il lisait, il ne devait pas réfléchir. Pas de conversations stressantes, pas de pensées qui partent dans tous les sens. Juste des mots qui s’enchainent pour raconter une histoire. Lire lui avait toujours procuré un genre de bien-être et de satisfaction qui lui manquait désormais. Il passa machinalement une main dans ses cheveux. Il s’ennuyait à mourir.

Sa tête tournait en rond depuis qu’il était ici. Il devait sortir de cette torpeur et trouver des idées pour faciliter son séjour, tant qu’il restait. Il savait que si son état et sa dépression empiraient, il ne parviendrait jamais à faire comprendre aux médecins qu’il n’avait pas de raisons de rester là. Qu’il allait bien. Et qu’il était un gars tout ce qu’il y a de plus normal. Il savait que pour cela, il devait se décider à parler aux autres patients, au lieu de rester dans son coin à se morfondre. C’était à peu près la seule activité qui était permise par l’institut.





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S197
Mar 3 Oct - 17:21
« - Comment décidez-vous de qui prend le contrôle ?
- Bah, en fait euh... on est pas toujours d’accord mais…
- Je m’en moque de ça. Je veux une vraie réponse. Claire, nette, précise.
Le regard ennuyé du patient se fait acéré et un léger sourire, peu amical, se dessine sur ses lèvres
- Alors disons que c’est celui qui est le plus à même de gérer au mieux la situation à laquelle on est confrontés.

Extrait d’une transcription annotée d’un enregistrement audio, jour 8 »



Alexander traînait dans la cour, un ballon de football à la main. De temps à autre, il le lâchait et shootait dedans avant d’aller le rechercher. De l’extérieur, on aurait dit une âme en peine, errant en plein ennui, impression qui était renforcée par le temps maussade qui régnait sur les lieux.
C’était son but. De donner cette impression. En réalité, son esprit était en pleine ébullition. D’une part, Cap jouait au ballon, pour passer le temps mais surtout pour donner l’opportunité au Génie de faire son repérage habituel sans attirer l’attention. Celui-ci profitait des allées-venues de sa moitié pour observer et noter l’emplacement des caméras de sécurité de la cour. Visiblement, leur nombre avait été augmenté, remarqua-t-il froidement.
« Ca y est ? T’as fini ? »
« Oui. On peut rentrer. »
« Oh, non ! J’ai pas envie d’rentrer ! En fait j’avais une idée »
Le Génie se tut un instant. Quand Cap avait des idées, ça promettait généralement pas mal d’ennuis.
« Quelle est ton idée ? » Lâcha-t-il finalement.
Un sourire malicieux se peignit sur le visage d’Alexander, alors sous le contrôle de Cap.
« Je voulais juste ‘mettre à l’épreuve une théorie’ comme tu dis »
Bon. Il avait gagné. Cap avait gagné. La curiosité du Génie était piquée.
« Quelle théorie ? »
« Celle qui veut que tu sois incapable de faire quoi qu’ce soit avec ton corps. »
Cette fois-ci, c’était son égo qui était piqué. Le Génie râla et résista pour la forme. Cap le connaissait trop bien. Il était capable de tout quand sa curiosité et son égo étaient titillés de la sorte. Le tourmenteur eut un ricanement volontairement caricatural, qu’il tirait de son expérience des Disney de son enfance en se retirant des commandes de leur corps. Le défi qu’il proposait était évident : après tout, ils avaient un ballon de foot dans les mains.
Le Génie prit donc le contrôle et fixa la balle un moment. Qu’est-ce qu’il allait faire avec ça ? Il le lança plusieurs fois, le rattrapant maladroitement avec les mains, essayant d’évaluer son poids. Il recommença en le lançant un peu plus haut cette fois. Il faillit le faire tomber, s’attirant le rire moqueur de Cap.
« Hé, mec, tu t’fais appeler le Génie alors tu d’vrais savoir que le ‘foot’ dans ‘football’ ça veut dire pied, non ? »
« Ca va, ça va, deux minutes ! » Grommela-t-il.
Il laissa tomber la balle au sol et la poussa timidement du bout de sa chaussure. L’objet roula un peu plus loin. Encouragé par ce succès et poussé par l’insistance de Cap, il recommença plusieurs fois, avec de plus en plus d’assurance, jusqu’à frapper franchement dans la balle. Il le regretta tout de suite. Celle-ci décolla bien au-delà de ses espérances et décrivit une parabole parfaite avant d’aller s’écraser dans le visage d’un patient assis sur un banc.
Le Génie resta un instant interdit.
« Je savais que cette idée n’allait que nous causer des problèmes. »
« Bah, du coup, ma théorie est validée non ? »
« Je te hais. »
Il allait devoir s’excuser. Il détestait ça. Ca revenait à s’abaisser devant des gens auxquels il était supérieur, très souvent. Mais il était poli. Et puisqu’il le fallait… Il espérait juste que cet individu blessé n’irait pas rapporter l’incident aux autorités, sinon ça risquait de passer pour une agression. Il n’avait pas envie d’avoir plus de problème qu’il n’en avait déjà.
Il s’approcha donc de ce qui s’avérait être un garçon de son âge aux cheveux sombres. Il le regarda un instant puis lui adressa la parole en détournant légèrement le regard.

- Je te prie de m’excuser pour ma maladresse. Ce n’était pas volontaire.
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A189
Mer 4 Oct - 0:12

Le ciel gris commençait a à sérieusement foutre le cafard au jeune Aeden. Il n’allait pas tarder à rentrer pour faire… faire quoi d’ailleurs ? Se coucher sur son lit et observer le plafond délavé des dortoirs ? Ou encore se raconter des histoires seul pour passer le temps ? C’était pathétique.

Aie. Il ferma soudainement les yeux dans un réflexe pour protéger le sens qu’il utilisait le plus. Il ne savait pas si le monde se moquait de lui, mais à peine avait il eut le temps de penser à sa vie pathétique qu’il se prit une balle de foot dans la figure. Aie. S’il ne se lamentait pas, ce genre de choses ne lui arriverait pas, il en était sûr. Il se frotta le nez comme si cela pouvait faire aider à évacuer la douleur qui remontait dans ses sinus.

Son regard se tourna vers le « coupable ». Ce dernier était à une bonne distance, Aeden estima qu’il avait de la chance de ne pas saigner du nez car la balle avait dû prendre une très bonne vitesse avant de lui atterrir dessus. Il pensa tout d’abord que le gars qui lui avait fait ça, l’avait fait de manière intentionnel. Il se tanna pour sa méfiance quand le brun s’approcha pour s’excuser. Pourtant quelque chose fit tiquer le jeune adolescent aussitôt. C’était ce regard satisfait. Pas très long. Juste assez pour laisser peser un doute. Aeden relâcha pourtant aussitôt l’attention. Il se sentait stupide d’être aussi méfiant. Ne pouvait-il donc pas simplement parler avec un garçon comme tous les ados de son âge ? La réponse était évidente. Non. Ils étaient dans un institut. Remplis de gens malades.

- Je te prie de m’excuser pour ma maladresse. Ce n’était pas volontaire.

Le brun qui lui faisait face était plus grand que lui, mais ils ne doivent pas avoir un âge très différent. Il avait l’air tout ce qu’il y a de plus normal, en dehors bien sûr de son uniforme blanc qui donnait l’air à n’importe qui d’un interné. Il s’apprêta à répondre puis s’arrêta net. Le monde ne se fout peut être pas du garçon finalement. Il pourrait essayer de prolonger la conversation. Il rétorqua donc, un sourire moqueur aux lèvres :

- Tu vises bien.

L’autre ne peut pas manquer la note d’ironie dans sa voix. Aeden se mordilla la langue, peu sûr de lui. Ce n’était peut-être pas une bonne idée de dire ça. Et si l’autre le prenait mal ? Le garçon en aurait presque pleuré. Ce qu’il pouvait être bête. Pourquoi ne pouvait-il pas simplement accepter ces excuses et tenter une approche plus conventionnelle ? Du genre « Au faites, tu t’appelles ? ». Ce n’était tout de même pas si compliqué que ça. Il ne mit que quelques secondes pour se rattraper mais suffisamment pour s’en vouloir et pour que ses joues prennent une couleur légèrement plus rosées. Aeden baissa le regard pour retrouver un peu de contenance tout en s’exprimant :

- Je rigole, pas de problème. Je n’ai pas vraiment eu mal.

Ok. Ce n’est qu’un demi-mensonge. Il a l’impression d’avoir une balle de foot imprimé sur son nez mais ça passe déjà. Il a vécu pire. Quand on ne sait pas s’exprimer, qu’on est trop gentil et qu’on est entouré des mauvaises personnes, on passe forcément par la case « harceler ».  Et même si c’est plus humiliant que douloureux, ça tourne toujours mal. Surtout quand on défend les autres handicapés sociaux qu’on rencontre. Quand il voit l’état des autres patients, c’est peut être péjoratif mais, il se sent privilégier. Il n’a pas vécu l’enfer comme certains.




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S197
Mar 17 Oct - 18:07
Le Génie crut que le garçon qui lui faisait face n’allait jamais lui répondre. Aussi, il se prépara à faire demi-tour – après tout, il s’était excusé, il n’avait plus rien à faire ici – mais finalement, une voix le retint. Et lui fit grincer des dents. L’ironie était tellement peu subtile qu’elle en était palpable et poisseuse comme le smog qui recouvrait le Londres du XIXème siècle tel qu’il est représenté dans les livres d’Histoire. Et puis, il n’avait pas besoin de souligner sa maladresse bon sang ! Il venait de s’excuser ! Cependant, extérieurement, il garda un aspect calme et froid qu’il ponctua d’un sobre.

- On dirait n’est-ce pas ?

Il resta debout, immobile devant lui. Il sentait confusément que le garçon face à lui n’avait pas terminé, qu’il voulait ajouter quelque chose et qu’il serait très impoli de sa part de s’en aller maintenant. Alors il attendit qu’il formule sa pensée, tout en priant pour ne pas avoir à lui faire la conversation.

- Je rigole, pas de problème. Je n’ai vraiment pas eu mal.

Le Génie haussa un sourcil incrédule. Pourquoi mentir si c’était pour que le mensonge soit aussi évident ? C’était débile de mentir quand on ne savait pas le faire correctement. On se faisait immédiatement griller et on avait l’air ridicule au possible.

- Tant mieux. Répondit-il cependant.

Il n’avait pas envie de rentrer dans le débat avec lui. Il n’en voyait pas l’intérêt. Après tout, il n’y avait que peu de raisons valables pour parler et écouter. La principale d’entre elles était d’en apprendre plus sur les lieux et de se faire des alliés pour trouver un moyen de mettre à bas l’Institut. Et d’une part, il avait l’air d’être arrivé depuis peu et de ne pas pouvoir lui apprendre grand-chose de ce qu’il ne savait déjà et d’autre part il ne le connait pas assez pour lui faire confiance et rien ne lui donnait envie chez lui de chercher à mieux le connaitre. Il avait l’air complétement banal après tout.
« Banal ? Tu en sûr ? J’te rappelle qu’on a pas l’air beaucoup plus intéressant au premier coup d’œil. Et puis s’il est ici, y a probablement une raison quand même. »
Le Génie soupira. Cap avait raison évidemment.
Bon. Il pouvait bien essayer de lancer la conversation. Au pire il pourrait toujours s’en aller.

- Tu es ici depuis peu, je me trompe ?
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A189
Lun 23 Oct - 15:27

- Tant mieux.

Aeden crut que les choses allaient s’arrêter là. Que le garçon allait reprendre sa balle et repartir. Il était partagé entre tenter de le retenir en lui posant une question ou le laisser partir. Son choix s’arrêta aussitôt sur la deuxième option. Il n’était pas assez sociable pour poser une question de manière naturelle et il ne voulait pas passer pour un malade. Il allait retourner à ses divagations lorsque l’autre lança :

- Tu es ici depuis peu, je me trompe ?

Son attention se recentra sur le garçon. Aeden le regarda presque avec incrédulité. Il jouait le garçon qui avait passé sa vie à l’institut ? Ok, il s’était peut être toujours montré très discret mais il ne pensait pas être passé à ce point inaperçu auprès des autres patients. Leurs numéros respectifs n’étaient tout de même pas si éloigné, l’autre aurait pu s’en apercevoir. Il se rendit tout de même à l’évidence. En décidant qu’il n’avait rien à faire à l’institut, il s’était coupé de tout contact avec les autres. Il ne connaissait personne, et personne ne le connaissait. Depuis 4 mois. Il se rendait seulement compte maintenant du mal que cela pouvait lui causer. Il était comme tout le monde, parler, avoir des amis, c’était des choses essentielles dans une vie. Il répondit d’un haussement d’épaule :

– Depuis peu oui… Et toi ?

Ok. Voilà ce qu’il se passait lorsque le garçon paniquait. Il ne savait pas quoi dire au garçon face à lui et plutôt que de chercher, il préférait se faciliter la vie en retournant sa question. Sauf que cette question était stupide, et qu’il connaissait pratiquement la réponse. Il prit un air dégagé, comme si il n’était pas en train de s’insulter mentalement. Il mordilla l’intérieur de sa joue, et se redressa un peu sur son banc, comme pour se donner une certaine contenance. C’était toujours mieux que de mettre plusieurs minutes à répondre, comme cela était déjà arrivé au garçon par le passer. Enfin, quand la personne avec qui il parlait ne coupait pas court à la conversation pour éviter de devoir subir la lenteur d’Aeden. Parfois cependant, il répondait au quart de tour.




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S197
Mer 1 Nov - 13:02
"Depuis peu." "Depuis peu."
Le Génie s'agaçait. Il n'arrivait pas à déterminer si c'était spécifique aux patients de cet Institut ou si c'était une manie des gens en général mais ces demi-réponses l'énervait considérablement. Ce n'était pas quantifiable un "depuis peu". Alors soit c'était une volonté de rester vague, auquel cas il pourrait éventuellement l'accepter même s'il détestait qu'on joue à ça avec lui, soit c'était la preuve d'un manque total de rigueur mentale et il jugeait ce trait de caractère pitoyable. Enfin. Ce n'était pas comme si ça l'intéressait vraiment de toute façon. C'était juste une manière comme une autre de lancer la conversation puisque c'était ce que voulait Cap.

- 6 mois, 14 jours et... 3 heures 14 si je me fie à l'horloge de la cour.

Oui. Sa réponse à lui était des plus précises. Lui était rigoureux contrairement à la plupart des gens.
Il dévisagea le garçon un moment, notant son visage et son numéro presque instantanément grâce à sa mémoire photographique. A 189. "Depuis peu" hein ? Il devait être là depuis plus longtemps qu'il ne voulait le faire croire, à moins que la section S se remplisse plus rapidement que la section A. Avait-il quelque chose à cacher ?

- Quel est ton nom ?

Il avait posé la question d'un ton dégagé, comme si cela lui importait peu, mais sa méfiance et sa curiosité étaient piquées. Il voulait l'entendre parler. Aussi, il ajouta sobrement, sans lui laisser le temps de répondre.

- Le mien est Alexander Hexe.

Au moins, il ne pourrait pas lui retourner la question puisqu'il avait déjà la réponse. Et il continuerait à le regarder en silence jusqu'à ce qu'il craque et qu'il lui dise quelque chose. N'importe quoi. Il voulait le voir prendre l'initiative de la conversation pour savoir à quel type de personne il avait à faire.
"T'es parano mec. Tu vas le mettre mal à l'aise le pauvre."

HRP:
Désolée, c'est un peu court mais je n'ai pas très envie de délayer le texte juste pour le rendre plus long et pas plus intéressant
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A189
Jeu 2 Nov - 13:29

La réponse du garçon fit sourire Aeden intérieurement. C’était précis. Est-ce que ce garçon était à ce point à cheval sur le temps ? A moins que ce ne fut sur les nombres ou encore pire sur tout. Si le garçon aimait les chiffres, il n’aimait pas le temps. Les heures, les minutes, les secondes,… Ca voulait tout dire et rien dire en même temps. Une invention qui empêchait les hommes de profiter du moment présent. Trop de fois, Aeden avait regardé sa montre avec angoisse, s’imaginant déjà en retard en cours. Trop souvent il avait eu le vertige en entendant son âge défilé, sans qu’il ne puisse retenir que de petits morceaux déchirés de souvenirs lointain. Le temps passait, et il n’en gardait que trop peu. En tout cas la réponse du garçon prouvait bien à Aeden qu’il n’était pas loin de la vérité. Il n’y avait que 2 mois d’intervalle entre eux.

- Quel est ton nom ? Le mien est Alexander Hexe.

Aeden fixe les yeux gris d’Alexander. Quelque chose le fit tiquer. Depuis toujours, le garçon aimait regarder les yeux des gens. C’était un peu comme un thermomètre pour lui. Il prenait la température. Cela lui permettait en général de plus ou moins cerné ceux qu’il croisait. Ici, il aurait plutôt dit que le garçon était du genre froid. Il semblait dans ses réponses être un esprit rationnel enfermé par des barrières de chiffres et de valeurs scientifiques. Il semblait presque sur le qui-vive mais Aeden se dit qu’il devait une nouvelles fois s’imaginer des choses. Il s’imaginait beaucoup de chose d’ailleurs…. Car quelque chose dans le regard du garçon le rendit plus curieux. Il ne parvenait à saisir quoi. Il se mordilla l’intérieur de la joue, cherchant à savoir ce qui pouvait le faire tiquer. Sauf que se concentrer était loin d’être dans les habitudes du garçon qui finit par se désintéresser. Il laissa son regard glisser sur la balle de foot. Il répondit :

– Moi c’est Aeden. Aeden Zethar.

Il savait que là, comme tout être vivant normal, dans une conversation normale, c’était à son tour de se débrouiller pour trouver quelque chose à dire. Malheureusement, ça n’était pas si facile pour lui. Pas qu’il n’avait pas de question à poser. Aeden était un garçon extremement curieux. Mais il y avait ce qu’on appelait la politesse. Il avait appris très vite que certaines questions ne se posent pas. Hors c’était souvent celles-là qui intéressait le garçon. Savoir comment quelqu’un allait avait un intérêt restreint alors que savoir pourquoi il allait bien ou mal était plus intéressant. Le « et toi », refuge qu’Aeden utilisait si souvent était dans ce cas-ci inutilisable. Il devait sortir de sa paresse sociale pour éviter qu’un malaise ne s’installe.  D’autant plus que dans sa tête, des questions aussi différentes les unes que les autres se bousculaient. Certaines n’ayant aucuns intérêts, mais étant plus facile à caser dans une conversation banale.

– Hexe prend un H ?

Ok par contre celle-là, elle était sortie toute seule. Aeden se serait giflé s’il avait pu. Au lieu de ça, il lança un regard décontracté à Alexander, comme si de rien n’était.


Spoiler:
T'inquiète pas Wink Mieux vaut petit mais de qualité que gros et non ^^ Et puis parfois, je réponds pas plus long moi même




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S197
Lun 13 Nov - 19:02
Aeden Zethar. Le Génie fronça les sourcils, cherchant l'origine de ce nom. Aeden. Si sa mémoire était correcte - et elle l'était sans l'ombre d'un doute - il s'agissait d'un prénom celte ayant un rapport avec le feu. C'était dommage pour un garçon qui avait l'air aussi lunaire. Cela aurait mieux convenu à une personne flamboyante. Mais après tout, des parents ne peuvent pas prévoir le caractère qu'aura leur enfant. Et Zethar. Un nom d'origine hébraïque lui semblait-il. Drôle de mélange ethnique que voilà.

- Effectivement. C'est d'origine allemande.

Il se tut et le regarda. C'était une question méticuleuse et il aimait ça, les gens qui ne se contentent pas de la surface des choses. Ne pas se contenter des sonorités d'un nom et vouloir voir son orthographe, ça révélait des choses sur les gens. Ainsi le dénommé Aeden avait visiblement une fibre plus littéraire que mathématiques. Ce n'était pas son cas, même s'il appréciait un bon Orwell de temps à autre et qu'il lisait fréquemment des classiques pour étendre toujours plus loin sa culture générale mais il respectait ça. Son regard se fit un peu moins incisif. S'il avait touché juste, la conversation pourrait devenir plus intéressante que prévu. Il prit place à côté de lui sur le banc.

- Tu connais le poème "Die Loreleï" de Heine ? Ma soeur a été nommée d'après ce poème.

C'était plutôt Cap qui était complètement gaga de Lore mais la mentionner faisait plutôt plaisir au Génie aussi. Cependant il ne parlait jamais d'elle devant les autres, pour des raisons stratégiques. Alors pourquoi l'avait-il évoqué là maintenant, devant un étranger ? Son regard se perdit quelques instants dans les nuages. Probablement parce qu'elle lui manquait plus qu'il ne voulait bien se l'avouer. Depuis qu'il avait appris qu'elle avait été envoyée chez les patients zéros il ne l'avait pas revu. Il devait absolument mettre un point un plan pour la revoir. Lui et Cap lui avaient fait une promesse. Plus jamais ils ne seraient séparés.
"Et on tiendra notre promesse, hein Génie ?"
"Evidemment Cap. Evidemment."

- Moi je l'aime beaucoup.

Il pensait à voix haute. Il pensait à Lore. Puis, se rendant compte de l’ambiguïté de cette affirmation, il récita quelques vers du poème, en Allemand cela va de soi puisqu'il s'agissait de la langue d'origine du texte et qu'il était donc bien plus bénéfique à la culture de le connaître comme ça.

- Pour la plupart des gens il s'agit du meilleur poème allemand mais la majorité des gens n'ont pas nécessairement raison n'est-ce pas ?
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A189
Mar 14 Nov - 0:16
Aeden écouta la réponse du garçon, content qu’il ne semble pas prendre les choses mal. Il continua, parlant poésie. Ok, Aeden connaissait quelques classiques mais il n’était pas très bon avec les titres ou les auteurs. Il adorait lire, il aimait la poésie. Mais il n’accordait que peu d’importance aux titres ou auteurs des romans. Alexander, lui, devait être littéraire. Il avait l’air de s’y connaitre. A moins qu’il ne connaisse ce livre que parce que ça sœur était nommé d’après ce poème. Le garçon n’aurait su le dire. Il savait cependant que le brun avait l’air très précis. Il semblait maintenant pensif. Aeden aussi.

Il se sentait un peu dépasser. Alexander semblait plein de ressources, il parlait facilement, et avait l’air plutôt cultivé. Il avait un peu honte de sa propre culture générale. Quand il était petit, il préférait se plonger dans des livres d’aventures ou de sciences plutôt que d’apprendre vraiment. C’était comme s’il avait des pièces d’un vélo, mais quelle était désassemblés. C’était sympa une roue et un guidon, mais ce n’était pas utile pour avancer. C’était le problème avec Aeden. Il s’éparpillait toujours partout. Il se mordillait l’intérieur de la joue nerveusement lorsqu’Alexander fit :

– Moi je l’aime beaucoup.

Son attention retourna vers son interlocuteur. Il eut un sourire. Il n’aurait trop su dire s’il parlait de sa sœur ou du poème. Le garçon ne pouvait pas comprendre, il n’avait ni frère, ni sœur. Mais il pouvait supposer que cela devait être dur d’être à l’institut, loin de sa famille. Il se mit à parler allemand et le garçon supposa qu’il récitait quelques vers. Il se dit que peut-être, peut-être qu’il n’était pas seul à se sentir seul. C’était facile de penser à soi, plus dur de penser aux autres.

- Pour la plupart des gens il s'agit du meilleur poème allemand mais la majorité des gens n'ont pas nécessairement raison n'est-ce pas ?

La majorité des gens n’avait pas raison. Clairement. Parce que c’était facile que tel chose était mieux que tel autre chose, mais ça n’avait aucun sens. Et souvent, c’était les grandes gueules qui parlaient et écrasaient la parole des plus petits. Ce genre de choses avait le don d’énerver Aeden.

- La seule personne qui a raison dans toutes les situations, c’est soi-même. Parce qu’il n’y a que pour nous que ça a une vraie importance.


Le garçon baissa le regard sur ses chaussures, perdu dans ses pensées. Aeden ne savait pas trop s’il avait su exprimer ce qu’il voulait dire correctement, mais au moins il avait essayé. C’était une phrase qu’il n’avait jamais su appliquer à lui-même. Son avis n’avait aucune valeur pour lui. Il avait longtemps souffert de solitude, et avait fini par s’adapter aux autres, se fondre dans la masse pour s’intégrer. Il s’était perdu et ne parvenait pas à se retrouver. Il récupérait de temps en temps des morceaux, mais rien qui ne puisse se réparer. Il avait perdu son identité, mais ne voulait pas que cela arrive à qui que ce soit d’autres. Ce n’était pas souhaitable. Il n’était plus lui et ne le redeviendrait probablement jamais, il s’était troqué contre une place dans la société. Une place qu’on lui avait refusée. Et désormais, il était ici. A l’Institut. Il releva ses yeux verts, affrontant le regard d’Alexander :

- Et ceux qu’on aime.





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S197
Dim 26 Nov - 18:45
- La seule personne qui a raison dans toutes les situations, c’est soi-même. Parce qu’il n’y a que pour nous que ça a une vraie importance.

Un sourire sincère s'épanouit sur les lèvres d'Alexander, et sous le contrôle du Génie, c'était suffisamment rare pour être noté. Ce garçon avait tout compris. Seul l'individualité profonde comptait au final. Jamais il n'aurait cru tomber sur une personne avec qui il avait autant d'affinités. Il hocha la tête, les yeux affichant son respect.
Il espérait qu'Aeden prenait cela à sa juste valeur car les personnes qu'il respectait vraiment se comptait sur les doigts de la main. D'une seule main.
Il ajouta que l'avis de ceux que l'on aimait était aussi important et il hocha de nouveau de la tête, légèrement moins convaincu. Il supposait que c'était important effectivement, toutes les études qu'il avait pu lire sur ce sujet abondait dans ce sens mais son expérience personnelle ne lui avait jamais prouvé. La seule personne qu'il aimait vraiment, c'était Lore et malheureusement, ce n'était pas une lumière alors son avis... D'ailleurs il se demandait bien comment quelqu'un comme lui avait bien pu s'attacher à quelqu'un d'aussi... peu éclairé...
"Parce qu'elle a d'autres qualité Génie. Quoique t'en penses, l'intelligence est pas la seule chose à valoriser chez une personne."
Le Génie nota passivement cette remarque de Cap. Il prenait goût à la conversation il semblerait.

- Je suppose que oui. Quelles sont les personnes à qui tu tiens le plus toi ? Les personnes dont l'avis compte ?


C'était une question anodine au premier abord, mais la réponse revêtait un réel intérêt pour lui. Il devait l'admettre il n'était pas très en matière de relations humaines mais il s'intéressait beaucoup à celle des autres.
"Ouais tu vis par procuration quoi."
"Non, je t'ai toi et ça me suffit, imbécile."
"Moi aussi je t'aime Génie"
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A189
Jeu 7 Déc - 19:01
Alexander semblait d’accord avec ce qu’Aeden disait. Il y avait aussi autre chose. Une forme de respect. Le garçon se sentit un peu flatté, avec le sentiment qu’il n’en méritait pas autant. Alexander lui semblait bien plus supérieur. Il n’aurait su dire ce qui pouvait lui faire penser ça, mais cela semblait un fait.

- Je suppose que oui. Quelles sont les personnes à qui tu tiens le plus toi ? Les personnes dont l'avis compte ?

Aeden aurait pu se douter qu’il risquait d’essuyer ce genre de questions. Il n’avait qu’à se taire la prochaine fois, s’il voulait éviter de faire de l’introspective. Il n’hésita pas avant de répondre à son acolyte :

- Il n’y a personne à qui je tiens.

Ces yeux verts se plantèrent dans ceux d’Alexander. Auparavant, il aurait pu hésiter. Il y avait ces parents. Ces parents l’aimaient profondément, mais le fossé qui s’était creusé entre eux étaient devenus infranchissable. Il les avait vus trois fois depuis qu’il était à l’Institut, et il sentait qu’il n’avait plus grand-chose à leur dire. Il ne pouvait que leur souhaiter le bonheur. Son rôle constituait à leurs adresser des sourires de façades. Mais il n’y avait plus rien d’honnête dans cette relation.

Quant aux personnes dont l’avis comptait, c’était beaucoup plus compliqué. L’avis de trop de monde avait pu compter par le passé pour le garçon. Désormais, il était fatigué de chercher à plaire. S’il se conformait à ce que l’on attendait de lui, c’était dans le seul but de quitter cet endroit. Même s’il commençait à douter que cela vaille la peine. Il rentrerait ensuite chez lui, il retournerait à sa vie sans couleur. Il se conformerait à ce que ces parents attendaient de lui, jusqu’à leur mort. Ensuite, ce serait peut-être aux attentes d’une fille, d’enfants, … Il vivrait sa vie sans saveur, jusqu’à ce que lui-même trouve la mort. Il n’aurait laissé son empreinte nulle part, il aurait suivi des chemins fléchés, bondés de gens ridiculement ordinaire sans jamais tenter de ressortir du lot.

– Et j’ai déjà suivi l’avis de trop de gens. Et toi ?

C’était une réponse très honnête qui surprit le garçon. Il haussa les épaules. Il n’avait pas eu le sentiment qu’il était nécessaire de lui renvoyer la question. Enfin, dans un premier temps. Puis quelque chose l’avait poussé à le faire. Il écoutait un peu plus son instinct quand c’était sur des questions de réflexions, et non sur des actions. Aeden n’était pas du tout un « homme d’action ».


Spoiler:
Désolé je t'ai fait un peu attendre xD




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