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05/11/2018Rôle d'espions à pourvoir

Nouvelle visite à un ami [Pv Nev]

Anonymous

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Message n°1



Celui qui a une bonne écriture
dessine bien.
Je venais de quitter les Lanvers. Ou, plus exactement, ils étaient partis pour rentrer chez eux, me laissant là, sur cette île. D’un certain côté, je devais bien avouer que je me sentais soulagé de ne pas laisser ici Nev et Sheila. Mais… Je ne voulais pas rester à l’institut. Je ne fis cependant pas de caprice et j’allai voir Nev dans sa chambre en passant par la mienne pour prendre une feuille de papier et un crayon. Après tout, nous devions préparer ensemble une lettre que je pourrais envoyer à Numa par la suite. Je ne savais pas du tout ce que j’allais pouvoir écrire. Après tout, mis à part demander des nouvelles de Hope, ce qui m’effrayait grandement, je ne savais pas du tout quoi lui dire… Lui demander des nouvelles, mais après ? Puis… Comment faisait-on pour écrire une lettre ?

La tête pleine de questions sans réponse, je marchais dans les couloir en repensant également à la visite que je venais d’avoir. Les Lanvers n’étaient pas méchants, mais leur attitude me mettait mal à l’aise. Ils étaient beaucoup trop différents des Nakamura et s’en était totalement perturbant. Après tout, ils me câlinaient, m’autorisaient à parler comme je le voulais, à pleurer… Non, vraiment, il n’y avait aucun point commun entre ces deux familles qui me déchiraient toujours un peu plus. Et je savais que Nev allait vouloir que je lui en parle. Mais comment allais-je bien pouvoir lui dire ? Surtout que je n’avais pas réussi à les remercier. Certes, je n’avais pas vraiment dit “pardon” non plus, mais je sentais que ce n’était pas bien quand même.

Je commençais à angoisser, sans parler de ce que je ressentais entre ces murs blancs et impersonnels. Et ce fut vraiment dur à supporter lorsque je fus face à la porte de Nev. Ce dernier devait sans aucun doute m’attendre. Mais cela ne rendait pas la situation moins stressante. J’hésitai donc longuement avant de frapper à la porte. Et s’il était occupé ? Ou s’il dormait ? Je ne voulais pas le déranger. J’avais encore moins envie de croiser une infirmière ou son médecin même si, à cette heure-là, nii était toujours seul. J’avais également peur de ce qu’il allait me dire. Je ne voulais pas qu’il me gronde parce que je n’avais pas réussi à tenir ma promesse. J’étais vraiment une mauvaise personne. Un incapable…

Doucement, tremblant, je frappai à la porte devant laquelle j’étais debout depuis quelques minutes déjà. Puis, lorsque j’entendis une voix me répondre, j’entrai lentement avant de fermer la porte derrière moi. J’avais envie de courir pour prendre la main de Nev, sentir enfin cette proximité douce et chaleureuse qui me soutenait en tout instant. Mais, je n’osais pas avancer tant je me sentais honteux, mauvais et angoissé. J’attendis donc qu’il me parle, qu’il m’autorise à venir le rejoindre, alors que je n’osais même pas le regarder dans le yeux. A quoi bon cacher ma culpabilité ? J’avais fait une bêtise et il fallait que je l’assume.
(c) Yuki Nakamura sur Pensionnat Immortal


Dernière édition par Yuki Lanvers le Mer 5 Déc - 3:04, édité 1 fois
Nevrabriel

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Pavot
Message n°2
Nevrabriel était en train de lire un roman de science-fiction plutôt intéressant. C’était une activité qu’il avait délaissé depuis quelque temps. Ça et la musique. Depuis sa dépression il n’avait fait qu’errer tel un fantôme et composer des symphonies au clair de lune sur le sol de sa chambre. Alors, doucement, comme il ne pouvait pas quitter son lit, il avait décidé de se mettre à la lecture le temps où il n’était pas endormi.
Le jeune homme se trouvait bien lent dans ses bouquins. Il avait l’impression que le temps où il lisait cinq romans par jours était révolu. Etait-ce vraiment ça ou était-ce les médicaments qui ne l’aidaient pas à se concentrer ?

Ayant eut la force de faire autre chose que dormir ce matin, Nevrabriel avait rangé son bazar après la douche avant que l’infirmière ne viennent lui mettre sa nouvelle perfusion. La pièce était désormais propre, seul trainait sur son bureau le carnet que lui avait offert Astrid. Il relisait régulièrement ce qu’elle lui avait écrit à la dernière page, caressant sa si jolie écriture. Même si c’était certainement se faire du mal, cela lui rappelait son beau visage et les moments qu’il avait passé à ses cotés, le faisant doucement sourire.

Puis, on frappa à la porte de sa chambre. Nevrabriel invita gentiment la personne à entrer, terminant en même temps de dernier paragraphe de son roman. L’ouverture de la porte semblait être lente, comme hésitante. Nevrabriel leva un instant les yeux pour voir que c’était Yuki avant de reposer ses yeux sur les dernières lignes de son livre pour le terminer.

Puis, le roux ferma son ouvrage et tendit le bras pour le poser sur son bureau avant de reposer ses yeux vers son cadet. Pourquoi restait-il devant la porte ?

Nevrabriel perdit peu à peu son sourire pour de l’étonnement en regardant le blond. Yuki ne semblait pas aller très bien. Le rendez-vous s’était si mal passé que ça ? Avait-il eut une mauvaise rencontre sur le chemin ? Avait-il mal quelque part ?

Nevrabriel poussa sa couverture pour mettre ses deux pieds au sol. Il agrippa la barre de sa perfusion et l’emmena avec lui à l’aide des roulettes au sol, jusque devant le blond.
En face de Yuki, l’écossais eut un sourire bienveillant avant de se pencher pour le prendre tendrement dans ses bras. Il lui caressa gentiment le dos en demandant doucement :

_Est-ce que tu veux en parler ?


Dernière édition par Nevrabriel le Mar 23 Oct - 2:29, édité 2 fois


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Message n°3



Celui qui a une bonne écriture
dessine bien.
Immobile et la tête basse, j'attendis dans le silence. J'avais vu que Nev était en train de lire un livre. Du coup, j'imaginais sans peine que j'étais en train de le déranger. D'ailleurs, ce devait être pour ça qu'il ne me parlait pas. Qu'il ne me regardait pas. J'en étais triste au milieu de ma confusion, mais je n'en dis rien. A quoi bon ? J'étais le fautif, il fallait que j'assume ma faute. Puis, des bruits de draps se firent entendre. Ils furent suivis par ceux que faisaient des pas lents et lourds accompagnés de quelque chose roulant sur le sol en lino. Ces derniers se rapprochèrent jusqu'à m'atteindre. Je compris alors qu'il s'agissait de mon ami qui me rejoignait. Pourtant je ne levai pas les yeux sur lui. J'avais bien trop peur. Qu'allait-il me faire ?

Avec douceur, une paire de bras entourèrent mon frêle corps avant qu'une main me frotte le dos. Puis, la voix agréable de mon aîné me demanda si je voulais parler. Sur le coup, je ne compris pas de quoi il parlait. Pourtant, après avoir attrapé son haut de ma main libre, je lui répondis d'une voix serrée, presque cassée :


Personne ne réagit comme les Nakamura. Personne ne me punit ou me gronde. J'ai peur. J'ai très peur. Parce que… Si… Si je fais une bêtise je ne saurais pas. Pourtant, tout le monde me dit que ce n'est pas grave, que tout va bien. Pourquoi maintenant c'est comme ça ? Les Nakamura m'ont sauvé donc ils sont gentils. Mais, alors, pourquoi ils sont les seuls à me punir comme ça ? Nev… Pourquoi ?


J'essayais de ne pas pleurer. Mais je sentais mon pilier effrité tomber. Je n'aimais pas ça. Cela me terrifiait. Énormément. C'était pire qu'avec celui de l'amitié.


Les Lanvers sont très gentils. Mais je n'ai pas réussi à leur dire “merci”. Je n'ai même pas réussi à réellement parler. Mais ils ne m'en ont pas voulu. Ils m'ont dit que ce n'est pas grave, que je n'avais pas à avoir peur. Ils ont été… gentils. Mais, alors, les Nakamura étaient méchants ? Non… Nonnonnonnonnon ! Ils peuvent pas être méchants ! Parce que… Si c'est le cas… je vais me détruire…


Je tremblais énormément devant cette réalisation que je ne voulais pas croire. Non, vraiment je ne voulais pas voir mon pilier s'effondrer…
(c) Yuki Nakamura sur Pensionnat Immortal
Nevrabriel

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Pavot
Message n°4
_Est-ce que tu veux en parler ?

Yuki mit un moment avant de réagir. Mais comme toujours, Nevrabriel lui laissait le temps qu’il lui fallait pour s’exprimer. Surtout qu’il lui avait confié hier que cette entrevue le stressait énormément, lui faisait peur même.
Lorsque le blond vint poser une main sur le dos de Nevrabriel, ce dernier continua de faire des cercles affectifs sur son dos, comme une mère rassurant son enfant.

_ Personne ne réagit comme les Nakamura. Personne ne me punit ou me gronde. J'ai peur. J'ai très peur. Parce que… Si… Si je fais une bêtise je ne saurais pas. Pourtant, tout le monde me dit que ce n'est pas grave, que tout va bien. Pourquoi maintenant c'est comme ça ? Les Nakamura m'ont sauvé donc ils sont gentils. Mais, alors, pourquoi ils sont les seuls à me punir comme ça ? Nev… Pourquoi ?

Yuki avait une voix étouffée, presque tremblante au fond de sa gorge mais Nevrabriel ne quittait pas ses bras. Il avait les yeux ouverts et dirigeaient vers le bras, cessant doucement ses mouvements affectifs sans toutefois retirer son étreinte sur le corps de son cadet.

_ Les Lanvers sont très gentils. Mais je n'ai pas réussi à leur dire “merci”. Je n'ai même pas réussi à réellement parler. Mais ils ne m'en ont pas voulu. Ils m'ont dit que ce n'est pas grave, que je n'avais pas à avoir peur. Ils ont été… gentils. Mais, alors, les Nakamura étaient méchants ? Non… Nonnonnonnonnon ! Ils peuvent pas être méchants ! Parce que… Si c'est le cas… je vais me détruire…


Cette fois, le corps du blond se mit à trembler.
La peur …
C’était une chose que Nevrabriel avait côtoyé mais pas assez pour la connaitre. Il n’avait pas de grande peur comme la solitude, l’abandon, la perte. Puisse qu’il les avait vécu et surmonté. Il n’avait plus réellement de grande peur à par qu’on s’en prenne à ceux qui lui était cher. Cependant, il était loin d’être insensible et pouvait comprendre son cadet. La peur de se détruire, de se perdre soit même … ça devait être terrifiant.

_Yuki, regarde-moi.

Nevrabriel se détacha de Yuki et prit son visage entre ses grandes mains maigres pour le lever vers le haut afin qu’ils se regardent. Le roux eut un sourire très tendre pour son invité. Puis, doucement et tendrement, comme il l’a toujours fait pour parler à Yuki, il lui exprima :

_Si tu te détruis, je vais te reconstruire. Sheila, moi, les Lanvers, et toutes les personnes qui tiennent à toi, si tu te détruit je vais te reconstruire. On va te reconstruire.

Nevrabriel se mit à caresser la joue droite de Yuki de son pouce avant de continuer :

_Regarde moi, je me suis détruit et on me reconstruit petit à petit. Tu fais partie de ces gens qui me reconstruisent petit à petit. Un jour tu comprendras certainement qui sont les mauvaises personnes qui ont marqués ta vie, mais en attendant je veux que tu saches que je serais là pour toi, d’accord ?

L’écossais ne savait pas si ses paroles étaient entendues et comprises. Il ne savait pas si Yuki le croirait ou même essaierait de le croire. Depuis des mois le monde entier lui disait, même lui, que les Nakamura étaient des mauvaises personnes, des monstres, et Yuki ne les croyait toujours pas. Mais Nevrabriel ne voulait pas qu’il doute de sa sincérité à cet instant, du fait qu’il sera toujours là lorsque Yuki aura besoin de lui.
Bien que le roux était peut-être condamné à ne pas vivre vieux, chaque jours qu’il passerait sur Terre serait dédié à ses promesses envers les personnes qui lui sont cher. Yuki en faisait partit à présent.

_Ce n’est pas grave si tu n’as pas pu parler aux Lavers aujourd’hui. Tu auras d’autres occasions de les voir et de leur exprimer ce que tu ressens alors ne t’en veux pas et soit heureux que tout se soit bien passé avec eux.



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Message n°5



Celui qui a une bonne écriture
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Lorsque Yuki me demanda de le regarder, je ne le fis pas. Pas avant qu’il ne se décolle de moi, me tendant automatiquement pour me prendre le visage entre ses grandes et fines mains afin de m’obliger en douceur à le regarder. Je ne voulais pas qu’il voit les larmes qui menaçaient de noyer mon visage. Mais, d’un autre côté, je ne pouvais pas lutter contre lui. Il était gentil, il m’aidait quand je le lui demandais et sans doute était-ce la cas à ce moment-là. Je regardai donc ses yeux aussis jolis que le soleil et le ciel étoilé alors qu’il commençait à répondre à mes peurs.

Je ne compris pas comment il voulait me reconstruire. Il ne faisait pas partie du pilier de la famille. Non. Il faisait partie de celui des amis. Sheila aussi. Quant aux Lanvers, je ne savais pas comment les considérer. Ils se disaient mes parents, mais ils n’étaient que des étrangers pour moi. Ils étaient gentils, patients et doux, mais je ne pouvais pas les appeler “papa” et “maman”, même si je commençais à faire l’effort pour qu’on évite de me reprendre sans arrêt. Dans mon coeur, ils n’étaient pas ma famille. Mais, du coup, qu’était-ce qu’une famille ? Quel était le rôle d’une famille ? Je sentis une douleur au fond de moi, comme si quelque chose venait de se briser violemment. Mais je ne le montrai pas, regardant toujours Nev qui continuait sur sa lancée en caressant ma joue.

Sa compassion me faisait autant de bien que de mal. Je ne comprenais même pas pourquoi? Après tout, normalement, ne devait-on pas seulement être heureux d’être aimé à ce point ? Pourquoi ne pouvais-je pas en être satisfait ? Pourquoi avais-je l’impression que plus il me soutenait, plus tout était intolérable ? Un peu comme avec ces inconnus qui se disaient mes parents…


Nev… fis-je lorsqu’il eut fini.


J’attendis qu’il me redonne, d’une façon ou d’une autre, la parole avant de demander de façon incertaine :


Comment un ami peut reconstruire le pilier de la famille ? Comment des inconnus peuvent être des parents ? Comment mon pilier peut être reconstruit si je ne comprends pas ? A-avec Numa et Sheila, quand elles m’ont détruit et reconstruit le pilier de l’amitié, c’était assez facile car elles sont celles qui m’ont montré et appris. Mais là… J’ai l’impression de tomber dans le vide… Mon pilier ne se reconstruit pas parce que si les Nakamura ne sont pas mes parents, si je n’ai personne à mettre dans ma “famille”, comment je peux comprendre ?


Je ne savais pas comment je tenais encore mes larmes. Je les ravalais, encore et encore. Pourtant, il en était toujours qui revenait. Après tout, je voulais le croire quand il me disait qu’il m’aiderait. Mais… comment pouvait-il m’aider si nous n’avions pas de lien qui puisse m’aider à comprendre. Je l’appelais “nii”, donc “grand-frère”, mais je ne savais pas la définition émotionnelle. Sur le coup, c’est ce qui m’avait parut le plus proche mais était-ce réellement le cas ?
(c) Yuki Nakamura sur Pensionnat Immortal


Dernière édition par Yuki Lanvers le Mar 23 Oct - 17:57, édité 1 fois
Nevrabriel

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Message n°6
_Ce n’est pas grave si tu n’as pas pu parler aux Lavers aujourd’hui. Tu auras d’autres occasions de les voir et de leur exprimer ce que tu ressens alors ne t’en veux pas et soit heureux que tout se soit bien passé avec eux.

Yuki souffla doucement le prénom de son ainé. Nevrabriel continua de caresser délicatement sa joue comme si le blond pouvait se briser à tout instant. Ce n’était qu’un enfant après tout.

_Comment un ami peut reconstruire le pilier de la famille ? Comment des inconnus peuvent être des parents ? Comment mon pilier peut être reconstruit si je ne comprends pas ? A-avec Numa et Sheila, quand elles m’ont détruit et reconstruit le pilier de l’amitié, c’était assez facile car elles sont celles qui m’ont montré et appris. Mais là… J’ai l’impression de tomber dans le vide… Mon pilier ne se reconstruit pas parce que si les Nakamura ne sont pas mes parents, si je n’ai personne à mettre dans ma “famille”, comment je peux comprendre ?

Ah …

Nevrabriel cessa sa caresse pour poser ses deux mains sur les épaules de son cadet. Il leva les yeux un instant afin de respirer profondément. Ce n’était pas le moment de lui donner des leçons de moral et de lui expliquer la différence entre le bien et le mal. En cet instant, Yuki avait besoin d’être rassuré et soutenu. Une chose que Nevrabriel savait très bien faire. Mais il ne voulait pas mentir à son cadet ni nier le fait qu’il devrait tôt ou tard virer ces monstres de sa vie.
Comment exprimer cela sans perdre le blond dans une angoisse intérieure ?

_Ça ne te plairait pas d’avoir les Lanvers comme parents ? Sans remplacer les Nakamuras, un peu comme … des parents d’adoptions ?

Le temps de comprendre que les Nakamura étaient des monstres, du moins. Le temps de comprendre et de se rapprocher des Lanvers. Yuki aurait tout le temps du monde pour les appeler « papa » et « maman » un jour. Pas tout de suite, mais un jour. En attendant il pouvait essayer des les inclure progressivement dans son pilier familiale et lorsque cela sera fait, il chassera doucement les Nakamura. C’était parfait ainsi. De plus, ne plus revoir ses tortionnaires allait certainement l’aider à tourner la page.

Nevrabriel pencha de nouveau la tête pour que ses yeux rencontrent ceux de son visiteur, lui adressant un sourire rassurant et chaleureux :

_Ne voulais-tu pas que je sois ton grand-frère également ?



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Message n°7



Celui qui a une bonne écriture
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Les mains de Nev quittèrent mon visage lorsque je terminai de lui poser mes questions. Mais elles ne me lâchèrent pas pour autant, allant se poser avec douceur sur les épaules tremblantes. Pourtant, les yeux de mon ami ne me regardaient plus. Est-ce qu’il réfléchissait ? Oui, mais à quoi ? Non, il était gentil, lui. Il ne me ferait jamais de mal. … N’est-ce pas ? Ce n’était pas une feinte pour mieux se retourner contre moi par la suite comme tous les autres à l’école, hein ? Je voulais croire qu’il était comme Sheila, qu’il ne m’abandonnerait jamais. Ce, même si je venais à devoir partir sans pouvoir lui dire au revoir. Oui, parce que je n’avais pas eu le choix de quitter l’académie sans prévenir. Je n’avais pas voulu m’en aller et j’espérais que Nev comprendrait aussi bien que Sheila que jamais je ne partirais sans le prévenir ou lui dire combien il m’était précieux. Si ce n’était pas le cas, je ne viendrais pas aussi souvent le voir…

Finalement, il me demanda si je voulais que les Lanvers deviennent mes parents. Mon coeur se scinda alors en deux. Heureusement, il précisa que cela ne voulait pas dire me débarrasser de ma toute première famille. J’y réfléchis donc très sérieusement sans laisser la panique monter. Ils étaient gentils et ils semblaient m’aimer. Leur patience et leur inquiétude à mon égard restait assez compliquées à comprendre pour moi qui n’avait pas vraiment connu ça de la part des adultes. D’une certaine manière, ils me rappelaient mes amis, même si j’avais encore peur qu’ils se cachent derrière de faux semblants. J’attrapai donc mon haut d’uniforme au niveau de mon coeur et le serrai dans mon poing. Je me sentais déchiré entre l’envie de leur faire confiance, d’essayer de mieux les connaître et de les voir comme une famille qui pourrait m’accueillir, comme ce qui m’avait été proposé, presque imposé, plusieurs mois plus tôt. Mais, d’un autre côté, il me restait la peur que ce doux rêve se brise de la plus horrible des façons. Je ne voulais pas me faire trop d’illusion et en souffrir par la suite. A vrai dire, je ne comprenais pas comment Nev pouvait leur faire confiance alors qu’il ne les avait jamais rencontrés. Lui avais-je déjà posé la question ?

Ses yeux captant à nouveau mon regard, je me sentais comme calmé malgré mon déchirement. Calme qui s’accentua quand mon ami me rappela l’envie que j’avais de l’avoir comme frère. Je rougis en baissant la tête tant je me sentis gêné et honteux. Il fallait que je lui avoue ce que je pensais. Mais, d’un autre côté, j’avais un peu peur de ce qu’il allait penser en apprenant je ne l’avais trompé sans vraiment le vouloir. Du coup, je laissai mon esprit faire au moins partiellement faire la part des choses afin de pouvoir peser le pour et le contre. Ce n’est que lorsque je pris enfin une décision après deux ou trois minutes de silence que je lui répondis en le regardant à nouveau dans les yeux :


Tu ne m’en veux pas si je ne sais pas comment se comportent deux frères ? Je… Je pense avoir compris une partie de ce qu’on ressentait avec un frère à ses côtés, mais je ne sais pas si j’ai raison ou tort… Je ne sais pas si je suis un bon frère…


A nouveau, je serrai les dents en bessant mon regard au niveau du coeur de mon ami. Puis, timidement, j’avançai ma main qui tenait précédemment mon tee-shirt pour la poser sur son torse. C’était extrêmement discret, mais il me semblait sentir son coeur battre doucement.
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Nevrabriel

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Message n°8
_Ne voulais-tu pas que je sois ton grand-frère également ?

Yuki se mit à rougir en détourna le regard de celui de son ainé. Y avait-il eut un malaise ? N’était-ce pas ce que voulait le cadet ? N’était-ce pas ce qu’il lui avait demandé en haut de la falaise ? Nevrabriel ne comprenait pas vraiment l’embarras du blond mais le laissait reprendre ses esprits pour lui expliquer. Parce qu’il allait forcement lui expliquer ce qui le dérangeait.

_Tu ne m’en veux pas si je ne sais pas comment se comportent deux frères ? Je… Je pense avoir compris une partie de ce qu’on ressentait avec un frère à ses côtés, mais je ne sais pas si j’ai raison ou tort… Je ne sais pas si je suis un bon frère…

Nevrabriel continuait de sourire, laissant quelque instant son regard bicolore chercher les yeux de Yuki avant de voir ce dernier détacher une main de son t-shirt pour venir le poser sur le torse de Nevrabriel. Que cherchait-il  sous les pans de son vêtement ?
Ce fut infime mais le roux sentit sa propre peau sous la main de Yuki. L’écossais prenait connaissance de cette partie de lui ainsi. Mais cette endroit, on lui avait si souvent touché par amitié ou par acte médical et il savait ce que contenait cet endroit ; son cœur.
Que cherchait Yuki dans le cœur de son ainé ? S’il cherchait-il ? Cherchait-il du réconfort ? Que voulait-il ?
Nevrabriel semblait se poser beaucoup de questions aujourd’hui. Des questions qu’il poserait certainement plus tard.

L’écossais lâcha doucement le jeune homme pour retourner vers son lit, fatigué. Il traina en s’appuyant sur la barre de sa perfusion comme s’il avait quatre vingt dix ans !
Nevrabriel avait l’impression que rien que le fait de rester debout était une épreuve difficile et il devait vite retourner à son lit pour souffler un peu. Il n’était pas essoufflé mais ses jambes lui paraissaient faibles et son dos lourd à porter. Il ne savait toujours pas comment il avait pu marcher autrefois, comme s’il prenait conscience de ses muscles et de ses os qui demandaient énormément d’efforts pour mouvoir ce corps.

Arrivé à son lit, Nevrabriel s’y assit dans un soupire de soulagement comme s’il avait passé la journée debout. Un peu plus délicat, il vint reposer son dos sur son oreiller, grimaçant légèrement. Puis, lorsqu’il fut finalement installé, il regarda Yuki et lui adressa un sourire. Il tapota la place à ses cotés pour l’inviter à venir s’y asseoir avant de dire :

_Moi je ne suis pas un bon frère alors on va apprendre ensemble. Ensemble, on va apprendre à être de bon frère l’un pour l’autre, ça te dis ?



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Nev ne répondit pas à mes questions. Il ne bougea pas non plus quand je posai ma main sur sa poitrine. C'était bien la première fois que je faisais ce geste, que je me l'autorisais. Peut-être pas la seule fois que l'envie me prenait. Mais, étrangement, j'avais besoin de le faire. Comme si c'était important. Comme si… Avais-je peur qu'il disparaisse sans que je m'en rende compte ? Il avait l'air si fragile, si éphémère. Et, d'un autre côté, il était tellement fort. Bien plus que moi. Cela faisait-il de moi une personne encore plus fragile encore ? Pourtant, je n'étais pas sur le point de me briser. Pas physiquement.

Lorsque mon ami se détacha de moi pour retourner à son lit, toujours silencieux et une douleur marquée sur le visage, je restai à ses côtés pour l'aider. J'eus énormément peur. Et si je lui faisais du mal rien qu'en me touchant ? S'il tombait, allais-je pouvoir le rattraper ? Le protéger ? Son lit me parut si loin que je me sentis stressé au point de me montrer protecteur. Ce même sans émettre le moindre son. A quoi bon ? Il n'y avait rien à dire et je ne voulais pas prendre le risque de le blesser sans raison. De quelque façon que ce soit. Je tenais beaucoup trop à lui, sentiment qui semblait aussi poussé, voir plus, qu'avec mes amies et Hope.

Ce n'est que lorsque le jeune adulte fut allongé dans son lit que je me permis de me détendre un peu. Il me sembla que son installation fut aussi compliquée que la marche, voire plus, ce qui me fit grimacer. J'étais impuissant. Je ne pouvais rien faire pour personne. C'était désagréable et ça contribua à augmenter le mépris que j'avais envers moi. Je n'en dis rien. Je ne montrai rien. Je ne fis qu'accéder à la demande qu'il me fit et j'allais m'asseoir à ses côtés sur le lit. La feuille que j'avais amenée avec moi était toute froissée et mes gestes empira son état sans que cela puisse m'affecter. Ce n'est que là qu'il répondit à mes questions. Une autre au moins me vint alors : comment ça il n'était pas un bon frère ? Pourquoi était-il aussi malheureux en disant cela ? Je souhaitais savoir pour essayer de l'aider. Mais je ne voulais pas lui faire du mal. Du coup, je tentai de savoir de manière détournée :


C'est quoi être un bon frère exactement ? Je veux dire… Tu ne fais rien de mal, tu es gentil et tu m’aides tout le temps quelle que soit la circonstance. Alors… Si ce n'est pas être un bon frère, c'est quoi ?


Je voulais bien apprendre avec lui. Mais, si ma définition n'était pas bonne, où me trompai-je ?
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Nevrabriel

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_Moi je ne suis pas un bon frère alors on va apprendre ensemble. Ensemble, on va apprendre à être de bon frère l’un pour l’autre, ça te dis ?

Yuki accepta l’invitation de Nevrabriel à venir sur le lit pour être plus confortablement installé. De toute façon à par le lit et la chaise de bureau il n’y avait pas vraiment d’endroit où se poser. Le roux lui adressa un sourire rassurant lorsque Yuki finit de s’asseoir.

_C'est quoi être un bon frère exactement ? Je veux dire… Tu ne fais rien de mal, tu es gentil et tu m’aides tout le temps quelle que soit la circonstance. Alors… Si ce n'est pas être un bon frère, c'est quoi ?

Nevrabriel tourna la tête vers son cadet, assez prit au dépourvu. Pourtant il aurait du s’attendre à cette question puisse que Yuki en posait beaucoup. Enormément même. C’était en effet parfois difficile de lui répondre mais l’écossais n’abandonnait pas. Il voulait que Yuki comprenne.

_Eh bien …


Puis, le roux leva les yeux au ciel pour réfléchir. Des choses qu’un grand frère était supposé faire ? Et celui d’un petit frère ? Pour Nevrabriel c’était assez conceptuel dans le sens où il était l’ainé de sa famille et ne savait pas ce que c’était d’être un petit frère. Même sil voyait en Willow une sorte de figure de grand-frère, le britannique n’avait pas l’étoffe et le caractère d’un grand-frère, il était plutôt son confident que son protecteur. Ça ne pouvait pas être désigné «grand-frère ».
Alors, Nevrabriel ne pouvait expliquer que son rôle et espérait que ça soit suffisant pour son cadet :

_Etre un bon grand frère c’est aussi protéger ses cadets. Faire passer leurs besoins et désirs avant les siens. Etre un bon frère c’est … être là quand on a besoin de lui.

Les yeux de Nevrabriel se voilèrent de tristesse pendant un instant même si son sourire demeura sur son visage. Il a été un mauvais grand frère pour ses cadets. Un horrible frère. Il avait tué l’un et l’autre le haïssait de toutes ses forces. Il a été incapable de la protéger et de la rendre heureuse même s’il se l’était promis autrefois. Il ne l’a pas vu grandir, la laissa seule dans cette maison avec des parents absents et une grand-mère souffrante qui passait plus de temps à s’inquiéter pour lui que s’occuper d’elle. Il a été le pire des frères …

_Bon aller, on va pas s’éterniser là-dessus, hein.

Nevrabriel posa une main sur le sommet de la tête e Yuki pour lui ébouriffer les cheveux pendant qu’il reprenait contenance en effaçant la lueur de tristesse dans son regard.
Puis, il ouvrit son tiroir du haut pour sortir une pochette en carton en guise de support avant de le tendre à Yuki afin qu’il puisse l’utiliser pour la suite.

_N’as-tu pas une lettre à écrire ?



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Celui qui a une bonne écriture
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Je me rendis compte que je n’étais peut-être pas le seul à savoir certaines choses qui, pourtant, paraissaient simples pour les autres, quand je vis Nev réfléchir. Je lui en laissai le temps, mais je m’en voulu un peu. Après tout, mon but n’était pas qu’il se casse la tête par ma faute, pas pour moi. Cela me faisait plaisir et me rassurait presque, mais je ne voulais pas que cela lui fasse du mal. Au point que j’allais lui demander d’arrêter quand il me répondit simplement à ma question en souriant. Pour lui, un bon grand frère était là quand on en avait besoin et faisait passer ses états d’âme après les autres. J’eus mal pour lui car j’eus l’impression qu’il s’imposait beaucoup, surtout qu’il avait été là pour moi au moment le plus dangereux pour ma vie. Peut-être que quelque chose s’était passé et que c’était pour cette raison qu’il ne voulut pas s’étendre sur le sujet. Sans mentir, j’en fus triste pour lui. J’étais triste pour tous les grands-frères. Si cela signifiait mettre de côté ses blessures tout le temps, pour mon cas par exemple, alors je ne voulais pas être un petit frère. Je ne voulais pas que Nev se tue pour moi parce que j’allais mal.

Après avoir mit fin au sujet, il chercha quelque chose dans un tiroir non loin de lui et en sortit une pochette en carton. Il me la tendit ensuite en me rappelant que j’étais venu, à la base, pour écrire une lettre à Numa. Je la pris donc et entreprit de défroisser maladroitement la feuille de papier que j’avais amenée. Puis, cela fait, je me mis en position pour écrire en regardant ma feuille de papier. Là, à genoux sur le lit de mon frère de coeur, je pouvais donner l’impression de connaître le problème que les écrivains : le syndrôme de la page blanche. Je ne savais ni quoi écrire, ni que dire, et encore moins comment agencer ma lettre. Je restai donc quelques instants ainsi avant de relever les yeux sur Nev pour essayer de lui exposer ce qui me posait problème en lui montrant également un peu de ma volonté :


Euh… comment on écrit une lettre exactement ?


J’espérais que ma question n’était pas trop vague et qu’elle ne désespérait pas le roux. Je n’étais vraiment qu’un baka ignorant. Et même le savoir ne m’aidait pas. Au contraire, je ne comprenais pas comment il parvenait à avoir autant de patience devant mes ignorance et le fait que j’étais incapable d’avancer sans qu’on me tienne la main. S’il venait à partir, que deviendrai-je ? Sans doute me raccrocherais-je un peu plus à Sheila. Mais si elle n’était pas là… Je ne le savais pas. J’espérais simplement que jamais je ne serais seul...
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Message n°12
_N’as-tu pas une lettre à écrire ?

Yuki agrippa le support pour y poser la feuille, passant plusieurs fois sa main dessus pour la défroisser, avant de la fixer inlassablement. Nevrabriel regarda tantôt la feuille, tantôt son cadet. Il semblait perdu dans l’immensité du vide. L’écossais lui avait dis qu’il l’aiderait à écrire sa lettre mais ne serait pas doué que ça demander un tel niveau de concentration. Yuki ne savait pas par quoi commencer ?

_Euh… comment on écrit une lettre exactement ?


L’écossais ne comprit pas tout de suite la question de son cadet. Yuki ne comprenait pas les formules utilisées ? Nevrabriel se gratta légèrement la mâchoire près de son oreille avant de se rapprocher de Yuki, fixant la feuille froissée entre ses mains.
Le roux ne savait pas ce que voulait dire Yuki du coup, le plus simple était de toute lui expliquer et voir ce qu’il ne comprenait vraiment pas.

_Tu commences toujours par l’appeler, lui montrer que c’est pour elle. Tu peux dire « Chère Numa » ou « Numa » si tu te sens mieux ainsi. Ensuite tu vas à la ligne en lui demandant comment elle va ou écrire « je t’écris cette lettre pour savoir comment tu aller et aussi », et là tu peux lui parler de Hope. Tu peux lui dire tout ce que tu veux, tout ce que tu aurais aimé lui dire si elle était en face de toi. Et ce n’est pas la lettre définitive alors tu peux barrer certaine chose, en rajouter d’autre.

Nevrabriel eut un regard ailleurs à la fin de ses explications.
Les lettres …
La dernière fois qu’il en avait écrit une, une vraie, c’était certainement pour Anna. Cela faisait vraiment longtemps qu’il n’avait pas écrit une réelle lettre, avec des mots, des sentiments. Pour Astrid, il lui avait seulement envoyé une enveloppe avec une partition, incapable de lui dire quoique se soit. La peur le tétanisait devant sa feuille à chaque fois qu’il essayait. Il avait peur de lui dire des mots pourtant si simple comme « Tu me manques » ou simplement « Rien n’est plus pareil sans toi ». Elle avait sa vie maintenant, il devait l’accepter, et il ne faisait pas partie de cette vie.
C’était plus simple avec Anna … La douleur était la même mais ce fut plus simple puisqu’elle l’avait préparé à son départ.

Mais là c’était différent. Yuki allait écrire à une amie, il n’avait pas de sentiment refoulés à lui avouer, pas de larme à cacher, pas de mots à éviter. Etait-ce plus facile ? Ou simplement différent ?

_Le plus important c’est que tu lui exprime ce que tu ressens. Ce qui est parfois plus facile lorsque c’est une lettre puisse que tu ne vois pas la personne.



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Message n°13



Celui qui a une bonne écriture
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Nev n’avait pas fait de commentaire pendant ma réflexion. Au contraire, il s’était montré très patient, très compréhensif. Il le fut également lorsque je lui fis indirectement part que je ne savais pas écrire une lettre. Une fois j’avais dû en faire une au Japon pour un exercice mais je n’avais pas pu. Plusieurs raisons en étaient la cause : ce jour-là j'avais été absent à cause de la fièvre qui m'avait obligé à rester à l'infirmerie toute la journée. En plus de cela, on avait “oublié” de me donner les leçons de ce jour et je n'avais jamais eu l'occasion d'écrire à quelqu'un. Je me sentais donc un peu perdu face à cette feuille blanche. Et, pour ne pas continuer à avoir ce problème, j'écoutai attentivement ce que me dis Nev.

D'abord, nommer la personne à qui j'adressais la lettre. Mais quelle formule utiliser ? Elle était mon amie, mais pouvais-je utiliser le mot “chère”? Cela n'allait-il pas la rendre nerveuse ? Je voulais lui faire plaisir, mais lui montrer de l'affection dans des mots n'était pas vraiment mon truc… Je me mordis donc ma lèvre inférieure en réfléchissant. Il me fallut bien plusieurs longues minutes avant que je ne me mette à écrire silencieusement. Puis, lorsque j'eus terminé, je tendis la feuille à Nev un peu timidement mais sans éviter son regard. J'avais écrit ceci :

“Chère Numa,

Comment vas tu ? Personnellement je me sens un peu perdu à l'institut. Je regrette énormément de ne pas avoir pu te dire au revoir. Je ne voulais pas partir mais des policiers sont venus me prendre pour m'amener à une famille. On ne cesse de me dire que les Nakamura ne sont pas mes vrais parents et c'est la raison pour laquelle je ne peux pas te parler en face. Sheila est avec moi et j'ai rencontré un garçon, Nev, avec que j'aime beaucoup. Je suis aussi désolé pour Hope. J'aurais aimé être là pour elle, rester à ses côtés, l'adopter, mais je n'ai pas eu le choix. Du coup, comment va-t-elle ? L'as-t-on donné à un refuge pour chien ? A-t-elle été adoptée ? Je suis tellement désolé de ne pas pouvoir être à ses côtés… J'espère que vous ne m'en voulez pas. J'espère qu'on est toujours amis malgré mon départ.”

La lettre n'était pas terminée et elle était pleine de fautes, mais elle contenait les conseils de Nev et ce que je voulais dire à la jeune femme à qui je souhaitais l'envoyer.
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Message n°14
_Le plus important c’est que tu lui exprime ce que tu ressens. Ce qui est parfois plus facile lorsque c’est une lettre puisse que tu ne vois pas la personne.

Nevrabriel laissa son ami méditer sur sa feuille vierge en se levant. Tel un boulet accroché à sa cheville, Nevrabriel trainait sans considération sa perfusion accroché à son bras, le tenant tout de même pour ne pas arracher le fil et que l’aiguille ne lui tire sur le bras.

Le jeune homme agrippa son étui et retourna près du lit pour le poser sur son bureau, l’ouvrant avec soin. Il caressa son instrument. La dernière fois qu’il y avait joué c’était … Quand était-ce déjà ? Il ne se souvenait que d’une robe bleue, mais ça ne semblait pas être réel. Ça ne pouvait pas être un souvenir mais plutôt un rêve. Nevrabriel avait beaucoup de mal à distinguer la réalité de ses illusions depuis qu’il était sorti de cette boucle infernale. Il se souvenait de visage mais n’avait aucune idée de ce qui était vrai et ce qui venait de son esprit. Il savait qu’il avait fait un long voyage avec l’illusion d’Anna qui revenait encore maintenant, son frère, sa sœur, sa grand-mère. La petite Loreleï. Des amis d’enfances qu’il n’avait pas reconnu sur le coup. Des voisins d’Ecosse et même d’anciens patients qui sont partis. Il n’arrivait pas à se souvenir clairement de ces mois où il était bloqué entre rêve et éveil. Alors il ne pouvait compter que sur ce qu’il avait écrit sur son carnet. Mais même là, il n’avait noté que des choses brèves dont il ne comprenait pas le sens tel que « La Cannibale s’appelle Ophelia. Elle est gentille. Je dois lui donner quelque chose lorsque j’aurais terminé. » Mais que devait-il lui offrir ? Il ne s’en souvenait plus. Il n’arrivait plus non plus à se souvenir de son visage. Il en avait vu tellement, des visages …

L’écossais prit son violon à la verticale pour pincer chaque note. Il ne l’avait pas touché depuis longtemps et donc pas régler depuis longtemps non plus. Nevrabriel alla se rasseoir à sa place alors que Yuki s’était mis à écrire et le musicien commença à régler son instrument à ses cotés. Parfois, l’aîné levait la tête vers son cadet pour voir s’il avait terminé mais son esprit était reporté sur son violon dont le son lui avait manqué. Il avait l’impression de ne pas avoir entendu de musique depuis des années. Mais c’était le dernier cadeau de sa défunte grand-mère et se rappeler de ce jour était un peu douloureux pour lui alors qu’il regardait le bois de l’instrument qui semblait encore respirer l’Ecosse. Cependant, il savait qu’avancer faisait partie de sa guérison. Avancer et faire face à certaine chose. Faire face au deuil, à la perte, à l’abandon. S’il n’avançait pas alors il allait mourir. Et il avait promis à Yuki de vivre, alors, il aurait mal. Il souffrira lorsqu’il passera devant la porte de l’ancien bureau d’Astrid. Il souffrira lorsqu’il se baladera dans ce qu’il reste de la forêt. Il souffrira en s’asseyant près du lac. Il souffrira en regardant son violon. Il souffrira tout les 10 du mois en rependant à sa grand-mère qui ne viendrait pas. Il aurait très mal mais il sera vivant. Et plus le temps passera, moins la douleur sera violente jusqu’à s’estomper totalement …
Alors, il devait être fort. Pour lui, pour Yuki mais aussi pour Agnès, Lucy, Kan, et tous ceux qui compte pour lui ici.

Lorsque Nevrabriel eut terminé d’accorder son violon, Yuki termina son brouillon. Brouillon qu’il tendit à son ainé avec sa timidité naturelle. Nevrabriel prit le papier avec délicatesse et commença sa lecture. C’était touchant. Il sentait bien que Yuki avait beaucoup d’inquiétude pour son chien et espérait que cette Numa aurait cette lettre et lui apporterait de bonnes nouvelles.

_Tu devrais lui dire pourquoi tu es dans un Institut. Elle pourrait penser à des choses graves, ça la rassurera surement de savoir que tu vas bien même si tu es un patient.


Nevrabriel s’arrêta un instant. En vérité, Yuki n’allait pas si bien que ça … si ? Il avait tenté de se suicider il y a quelques mois et lorsque ce fut le tour de son ainé, il lui avait demandé de partir avec lui. Est-ce que Yuki allait réellement bien ou faisait-il semblait, comme tout le monde ?
L’écossais chassa cette pensée rapidement. S’il commençait à avoir des idées noires, ils allaient augmenter sa dose d’antidépresseur et le patient allait finir en légume.

_Mais sinon c’est très bien, c’est exactement ce qu’il faut mettre dans une lettre, et si tu veux dire autres choses qui te passent pas la tête ou par le cœur, n’hésite pas. Tu as dis qu’elle te ressemblait n’est-ce pas ? Si tu étais à sa place, qu’est-ce que tu aimerais savoir de plus ?



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Message n°15



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dessine bien.
À côté de moi, j'entendis et sentis Nev-nii faire quelques chose a côté de moi. Je n'avais pas relevé la tête pour me concentrer sur la lettre que je voulais envoyer à mon amie. Ce n'était pas que cela ne m'intéressait pas, mais j'avais l'impression que si je venais à lever la tête de mon morceau de papier, je ne pourrais pas continuer. Cela m'avait fait ça à plusieurs reprises alors qu'il me fallait travailler. Finalement, dans ce genre de cas, j'avais tout simplement abandonné le travail pour une raison inconnue. Je ne voulais pas faire la même chose avec cette lettre qui me tenait à cœur. Pourtant, je ne pouvais pas dire que cela ne m'intriguait pas. Au contraire, je voulais comprendre.

Alors, quand mon ami se mit à lire ma lettre, pour oublier le stress qui me faisait une boule au ventre, je me mis à observer autour de moi pour comprendre d'où venait ce que j'avais entendu. Enfin, plus particulièrement les notes de musique. Après un instant, je me dis simplement que ce devait être l'objet sur ses genoux qui en était la source. Je voulus le vérifier mais n'en fis rien. Et si je l'abimais ? Le cassais ? Ou même mettait Nev-nii en colère à cause ça ? Après tout, c'était peut-être très important pour lui. Je n'en savais malheureusement rien…

Lorsqu'il eut terminé de lire la lettre que je destinais à Numa, mon ami brisa le silence en me faisant part de ce qui pourrait manquer. A cause de cela, je me mordis la joue sans répondre. Comment expliquer la raison de ma présence à l'institut ? Je ne la comprenais pas moi-même. J'étais… malade, selon les adultes. Mais je ne me sentais pas ainsi. J'avais été malade à l'académie et cela n'avait rien à voir avec ce pour quoi il semblait que je sois à l'institut. Alors… pourquoi ? Je me posais encore la question même si on me l'avait déjà expliqué.

Nev resta silencieux pendant que je réfléchissais, peut-être pour les mêmes raisons. Mais quand il reprit la parole, ce fut pour me féliciter. Cela eut pour conséquence de me faire rougir fortement. Je ne sus plus où me mettre, ce qui me fit légèrement gigoter sur place. Je n'avais vraiment pas l'habitude qu'on me complimente. Mon attention fut cependant rapidement détourné de ce fait par les conseils de mon frère de cœur. Je lui répondis d'ailleurs, un peu penaud :


On est pareil mais… Elle pense de façon différente. Comment dire ?... C'est elle qui m'a appris ce qu'était un cadeau de Noël et elle m'a beaucoup aidé pour Hope. Je dirais que… Euh… c'est pas qu'elle est plus grande, mais elle pense différemment de moi. Je ne sais pas comment on dit. Du coup, je ne sais pas si je peux me fier à ce que je voudrais savoir. Je ne sais pas ce que je voudrais savoir en fait…


Je me sentais tellement nul en disant ces mots que j'en baissai mes yeux sur la pochette en carton que je tenais toujours dans les mains. Ce que je voulais savoir ? Je l'avais dit sur ma lettre… Mais c'était Numa qui me donnerait les réponses alors, après… Non. Aucune idée ne me venait, ce qui me fit sentir plus nul encore.
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Message n°16
_Mais sinon c’est très bien, c’est exactement ce qu’il faut mettre dans une lettre, et si tu veux dire autres choses qui te passent pas la tête ou par le cœur, n’hésite pas. Tu as dis qu’elle te ressemblait n’est-ce pas ? Si tu étais à sa place, qu’est-ce que tu aimerais savoir de plus ?

Yuki avait l’air assez déstabilisé par la question de son ainé. Nevrabriel attendit sagement, donné d’une grande patience qu’il exerçait beaucoup avec son cadet. Mais jusque là, il se trouvait assez bien dans cette vertu.

_ On est pareil mais… Elle pense de façon différente. Comment dire ?... C'est elle qui m'a appris ce qu'était un cadeau de Noël et elle m'a beaucoup aidé pour Hope. Je dirais que… Euh… c'est pas qu'elle est plus grande, mais elle pense différemment de moi. Je ne sais pas comment on dit. Du coup, je ne sais pas si je peux me fier à ce que je voudrais savoir. Je ne sais pas ce que je voudrais savoir en fait…

Peut-être voulait-il dire plus « mature », Nevrabriel ne connaissait pas cette Numa mais ça semblait assez intriguant comme groupe. Cependant, il était certain qu’il ne pouvait pas aider Yuki puisqu’il ne connaissait pas la demoiselle et ne pouvait pas savoir comment elle réfléchissait et si elle s’inquiétait beaucoup ou non. Il ne savait même pas si cette lettre allait arriver à bon port mais ça c’était autre chose.

_Alors dans se cas …

Nevrabriel redonna la feuille à son propriétaire qu’il écrirait au propre.

_Tu vas lui l’envoyer ceci et ça sera à elle de te poser les questions qu’elle désire. Tu as écrit le plus important, le reste pourra attendre la prochaine lettre.

Nevrabriel sourit au jeune homme en posant doucement sa main sur le sommet de la tête de Yuki. Puis, il agrippa sa perfusion pour la rapprocher du lit avant qu’il ne prenne son arc et son violon dans ses mains respectives. Il se redressa pour se mettre parfaitement droit afin de pouvoir jouer par la suite. Il respira lentement alors qu’il sentait les muscles de son dos tirer légèrement. Ce n’était pas facile de se redresser parfaitement lorsqu’on passait le plus clair de son temps au fond de son lit.

_Peu de personne le savent mais j’adore jouer de la musique. Ça me détend énormément et ça me fait du bien. Lorsque je joue de la musique, j’en oublie mes problèmes, c’est comme si plus rien n’avait d’importance. Comme si je faisais un beau rêve ou un voyage intérieur, tu comprends ? Hm, je vais te jouer un morceau alors allonge toi et ferme les yeux. J’aimerais que tu te concentres sur la musique, sur ce que tu entends et ce que ça t’évoques. Je t’emmène faire un voyage, Yuki.

Puis, le roux posa son violon sur son épaule et son arc sur les cordes. Il prit une légère inspiration avant de commencer à jouer sa mélodie.


Etrangement, cette mélodie lui évoquait comme un … souvenir. Le souvenir d’une nuit de pleine lune devant sa fenêtre. Ce souvenir avait une robe bleue, bleu comme le voile de la nuit. Un visage qu’il n’arrivait pas un distinguer. Des ailes. Elles étaient grandes et belles, ressemblant à ceux d’un papillon, dans les tons bleus et violets, des filets d’azur, comme les yeux de la personne à ses cotés, brillaient de milles éclats dans la nuit.
Une fée bleue.
Oui, ce n’était sans doute qu’un rêve. Les fées n’existaient pas … Un simple rêve pour oublier ce monde sombre et triste sans amours et sans magie autour de lui. Le monde que lui inventait sa défunte grand-mère. Un monde irréel. Un monde où il ne pouvait plus aller sous peine de se perdre à jamais.

Le visage de Nevrabriel avait complètement changé lorsqu’il jouait. Un air plus mature sur son visage, plus charmant. Il n’était plus le patient X36 malade et fatigué mais un jeune homme qui vibrait avec les cordes de son instrument. Un voyageur que regardait l’horizon, un rêveur qui observait les nuages, un guide qui arpentait les chemins. Il était cela lorsqu’il jouait du violon. Il était le musicien rempli d’assurance et d’élégance.
Et lorsque la musique se termina, le jeune homme ouvrit doucement les yeux en restant immobile quelques secondes avant de relever la tête en baissant son instrument. Lorsqu’il tourna la tête vers son cadet, il lui sourit, redevenant le Nevrabriel que tout le monde connaissait.

_Tu devrais trouver quelque chose qui te plait, que tu aimes vraiment faire lorsque tu t’ennuie ou que tu ne te sens pas bien. Il y a quelque chose de ce genre que tu aimes faire ?



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Message n°17



Celui qui a une bonne écriture
dessine bien.
Encore une fois, j'eus l'impression de remettre en doute les paroles de Nev. Ce dernier réfléchit un instant très calmement, sans me le reprocher. Puis, sans se démonter, il me donna un compromis : celui d'envoyer ma lettre comme je l'avais écrite et de répondre aux possibles interrogations de mon amie lorsqu'elle me répondrait. Si elle venait à me répondre. Je ne savais pas si elle était encore à l'école, si mon amie l'était toujours ou autres. J'avais un peu peur de tout cela. Pourtant, parce que je souhaitais grandement ne pas avoir tout perdu, je repris ma feuille en remerciant le roux. En la relisant, j'eus l'impression que mes mots avaient une portée que je ne saisissais pas totalement, comme si ce n'était pas moi qui les avais écrits. D'un autre côté, si j'y réfléchissait deux minutes, voire moins, je pouvais facilement deviner que cela était dû au fait que je n'avais pas l'habitude de tout cela. Écrire des lettres, parler de ce que je ressentais, mes doutes, mes peurs… Ce n'était pas ce que je m'autorisais de faire pour éviter tout problème avec la personne qui se trouvait face à moi. Je ne voulais plus qu'on me traite comme l'avaient fait les Nakamura. C'était difficile à admettre, même après en avoir parlé plus tôt avec Nev-nii, mais je ne voulais plus vraiment les revoir tant ils me faisaient peur. Cela voulait-il dire que leur comportement n'était vraiment pas normal ?

Des mouvements me firent lever la tête vers le propriétaire de la chambre. Ce dernier était en train de se positionner, l'instrument étrange en main. Il m'expliqua alors qu'il aimait beaucoup jouer de la musique pour se détendre, oublier ses problèmes et penser à autre chose. Il compara cela à faire un rêve ou un voyage. Je devais bien avouer que je ne compris pas très bien. Même si j'avais mon rêve qui disait qu'un jour je vivrais heureux avec ceux que j'aimais, la plupart du temps j'avais le droit à des cauchemars ou des nuits sans rêve. Quant aux voyages, je les avais plus fait par obligation que par envie de visiter quoi que ce soit. Ma venue en Angleterre avait beau avoir été le résultat d'un choix que j'avais fait, il ne me semblait pas avoir eu le loisir de vraiment découvrir le pays. Alors était-ce vraiment ce dont avait voulu me parler Nev-nii ?

Comme il me l'avait demandé, je fermai néanmoins les yeux et attendis. Lorsque vinrent les premières notes de musiques, douces et belles, j'eus l'envie d'ouvrir les yeux par pure curiosité. Mais je n'en fis rien. Au lieu de cela, je fis l'effort de simplement écouter en restant dans le noir. Je ne vis aucune image, mais la triste impression qui atteignait mon cœur m'oppressait doucement. Cela me donnait envie de pleurer sans que je me le permette. Ce, jusqu'à ce que la mélodie soit totalement terminée. Et, même quand les notes ne resonnèrent plus dans la chambre, je laissai passer quelques instants avant d'ouvrir les paupières.

La première chose que je vis ce fut l'éclatant sourire de mon ami. Il semblait aussi joyeux que apaisé. Mais je ne pouvais pas en dire autant. La mélodie avait beau être magnifique, elle m'avait amené aux rares moments de paix au Japon. Une solitude apaisante qui allait se terminer si une triste et constante douleur. Elle m'avait évoquée tous ces moments où j'avais eu l'idée de fuir sans me le permettre. Comment aurais-je pu ? Je ne l'avais jamais mis à exécution. Cela, par peur mais également parce que je n'avais nul part où aller. Et maintenant ? Cela avait-il changé ? J'avais d'énormes doutes à ce sujet. Avais-je m'a place chez les Lanvers ? Ces derniers seraient-ils aussi gentils qu'ils l'avaient été en venant me voir ? J'avais beau avoir passé du temps avec eux, il me semblait que cela n'ait été que le fruit de mon imagination bien trop fertile pour que puisse m'y fier.

Les paroles de Nev-nii me ramenèrent à la réalité. Ainsi, je pus réfléchir sur un tout autre sujet, rendant l'ambiance un peu moins pesante pour moi. Une activité pour quand je m'ennuyais ou que je n'allais pas bien… Je n'avais rien de cela. Après tout, quand j'avais souhaité en avoir au Japon, on me l'avait comme interdit de plein de façons. J'avais finis par me contenter de ne rien faire de plus que réfléchir. Doucement, je pris une fine mèche de cheveux et je me mis à la frotter entre mon pouce et mon index. Silencieux pendant un instant, je finis par répondre en regardant ma lettre posée non loin de moi, toujours tenue dans ma mains inactive :


Ce que j'aime faire… Je… j'aime bien avoir Kibou et mon porte-clé dans les bras. Mais, à part ça. Je ne sais pas. Il n'y a rien qui me fait envie… je crois.


Je n'en étais même pas sûr moi-même. Après tout, je ne pouvais pas prétendre connaître toutes les activités possibles qui existaient.
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Message n°18
_Tu devrais trouver quelque chose qui te plait, que tu aimes vraiment faire lorsque tu t’ennuie ou que tu ne te sens pas bien. Il y a quelque chose de ce genre que tu aimes faire ?

Yuki demeura silencieux un temps avant de répondre :

_Ce que j'aime faire… Je… j'aime bien avoir Kibou et mon porte-clé dans les bras. Mais, à part ça. Je ne sais pas. Il n'y a rien qui me fait envie… je crois.

Nevrabriel pencha pensivement la tête sur le coté. Il ne s’attendait pas vraiment ça mais au moins il savait à quoi s’en tenir. Apparemment, en plus d’être violenté par ses parents, ils lui interdisaient d’avoir des envies et des désirs. L’écossais ne savaient pas vraiment s’ils devaient se révolter mais ses médicaments l’empêchaient d’avoir ce genre de réflexion et il resta « joyeux ». Il aimerait tout de même pouvoir parler avec son médecin ou ses parents biologiques pour savoir ce qu’avait véritablement Yuki comme pathologie mais également s’il ignorait encore des choses de son passé. Parce qu’en plus d’avoir été battu, il semblait avoir été un enfant enlevé. Que dire et que faire face à ça ? Yuki n’était pas comme les autres adolescents de son age et Nevrabriel avait peur d’appuyer sur des points sensibles même si parfois cela était nécessaire pour que le cadet puisse avancer afin, justement, d’être un adolescent comme les autres malgré le fait qu’il évoluait actuellement dans un Institut.

_Tu as essayé de dessiner ? J’avais une amie qui adorait dessiner.


Nevrabriel se pencha vers son bureau pour  y poser son violon et son arc avant de tirer le tiroir du bas et sortir un vieux carnet qui semblait dater d’au moins cinq ans, bien casé sous une pile d’autres choses que l’écossais ne sortait quasiment jamais. C’était son tiroir à trésor. Il n’y touchait pas mais chaque élément à l’intérieur était précieux pour lui. Il tira sur un papier glacé qui dépassait. C’était une photo d’Anna et lui lorsqu’ils étaient adolescents et patients mais le jeune homme n’était pas prêt à partager ce moment de sa vie. Il mit la photo dans le tiroir et le referma. Il ouvrit le carnet dont les pages étaient vieilles mais bien conservée et le mis entre lui et son cadet.

_Elle était très douée. Elle dessinait à chaque fois qu’elle avait du temps.

Nevrabriel tourna doucement quelques pages en souriant pensivement. Oui, Anna était vraiment douée. Il y avait essentiellement des paysages sur ces pages mais parfois des portraits d’anciens patients qui ne sont plus là, quelques unes de Nevrabriel lorsqu’il avait l’age de Yuki, régulièrement les fleurs qui entourent les bâtiments, parfois les bâtiments en eux-mêmes sous différents angles. Elle n’inventait pas ses dessins mais reproduisait à merveilles ce qu’elle voyait, embellissant la réalité à travers des couleurs harmonieuse et délicate. Il pouvait passer de longues minutes à la regarder dessiner tant ses yeux pétillaient lorsqu’elle exprimait son art.
L’écossais finit par refermer le carnet avant de le mettre sur ses genoux.

_Après il y en a beaucoup qui aime lire ou faire du sport. Tu devrais te trouver une activité, tu verras, ça te feras beaucoup de bien. Et ce n’est pas grave si tu ne sais pas, tu n’as cas les essayer. Je peux t’apprendre à jouer du piano ou de la guitare si tu veux. Le violon est assez compliqué donc ça sera vraiment si tu aimes ça ahah. Après essayer d’écrire des petites fictions, j’ai connu un patient qui aimait ça. Ça l’apaisait d’inventer des histoires. Hm, quand je serais rétabli on pourra jouer au basket si tu veux. Peut-être que tu vas te découvrir une passion sportif, qui sait ? Je trouve que c’est important d’avoir un hobby et ça te fera évoluer. Qu’est-ce que tu en penses ?



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dessine bien.
Je ne savais pas quoi dire ou faire de plus alors que je ne voyais toujours pas la vie comme mon ami silencieux. Était-il d’ailleurs possible que je puisse voir les mêmes choses que lui alors que je ne savais même pas ce qui était normal ou non ? J’espérais que cela puisse être le cas. Après tout, la solitude était fort grande quand on n’arrivait pas à se comprendre. C’était ainsi que je le voyais alors qu’on discutait simplement de loisirs. Je n’avais jamais pu réfléchir à ces derniers. Le sport à l’école m’avait parut trop difficile : dès que j’étais face à quelqu’un d’autre j’étais faible alors qu’en équipe on en profitait pour me faire du mal. Certaines personnes avaient tenté de me prêter ou me faire découvrir des jeux, mais ils s’étaient tous retournés contre moi. Sauf Sheila. Avec elle, j’avais joué au jeu des petits chevaux. Etrangement, j’avais gagné dès ma première partie. Il y avait eu un autre jeu à l’académie, mais je ne me rappelais pas lequel. Du moins, pas son nom.

Dès que la voix de Nev-nii résonna doucement dans la pièce, je relevai doucement la tête. Dessiner ? Non. Mis à part pour l’art plastique, je n’avais jamais rien fait de mes mains. Je n’en voyais pas trop l’intérêt puisque je ne savais pas mettre sur papier de jolies choses. Et lorsqu’il s’agissait de couleurs, je ne faisais que bêtement regarder les outils qui étaient à ma disposition sans trop savoir quoi faire, à moins de copier les autres. Ca, oui, le recopiage semblait être fait pour moi. Mais c’était mal… Il ne fallait pas le faire. Néanmoins, je ne dis rien et regardai mon hôte se déplacer pour aller fouiller un tiroir. Il en sortit un carnet qu’il ouvrit pour le montrer alors que je m’étais levé pour me mettre à côté de lui. Avec un mélange d’appréhension, de curiosité et de peine, je me mis à regarder les images faites mains longtemps auparavant. Ils étaient magnifiques, à en couper le souffle. Effectivement, elle était douée. Pas comme moi qui ne savait rien faire… Regarder de telles oeuvres m’effrayait presque. J’étais persuadé que je ne pouvais pas faire de telles choses. Je n’en étais pas capable. J’étais beaucoup trop nul pour ça et je me sentis honteux de ne pas pouvoir faire plaisir à Nev en faisant quelque chose comme ça… Après tout, s’il m’en parlait c’est qu’il avait une attente… Non? Je n’en savais trop rien et je ne voulais pas le décevoir…

Lorsqu’il eu terminé de me montrer le contenu de ce carnet qui m’avait fait rêver et désespérer en même temps sans que je sache quoi dire, mis à part que c’était joli d’une voix affaiblie par le poids des émotions, il le referma et le posa sur ses genoux. Avais-je seulement un talent autre que celui de me faire détester par les autres ? C’était une question qui me hantait alors que mes yeux se reposaient sur ma lettre froissée. Nev-nii reprit cependant le sujet premier qui nous avait amenés à regarder tout cela : il me fit part qu’il existait d’autres genres de loisirs. Lecture, sport, jouer de la musique, ce qu’il me proposa de m’apprendre, écriture… Pour y voir un peu plus clair, et pour répondre à sa question, je lui répondis doucement, un peu pensif :


J’ai du mal trouver du plaisir à lire et je ne sais pas bien écrire. Quand je m’arrête, je n’arrive plus à reprendre le fil et à continuer. En sport je suis aussi nul qu’en dessin. Je n’arrive jamais à faire quelque chose de bien… J’ai peur que ce soit pareil pour la musique.


Doucement, je me levai en laissant ma lettre à côté de mon ami. Puis, je me mis à regarder à l’extérieur. Je vis alors une personne arroser des plantes et cela me rappela quelques souvenirs par association d’idées. Je repris alors la parole en regardant toujours à l’extérieur, une main sur la vitre :


Quand je m’occupais de Hope j’arrivais à ne pas penser à autre chose. J’aimais énormément être avec elle, la voir heureuse et me câliner. Elle était la douceur que je n’avais jamais reçu et j’avais juste envie de rester toujours avec elle…


Mais ce n’était plus possible. Et tout ce que je pouvais désormais faire c’était me rappeler de ces moments. Et, à ce moment-là, en regardant le jardinier travailler.
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Nevrabriel

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Pavot
Message n°20
_Je trouve que c’est important d’avoir un hobby et ça te fera évoluer. Qu’est-ce que tu en penses ?

_J’ai du mal trouver du plaisir à lire et je ne sais pas bien écrire. Quand je m’arrête, je n’arrive plus à reprendre le fil et à continuer. En sport je suis aussi nul qu’en dessin. Je n’arrive jamais à faire quelque chose de bien… J’ai peur que ce soit pareil pour la musique.


Nevrabriel écoutait son ami en tentant de trouver des solutions pour ce dernier. Ou du moins, d’autres idées d’occupations qui pourraient être intéressantes. Puisque l’écossais était passé par là. Yuki était encore jeune et devait étudier, mais lorsqu’il sera majeur, il n’ira plus en cours et tournera en rond comme un animal en cage. De plus, les patients n’avaient pas de consoles, pas d’ordinateurs, pas de téléphones et très peu de chose à faire. Sur l’île il n’y avait pas de cinéma, de bowling, de magasins. Le divertissement était vraiment limité et l’ennuie occupait une grande partie de leur vie après leur majorité. Evidement, le roux espérait que son jeune ami sortirait d’ici avant d’avoir 18 ans mais il ne pouvait rien prédire et il devait préparait Yuki à vivre ici pendant longtemps, en commençant par se trouver une occupation, des amis, un endroit sur l’île où il aimerait aller plus qu’ailleurs. Il y avait tellement de chose que Yuki avait à apprendre afin de ne pas survivre mais vivre.

_Quand je m’occupais de Hope j’arrivais à ne pas penser à autre chose. J’aimais énormément être avec elle, la voir heureuse et me câliner. Elle était la douceur que je n’avais jamais reçu et j’avais juste envie de rester toujours avec elle…

L’écossais ouvrit faiblement la bouche, prêt à prononcer des mots. Mais se ravisa. A la place de quoi, Nevrabriel  se leva pour rejoindre l’adolescent et offrit un sourire à son cadet avant de poser sa main sur le sommet de sa tête et la lui caresser doucement. Nevrabriel ne pouvait pas lui offrir la compagnie de son chiot, ni même la joie de pouvoir s’occuper de cet animal. Il ne pouvait rien pour Yuki envers des éléments extérieurs à cette île. L’écossais laissa le silence se placer un instant avant de simplement lui dire :

_Je ne sais pas ce que c’est d’avoir un animal de compagnie. Pas vraiment en tout cas. On avait un oiseau à la maison, mais il appartenait à ma sœur, je ne lui prêtais pas une grande attention. Je pense que j’aurais du, c’était un oiseau intelligent et attachant. Mais je sais ce que ça fait d’être attacher à un être vivant au point que plus rien n’avait d’importance à coté.

Nevrabriel pensait un peu à Anna en disant cela, mais surtout à Astrid. Même s’il avait partagé plusieurs années avec Anna et l’avait réellement aimé, il avait fait son seuil depuis longtemps. Elle était à présent un souvenir agréable dans son cœur, un souvenir qui ne lui ferait jamais de mal et qui était là pour lui. Mais un souvenir. Alors qu’Astrid était encore une flamme vive dans son cœur et son esprit. Il avait l’impression d’avoir passé les plus intenses moments de sa vie avec elle, entre joie et peine. Lorsqu’il était avec elle, il se sentait vivant. Son cœur battait si fort qu’il arrivait à le sentir à travers tout son corps, il sentait souvent ses joues rosir lorsqu’il la regardait dans les yeux, l’étirement de ses lèvres tant il était prononcé. Elle le faisait sentir chaque partie de lui comme s’il prenait conscience de son existante. Oui. Avec elle, il savait qu’il existait …

Ne pouvant pas rester longtemps debout, l’ainé alla se rasseoir sur son lit, trainant toujours sa perfusion comme un membre à part entière de son corps. Il s’assit dans un soupire lourd de fatigue. Les médicaments étaient vraiment douloureux.

_Et je sais aussi ce que ça fait lorsqu’un être cher vous manque sans nouvel et sans savoir si elle va bien … Mais avec ta lettre tu en auras bientôt. Et un jour tu sortiras d’ici et tu iras la retrouver. Mais en attendant je suis sûr qu’il y a une autre activité qui te permettrait d’être aussi heureux mais dont tu ignores encore l’existence. Pour l’instant je peine à aller jusqu’au sanitaire, mais lorsque j’irais mieux, on pourra les explorer ensemble.

Nevrabriel fit une légère grimace en massant son torse au niveau de sa poitrine. Il sentait comme un haut-le-cœur lui remonter doucement. Il s’était sans doute assis trop brusquement et son repas a fait un rebond dans son suc gastrique.
L’écossais posa sa main sur sa bouche, laissant un instant son organisme se calmer avant de reprendre, forçant le sourire malgré le gout amer au fond de sa gorge :

_Et même, tu peux les explorer avec ton amie Sheila, je suis certain qu’elle a pleins de compétences qu’elle pourrait t’enseigner. Ne pas réussir du premier coup ne veut pas dire que tu n’es pas doué. Et ne pas être doué n’empêche pas d’aimer une activité. Et le plus important ; personne ne peut t’empêcher d’aimer qui que se soit et quoique se soit.



Nouvelle visite à un ami [Pv Nev] Pour_n10
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Celui qui a une bonne écriture
dessine bien.
Je ne regardai pas mon ami avant que ce dernier me caresse la tête. Ce geste me devenait familier et, pensant à Hope, je me demandais si elle avait également ce sentiment quand je le lui faisais. Mais le sourire de Nev-nii n’était pas le mien. Cela, j’en étais certain. Je ne me pensais pas capable d’un tel sourire, de faire en sorte que mes traits paraissent si doux. Ce n’était clairement pas dans mes cordes. Je le savais. Comment cela pourrait-il être possible alors que je ne pouvais rien faire d’autre que pleurer et avoir peur ? Cela me paraissait fortement illogique. Mais, de toute façon, tel n'était pas le sujet de ma conversation avec le roux. Ce dernier ne tarda pas à me le rappeler en répondant à mes dires, debout à mes côtés devant la fenêtre de sa chambre. De ce que je compris, il comprenait au moins à moitié mon envie… non. On besoin de revoir Hope. Non pas en tant qu'animal de compagnie, façon dont je ne l'avais jamais vue, mais en tant qu'être chère. Peut-être que, finalement, il était bien plus proche de la vérité de mes sentiments qu'il ne le pensait.

Je ne savais pas ce qui se cachait derrière les paroles de Nev. Je ne m'en doutais pas et je comprenais toujours un peu plus que je ne savais que très peu de choses à son propos. Tout comme il apprenait à me connaître, je nourrissait petit à petit le besoin d'en savoir plus sur lui, ce qu'il avait vécu, ce qu'il ressentait. Il me donnait tant et, en retour, j'avais l'impression de ne rien pouvoir faire. Cela m'attristait grandement, il ne fallait pas le nier. Mais pourquoi ? Pourquoi ce sentiment grandissait-il maintenant alors qu'auparavant j'en avais peur ? Était-ce ce qu'on apellait la “confiance”? Non, c'était autre chose, me semblait-il… Malheureusement je ne parvenais pas à mettre le doigt dessus.
Me laissant debout, à la même place, le jeune homme alla se rasseoir sur son lit. Il devait être fatigué. Je devais l'avoir épuisé en l'obligeant à venir me rejoindre en entrant. Je ne lui avais pas demandé, mais il en avait ressenti le besoin en me voyant ainsi à l'entrée de sa chambre. Lui qui devait avoir besoin de repos faisait des pieds et des mains pour mon bien. Mais moi, que faisais-je donc pour lui ? Tenais-je au moins les promesses que je lui avais faites ?

Assis, le patient me révéla qu'il comprenait également le manque qui me serrait le cœur. Encore une fois, je n'en connaissais pas la raison. Mais je ne la lui demandai pas non plus. La première raison était qu'il ne m'en laissa pas forcément le temps puisqu'il me rassura une nouvelle fois : j'allais bientôt avoir des nouvelles grâce à la lettre que j'allais envoyer grâce à son aide et, sans doute, celle de Sheila. Sans compter que par la suite il continua sur le sujet qui nous avait ramenés à parler de mon chiot. En réalité, la raison était toute autre. Je ne savais pas comment amener le sujet. J'avais peur de lui faire du mal sans que ce soit mon but. Je l'écoutai donc pour le moment et réfléchis avec lui en allant le rejoindre sur le lit.


Merci… parvins-je à déclarer pendant son instant de silence.


Doucement, maladroitement, je posai une main sur son dos que je frottai en me rendant compte qu'il n'allait vraisemblablement pas très bien. Était-ce ma faute, parce que je l'avais obligé à se lever par deux fois ? Ou y avait-il une autre raison ? Avais-je une part de responsabilité ? Il ne m'en dit rien et continua comme si de rien n'était lorsqu'il sembla aller mieux. Je répondis d'ailleurs à ses propositions et remarques, pensif, ramenant sur mes genoux la main que j'avais utilisées pour le soutenir comme je le pouvais sans savoir si cela avait été utile ou non :


Sheila m'a un peu montré la danse, mais je n'aime pas ça… J'ai l'impression que bouger mon corps comme elle le faisait était… Interdit ? Non, ce n'est pas le mot. Euh… je sais pas comment dire, mais c'était étrange et j'avais l'impression qu'on se mettait en danger alors que pas du tout. Par contre, j'aimais bien la musique et j'aimais beaucoup quand tu jouais du violon. A l'école, Sheila m'avait montré un jeu. Il fallait lancer un dé. Selon le chiffre tu pouvais bouger des cheveux de bois sur un plateau.


Ce jour-là, elle m'avait également offert Kibou et des fleurs ressemblant fortement à celle qu'on voyait sur les cerisiers japonais au printemps. Voir un paysage avec ce rose particuliers me manquait un peu. C'était peut-être la seule chose que j'aurais voulu garder du Japon, même si je n'étais pas prêt de me l'avouer.
Après un court silence, je demandai doucement :


Tu crois que je peux vraiment apprendre à faire de la musique sans que ça fâche quelqu'un ?

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Message n°22
_Et le plus important ; personne ne peut t’empêcher d’aimer qui que se soit et quoique se soit.

_Sheila m'a un peu montré la danse, mais je n'aime pas ça… J'ai l'impression que bouger mon corps comme elle le faisait était… Interdit ? Non, ce n'est pas le mot. Euh… je sais pas comment dire, mais c'était étrange et j'avais l'impression qu'on se mettait en danger alors que pas du tout. Par contre, j'aimais bien la musique et j'aimais beaucoup quand tu jouais du violon. A l'école, Sheila m'avait montré un jeu. Il fallait lancer un dé. Selon le chiffre tu pouvais bouger des cheveux de bois sur un plateau.


Nevrabriel écouta silencieusement son jeune ami s’exprimer. Il ne comprenait pas du tout sa sensation sur la danse. L’écossais ne savait danser que la valse. Hormis cela il avait tout bonnement deux pieds gauches assez étonnant, en plus de ses deux mains gauches. Il était simplement vraiment maladroit en dépit de sa bonne volonté. Malgré tout, le fait qu’il se savait ridicule lorsqu’il dansait, Nevrabriel ne comprenait pas cet interdit et cette sensation de danger dans les propos de Yuki. Il essayait tout de même de le faire bien qu’il était conscient que certaine chose lui échappait tout comme certaine chose échappait au blond dans ses propos.

Nevrabriel dû abandonner ses questions intérieures afin de prendre le reste des informations que lui donnait Yuki. Ce dernier avait bien aimé le jeu des petits chevaux. Peut-être aimait-il bien les jeux de société tout simplement ? Pour cela, il faudrait en avoir et il n’y en avait pas beaucoup sur cette île. De plus, ils semblaient dater de la préhistoire juste en regardant la pochette. Egalement, il était assez rare que des patients se rassemblaient pour jouer aux cartes car, mise à part la cours, ils n’avaient pas vraiment de salle prévue à cet effet. Les gardes n’aimaient pas beaucoup les rassemblements dans les chambres et il était évidemment hors de question de faire cela dans les couloirs ou les salles de soin. Les lieux étaient limités. Comme si c’était fait exprès pour éviter les rassemblements de patients.

_Tu crois que je peux vraiment apprendre à faire de la musique sans que ça fâche quelqu'un ?

La voix timide de Yuki sortit Nevrabriel de ses songes et ce dernier leva les yeux pour les plonger dans ceux noisettes de son invité. Puis, avec la bienveillance qui était la sienne, l’écossais lui sourit, effaçant par ses dents de perles le creux alarmant de ses joues. Doucement, il leva les bras pour les tendre vers Yuki et les glissa doucement sur son dos avant de le tirer vers lui pour le blottir.
Il ressemblait à un enfant.
A son petit frère même.
Cet aspect de sa personnalité qui ne voulait déranger personne et faire de son mieux, lui rappelait le benjamin de la famille Erskine. Cela aurait pu rendre Nevrabriel profondément triste mais malgré le pincement dans son cœur, il avait la sensation d’avoir une seconde chance. Il pouvait être un bon grand frère finalement et être là pour Yuki, être présent, être son guide, le protéger et l’accompagner, faire ce qu’il aurait du faire pour son petit frère. Etre pour Yuki se qu’il aurait du être pour Alistair.
Nevrabriel caressa doucement les cheveux de son camarade dans son étreinte avant de lui souffler simplement :

_Evidemment. Et je serais très heureux de t’apprendre à en jouer. Faire naitre de ses doigts des sons harmonieux entre eux est quelque chose de magique. C’est une sensation magnifique.

Puis, le jeune homme se redressa sans geste brusque en lâchant son cadet. Il lui posa une main sur le sommet de la tête pour lui tapoter doucement les cheveux avant de tourner la tête vers son violon. Le propriétaire agrippa son instrument et se mit droit sur son assise. Nevrabriel posa son violon sur son épaule et son arc sur les cordes pour une nouvelle valse symphonique. Il joua un long moment, apaisant son cœur et tentant d’apaiser celui de son jeune ami.

Pouvait-il réussir à être pour Yuki se qu’il aurait du être pour Alistair ?



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